Bienvenue sur OnEnAGros!, le forum qui est corollaire au noyau, mais qu’est pas directement dans l’cœur du fruit ! !

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Plume De Chien a écrit :
bibicocci a écrit :

C'est bizarre mais je reste un peu sur ma faim..

C'est vrai qu'on aurait aimé en voir plus. Quand j'ai vu qu'ils buvaient ensemble je me suis déjà imaginée des scènes rappelant "L'Ivresse".

Vous êtes trop gourmands, ça vous perdra. :D

Plume De Chien a écrit :

J'aime beaucoup l'idée de ce trio, alors en plus à la taverne. Bravo belle histoire.

Merci :)

Sortie de la table ronde, les chevaliers se séparent et chacun vaque à ses occupations. Perceval et Karadoc, sans même se poser la question, prennent la direction de la taverne.

    LÉODAGAN : Dites euh... vous allez où là ?
    PERCEVAL : Je sais pas, on va où seigneur Karadoc ?
    KARADOC : Pour l’instant, on sort de la table ronde, après, on verra, on a pas tout l’temps des projets, non plus.
    LÉODAGAN : Nan mais, vous voulez pas me dire... je parie qu’vous allez à la taverne !
    KARADOC : Putain, il est fort ce...
    LÉODAGAN : J’pourrais pas venir avec vous ?
    PERCEVAL : Ben, c’est pas trop vot’genre de traîner à la taverne.
    LÉODAGAN : Non mais c’est pas ça mais ma femme est partie dans sa famille, presque tous les chevaliers sont en mission, le roi et ma fille sont partis aussi...
    KARADOC : Le roi et vot’fille ?! Et elle est pas jalouse la reine ?
    PERCEVAL : Ouais parce qu’on aime pas bien ça nous, les histoires de couche-toi-là-que-j’m’y-mette, on préfère pas savoir !
    LÉODAGAN : C’est marrant, hein... j’crois que j’commence à comprendre pourquoi il vous garde, le roi... quand on a un coup d’mou et qu’on vous cause, y a pas deux solutions, soit on se fout de vot’ gueule, soit on vous la pète, vot’gueule ! La reine, c’est ma fille, abrutis !
    PERCEVAL : Et elle est au courant Dame Genièvre, que c’est plus elle, la reine ?
    LÉODAGAN : Dame GUENIÈVRE ! Et elle est toujours reine puisque c’est elle, ma fille !
    KARADOC : Ah ouais ?! Et depuis quand ?
    LÉODAGAN : Ah non mais là... depuis toujours ! Bon ! J’peux v’nir avec vous ou pas ?!
    KARADOC : Oh ben si vous êtes de la famille de la reine, on a rien à dire.
    PERCEVAL : Ouais, c’est un peu comme ci vous étiez de celle du roi !
    LÉODAGAN : Oui, un peu, on va dire ça, oui.

    ***

A la taverne.

    LÉODAGAN : Donc, c’est là que vous passez la majeure partie de votre temps...
    KARADOC : Oh ben, quand même pas, on peut glander ailleurs aussi.
    PERCEVAL : Ouais, on peut... mais c’est souvent ici, quand même. A force de rien faire à longueur de temps... ça creuse.
    LÉODAGAN : Ben, j’pense bien, surtout qu’à bouffer tout le temps... ça donne envie de glander.
    KARADOC : Voilà ! Vous avez tout compris.
    LÉODAGAN : Alors, quel est le programme ?
    KARADOC : Sifflard...
    PERCEVAL : Terrines, lard...
    KARADOC : Et des pichets de rouquin ! La base, quoi !
    LÉODAGAN : Bon, ben ça me parait pas mal, tout ça... tavernier, faites péter la charcutaille !
    PERCEVAL : ET OUBLIEZ PAS L’PINARD !

    ***

Même lieu, de nombreux pichets plus tard.

    LÉODAGAN : La vache ! Vous bâfrez comme ça toute l’année ?!
    PERCEVAL : Non, y a des jours, on mange un peu moins... quand y fait chaud et qu’c’est long...
    LÉODAGAN : De quoi ?
    PERCEVAL : Quand y a du soleil.
    LÉODAGAN : Le jour, quoi !
    PERCEVAL : Nan mais quand y a du soleil qui fait pleurer de partout.
    LÉODAGAN : Non, j’ai beau chercher, j’entrave pas un broc à c’que vous bavez... ah si ! L’été, vous voulez dire, quand on transpire ?
    PERCEVAL : Voilà ! Ben, l’été, on mange un peu moins.
    KARADOC : Mouais, un peu. En revanche, on picole deux fois plus !
    PERCEVAL : Ça c’est pas faux !
    KARADOC : Qu’est ce que vous avez pas compris encore ?
    PERCEVAL : Non, rien, j’voulais dire, euh, ça c’est vrai.
    KARADOC : Ben dites-le alors, sinon, un cochon n’y retrouverait pas son latin !
    PERCEVAL : Ouais... c’est pas faux.
    KARADOC : Mais vous l’faites exprès ou quoi ?! J’vous ai déjà dit, faut pas en abuser !
    PERCEVAL : Nan mais là, entre le cochon et le lapin... j’ai rien pigé !
    LÉODAGAN : Ouais, ben là, plus ça va, moins j’arrive à suivre la conversation... ça doit être trop pointu pour moi.
    KARADOC : Ouais ben ça... quand on a pas l’habitude...

(Noir, voix off)

    PERCEVAL : On y perd son lapin !

TSON !

Arthur, mode décontracté, sous son arbre favori.

    ARTHUR : Belle qui tiens ma vie-euh
    Captive dans tes yeux,
    Qui m'as l’âme ravie-euh
    D'un sourire graci-eux,
    Viens tôt me secourir
    Ou me faudra mourir, viens tôt me secourir, ou me faudra...


    PERCEVAL : Ah ouais j’l’aime bien celle-là !

Arthur se relève brutalement.

    ARTHUR : Non mais qu’est-ce que vous foutez-là, vous ?!
    PERCEVAL : Ben, j’vous écoutais chanter.
    ARTHUR : Je chantais pas !
    PERCEVAL : Ah ben si, c’était : Belle qui tiens ma vie-euh...
    ARTHUR : Je vous dis que c’était pas moi ! Cassez-vous maintenant !
    PERCEVAL : Pourtant, j’aurais juré qu’c’était vous, Sire.
    ARTHUR : Comme quoi, il faut jamais jurer de rien ! Cassez-vous, j’vous dis !
    PERCEVAL : Sinon, vous la connaissez ?
    ARTHUR (posant sa main sur ses yeux) : Pffff... je connais qui ça ?
    PERCEVAL : Pas qui, la chanson, vous la connaissez ?
    ARTHUR : MAIS ÉVIDEMMENT QUE J’LA CONNAIS PUISQUE J’LA CHANTAIS Y A PAS DEUX MINUTES !
    PERCEVAL : Ah ben c’était bien vous finalement ?
    ARTHUR : Oui mais euh, j’avais oublié... voilà !
    PERCEVAL : Ah merde ! Vous vous en souvenez plus du coup.
    ARTHUR : De quoi ?!
    PERCEVAL : La chanson, vous l’avez oubliée ?
    ARTHUR : Mais pas du tout ! J’avais oublié que j’la chantais... c’est tout.
    PERCEVAL : La vache ! je sais qu’ça vient d’moi, hein mais y a des fois, j’ai du mal à vous suivre.
    ARTHUR : Non mais sur ce coup-là, j’ai peut-être pas été clair. Qu’est-ce que vous lui voulez à cette chanson ?
    PERCEVAL : Je l’aime bien, j’aimerais bien l’apprendre.
    ARTHUR : Mais vous en connaissez pas déjà des chansons ?
    PERCEVAL : Oh ben si quand même !
    ARTHUR : Chantez-moi votre préférée, pour voir.
    PERCEVAL : Oui ? Vous êtes sûr ?
    ARTHUR : Roulez, roulez.
    PERCEVAL : Bon, alors euh... hum !

Ah que nos pères étaient heureux
Quand ils étaient à table.
Le vin coulait à côté d’eux
Ça leur était fort agréable.

Et ils buvaient à pleins tonneaux,
Comme des trous, comme des trous, morbleu !
Bien autrement que nous, morbleu !
Bien autrement que nous !

    ARTHUR : Ouais, c’est un autre style.
    PERCEVAL : Ouais, vous aimez pas ?
    ARTHUR : C’est pas ça... c’est une autre ambiance, ça convient pas à tous les moments, voyez ?
    PERCEVAL : Ouais, je vois très bien. Un soir, j’ai chanté ça à une fille, elle m’a vidé un seau d’flotte sur la tête. C’est pour ça, j’aurais bien aimé apprendre la vôtre, là.
    ARTHUR : D’accord, alors, écoutez. Belle qui tiens ma vie-euh [...] Plutôt on verra l'onde
    Contre mont reculer,
    Et plutôt l'œil du monde
    Cessera de brûler,
    Que l'amour qui m'époint
    Décroisse d'un seul point, Que l’amour qui m’époint, décroisse d’un seul point. Voilà, vous en pensez quoi ?
    PERCEVAL : C’est joli mais j’ai rien compris.
    ARTHUR : C’est marrant, ça m’surprend pas.
    PERCEVAL : Pourquoi vous dites ça ?
    ARTHUR : Parce que comprendre les choses, c’est pas trop votre truc... mais c’est pas grave, hein... pas besoin de les comprendre, tant qu’on les ressent.

(Noir, voix Off)

    PERCEVAL : Ça non plus j’ai pas pigé mais j’ai bien senti que j’aurais pas dû le dire.

TSON !

Belle qui tiens ma vie est une pavane pour 4 voix (accompagnée d'un tambourin) composée par Thoinot Arbeau, de son vrai nom, Jean Tabourot (1520-1595), chanoine de Langres. Donc, aucune chance que les chevaliers de la table ronde aient pu en avoir connaissance au Vème siècle.
Texte complet :
« Belle qui tiens ma vie
Captive dans tes yeux,
Qui m'as l’âme ravie
D'un sourire gracieux,
Viens tôt me secourir
Ou me faudra mourir.(bis)
Pourquoi fuis-tu mignarde
Si je suis près de toi,
Quand tes yeux je regarde
Je me perds dedans moi,
Car tes perfections
Changent mes actions.(bis)
Tes beautés et ta grâce
Et tes divins propos
Ont échauffé la glace
Qui me gelait les os,
Et ont rempli mon cœur
D'une amoureuse ardeur.(bis)
Mon âme souloit* être
Libre de passions,
Mais Amour s'est fait maître
De mes affections,
Et a mis sous sa loi
Et mon cœur et ma foi.(bis)
Approche donc ma belle
Approche, toi mon bien,
Ne me sois plus rebelle
Puisque mon cœur est tien.
Pour mon mal apaiser,
Donne-moi un baiser.(bis)
Je meurs mon angelette,
Je meurs en te baisant.
Ta bouche tant doucette
Va mon bien ravissant.
À ce coup mes esprits
Sont tous d'amour épris.(bis)
Plutôt on verra l'onde
Contre mont reculer,
Et plutôt l'œil du monde
Cessera de brûler,
Que l'amour qui m'époint
Décroisse d'un seul point.(bis) »
* Souloir : avoir l'habitude de. Beaucoup d'adaptations  modernes du texte remplacent ce verbe par "vouloir", qui se conjugue de  la même manière, au prix d'une altération du sens de la phrase.

Excellent ! On s'y croirait. Juste une remarque géographique, vous placez l'Orcanie à l'ouest ? Parce que, pour moi, il y a au sud, Kaamelott, plus au nord, la Carmélide, encore plus au nord, la Calédonie, et tout au nord, l'Orcanie, et, si on considère les îles plus au nord, les Pictes. Mais bon, peut-être que mes espions... :)

bibicocci a écrit :

Pas mal du tout Gerfo!

Merci chevalier ! :)

Merci bien, ça fait plaisir. :)

Chambre royale, Kaamelott.

    GUENIÈVRE (secouant Arthur) : Hé ! Ça fait un moment qu’il fait jour, vous vous levez pas ?
    ARTHUR : Hoooooo, on s’calme. J’suis pas dans mon assiette, ce matin. J’crois qu’je vais rester au lit.
    GUENIÈVRE : Et puis quoi encore ?! Vous êtes le roi, j’vous rappelle !
    ARTHUR : Arrêtez de crier, ça m’fait mal au crâne... et pis j’ai froid !
    GUENIÈVRE (Posant sa main sur son front) : Mais vous êtes brûlant ! Vous êtes malade !
    ARTHUR : Arrêtez de crier, j’ai l’impression d’avoir une corneille dans la tête.
    GUENIÈVRE : je fais chercher Merlin !
    ARTHUR : Ah bah alors, j’suis sauvé.

    ***

Un peu plus tard.

    GUENIÈVRE : Alors, Merlin, qu’est-ce que vous en dites ?
    MERLIN : De quoi ?
    GUENIÈVRE : Mais du roi ! A votre avis, qu’est-ce qu’il a ?
    MERLIN : Je pense qu’il est malade.
    GUENIÈVRE : Mais bien sûr qu’il est malade ! Je vous demande de quoi !
    MERLIN : Ah ben, pour  ça, faudrait qu’je l’examine.
    GUENIÈVRE : Mais allez-y, qu’est-ce que vous attendez ?!
    MERLIN : C’est qu’j’ai pas bien l’habitude, moi, j’suis plus à l’aise avec les loups.
    GUENIÈVRE : Ben dites-vous que c’est un ours, on s’ra pas si loin...
    MERLIN : D’accord... son front est chaud, les yeux sont vitreux... c’est c’que j’disais, il est malade.
    GUENIÈVRE : Qu’est-ce que vous comptez faire ?
    MERLIN : Pour ?
    GUENIÈVRE : MAIS POUR GUÉRIR LE ROI ! Ah non mais vous êtes gratiné, hein ! Quand le roi vous traitait de nullos, je pensais qu’il exagérait mais finalement...
    MERLIN : Nan mais dites euh... il a dit ça ?
    ARTHUR (ouvrant un œil) : Nan mais laissez tomber avec çui-là, essayez Élias plutôt.
    MERLIN : Dites,vous savez que je vous entends, là ?
    GUENIÈVRE : Bon, ben allons-y pour Élias, allez chercher votre collègue, vous !
    MERLIN : Oh non mais vous abusez, là ! J’suis pas son garçon d’courses !
    ARTHUR : Laissez tomber, j’me sens un peu mieux, j’vais y aller moi-même.
    GUENIÈVRE : Quoi ?! Mais vous êtes pas en état ! Habillez-vous au moins !

Arthur se lève en chancelant, elle le couvre de son manteau et lui met sa couronne. Soutenu par Merlin, il arrive au labo des enchanteurs. Prévenus par la reine, Léodagan, Karadoc et Perceval accourent.

    MERLIN : Machin ! Grouillez-vous, y a le roi qu’a besoin d’vous !
    ÉLIAS : C’est moi qu’vous appelez machin, vieux débris inutile ?
    ARTHUR : Bon ! Ça vous f’rais rien d’vous occuper d’moi ?!
    PERCEVAL : Ouais, faites vos trucs magiques, là, ou ça va mal se mettre !
    ÉLIAS : Allongez-le sur la table. (Il l’examine rapidement) Malade, malade, c’est vite dit ! Pour moi, ça ressemble plus à un empoisonnement.
    LÉODAGAN : DE QUOI ?!
    KARADOC : Un empoissonnement qu’il a dit, il doit trop manger de poisson. Je l’dis toujours, faut du gras sinon, on tombe malade !
    LÉODAGAN : Quel genre de poison ?
    ÉLIAS : Décrivez-moi vos symptômes, Sire.
    ARTHUR : J’suis crevé, j’ai mal au crâne, au ventre, j’ai envie de vomir, je dors mal...
    ÉLIAS : Ça me fait penser au saturnisme.
    MERLIN : J’allais l’dire !
    ÉLIAS : Ah bon ? Alors, prenez la suite, on vous écoute.
    MERLIN : Nan mais allez-y, vous êtes bien parti.
    ÉLIAS : Sire, vous avez été en contact avec du plomb ?
    ARTHUR : Pas que je sache, non.
    ÉLIAS : Je vais quand même vous traiter pour ça, on vous en a peut-être fait ingérer à votre insu.
    PERCEVAL : Oh ben ça va si c’est à son insu, tant que c’est pas au roi !

    ***

Dans les jours qui suivent, Arthur se remet doucement, garder le lit lui fait du bien ainsi que le traitement d’Élias. Il décide alors de se remettre aux affaires mais ne tarde pas à retomber malade, Élias est perplexe.

    ÉLIAS : C’est étonnant, vous alliez mieux et subitement, vous retombez malade. Qui vous a approché depuis que vous vous êtes levé ?
    ARTHUR : Pas grand monde, j’ai à peine eu le temps de faire quelques pas et c’est revenu.
    LÉODAGAN : Et puis ça peut pas être moi, j’vous ai pas vu pendant ce temps là !

Loth et Galessin font irruption dans la chambre.

    LOTH : Ah ben alors, que vous arrive-t-il mon pauvre ami ? Dès que j’ai appris la nouvelle, j’ai accouru.
    ARTHUR : Ouais, ben, un peu trop tôt, j’suis pas encore mort.
    GALESSIN : Non mais le prenez pas comme ça, il s’inquiète pour vous, j’vous assure. Pendant tout le chemin il arrêtait pas “ J’espère que nous n’arriverons pas trop tard”, “Qu’allons-nous devenir sans ce cher Arthur”...
    LOTH : N’en faites pas trop quand même, faut que ça reste crédible. Bon, alors, qu’avez-vous exactement, cher ami ?
    ARTHUR : On m’aurais empoisonné... vous y seriez pas pour quelque chose, vous, par hasard ?
    LOTH : Ah non ! Pour une fois, j’y suis pour rien. D’ailleurs, si ça avait été moi... HOMICIDIUM REX MAXIMUS, ABDERE IN CORONA VIRUS
    LÉODAGAN : Vous croyez vraiment que c’est l’moment de faire des citations qui veulent rien dire ?!
    ARTHUR : Putain mais il a raison ce con ! Bien sûr que ça veut dire quelque chose : Pour assassiner le grand roi, cachez le poison dans la couronne.
    LOTH : Non mais j’ai dit ça comme ça, moi, j’y suis pour rien, j’vous ai dit !
    ARTHUR : C’est ça, ouais ! Regardez ma couronne, c’est plus de l’or, c’est du plomb ! Alors là, mon p’tit bonhomme, cette fois-ci, c’est la guerre !
    LOTH : C’est quand même formidable, ça ! Pour une fois que j’ai rien fait, ça m’retombe dessus !
    LÉODAGAN : Cette fois, vous êtes bien foutu grosse pustule variqueuse.

Merlin entre à son tour.

    MERLIN : Nan mais j’crois que c’est vrai, il a rien fait.
    LÉODAGAN : Qu’est-ce que vous venez foutre votre merde, vous ? Pour une fois que ça s’passait bien !
    ARTHUR : Bon, allez-y Merlin, dites-nous ce qui vous fait dire ça.
    MERLIN : Euh, vous vous souvenez le jour où vous m’avez dit “ On sortira pas d’votre labo avant qu’vous ayez réussi à transformer du plomb en or” ?
    ARTHUR : Ah ben je veux, oui ! On y a passé la journée et la nuit pour rien du tout !
    MERLIN : Rien du tout, peut être pas... quand vous êtes parti en pétard, j’ai réalisé que mes pièces d’or étaient devenues de plomb. Comme vous aviez votre couronne tout ce temps là...
    ÉLIAS : Oh le con !
    LOTH : Ah ! Ça c’est un enchanteur comme je les aime ! Je f’rais bien une citation latine mais je suis pas sûr que ce soit l’ambiance du moment.
    ÉLIAS : Vous vous souvenez de la formule qui transforme l’or en plomb ?
    MERLIN : Ben non, j’vois pas l’intérêt !
    ÉLIAS : L’intérêt ? C’est qu’en la récitant à l’envers, vous touchiez le gros lot !

(Noir, voix off)

    MERLIN : Ah merde !
    ARTHUR : Mais quel connard !

TSON !

LA TABLE DES DAMES


Kaamelott, tard dans la soirée.

    DAME SELI : Je dois bien l’admettre, elle est pas mal.
    GUENIEVRE : Mère ! Vous plaisantez ? Elle est magnifique !
    DAME SELI : Oui, bon mais quand je pense à tous ces pignoufs mal dégrossis qui s’assoient autour, en armure en plus, ça m’donne envie d’y mettre le feu !
    GUENIEVRE : Ah mais non, il n’en est pas question ! Et puis le roi n’est pas un pignouf !
    DAME SELI : On en reparlera quand il vous aura fait un héritier !
    GUENIEVRE : Dorénavant, je pourrais l’imaginer sur son lieu de travail, avec autour de lui ... .
    DAME SELI : Des pignoufs !
    GUENIEVRE (Irritée) : Si vous voulez ! Moi je les vois comme ... Les chevaliers de la table ronde !
    DAME SELI : La table des glandus, oui, pas fichus d’trouver un vase !
    GUENIEVRE : Mais vous salissez tout, moi, je trouve tout cela très romanesque.
    LANCELOT (entrant) : Dame Séli mais que faites vous ici ?
    GUENIEVRE : C’est moi qui voulait voir où travaille le roi.
    LANCELOT (rougissant) : Ah, ma reine, vous êtes là aussi ?
    DAME SELI : Vous allez nous débiter les insanités habituelles, comme quoi les femmes n’ont pas accès à la table ronde ?
    LANCELOT : Il se fait, mes Dames, que ce lieu est réservé aux chevaliers.
    GUENIEVRE : Pourtant, j’ai ouï dire qu’une femme est déjà venue à la table ronde !
    DAME SELI : Ah ben oui, je m’en souviens de celle-là. Sefriane, la nièce du Duc d’Aquitaine qui était enceinte jusqu’au chignon. Soi-disant que c’est pour ça qu’elle avait le droit d’assister à la réunion !
    LANCELOT : C’est parfaitement exact.
    GUENIEVRE : J’aimerais bien être dans cette situation moi aussi, si le roi ... .
    PERCEVAL (Entrant) : Ben, y avait une réunion ? Personne m’a rien dit !
    LANCELOT : Vous voyez bien qu’il ne s’agit pas d’une réunion, le roi n’est pas là et il y a des Dames !
    PERCEVAL : Ah ben ouais. Du coup, j’vais m’coucher.
    LANCELOT : Attendez ! Pourriez-vous raccompagner Dame Séli à ses appartements ? De mon côté, je raccompagnerai la reine.
    GUENIEVRE : Je préfèrerais que le seigneur Perceval me raccompagne. Il me semble moins ... sexiste !
    LANCELOT (Vexé) : Comme il vous plaira. Dame Séli, si vous voulez bien ... .

    ***

Sur le chemin de la chambre royale.

    PERCEVAL : Mais sinon, il vous parle de moi, parfois, le roi ?
    GUENIEVRE : Oui, quand il est de bonne humeur, ce qui est assez rare, il faut bien l’avouer et qu’il me raconte sa p’tite journée. C’est souvent grâce à vous d’ailleurs, s’il est de bonne  humeur.
    PERCEVAL : Ah oui ?
    GUENIEVRE : Oui ! Le seigneur Perceval a dit ceci, le seigneur Perceval a fait cela et puis, il rit tout seul.
    PERCEVAL : Ah ? Bon.
    GUENIEVRE : Il vous appelle souvent son preux chevalier !
    PERCEVAL : Peureux ?
    GUENIEVRE : Mais non ! Tout le contraire, preux ! Courageux, quoi !
    PERCEVAL : Ah mais non, vous confondez, c’est Lancelot, ça.
    GUENIEVRE : Ah mais non, il m’a dit qu’une fois vous avez traversé un portail démonique sans hésiter et qu’il n’avait jamais rien vu d’aussi courageux. C’est bien vous ça, non ?
    PERCEVAL (D’une petite voix) : Oui, oui.
    GUENIEVRE : Seigneur Perceval ... mais, vous pleurez ?

(Noir, voix off)

    PERCEVAL : Non, non, c’est juste mes yeux qui transpirent un peu.


TSON !

MURMURES


Guenièvre et Arthur au lit. Guenièvre ronfle tandis qu’Arthur lit un parchemin.

    Murmure : Arthur, jamais le Graal tu ne trouveras.
    ARTHUR : De quoi ?!  (Il secoue sa femme) C’est vous qu’avez dit ça ?!
    GUENIÈVRE (Réveillée en sursaut) : Hein ?! De quoi ? Mais vous êtes pas bien, je dors, moi !
    ARTHUR : Ben taisez-vous alors !
    GUENIÈVRE : Mais je dis rien, je dors ! Hé Ho ! Ça tourne pas rond là-d’dans, hein ?!
    ARTHUR : Ben c’est qu’vous dormez en parlant... ou l’inverse !
    GUENIÈVRE : Et alors, qu’est-ce que j’aurais dit, soi-disant ?!
    ARTHUR : Ça vous r’garde pas !
    GUENIÈVRE : Ah bah, elle est pas mal celle-là ! Je dis des choses qui me regardent pas, non mais vous êtes cinoque, hein !
    ARTHUR : Nan mais si c’est pas vous, ça vous regarde pas mais si c’est vous...
    GUENIÈVRE : Oui, j’écoute...
    ARTHUR : Si c’est vous, ça veut dire que vous êtes drôlement... enfin, j’me comprends !
    GUENIÈVRE : Ah ben ça fait au moins quelqu’un qui vous comprend... chapeau, hein ! Parce que c’est franchement pas évident !
    ARTHUR : Non mais excusez-moi, j’ai dû m’endormir un instant et j’ai imaginé des choses... bonne nuit. (Il souffle la chandelle)
    GUENIÈVRE : Ah mais non, c’est trop facile ! J’suis réveillée moi maintenant ! Alors vous allez me faire la causette jusqu’à ce que je me rendorme !
    ARTHUR : Okay... (Ronflements)

    ***

A la table ronde.

    PÈRE BLAISE : Bien, alors, à l’ordre du jour, les mouvements de troupes burgondes... ou vikings, on sait pas bien, au niveau de... ah ben, on sait pas où, non plus !
    ARTHUR : Ah ouais, ça c’est d’la précision ! Ça vient d’où ces renseignements ?!
    PÈRE BLAISE : Alors là ! Prrt ! C’était là, ça traînait sur le pupitre...
    ARTHUR : Alors n’importe qui peut déposer n’importe quoi sur votre machin, là, et vous, vous nous mettez ça à l’ordre du jour !
    LANCELOT : On ne sait ni qui ni où, c’est du grand n’importe quoi !
    PERCEVAL : Non mais c’est moi qu’ai mis ça là !
    LÉODAGAN : Et d’où vous tenez vos renseignements, vous ?
    PERCEVAL : De quoi ?
    ARTHUR : Y a bien quelqu’un qui vous a donné ces informations pour que vous les notiez sur le parchemin que vous avez donné au Père Blaise, non ?!
    PERCEVAL : Le papelard tout moisi, là ?! Ah non, moi j’l’ai trouvé par terre à la taverne, comme j’sais pas bien lire, j’l’ai posé sur la pupille du barbu, là, comme c’est son métier à lui... de lire.
    ARTHUR : A la taverne ?!
    LÉODAGAN : Par terre ?!
    LANCELOT : La pupille ?!
    PÈRE BLAISE : Le barbu ?!
    PERCEVAL : Oh ! C’est bon ! Si j’avais su que ça f’rait des histoires pareilles, j’l’aurais laissé à l’autre !
    LÉODAGAN : Quel autre ?!
    PERCEVAL : Un vieux qui voulait le ramasser !
    ARTHUR : Un vieux ?!
    PERCEVAL : Ouais, enfin, j’dis un vieux pour faire classe parce que, en vrai, j’ai pas vu sa tête... il avait une capuche !
    ARTHUR : Oh non mais arrêtez d’inventer des trucs...
    Murmure : Arthur, infécond tu es, point de descendance tu n’auras.
    ARTHUR : QUOI ?! (Il en colle une à Karadoc qui roupillait depuis le début de la séance)
    KARADOC : Méééé... qu’est-ce qui s’passe ?!
    ARTHUR : Ça vous apprendra à raconter n’importe quoi !
    KARADOC : Mais j’ai rien dit, j’dormais !
    PERCEVAL : Ouais c’est vrai, même que j’lui ai mis un coup d’coude parce qu’y ronflait !
    ARTHUR : Ben alors, qui est-ce qui... laissez tomber, j’ai un truc à faire ! (Il sort)
    LÉODAGAN : Entre le cureton qui raconte n’importe quoi, l’autre qui invente des vieux et le roi qu’entend des voix... on est bien dans la merde ! Mais alors, jusque là !

    ***

Labo de Merlin.

    ARTHUR : MERLIN !
    MERLIN : Oui Sire, je termine ma... potion et j’arrive !
    ARTHUR : Ramenez vos miches tout d’suite avant que j’vienne vous chercher !

Merlin arrive portant une petite marmite dans une main et touillant avec une cuillère de l’autre.

    ARTHUR : Une potion ? Moi, j’trouve que ça sent vachement la soupe !
    MERLIN : Y a pas à dire, vous avez du nez. C’est mon dîner mais si j’arête de touiller, ça va faire des grumeaux... et j’aime pas ça, les grumeaux.
    ARTHUR : Ouais, euh... j’en ai rien à cirer de votre soupe, j’ai un problème autrement plus urgent ! J’entends... des sons.
    MERLIN : Ah ben c’est bien ça, c’est bon signe ! Ça prouve que vos oreilles fonctionnent parfaitement ! Vous savez, les deux trucs que vous avez de chaque côté de la tête.
    ARTHUR : MAIS JE SAIS PARFAITEMENT C’QUE C’EST QU’LES OREILLES ESPÈCE D’ABRUTI ! J’entends... des voix... alors que personne ne parle.
    MERLIN : Aïe ! Vous entendez des voix... vous seriez venu m’voir dans un petit millier d’années, je vous aurais d’mandé si vous êtes pucelle, mais là ! Je vois pas.
    ARTHUR : De quoi ?! Pucelle ! Mais qu’est-ce que vous...
    Murmure : C’est sur cet incapable que vous comptez pour vous aider ? Bonne chance !
    ARTHUR : Ça y est, ça recommence !
    MERLIN : La voix ?! Et qu’est-ce qu’elle vous raconte ?
    ARTHUR : Ben, pour une fois, c’est plutôt un bon conseil. Il est où Élias ?
    MERLIN : Mais pourquoi tout le monde me demande ça tout le temps ?! J’en ai pas la garde moi, merde !
    ARTHUR : Oh, hé ! Mollo, hein ! Posez-vous les bonnes questions, plutôt ! Alors, Élias ?
    MERLIN : J’en-sais-rien !
    ARTHUR : Ah non mais, vous servez vraiment à rien !
    ÉLIAS (Entrant tout juste) : Ah mais je passe mon temps à l’dire, ça ! Il vous fallait quelque chose, Sire ?

Arthur lui explique la situation.

    ÉLIAS : Je vois qu’un truc, un démon vous chuchote à l’oreille !
    ARTHUR : Et ?
    ÉLIAS : Ben, c’est chiant ! Je souhaite ça à personne, c’est un truc à vous rendre dingue.
    ARTHUR : Oui, merci, je m’en suis rendu compte. Vous pouvez faire quelque chose ?
    ÉLIAS : Ah non mais les démons, j’y touche pas, moi ! Faut savoir rester à sa place.
    MERLIN : Oh le nul, hey ! Alors, vous êtes content, vous l’avez votre Élias !
    ARTHUR : Pourquoi, vous avez une solution, vous, peut-être ?
    MERLIN : Ça s’pourrait bien, oui ! Vous savez que j’suis le fils d’un démon et d’une pucelle ?
    ARTHUR : Oui, oui, c’est ce qui s’dit mais j’ai un peu d’mal à y croire !
    MERLIN : Ben vous avez tort ! Quand Papa me faisait ce coup-là... le chuchotement...
    ARTHUR : Oui, oui, roulez !
    MERLIN : Ça me rendait dingue, comme vous. Alors, un jour, j’ai demandé à ma mère de faire un truc... ben, il a plus jamais recommencé après !
    ARTHUR : Mais quoi, qu’est-ce qu’elle a fait ?!
    MERLIN : C’est dans quelle oreille qu’il vous chuchote ?
    ARTHUR : Celle-là.
    MERLIN : Dès qu’il vous cause, vous me faites signe.
    Murmure : Vous allez pas croire les conneries de ce...

Arthur fait immédiatement signe à Merlin qui se précipite et lui pousse un sifflement strident en plein dans l’oreille.

    ARTHUR : Non mais vous êtes taré, vous m’avez bousillé le tympan !
    MERLIN : Ah ben, y faut c’qui faut... c’est un démon quand même ! Y vous cause toujours ?
    ARTHUR : Ah ben non, tiens ! On dirait que vous lui avez coupé la chique.
    ÉLIAS : Oh le vieux coup d’bol ! J’y crois pas !
    ARTHUR : Sur c’coup-là, faites-vous tout petit, vous m’auriez bien laissé dans la merde, vous !
    MERLIN (Fier comme un paon) : Laissez, laissez... la jalousie ne m’atteint pas... Oh le gros nul, ah !

Dans une grotte à quelques kilomètres, Méléagant se relève péniblement, encore étourdi du sifflement de Merlin.

    MÉLÉAGANT : Toujours se méfier des cons... je le savais pourtant !

    ***

A la table ronde.

    ARTHUR : Je tiens à vous présenter mes excuses pour hier, surtout au seigneur Karadoc. J’avais un petit problème de santé mais c’est fini maintenant.
    LÉODAGAN : Ah ben c’est pas dommage, on commençait à se poser des questions. Entre vous et les messages qui veulent rien dire...
    PERCEVAL : Ah ouais, justement, j’ai trouvé un autre morceau du papelard dans ma poche, il a dû se déchirer.
    ARTHUR : Donnez-le au Père Blaise, il va les assembler.
    PÈRE BLAISE : Alors, qu’est-ce que ça donne... les Burgondes vont attaquer par le sud et les vikings par le nord-est.
    ARTHUR : QUOI ?! Mais quand ?!
    PÈRE BLAISE : C’est écrit... demain !
    PERCEVAL : Ah ben c’est bon, on a l’temps !
    ARTHUR : Mais triple connard, vous l’avez trouvé quand, ce message ?!

(Noir, voix off)

    PERCEVAL : Ben hier... pourquoi ?

TSON !


LES BURKINGS

Nord-est de Kaamelott, Arthur, Lancelot, Perceval et Karadoc sont aux aguets. L’armée est restée en retrait.

    ARTHUR : Mais où ils sont ces connards ?!
    LANCELOT : Ils sont peut-être déjà passés.
    ARTHUR : On les aurait croisés en venant dans ce cas là ! Non, y a vraiment un truc qui colle pas !
    PERCEVAL : Vous cherchez des amis à vous ?
    ARTHUR : De quoi ?! Des amis ? Non mais vous êtes complètement à la ramasse ! On attend les Vikings, selon les renseignements que VOUS nous avez fournis !
    PERCEVAL : J’ai fait ça, moi ?
    LANCELOT : Mais évidemment, le papier que vous avez posé sur le pupitre du père Blaise !
    PERCEVAL : Ah ouais, ce machin là ! J’aurais mieux fait d’y foutre le feu, c’est que des emmerdes ce truc là !
    ARTHUR : C’est quand même grâce à ça qu’on sait que les Vikings et les Burgondes vont nous attaquer aujourd’hui !
    LANCELOT : Mais ils auraient dû accoster ici et ils sont pas là !
    ARTHUR : J’espère qu’ils vont pas attaquer par le sud avec les Burgondes, sinon c’est Léodagan, Bohort et Calogrenant qui vont morfler !
    KARADOC : Ou alors, si vous voulez mon avis...
    ARTHUR : Non mais fermez-là, vous !
    KARADOC : Ben quoi, j’ai une idée, j’peux pas la dire ?
    ARTHUR : Pfff, allez-y, on sait jamais.
    KARADOC : Peut-être qu’ils ont été retardés !
    ARTHUR : Ouais... ça fait bien avancer les choses, ça.
    PERCEVAL : Non mais vous inquiétez pas, si ça s’trouve, ils ont fait un p’tit détour pour visiter, on va les r’trouver, je suis sûr qu’ils vont bien !


    ***

Côte sud, tour de guet. Léodagan, Bohort et Calogrenant attendent les Burgondes.

    LÉODAGAN : J’en étais sûr, pas fichus d’être à l’heure, ces cons-là !
    BOHORT : D’un autre côté, s’ils pouvaient ne pas venir du tout, j’aimerais autant.
    CALOGRENANT : Ah ben moi, ça m’ferait bien chier de m’être tapé la route pour rien du tout !
    LÉODAGAN : Je veux, oui ! Et puis quand on dit qu’on attaque, on attaque ! C’est quoi ces manières de faire déplacer du monde et de pas s’présenter... même pas un mot d’excuse ! Ah non, si y viennent pas, j’vais les chercher !
    BOHORT : Tout de même, pensez aux vies sauvées, à la paix...
    LÉODAGAN : Pour avoir la paix, y a pas trente-six manières, faut trucider l’ennemi !
    CALOGRENANT : Regardez là-bas ! C’est pas un bateau ?
    LÉODAGAN : Bah si, c’est un bateau ! Quant à savoir qui c’est... il est trop loin.
    CALOGRENANT : Ah mais non, il est pas trop loin, il est tout petit. C’est un bateau de pêche !
    BOHORT : Et si c’était les Burgondes, déguisés en bateau de pêche ?!
    LÉODAGAN : Et si vous la fermiez, un peu ? Ah ouais, c’est un bateau d’pêche... Bohort, allez leur demander s’ils ont vu les Burgondes !
    BOHORT : Pourquoi moi ?!
    LÉODAGAN : Parce que vous êtes sympathique, poli et tout et tout... nous, on risquerait de leur faire peur. Allez, grouillez-vous !


    ***

Nord-est de Kaamelott.

    LANCELOT : Bon, je crois que ce n’est plus la peine d’attendre, ils ne viendront plus !
    ARTHUR : Ouais, vous avez raison, rentrons à Kaamelott. Si la troupe de Léodagan n’est pas revenue, on ira la rejoindre au sud.
    KARADOC : Ouais, y sont sûrement sur la côte sud, vos amis Bur... kings, les visiteurs étrangers,  y z y vont souvent pour se baigner, la pêche, tout ça...
    ARTHUR et LANCELOT : C’est PAS nos amis !
    PERCEVAL : Ou sinon, y a les sites, genre menhirs et domaines, ça plait bien aux étrangers aussi !
    ARTHUR : Vous savez quoi ?! Vous deux, je vous nomme chevaliers guide-visiteurs, la Bretagne vue par les glands, ça va faire un vrai malheur !
    KARADOC : Ouais ! Une promotion, c’est pas trop tôt, quand même, depuis l’temps qu’on s’donne du mal !
    LANCELOT : Mais enfin, c’était du deuxième degré, seigneur Karadoc !
    PERCEVAL : Deuxième degré ?! Ah ben non, à cette température, on aura personne !
    ARTHUR : Laissez tomber, seigneur Lancelot, à ce niveau de connerie,  y a plus rien à faire et croyez-moi, j’ai essayé !
    KARADOC : Ah ouais ?! Ben s’ils sont cons, en plus, y z ont qu’à s’démerder pour trouver la plage !




    ***

Tour de guet, côte sud. Le seigneur Bohort est de retour.

    LÉODAGAN : Alors, qu’est qu’ils ont dit ?
    BOHORT : Ben, je leur ai demandé s’ils avaient vu des bateaux burgondes...
    CALOGRENANT : Et alors, ils ont vu quoi ?!
    BOHORT : Je sais pas, ils ont rigolé et plus j’insistais, plus ils rigolaient. Je ne sais pas pourquoi mais je trouve ça un peu vexant !
    LÉODAGAN : Ah non mais vraiment, hein ! On est pas aidés !
    CALOGRENANT : Remarquez, s’ils étaient tombés sur des Burgondes, ils rigoleraient plus du tout... du coup, j’crois qu’on peut rentrer.
    BOHORT : C’est aussi mon avis !
    LÉODAGAN : Oh ben oui, vous, évidemment...
    BOHORT : Ben quoi ?! J’ai fait ma part, je suis allé au-devant de ces terribles...
    LÉODAGAN : Pêcheurs.
    BOHORT : Peut-être ! Mais nous n’en étions pas certains à ce moment là !
    CALOGRENANT : Si, si.
    BOHORT : Oh ben oui, vous, évidemment...



    ***



Le soir même, réunion de la table ronde.

    LANCELOT : C’est à n’y rien comprendre cette histoire ! Vous pensez qu’ils ont décidé de renoncer ?
    ARTHUR : Qu’est-ce que j’en sais, moi ! Renoncer ? C’est pas vraiment leur genre, eux, c’est plutôt foncer dans l’tas !
    LÉODAGAN : C’est quand même un monde, ça ! Pourquoi se donner la peine d’envoyer un message si c’est pas pour faire ce qu’est marqué dessus ?!
    PERCEVAL : Quel message ?
    ARTHUR : Oh non mais vous êtes pas possible, vous, hein ! Celui que vous avez trouvé, abruti !
    PERCEVAL : ENCORE ?! Ah mais j’croyais qu’on était passés à autre chose, moi !
    PÈRE BLAISE : Ouais, euh... on ferait peut-être aussi bien de passer à autre chose, parce que là... on y comprend plus rien !
    ARTHUR : Ouais, vous avez raison, on saura sans doute jamais ce que c’était cette histoire...
    PERCEVAL : Sinon, pour en finir avec cette merde... j’ai r’trouvé un autre morceau du papelard dans ma poche.
    LÉODAGAN : Oh non mais c’est pas vrai !
    PERCEVAL : Ben quoi ? C’est pas d’ma faute si leurs messages font des miettes !
    PÈRE BLAISE : Donnez-moi ça ! Alors, euh, celui-là, ça va là, celui-là, comme ça... les Burgondes vont attaquer par le sud et les Vikings par le nord-est. Demain, pendant la première fête d’Agonalia.
    ARTHUR : La première fête d’Agonalia ?! Mais c’est en plein hiver ça, ça fait six mois que c’est passé !
    LÉODAGAN : Ah ben oui, c’est la dernière fois où on leur a mis une raclée, vous vous rappelez pas ?
    ARTHUR : Et vous l’avez trouvé hier, seigneur Perceval ?!
    PERCEVAL : Ça dépend... par rapport à quand ?
    LÉODAGAN : Ah non mais ret’nez-moi, j’vais l’tuer !

(Noir, voix off)

    PERCEVAL : Ouais, ben, c’est bien la dernière fois que j’ramasse un truc, moi !

TSON !

Sterenn a écrit :

P.S. : Parmi tout ce que j'ai lu de ta plume, il n'y a que des histoires courtes, comparables aux épisodes des trois premières saisons (avec, il est vrai des brèves qui s'enchaînent à merveille, notamment dans "Attila, sa vie, son oeuvre"). As-tu des idées pour des trames plus élaborées (ou des textes plus longs qu'il me reste encore à découvrir) ?

J'ai posté sur ce forum des propositions de suite :Livres VII (Le retour de roi), Livre VIII (Re-naissances) et Livre IX (Le Graal) ainsi que "L'enfance d'un roi" sur ma page, je ne sais plus si je l'ai posté ici.
Merci pour les encouragements.

LES BRÈVES 13 - ABSENCES

Arthur et Léodagan déjeunent en tête-à-tête.

    LÉODAGAN : Vous pouvez me passer le... euh, le truc, là.
    ARTHUR : Quel truc ?
    LÉODAGAN : Mais le machin, là ! Vous êtes bigleux ou quoi ?!
    ARTHUR : Oh,hé ! Ça va bien oui ?! Appelez les choses par leur nom, aussi, ça sera plus simple !
    LÉODAGAN : Mais j’vous fais voir depuis t’à l’heure, ça, là !
    ARTHUR : Le vin ?
    LÉODAGAN : Voilà ! Le vin... c’est quand même pas compliqué, si ?!
    ARTHUR : Ben ouais, justement... j’vois pas bien comment on peut oublier un mot aussi simple.
    LÉODAGAN : Nan mais c’est pas ça l’mot que j’cherchais, c’est le truc pour verser...
    ARTHUR : Le pichet ?
    LÉODAGAN : Le pichet, voilà ! Quel mot de merde aussi, admettez !
    ARTHUR : J’vois pas bien en quoi... vous préférez carafe ou cruche ?
    LÉODAGAN : Ah bah voilà, y a un mot que j’trouve pas et vous trouvez l’moyen de m’en citer trois ! Vous pouvez pas vous empêcher d’étaler votre science, hein ?!
    ARTHUR : Oh merde ! Buvez votre pinard et foutez-moi la paix !
    LÉODAGAN : C’est marrant cette façon que vous avez de faire passer tous les autres pour des connards.
    ARTHUR : Hé, vous y arrivez très bien tout seul... c’est pas moi qui oublie des mots aussi simples que vin ou pichet ! Heureusement que j’les connaissais, sinon vous mourriez de soif !
    LÉODAGAN : Allez-y, marrez-vous... en attendant passez-moi le... heu...

(Noir, voix off)

    ARTHUR : Ouais, ben, ce coup-ci, vous v’nez l’chercher !

TSON !

LES BRÈVES 14 - LA BARRIÈRE DE GUETHENOC

Au village.

    GUETHENOC : Dites ! Vous auriez pas vu ma vache des fois ?
    ROPARZH : Ça dépend, qu’est-ce que c’est-y qu’vous entendez par là ?
    GUETHENOC : Quoi ?! Vous savez quand même c’que c’est une vache ?! J’sais bien qu’vous êtes pas dégourdi...
    ROPARZH : Oh ben si, moi, je sais... mais si vous voulez parler de la drôle de bestiole qu’y avait dans vot’ champ, épaisse comme ça (montrant son petit doigt) toute tremblante sur ses guiboles et borgne des deux yeux...
    GUETHENOC : Comment ça mais c’est un animal superbe, le le le le voisinage tout entier me l’envie ! Et elle a qu’un œil de borgne, de l’autre, elle louche seulement !
    ROPARZH : Ouais ben, j’l’ai vu quitter vot’champ, m’étonne pas, vu qu’y a pu rien à bouffer là-d’dans, tellement qu’vous vous en occupez pas !
    GUETHENOC : Et vous allez m’dire qu’elle a ouvert la barrière toute seule ?!
    ROPARZH : Ça dépend, qu’est-ce que c’est-y qu’vous entendez par là ?
    GUETHENOC : Non mais vous foutez d’ma tronche ?! Le truc là, par terre, vous voyez bien qu’c’est une barrière ou bien ?!
    ROPARZH : Ça là ?! La branche avec un bout d’ficelle ? J’aurais plus dit une canne à pêche, moi !
    GUETHENOC : Une canne à pêche ?! Non mais vous êtes louftingue ! Y a pas plus infranchissable que cette barrière, toute une journée qu’j’avais mis à la fignoler.
    ROPARZH : Ah ben, c’est c’que j’appelle perdre son temps, moi. Bon, la d’ssus, j’vous laisse, j’ai du poisson à faire griller.
    GUETHENOC : Du poisson ? Vous revenez d’la pêche, là ? Et où s’qu’elle est vot’ canne à pêche ?!
    ROPARZH : Oh ben, quand j’en ai plus besoin, j’la jette par terre... pas loin d’où j’l’ai trouvée.
    GUETHENOC : VOUS ÊTES ALLÉ PÊCHER AVEC MA BARRIÈRE ?!
    ROPARZH : Faudrait être taré pour pêcher avec une barrière !
    GUETHENOC : Ben alors ?

(Noir, voix off)

    ROPARZH : J’ai juste emprunté vot’ canne à pêche.

TSON !

LES BRÈVES 15 - LE RHUME D’YVAIN

A l’auberge.

    KARADOC : Vous trouvez pas que les pégus sont bruyants ce soir ?
    PERCEVAL : Moi, au bout d’un moment, j’les entends plus.
    KARADOC : Ben vous avez d’la chance, moi, j’entends que ça !
    YVAIN : RAAAA-TCHIII ! Snif.
    KARADOC : Alors ! Vous l’avez pas entendu çui-là ?!
    PERCEVAL : Ouais, ben, ça, c’était pas un pégu, c’est le seigneur Yvain !
    YVAIN : J’en ai barre d’être enrubé.
    KARADOC : Mais ça veut rien dire “enrubé” !
    YVAIN : Bais berde ! Chui enrubé, c’est pas diffisile à combrendre, berde !
    KARADOC : Oh ! Choyez poli ! Soyez poli ! Berde !... merde.
    YVAIN : C’est chiant, hein ?
    GAUVAIN (Au loin) : Ben, boi, je bréfère rester à l’écart... j’veux bas chopper za baladie !
    PERCEVAL : Un bon camarade, ça partage tout !
    YVAIN : Za c’est vrai ! Bous êtes bas zolidaire !
    GAUVAIN : Béééé, ça sert à rien d’être balades dous les deux ! TCHIII !
    KARADOC : Arrêtez d’vous moquer d’lui, au moins !
    GAUVAIN : Bééé, j’me moque pas, Je grois que za me... RA TCHIIII !

Le roi et Léodagan entre dans la taverne.

    LÉODAGAN : QU’EST C’QUE VOUS FOUTEZ LÀ ?! Y A RÉUNION DE LA TABLE RONDE !

(Noir, voix off)

    ARTHUR : ZE VEUX VOUS BOIRE À LA DABLE RONDE, DOUS DE ZUITE !

TSON !

LES BRÈVES 16 - IL Y A ROI ET ROI

Kaamelott de bon matin, chambre du roi de Carmélide.

    SÉLI : Vous faites quoi aujourd’hui ?
    LÉODAGAN : Qu’est-ce que ça peut bien vous faire ? Vous comptez me les briser toute la journée comme hier ?!
    SÉLI : C’est pas l’envie qui manque mais j’ai des trucs à faire.
    LÉODAGAN : De quel genre ?
    SÉLI : Du genre qui vous regarde pas !
    LÉODAGAN : Ben dans c’cas là, j’vois pas pourquoi j’vous dirais c’que j’vais faire !
    SÉLI : Nan mais c’est pas la peine, vous allez glander comme d’habitude !
    LÉODAGAN : Pas du tout ! J’ai un tas d’choses à faire.
    SÉLI : Allez-y, donnez-moi un exemple que j’me marre un peu !
    LÉODAGAN : J’ai des contrôles de sécurité, entre autres.
    SÉLI : Arrêtez vos charres, vous allez déléguer comme toujours !
    LÉODAGAN : Ben, même déléguer, c’est du boulot !
    SÉLI : C’est ça, ouais ! Déléguer c’est faire faire son boulot par un autre, me la faites pas à l’envers !
    LÉODAGAN : Déléguer c’est trouver un gars avec les compétences pour faire le boulot et avec le nombre de tarés qui nous entourent, c’est pas une sinécure !
    SÉLI : Là d’ssus, j’peux pas vous donner tort, seulement pour égaler vos compétences, le premier glandu fait l’affaire !
    LÉODAGAN : Non mais oh ! Si vous étiez mariée au premier glandu, vous seriez pas là, hein ! Alors, un peu d’respect !
    SÉLI : Ouais, bon, vous êtes roi de Carmélide mais comme on vit chez le roi de Bretagne, on a tendance à l’oublier. Le taulier, c’est lui !
    LÉODAGAN : Ouais, j’suis quand même ministre de l’armée et de la justice !
    SÉLI : Ben voilà, ministre ! Le roi, c’est lui !
    LÉODAGAN : Oh merde ! Vous êtes reine de Carmélide et votre fille est reine de Bretagne, excusez du peu !
    SÉLI : Ouais, ben... tant qui a pas d’héritier...
    LÉODAGAN : Ben quoi ? Vous voulez que j’aille lui montrer comment faire au roi de Bretagne ?!
    SÉLI : Vu l’nombre de ses maîtresses, j’pense pas qu’il ait besoin d’conseil, surtout v’nant d’vous !
    LÉODAGAN : Et on peut savoir c’que ça veut dire ça, si c’est pas trop d’mander ?

(Noir, voix off)

    SÉLI : Que c’est pas parce que vous m’avez fait deux lardons qu’il faut vous prendre pour un artiste des parties de traversin !

TSON !

LES BRÈVES 17 - SALADE GRECQUE

Kaamelott.
Venec, Léodagan et Arthur discutent âprement.

    VENEC : Non mais Sire, vous pouvez pas laisser passer une occase pareille ! Du tout bénef, j’vous dis... que du Grec de premier choix ! Travailleur, qui moufte pas, c’est bien simple, vous m’en r’demandrez !
    ARTHUR : J’vous ai déjà dit que j’veux pas d’esclave ici !
    VENEC : Mais c’est pas des esclaves, c’est des travailleurs !
    LÉODAGAN : Des travailleurs ?! Ça veut dire qu’il faut qu’on les paye ? Vous parlez d’une bonne nouvelle !
    VENEC : Ah bah non, quand même pas, vous me payez moi, et dans un deuxième temps ... c’est moi qui les paye.
    ARTHUR : Je saurais pas dire pourquoi mais je trouve que ça pue du cul votre histoire, quelque chose de gratiné !
    LÉODAGAN : Ah ouais ? Vous aussi vous sentez l’entourloupe.
    VENEC : Comment ?! Sire ! Vous me connaissez quand même !
    LÉODAGAN : Ben justement...
    ARTHUR : Votre passif ne plaide pas en votre faveur.
    VENEC : Alors là, franchement, Sire, je suis déçu. On s’connait d’puis des années, un honnête commerçant comme moi et vous avez pas confiance !
    ARTHUR : Bon, alors... ça veut dire que vos Grecs, là, ils sont d’accord pour venir travailler ici ?
    VENEC : D’accord, d’accord... vous êtes marrant vous, ils parlent pas la langue, qu’est-ce que vous voulez leur demander ?!
    LÉODAGAN : Là d’ssus, il a pas tort, quand on comprend pas pourquoi ça gueule, on peut pas aider, non plus !
    ARTHUR : Ben voyons ! Donc, admettons, ils bossent ici, je vous paye, vous et vous, vous les payez... combien ?
    VENEC : Mais on s’en fout d’ça ! Ce qui compte pour vous, c’est combien vous payez.
    LÉODAGAN : Là d’ssus non plus, il a pas tort, qu’est-ce qu’on s’en tape !
    ARTHUR : Oui mais moi, ça m’intéresse, dites toujours.
    VENEC : Bon, ben euh... j’sais pas euh... un pour cent ?
    ARTHUR : Ah ouais, quand même... c’est généreux.
    VENEC : Ben je trouve, d’autant que je leurs fais pas payer le voyage depuis la Grèce !
    LÉODAGAN : C’est vrai qu’c’est pas donné les voyages en bateau. Y peuvent pas s’plaindre.
    ARTHUR : Vous vous foutez d’ma tronche ! C’est toujours de l’esclavage alors non !
    LÉODAGAN : J’comprends pas c’que vous avez contre l’esclavage c’est quand même moderne et bien pratique !
    ARTHUR : En Bretagne, on exploite pas la misère humaine, point !
    LÉODAGAN : C’est pas des humains, c’est des Grecs, alors euh...

(Noir, voix off)

    VENEC : Sinon la semaine prochaine, je vais rentrer du Burgonde... ça vous tente plus ?

TSON !

LES BRÈVES 18 - LE JEU DE VANNES

A l’auberge.

    PERCEVAL : Un Sloubi sinon ?
    AUBERGISTE : Oh ben non, ça va encore finir à pas d’heure !
    KARADOC : Ben alors ?! On s’en tape, on est pas pressés !
    AUBERGISTE : Parlez pour vous, moi, j’ouvre à six heures !
    PERCEVAL : Eh ben, c’est nickel ! Entre pas d’heure et six heures, c’est juste le temps qu’il faut !
    KARADOC : Nan mais on va faire un jeu d’chez moi, pour une fois !
    AUBERGISTE : Encore un jeu qu’on connait pas, va falloir expliquer les règles, le temps qu’on pige et tout ça...
    PERCEVAL : C‘est quel jeu ? P’t’être que j’connais ?
    KARADOC : Aucune chance, ça vient d’sortir ! C’est un jeu à la pointe de l’Athène au logis !
    AUBERGISTE : C’est un jeu grec ?
    PERCEVAL : Mais y vient d’vous dire que c’est d’chez lui ! Il est pas Grec le seigneur Karadoc ! (regardant Karadoc) Hein ? Vous êtes pas Grec ?
    KARADOC : Ben non, j’crois pas. Quel rapport avec le jeu ?
    AUBERGISTE : Oh non mais on a pas encore parlé des règles et je pige déjà rien !
    KARADOC : C’est tout con, on apporte quinze sifflards à chacun, celui qu’en mange le plus a gagné, celui qu’en mange le moins paye l’addition.
    PERCEVAL : Ah ouais, ça m’plait bien ça ! On a l’droit d’picoler en même temps ?
    KARADOC : Évidemment, c’est même obligatoire !
    AUBERGISTE : Ouais mais non, c’est pas un jeu pour moi, ça... et puis, faut qu’je ferme, c’est l’heure !

(Noir, Voix off)

    PERCEVAL : Ah merde ! C’est déjà pas d’heure ?

TSON !

Sterenn a écrit :

Gerfo, tu m'as donné mal aux joues !
Je suis estomaqué par tes dialogues ciselés. C'est du grand art. Les trois sketchs qui me font le plus rire sont les brèves 5 ; 7 et 8 : "L’œil du guet" (on est nul à la chasse), "Le modérateur" (pas de regrets pour les bisous ?) et "Labo d’enfer" (avec Merlin qui part faire des crêpes). Que fais-tu de tes créations ? Ces sketchs sont-ils joués quelque part, publiés ou mis en vidéo ? Alexandre Astier a-t-il connaissance de ces perles ?
Merci encore :lol:

Merci à toi.
Tous mes textes sont regroupés sur ma page Facebook "Kaamelott Imagination" https://www.facebook.com/GerfoKaa/
Je ne pense pas qu'AA ait connaissance de mes textes ni qu'il en ait envie, il a déclaré un truc du genre en réponse à une question sur les Fanfics " Je les écris assez bien moi-même, pas besoin d'aller lire des imitations" C'est de mémoire, je n'ai pas retrouvé la citation exacte.
Encore merci pour le soutien :)

Sterenn a écrit :

Gerfo, je crois que c'est le meilleur scénario que j'aie lu dans la rubrique. Et pourtant, j'ai beaucoup ri.
Mille mercis ! :lol:

Merci beaucoup.

Sterenn a écrit :

Quel talent !
Tout est bon, on dirait du cochon (je n'ai rien trouvé de mieux, désolé). Tout sonne juste et pourrait être diffusé comme du Kaamelott authentique. Je ne serais pas surpris que Vénec t'envie ton génie de contrefacteur !

Merci, c'est trop d'honneur Monseigneur. :)

Arthur, mode décontracté, sous son arbre favori.

    ARTHUR : Belle qui tiens ma vie-euh
    Captive dans tes yeux,
    Qui m'as l’âme ravie-euh
    D'un sourire graci-eux,
    Viens tôt me secourir
    Ou me faudra mourir, viens tôt me secourir, ou me faudra...


    PERCEVAL : Ah ouais j’l’aime bien celle-là !

Arthur se relève brutalement.

    ARTHUR : Non mais qu’est-ce que vous foutez-là, vous ?!
    PERCEVAL : Ben, j’vous écoutais chanter.
    ARTHUR : Je chantais pas !
    PERCEVAL : Ah ben si, c’était : Belle qui tiens ma vie-euh...
    ARTHUR : Je vous dis que c’était pas moi ! Cassez-vous maintenant !
    PERCEVAL : Pourtant, j’aurais juré qu’c’était vous, Sire.
    ARTHUR : Comme quoi, il faut jamais jurer de rien ! Cassez-vous, j’vous dis !
    PERCEVAL : Sinon, vous la connaissez ?
    ARTHUR (posant sa main sur ses yeux) : Pffff... je connais qui ça ?
    PERCEVAL : Pas qui, la chanson, vous la connaissez ?
    ARTHUR : MAIS ÉVIDEMMENT QUE J’LA CONNAIS PUISQUE J’LA CHANTAIS Y A PAS DEUX MINUTES !
    PERCEVAL : Ah ben c’était bien vous finalement ?
    ARTHUR : Oui mais euh, j’avais oublié... voilà !
    PERCEVAL : Ah merde ! Vous vous en souvenez plus du coup.
    ARTHUR : De quoi ?!
    PERCEVAL : La chanson, vous l’avez oubliée ?
    ARTHUR : Mais pas du tout ! J’avais oublié que j’la chantais... c’est tout.
    PERCEVAL : La vache ! je sais qu’ça vient d’moi, hein mais y a des fois, j’ai du mal à vous suivre.
    ARTHUR : Non mais sur ce coup-là, j’ai peut-être pas été clair. Qu’est-ce que vous lui voulez à cette chanson ?
    PERCEVAL : Je l’aime bien, j’aimerais bien l’apprendre.
    ARTHUR : Mais vous en connaissez pas déjà des chansons ?
    PERCEVAL : Oh ben si quand même !
    ARTHUR : Chantez-moi votre préférée, pour voir.
    PERCEVAL : Oui ? Vous êtes sûr ?
    ARTHUR : Roulez, roulez.
    PERCEVAL : Bon, alors euh... hum !

Ah que nos pères étaient heureux
Quand ils étaient à table.
Le vin coulait à côté d’eux
Ça leur était fort agréable.

Et ils buvaient à pleins tonneaux,
Comme des trous, comme des trous, morbleu !
Bien autrement que nous, morbleu !
Bien autrement que nous !

    ARTHUR : Ouais, c’est un autre style.
    PERCEVAL : Ouais, vous aimez pas ?
    ARTHUR : C’est pas ça... c’est une autre ambiance, ça convient pas à tous les moments, voyez ?
    PERCEVAL : Ouais, je vois très bien. Un soir, j’ai chanté ça à une fille, elle m’a vidé un seau d’flotte sur la tête. C’est pour ça, j’aurais bien aimé apprendre la vôtre, là.
    ARTHUR : D’accord, alors, écoutez. Belle qui tiens ma vie-euh [...] Plutôt on verra l'onde
    Contre mont reculer,
    Et plutôt l'œil du monde
    Cessera de brûler,
    Que l'amour qui m'époint
    Décroisse d'un seul point, Que l’amour qui m’époint, décroisse d’un seul point. Voilà, vous en pensez quoi ?
    PERCEVAL : C’est joli mais j’ai rien compris.
    ARTHUR : C’est marrant, ça m’surprend pas.
    PERCEVAL : Pourquoi vous dites ça ?
    ARTHUR : Parce que comprendre les choses, c’est pas trop votre truc... mais c’est pas grave, hein... pas besoin de les comprendre, tant qu’on les ressent.

(Noir, voix Off)

    PERCEVAL : Ça non plus j’ai pas pigé mais j’ai bien senti que j’aurais pas dû le dire.

TSON !

Belle qui tiens ma vie est une pavane pour 4 voix (accompagnée d'un tambourin) composée par Thoinot Arbeau, de son vrai nom, Jean Tabourot (1520-1595), chanoine de Langres. Donc, aucune chance que les chevaliers de la table ronde aient pu en avoir connaissance au Vème siècle.
Texte complet :
« Belle qui tiens ma vie
Captive dans tes yeux,
Qui m'as l’âme ravie
D'un sourire gracieux,
Viens tôt me secourir
Ou me faudra mourir.(bis)
Pourquoi fuis-tu mignarde
Si je suis près de toi,
Quand tes yeux je regarde
Je me perds dedans moi,
Car tes perfections
Changent mes actions.(bis)
Tes beautés et ta grâce
Et tes divins propos
Ont échauffé la glace
Qui me gelait les os,
Et ont rempli mon cœur
D'une amoureuse ardeur.(bis)
Mon âme souloit* être
Libre de passions,
Mais Amour s'est fait maître
De mes affections,
Et a mis sous sa loi
Et mon cœur et ma foi.(bis)
Approche donc ma belle
Approche, toi mon bien,
Ne me sois plus rebelle
Puisque mon cœur est tien.
Pour mon mal apaiser,
Donne-moi un baiser.(bis)
Je meurs mon angelette,
Je meurs en te baisant.
Ta bouche tant doucette
Va mon bien ravissant.
À ce coup mes esprits
Sont tous d'amour épris.(bis)
Plutôt on verra l'onde
Contre mont reculer,
Et plutôt l'œil du monde
Cessera de brûler,
Que l'amour qui m'époint
Décroisse d'un seul point.(bis) »
* Souloir : avoir l'habitude de. Beaucoup d'adaptations  modernes du texte remplacent ce verbe par "vouloir", qui se conjugue de  la même manière, au prix d'une altération du sens de la phrase.

Repas du midi à Kaamelott, le roi, son épouse, Yvain, Léodagan et Séli sont attablés.

    SÉLI : Dites donc, ma fille, y m’semble que la moindre des choses, ça serait d’arriver à l’heure !
  GUENIÈVRE : Je suis désolée, mère, je ne retrouvais plus mon collier.
    ARTHUR : Nan mais, vous en faites pas, le protocole dit bien que les invités du roi doivent attendre le roi ET la reine avant de commencer. Vous devriez même pas être assis avant la reine, selon l’étiquette !
    LÉODAGAN : Ouais ben, l’étiquette, vous savez où j’me la colle !
    YVAIN : J’ai jamais su ce que c’était, l’étiquette, moi !
    LÉODAGAN : C’est pas grave, c’est des conneries !
    ARTHUR : Méfiez-vous parce que c’est le genre de connerie qui peut vous rev’nir en pleine tronche, un de ces quatre !

    ***

    MAÎTRE D’ARMES : Sire ! Veuillez me pardonner de vous interrompre mais le ton monte parmi les bouseux.
    ARTHUR : Qu’est-ce qu’ils nous veulent encore ces cons là ?!
    LÉODAGAN : Dites ! Vous pourriez avoir un peu de respect pour la condition paysanne !
    ARTHUR : C’est vous qui me dites ça ?! Vous manquez pas de souffle, vous qui traitez les paysans comme des moins que rien !
    LÉODAGAN : Oui mais moi, c’est normal, c’est venant d’vous que j’trouve ça inadmissible ! C’est vous le champion de la politique progressiste ou pas ?!
    ARTHUR : Non mais pour qui vous...
    MAÎTRE D’ARMES : VEUILLEZ ME PARDONNER À NOUVEAU ! Mais pour une fois, ils n’en ont pas contre vous mais s’invectivent les uns les autres. Seulement, cette fois, j’ai l’impression que ça va dégénérer.
    ARTHUR : Et merde ! Il va falloir y aller avant que les esprits s’échauffent.
    YVAIN : Et esprit échauffé, craint l’eau froide !
    ARTHUR : Qu’est-ce que vous racontez vous ?!
    YVAIN : C’est pas ça qu’on dit ? Qu’est-ce qui craint l’eau froide, alors ?

Arthur se saisit d’une cruche et lui la verse sur la tête. Yvain reste les bras ballants, les yeux écarquillés.

    ARTHUR : Ah bah, manifestement, c’est pas vous. Alors vous allez faire la même chose à tous les hommes du château, jusqu’à ce que vous trouviez celui qui craint l’eau froide. A votre place, je commencerais par votre père !
    LÉODAGAN : Essayez un peu, j’vous déshérite !
    SÉLI : Vous savez bien que c’est pas possible !
    LÉODAGAN : Ah oui merde ! C’est vrai que c’est déjà fait... pas grave, j’vous envoie aux galères !
    SÉLI : Mais arrêtez de dire des conneries et allez plutôt calmer ces pécores, votre gendre est déjà parti !
    LÉODAGAN : Ouais, ben, c’est les siens de pégus, il peut bien ouvrir la route !
    YVAIN : Où c’est que je vais remplir ma cruche, moi ?

    ***

Au village, c’est la pagaille. Deux clans s’affrontent, celui de Guethenoc contre celui de Roparzh.

    GUETHENOC : NON MAIS VOUS ÊTES MABOULE OU BIEN ?! VOUS AVEZ RASÉ MA BARAQUE !
    ROPARZH : AH C’ÉTAIT VOT’ BARAQUE ? SCUSEZ-MOI, J’AI CRU QU’ C’ÉTAIT UN TAS D’ BOUSE ! ÇA Y R’SSEMBLAIT ET ÇA SENTAIT PAREIL ! 

Ils en viennent aux mains lorsqu’ Arthur arrive avec le Maître d’armes accompagné de quelques soldats et Léodagan, à la traîne.

    ARTHUR : OH !  Qu’est-ce qui se passe ici ?!

Les deux paysans et leurs clans respectifs n’ont même pas remarqué l’arrivée du roi.

    GUETHENOC : J’VAIS TOUT VOUS-Y  PULVÉRISER VOT’ BICOQUE, MOI ! AVEC TOUT C’QUI Y A AUTOUR, LES BÊTES, LES CHAMPS, TOUT ! VOUS-Y R’TROUVEREZ PAS VOS P’TITS !
    ROPARZH : MES P’TITS QUOI ? J’EN AI PAS ALORS VOUS PARLEZ SI J’M’EN FOUS BIEN D’VOS MENACES !
    ARTHUR : STOOOOP ! ÇA SUFFIT ! FERMEZ VOS GUEUUUUULES !

Cette fois, tout le monde se fige.

    ARTHUR : Qu’est-ce qui peut bien vous passer dans la cafetière pour en arriver là ?!
    GUETHENOC : C’est lui Sire, il m’a rasé ma magnifique ferme !
    ROPARZH : Magnifique ?! Mais ça ressemblait à rien et ça empestait tout l’voisinage !
    ARTHUR : Oh ?! Vous lui avez rasé sa baraque ?! Mais vous êtes taré !
    ROPARZH : Mais M’sieur Sire, il avait chié d’vant ma porte !
    MAÎTRE D’ARMES : Et vous ne trouvez pas votre riposte quelque peu... disproportionnée ?
    ROPARZH : Hein ?! De quoi qui cause, lui ?
    ARTHUR : Entre chier d’vant une porte et raser une baraque, y a une marge, non ?!
    ROPARZH : Oué, j’me suis p’têt laissé dépasser par la colère mais c’est tous les jours qui y a queq’chose avec çui-là, au bout d’un moment, j’ai craqué !
    GUETHENOC : Comment ça, tous les jours ?! Y a pas de voisin plus aimab’ que moi !
    ARTHUR : Vous avez pas chié devant sa porte ?
    GUETHENOC : Euh... si mais, des fois, ça vous prend, ça peut pu attendre, c’est tombé devant sa porte, j’y peux rien, moi, c’est, comme qui dirait, un hasard malheureux !
    LÉODAGAN : Nan mais y s’foutent de nos tronches en plus, cette fois, pas de détail, c’est les galères !
    ARTHUR : Pour les deux ?
    LÉODAGAN : On va pas commencer à tergiverser, depuis l’temps qu’ils nous tapent sur le système, ces deux-là !
    ROPARZH : Non mais c’est rien, j’vais l’y aider à retaper sa belle ferme, à mon ami Guethenoc, hein ?
    GUETHENOC : Mais oui, tout à fait, on va trouver un terrain d’entente, hein ?
    LÉODAGAN : Non mais vous laissez pas avoir, hein ! Dans deux jours, ils auront r’mis ça, ces cons là !
    ARTHUR : Bon, alors, voilà c’qui va se passer. Roparzh, vous accueillez Guethenoc et sa famille chez vous, le temps que vous mettrez, tous les deux à reconstruire sa ferme.
    LÉODAGAN : Et voilà, j’en était sûr ! Vous gouvernez vraiment comme une gonzesse !
    MAÎTRE D’ARMES : SIRE ! Dois-je occire le seigneur Léodagan pour cet affront ?!
    ARTHUR : Laissez, je m’en occuperai plus tard.
    LÉODAGAN : Qu’est-ce que j’disais ? Une gonzesse !
    ROPARZH : C’est promis, Sire, on fera tout comme vous avez dit !
    GUETHENOC : Oui, d’accord, juste, si on pouvait dormir dehors, quand même, parce que chez lui, ça sent pas la rose !
    ARTHUR : Ah commencez pas, hein ! Soit, vous faites ce que je dis, soit, c’est les galères, compris ?!

Les deux paysans, bras sur l’épaule de l’autre et faisant des courbettes au roi.

    GUETHENOC : On a compris M’sieur vot’ Sire, c’est promis !
    ROPARZH : Merci vot’Sire bien aimé !
    ARTHUR : C’est votre dernière chance, alors, la gâchez pas !
    LÉODAGAN : Dans deux jours, ils auront foutu l’feu à la région ! Vous leur ferez les gros yeux si c’est l’cas ?

    ***

Kaamelott, cour du château. Léodagan, trempé court après Yvain.

    LÉODAGAN : Rev’nez-là ou j’vous tue !

(Noir, voix off)

    YVAIN : SIRE ! SIRE ! ÇA Y EST, J’AI TROUVÉ CELUI QUI CRAINT L’EAU FROIDE !

TSON !

Repas du midi, Léodagan, Séli, Guenièvre et Arthur sont attablés.

    ARTHUR : Non, beau-père ! Ni scorpion ni catapulte ni quoi que ce soit, c’est non ! Y a plus un rond !
    LÉODAGAN : Non mais c’est un monde ça ! Y a que moi à être préoccupé par la défense du pays ?!
    MAITRE D’ARMES : Sire ! Veuillez me pardonnez mais vous avez de la visite !
    ARTHUR : Ah ?! Mais j’attends personne, moi !
    MAITRE D’ARMES : Ce sont le Duc et la Duchesse d’Aquitaine !
    LÉODAGAN : Qu’est-ce qu’ils viennent foutre ici, ces cons là ?!
    VOIX du DUC : Avant que vous alliez plus loin, j’aimerais vous faire savoir que nous sommes là.
    ARTHUR (jetant un regard méchant à Léodagan) : Duc ?! Mais entrez, je vous en prie ! (il se lève et va à leur rencontre) Mais qu’est-ce que…  c’était prévu ?
    LE DUC : Non, du tout ! C’est une simple visite de courtoisie.
    LA DUCHESSE (regardant Léodagan): Ouais, ben, la courtoisie, elle en a déjà pris un coup dans l’aile !
    ARTHUR : Mais venez vous asseoir, vous avez mangé ?
    LE DUC : Non, ma foi, nous n’avons pas eu l’opportunité de nous restaurer.
    LA DUCHESSE : En bref, on crève la dalle, quoi !

Arthur fait dresser des couverts supplémentaires et tout le monde ripaille.

    ARTHUR : Mais sinon… euh…
    LE DUC : Oui ?
    ARTHUR : Visite de courtoisie, bon d’accord, mais y a bien une raison…
    LE DUC : En fait, je vais vous dire, c’est la p’tite (montrant sa  femme) qu’a voulu revenir. La première fois, soi-disant qu’elle avait pas eu l’temps de visiter et patati et patata…
    LA DUCHESSE :  Faites-moi passer pour une péronnelle aussi ! Mais c’est vrai, Sire, j’aimerais tellement mieux vous connaître… enfin, Kaamelott, quoi !
    LE DUC : Je me suis peut être avancé mais je lui ai dit que vous ne verriez certainement pas d’inconvénient à lui faire visiter le château !
    ARTHUR : Euh, non, bien sûr… pourquoi pas ? Vous avez terminé ? Nous y allons ?
    LA DUCHESSE (avec un grand sourire) : Volontiers, Sire !
    ARTHUR : Duc, vous venez également ?
    LA DUCHESSE :  Ah non, non, il vient pas, lui !
    LE DUC : De fait, si c’est possible, j’aimerais me reposer.

    ***

Arthur et la Duchesse partent donc pour la visite en commençant par les remparts.

    ARTHUR : Vous avez ici, une très belle vue sur le royaume de Logres !
    LA DUCHESSE (se collant à lui) : C’est vrai, c’est très beau mais il fait un peu froid, non ?

Arthur est un peu gêné mais pas insensible au charme de la Duchesse, il la prend dans ses bras.

    ARTHUR : Et comme ça, vous avez moins froid ?
    LA DUCHESSE : C’est beaucoup mieux ! Pourrions-nous redescendre, visiter… l’étage des chambres ?
    ARTHUR : Vos désirs…

Il n’a pas le temps de finir sa phrase que déjà, elle l’embrasse à pleine bouche. Ils redescendent et entrent dans la première chambre libre qu’ils trouvent.

    ***

Après une bonne heure d’exercice physique, les deux amants se reposent lorsqu’on frappe à la porte. Arthur fait signe à la Duchesse de se taire, se pare d’un drap et va ouvrir.

    LE DUC : Veuillez pardonner mon indélicatesse mais je me reposais dans la chambre voisine et j’ai cru entendre que mon épouse est avec vous.
    ARTHUR : Ben, c’est-à-dire que… pfff… enfin… je sais pas si…
    LE DUC : Non, mais ça peut attendre si vous en avez encore besoin.
    ARTHUR : Non, non, entrez, je vous en prie !

La Duchesse s’est à peu près rhabillée durant ce bref échange.

    LE DUC : Ma chère, je voulais vous dire que nous allons devoir écourter notre séjour, des affaires urgentes me rappellent en Aquitaine.
    LA DUCHESSE : Vous êtes vraiment un rabat-joie ! Pour une fois que je suis… que nous sommes accueillis avec les égards dus à notre rang… naturellement, vous vous arrangez pour tout gâcher !
    ARTHUR : Mon cher Duc, je suis vraiment confus… si vous exigiez réparation, je comprendrais !
    LA DUC : Mais pas du tout, qu’allez-vous chercher là ! Nous sommes très satisfaits de votre accueil !
    ARTHUR : Quand même, j’ai honte de…

(Noir, voix off)

    LE DUC : Je vous remercie de vous être occupé de la p’tite… pourtant, vous, vous n’êtes pas obligé !


TSON !

Le chevalier Perceval est de retour de son Pays de Galles natal après cinq jours de voyage. Les deux premiers à cheval et les trois derniers à pieds, son cheval, à la fois, boiteux et malade ayant rendu l’âme. Il arrive sale et fatigué à Kaamelott., il est tellement fatigué qu’il a bien du mal à grimper les escaliers jusqu’à la chambre d’Angharad, il entre et tombe à genoux, épuisé.

    PERCEVAL : Angharad, s’il vous plaît, voulez-vous bien m’épousseter ?
    ANGHARAD (Avec un grand sourire qui s’éteint brusquement): Vous épou ... sseter ?! Vous êtes sûr ?
    PERCEVAL : Ben ouais, je suis tout crado, vous voulez pas me donner un coup de votre bidule, là ?
    ANGHARAD : Mon plumeau ? Tenez, faites-le vous même ! Moi qui croyais que vous veniez demander ... .
    PERCEVAL : Ouais, je sais. Vous avez cru que j’venais vous emmerder, c’est ça ?
    ANGHARAD : Mais pas du tout ! J’ai cru que...
    PERCEVAL : Ah non, ouais ! Vous avez cru que j’étais un peu cavalier mais mon canasson est tombé raide en cours de route, du coup, j’ai pensé à vous.
    ANGHARAD : Votre cheval crève et vous pensez à moi ?! Charmant !
    PERCEVAL : Ben ouais, je m’suis dit, autant aller voir une professionnelle.
    ANGHARAD : Une prof... ?! Mais pour qui vous me prenez au juste ?!
    PERCEVAL : Ben, pour la bonniche de la reine, pourquoi, c’est pas ça ?
    ANGHARAD : Ah si, si ! Vous faites bien de me le rappeler, j’ai failli oublier !
    PERCEVAL : Ben j’ai bien fait de passer, vous auriez pu vous faire engueuler !
    ANGHARAD : Vous feriez mieux d’aller prendre un bain, le plumeau, ça va pas suffire, là !
    PERCEVAL : Ouais mais là, j’ai carrément la flemme.
    ANGHARAD : Venez avec moi, je vais vous aider.
    PERCEVAL : Vous êtes trop bonne !
    ANGHARAD : Oui, ça y est, j’ai bien compris maintenant !

    ***

   Dans la salle de bain du château, Angharad frotte énergiquement Perceval avec une éponge.

    ANGHARAD : Vous ne m’avez pas laissé parler tout à l’heure mais j’ai cru que vous veniez...
    PERCEVAL : Ouais je sais...
    ANGHARAD : Ah mais fermez-la ! Vous allez me laisser parler ou quoi ?!
    PERCEVAL : Euh, ben ouais, allez-y.
    ANGHARAD (Énervée) : Donc ! Tout à l’heure, j’ai cru que vous veniez demander ma main !
    PERCEVAL : Ouais mais non, vous en avez besoin dans votre boulot, moi, je voulais juste un coup d’main !
    ANGHARAD : Mais vous êtes complètement con, en fait ! J’ai cru que vous veniez me demander de vous épouser... pas de vous épousseter !
    PERCEVAL : Ah ouais, putain, la gaffe ! J’vois ce que vous voulez dire.
    ANGHARAD : Et alors, c’est tout ce que ça vous inspire ?!
    PERCEVAL : Ouais, non, je demanderais pas mieux mais le roi peut pas vous sacquer !
    ANGHARAD : Et alors ? C’est pas lui qui m’épouse !
    PERCEVAL : Nan mais déjà que je l’énerve à chaque fois que j’ouvre la bouche, si j’ai une femme qu’il aime pas, on est pas sorti d’la bouse !
    ANGHARAD : Donc, c’est décidé, on se mariera jamais ?!
    PERCEVAL : On peut attendre de voir si un jour, il vous trouve pas chiante.

   Angharad lâche l’éponge, se relève et quitte la pièce en claquant la porte. Nul à Kaamelott, ne la reverra.

    PERCEVAL : Ben quoi, qu’est-ce que j’ai dit ?! Rev’nez, j’suis plein d’savon !

    ***

Dans la cour du château.

    ARTHUR : Nan mais vous en t’nez une couche, hein ! Je vous avais dit de faire comme vous vouliez ! C’est pas parce qu’elle m’agace que vous pouviez pas l’épouser, y a que vous que ça regarde ça ! Et elle est partie... partie ?
    PERCEVAL : Ah ben ouais, là, vu comment qu’elle a claqué la porte...
    ARTHUR : Et vous avez pas couru après ?!
    PERCEVAL : Ben non, j’étais tout nu et plein de savon !
    ARTHUR : Ouais, euh, j’préfère pas savoir pourquoi.
    PERCEVAL : Et la reine, elle va pas être énervée d’avoir perdu sa boniche à cause de moi ?
    ARTHUR : Oh, vous savez, les boniches, c’est pas ça qui manque.

(Noir, voix off)

    PERCEVAL : Vous m’direz si vous aimez bien la nouvelle ?

TSON !

Info : Pour ceux qui l’ignoreraient encore,  Vanessa Guedj, l’actrice qui interprétait Angharad a quitté la série après s’être engueulée avec A.A. Commentaire de l’intéressé : Je me suis fritté avec l’actrice.

Quatre chevaliers à pieds, perdus sur un chemin en rase campagne.

    LEODAGAN : C’était vraiment une idée de merde !
    ARTHUR : Vous en aviez une meilleure, peut-être ?!
    KARADOC : Nan, moi j’trouve pas, ça a marché, c’était pas si con que ça !
    ARTHUR : Trop aimable.
    PERCEVAL : Ben ouais, même moi, j’y aurais pas pensé !
    LEODAGAN : Depuis quand vous êtes experts en connerie, vous ?!
    ARTHUR : Ah si, si ! Vous trouverez pas meilleurs que ces deux-là, dans ce domaine, j’vous assure !
    LEODAGAN : Ouais, c’est vrai... j’suis con !
    PERCEVAL : Merci Sire. Ça me touche ce que vous avez dit.
    KARADOC : Ouais, moi aussi. C’est beau d’être reconnu pour ses capacités... ou sa contenance ? Je sais jamais comment on dit.
    ARTHUR : Ça nous dit pas où sont passés nos chevaux, ça !
    LEODAGAN : Si vous aviez pas eu cette idée de merde, on serait dessus à l’heure qu’il est !
    ARTHUR : Ou on serait morts, plutôt !
    PERCEVAL : C’est vrai que si le roi avait pas fait peur aux chevaux pour qu’ils foncent sur les Vikings, on était mal barrés ! Sinon les chevaux...
    LEODAGAN : Mais ils étaient qu’une dizaine, on aurait pu les avoir sans ça ! Maintenant, faut qu’on rentre à Kaamelott à pinces ! Vous êtes sûr qu’on va dans la bonne direction, au moins ? Manquerait plus qu’on s’paume !
    ARTHUR : Ben, suffit de se baser sur le soleil, y a pas trop à s’tromper, non ?
    LEODAGAN : Ouais, j’sais bien mais moi, quand j’ai mal aux pieds, j’peux plus réfléchir !
    ARTHUR : Et bien sûr, si vous avez mal aux pieds, c’est d’ma faute ! Vous allez pas m’lâcher avec les chevaux, hein !
    LEODAGAN : Vous avez fait une connerie, vous avez fait une connerie ! C’était pas la première ni la dernière. Alors, je sais, je devrais avoir l’habitude... mais une connerie de cette envergure, quand même !
    PERCEVAL : Si on f’sait un jeu au lieu de s’engueuler ?
    LEODAGAN : Un jeu ?!  Nan mais on a passé l’âge, vous croyez pas non ?!
    ARTHUR : Pourquoi, vous avez mieux à faire ? Le temps passera plus vite... et vous oublierez peut-être vos pieds. A quoi vous pensez, seigneur Perceval ?
    PERCEVAL : Oh ben, c’est pas le choix qui manque, y en a tout un épouvantail !
    ARTHUR : Un épou... tout un éventail !
    PERCEVAL : Ouais. Par exemple, on peut jouer au premier qui voit un truc qu’on décide avant.
    ARTHUR : Quel genre de...
    KARADOC : Un dragon ! Le premier qui voit un dragon a gagné !
    LEODAGAN : Ah ben ouais, les dragons de rase campagne, c’est bien connu, y en a à tous les coins de... ah ben non, y a pas de coin non plus !
    ARTHUR : Non, faut choisir un truc qu’on a une chance de voir, quand même.
    PERCEVAL : Un caillou ?
    LEODAGAN : Mais des cailloux y en a partout ! On marche dessus, ah non mais vraiment hein !
    KARADOC : Un cheval !
    ARTHUR : Allez ! Pourquoi pas, le premier qui voit un cheval a gagné !
    PERCEVAL : Ça compte si c’est un des nôtres ?
    ARTHUR : Ben ouais, pourquoi pas ?
    PERCEVAL : Et si j’en vois quatre d’un coup, j’ai gagné quatre fois ?
    ARTHUR : Mais si vous voulez, qu’est-ce qu’on s’en fout à la fin !
    PERCEVAL : Non, parce que les nôtres, ça fait bien une heure qu’ils nous suivent à cinquante pieds derrière !
    LEODAGAN : Mais c’est vrai en plus ! Vous pouviez pas le dire plus tôt ?!
    ARTHUR : Ah non mais vous êtes vraiment...
    PERCEVAL : Vous arrêtiez pas d’vous engueuler à cause des chevaux, j’me suis dit que c’était pas le moment de remettre ça sur le tapis.

(Noir, voix off)

    PERCEVAL :  Sinon, j’ai gagné ou pas ?

TSON !

LES BRÈVES 1 - Le goût du vin


L’auberge.
•    PERCEVAL : Vous trouvez pas que le pinard a un drôle de goût ?
•    KARADOC : Non, il est comme d’habitude.
•    PERCEVAL : C’est bizarre, je lui trouve un goût... acre ou âpre, je sais pas trop.
•    KARADOC : Ça, c’est parce que vous lavez pas votre godet avant de vous servir !
•    PERCEVAL : Comment ça ?
•    KARADOC : Ben moi à chaque fois, avant de me servir, je crache dans mon godet et je nettoie avec mon doigt... je touille bien, j’essuie avec un bout de ma liquette, comme ça, le godet il est nickel.
•    PERCEVAL : Mais il fait pas la vaisselle le tavernier ?!
•    KARADOC : Si, une fois par mois, alors selon qu’on est en début ou en fin de mois... ça frelate plus ou moins.
•    PERCEVAL : Y’a pas à dire, vous êtes un champion de la ripaille, vous !
(Noir, voix off)
•    KARADOC : Ah ça ! Question hygiène des chicots et de la vaisselle, je suis intraitable !
TSON !

LES BRÈVES 2 - Passe d’armes

Dans la cour du château.
•    MAÎTRE D’ARMES : Alors, vous êtes prêt, Sire ?
•    ARTHUR : Prêt, prêt... je suis là, c’est déjà pas mal !
•    MAÎTRE D’ARMES : Ah mais mettez-y du vôtre sinon, c’est pas la peine !
•    ARTHUR : Ah ben voilà, on a qu’à dire ça ! C’est pas la peine !
•    MAÎTRE D’ARMES : SIRE ! Il faut vous maintenir en forme sinon vous allez devenir une petite lopette bonne à rien !
•    ARTHUR : Non mais, ça va pas bien oui ?! Attention, hein !
•    MAÎTRE D’ARMES : En garde, espèce de vieille catin rachitique !
•    ARTHUR : Nan mais n’insistez pas, ça marche plus vos insultes, là. Je vais me recoucher, moi.
Arthur tourne le dos et s’en va, le Maître d’armes lui met son pied au cul.
•    ARTHUR : Alors là, c’est une atteinte à ma personne royale ! A LA GARDE !
•    MAÎTRE D’ARMES : AH ! Il vous faut de l’aide pour me corriger ? C’est bien ce que je pensais... vous n’êtes qu’un pleutre !
•    ARTHUR : Vous, vous êtes mort !
Arthur se précipite sur le Maître d’armes.

***
Labo de Merlin, Arthur et le Maître d’armes, couverts d’hématomes, se font soigner par le druide.
•    MERLIN : Mais qu’est-ce qui vous est arrivé ? Vous êtes tombés sur des Huns ?
•    ARTHUR : Nan, nan, chuste chur un connard !
(Noir, voix off)
•    MAÎTRE D’ARMES : Attenchion, hein ! Moi, au moins, chuis pas une ‘tite chouineuse !
TSON !

LES BRÈVES 3 - Douceur matinale

Kaamelott, chambre de Léodagan et Séli.
•    LÉODAGAN : Vous faites quoi ce matin ?
•    SÉLI : Qu’est-ce que ça peut bien vous foutre ?!
•    LÉODAGAN : Oh mais ça va ! C’était juste pour causer ! Ça s’arrange pas niveau caractère, hein !
•    SÉLI : Ben quoi, ça fait vingt ans qu’on marche comme ça, j’vois pas pourquoi faudrait changer maintenant !
•    LÉODAGAN : Eh ben moi, je trouve, qu’un peu d’amabilité, de temps en temps, ça aurait un effet... reposant.
•    SÉLI : Ouais, ben on est pas là pour se reposer mais pour se remplir les poches tant qu’on peut encore !
•    LÉODAGAN : Ça vous fatigue pas, vous, de toujours être à cran, toujours à l’affut...
•    SÉLI : J’ai pas l’temps d’être fatiguée, moi ! C’est bon pour les lourdauds dans vot’ genre !
•    LÉODAGAN : Le lourdaud, il va vous renvoyer chez les Pictes, vous m’donnerez des nouvelles du pays !
•    SÉLI : Tout de suite, des menaces ! Ce matin, j’ai deux ou trois loufiats à mettre au pas, puisque vous voulez tout savoir !
•    LÉODAGAN : Ben voilà, c’est quand même pas compliqué d’être un peu civilisé.
(Noir, voix off)
•    SÉLI : Civilisé ? Non mais, évitez les grossièretés, on a une réputation à tenir, quand même !
TSON !

LES BRÈVES 4 - Les jumelles à la loupe

Kaamelott, chambre royale.
•    GUENIÈVRE : Ça fait longtemps que j’ai pas vu les jumelles.
•    ARTHUR : Ouais, et ?
•    GUENIÈVRE : Ben rien, je me demandais si vous les aviez pas répudiées.
•    ARTHUR : RÉPUDIÉES ?! Ça va pas bien, non ?! Pourquoi je ferais ça ?
•    GUENIÈVRE : Mais j’en sais rien, moi ! Peut-être qu’elles vous plaisent plus, qu’est-ce que j’en sais, moi !
•    ARTHUR : Ben justement, vous en savez rien, alors, essayez pas d’échafauder des hypothèses improbables !
•    GUENIÈVRE : Alors, elles sont où ?
•    ARTHUR : Mais c’est pas vrai ! Qu’est-ce que ça peut bien vous faire, à la fin ?!
•    GUENIÈVRE : Mais je les aime bien, moi. Elles sont gentilles, on discute parfois... surtout Aziliz... non mais Tumet aussi... allez, dites-moi, qu’est-ce que vous en avez fait ?
•    ARTHUR : Mais qu’est-ce que vous voulez que j’en fasse, elles sont pas dans ma poche, non ?!
•    GUENIÈVRE : Alors elles sont où ?!
•    ARTHUR : Ah merde ! Elles sont parties voir leur père, là ! Vous êtes bien avancée !
•    GUENIÈVRE : Ben... pourquoi vous m’avez pas dit ça tout de suite ?
•    ARTHUR : Mais parce que... j’ai pas envie de discuter de mes maîtresses avec vous !
•    GUENIÈVRE : De toute façon, quel que soit le sujet, vous voulez JAMAIS discuter avec moi !
(Noir, voix off)
•    ARTHUR : C’est pas vrai, ça !... Vous avez pas fait tailler les rosiers récemment ?
TSON !

LES BRÈVES 5 - L’œil du guet

Tour de guet, quelque part sur la côte.
•    YVAIN : C’est trop chiant les tours de guet, si encore on pouvait dormir !
•    GAUVAIN : Mais nous pouvons mais chacun notre tour, en altérité.
•    YVAIN : Bonjour l’ambiance, guetter tout seul pendant que l’autre roupille. C’est hyper fractionnel !
•    GAUVAIN : Ne pourrions-nous pas dormir en même temps mais que d’un œil ?
•    YVAIN : Comment ça ? Comme les perdrix ?
•    GAUVAIN : Quelles perdrix ?!
•    YVAIN : Non mais y’avait un soldat, l’autre fois, il disait qu’il avait un œil de perdrix... j’avais beau le regarder en face, j’ai rien remarqué !
•    GAUVAIN : Que tout cela est étrange... moi j’ai entendu mon oncle dire que le seigneur Calogrenant a un œil de Lynx, ben, comme vous, j’ai rien vu de bizarre.
•    YVAIN : Je crois bien qu’on nous promène dans la bouillie d’avoine ! Ne serions-nous point le sujet de quolibets de toutes sortes ?! Peu me chaut les réprimandes, si le courroux me prend, j’irai occire ces vils... nan mais j’vais pas réussir à la terminer cette phrase.
•    GAUVAIN : Voilà qui est bien dommage, tout ceci était fort prometteur !
•    YVAIN : Vous croyez ? Nan mais déjà “peu me chaut” je suis pas bien sûr... . De quoi qu’on causait déjà ?
•    GAUVAIN : Des yeux des lynx et des perdrix. Je pense à une chose... et si certains d’entre eux avaient un œil supplémentaire ?
•    YVAIN : Non mais ça se verrait tout de suite !
•    GAUVAIN : Pas forcément... imaginez que le seigneur Calogrenant ait avalé un œil de lynx et que c’est cet œil qui monte la garde pendant que lui, il dort tranquillement !
•    YVAIN : La vache ! C’est sûrement ça ! Trop fort !
•    GAUVAIN : Qu’est-ce qu’on attend ? Allons chasser un lynx ou une perdrix ! (Levant la main pour un check)
•    YVAIN : Ah ouais mais non, c’est pas possible !
•    GAUVAIN : Mais pourquoi ?!
(Noir, voix off)
•    YVAIN : On est nuls à la chasse.
TSON !

LES BRÈVES 6 - La question

Arthur et Perceval déjeunent en tête-à-tête.

    ARTHUR : Vous êtes pas très bavard ce midi.
    PERCEVAL : C’est parce que, j’ai un truc qui me trotte dans la tête, là... ça me travaille. J’peux vous poser une question ?
    ARTHUR : Ouais euh... non, je préfère pas !
    PERCEVAL : Ben pourquoi ?
    ARTHUR : Parce que je vais encore rien piger, ça va prendre des plombes et au bout du compte, j’aurai pas pigé un broc à votre question et vous aurez pas votre réponse... alors, non !
    PERCEVAL : Nan mais c’est tout con, là ! Même vous, vous allez comprendre !
    ARTHUR : Ah bah, si vous vous  abaissez à mon niveau, j’ai peut-être une chance.
    PERCEVAL : C’est bon, je peux y aller ?
    ARTHUR : Faites !
    PERCEVAL : Fête ? C’est ça votre réponse ?!
    ARTHUR : Mais bien sûr que non, vous avez même pas posé votre question !
    PERCEVAL : La vache, même une question comme ça, c’est compliquééééé !
    ARTHUR : MAIS QUELLE QUESTION, VOUS M’EN AVEZ PAS POSE !!!
    PERCEVAL : MAIS SI, J’VOUS AI DEMANDÉ : C’EST BON, J’PEUX Y ALLER ?!
    ARTHUR : Ah c’était ça votre question ? Vous voulez y aller ?
    PERCEVAL : Ben oui, pourquoi, c’était pas clair ?
    ARTHUR : Ah bah si, finalement.
    PERCEVAL : Alors ?

(Noir, voix off)

    ARTHUR : Faites.

TSON !

LES BRÈVES 7 - Le modérateur

Sur le champ de bataille.

    ARTHUR : Alors, comment on fait ?
    LÉODAGAN : Moi, j’vois qu’une solution, on leur rentre dedans franco ! On mise tout sur l’effet de surprise !
    ARTHUR : Ouais, j’crois qu’on a pas le choix, allons les étriper !
    BOHORT : Non mais vous vous entendez parler ? Les étriper ! Mais ce sont des êtres humains, comme nous. Ils ont des papas, des mamans, des enfants, peut-être ! Vous n’êtes que des barbares !
    ARTHUR : Non mais Bohort,  qu’est-ce que vous croyez qu’ils nous feront, si on les laisse faire, hein ?!
    BOHORT : Mais peut-être rien du tout ou mieux, peut-être des câlins, des bisous ... que savons-nous de ces gens, finalement ?
    LÉODAGAN : Qu’ils viennent de raser toute une région, ils ont tué tous les hommes, violé les femmes et pris les enfants comme esclaves !
    BOHORT : Oh oui, des on-dit ! C’est facile de dire du mal des gens !
    ARTHUR : Bon, seigneur Bohort, je vous propose un truc, vous allez les voir, vous discutez un peu, vous voyez s’ils vous font des câlins et des bisous et puis, vous revenez nous dire. Ça vous va comme ça ?
    BOHORT : Moi ?! Mais euh ... d’un autre côté, on ne sait pas grand chose sur ces envahisseurs. Vous avez certainement raison, allez leur péter la gueule !
    LÉODAGAN : C’est sûr, hein ? Pas de regrets pour les bisous ?
    ARTHUR : Ou les câlins ?

(Noir, voix off)

    BOHORT : ALLEZ LES ÉTRIPER CES ORDURES !

TSON !

LES BRÈVES 8 - Labo d’enfer

Labo des enchanteurs.

    MERLIN : Je n’ai pas de leçon à recevoir de vous Môssieur Elias de Kelliwic’h !
    ELIAS : Ça vous ferait pourtant le plus grand bien mais vous êtes trop borné pour apprendre quoi que ce soit de qui que ce soit ! Même votre mère, je suis sûr qu’elle a renoncé à vous apprendre à marcher, je sais pas comment vous avez fait !
    MERLIN : Laissez ma mère où elle est ! On a dit qu’on s’attaquait pas au privé !
    ELIAS : J’ai jamais dit ça, moi !
    MERLIN : Ouais mais non, c’est dégueulasse, ça peut blesser les gens...
    ELIAS : Ben justement, d’où l’intérêt !
    MERLIN : Vous êtes vraiment...  hein !
    ELIAS : Ça veut rien dire, ça ! “Vous êtes vraiment hein” ça veut rien dire du tout ! On peut même pas s’engueuler correctement avec vous, tellement vous êtes nul !
    MERLIN : Je suis le fils d’un démon et d’une pucelle, alors, c’est sûr ... les scènes de ménage, c’était vite réglé ! J’ai pas eu d’exemple pour m’apprendre à bien m’engueuler, c’est pas d’ma faute !
    ELIAS : Mais rien n’est jamais de votre faute ! Même quand vous foutez le feu au labo, vous trouvez le moyen d’accuser la marmite !
    MERLIN : N”empêche que cette marmite, elle avait jamais pu me saquer !
    ELIAS : Mais vous êtes un grand malade, hein ! Allez vous faire faire une mise-en-plis ou allez vous faire des crêpes mais je veux plus vous avoir dans les pattes !... Qu’est-ce que je dis, moi ? Les crêpes, vous sauriez pas les faire !
    MERLIN : Si, je fais des crêpes Môssieur je-sais-tout ! Même qu’elles sont excellentes !
    ELIAS : Eh ben, allez-y alors et c’est pas la peine de m’en rapporter !
    MERLIN : Non ! J’ai pas envie, je préfère rester là !
    ELIAS : Tout pour faire chier son monde, c’est ça votre spécialité, en fait ?! Qu’est-ce que vous avez besoin de rester là ? Vous faites rien et vous apprenez rien ! Vous pouvez très bien ne rien faire ailleurs !
    MERLIN : C’est MON labo ! J’ai bien l’droit d’y être, non ?!
    ELIAS : C’est le labo de Kaamelott ! Oh et puis, foutez l’camp ou je vous transforme en chaise, au moins, vous servirez à quelque chose !
    MERLIN : Vous feriez pas ça ?!
    ELIAS : J’vais m’gêner, tiens !
    MERLIN : Bon, d’accord, je vais faire des crêpes.

(Noir, voix off)

    MERLIN : Vous êtes sûr que vous en voulez pas ? Elles sont vraiment très bonnes.

TSON !

LES BRÈVES 9 - Mystère

   Chambre royale, Guenièvre se fait coiffer par Angharad. Dame Séli entre.

    SÉLI : Ma fille, j’ai à vous parler !
    GUENIÈVRE : Oh ben allez-y, Mère, je vous écoute.
    SÉLI : Nan mais faites sortir celle-là, je veux vous parler en privé !
    ANGHARAD : Quand vous dites “Celle-là”, je suppose que c’est moi ?
    GUENIÈVRE : Ah mais vous pouvez y aller, hein ! C’est ma boniche, elle comprend rien de toute façon !
    ANGHARAD (vexée) : Madame est trop bonne...
    GUENIÈVRE : Ah ben non, c’est vous la bonne ! Vous avez vu, Mère ? J’ai fait un jeu de mots !
    SÉLI (D’un air sinistre) : Oui c’était tordant, on peut parler sérieusement maintenant qu’on a bien ri ?!
    GUENIÈVRE : Allez-y, je me concentre.
    SÉLI : Je voudrais savoir si... l’autre, là, votre époux...
    GUENIÈVRE : Oui, eh bien, quoi ?
    SÉLI : Je voudrais savoir s’il fait bien tout ce qu’il faut pour avoir un héritier !
    ANGHARAD : Ah ! Madame veut savoir si Monsieur est bien dur de la tige !
    SÉLI : Non mais dites donc ! On vous a sonnée, vous ?!
    ANGHARAD : D’après les bruits de couloirs, Monsieur répond parfaitement aux attentes de ses maîtresses !
    SÉLI : Non mais vous allez la fermer, oui ?! J’croyais que vous aviez dit qu’elle comprenait rien !
    GUENIÈVRE : Laissez-nous, Angharad, vous voyez bien que nous parlons de choses qui ne regardent que moi !
    ANGHARAD : Moi, j’crois que j’en connais bien plus que Madame là-dessus mais c’est comme Madame voudra. (Elle sort)
    SÉLI : Pour qui elle se prend, celle-là ?!
    GUENIÈVRE : C’est vrai qu’elle a un peu tendance à se mêler de tout mais elle n’a pas tort, elle en sait certainement plus que moi !
    SÉLI : M’enfin, c’est pas elle qui couche avec le roi, que je sache !
    GUENIÈVRE : Je crois pas, non. Quoi que... vu l’appétit du roi, ça ne m’étonnerait qu’à moitié !
    SÉLI : Mais alors, pourquoi vous tombez pas en cloque ?!

(Noir, voix off)

    GUENIÈVRE : Ça... mystère !

TSON !

LES BRÈVES 10 - Écoutez bien !


    ARTHUR : Bon, alors, vous avez bien tout compris ?
    KARADOC : Euh...
    PERCEVAL :  C’est à partir de “écoutez” après, j’ai décroché un peu.
    KARADOC : Ouais, moi aussi...  “écoutez bien”, voilà, c’est à partir de là !
    PERCEVAL : Ah ouais, c’était “écoutez bien” ! Vous avez une sacrée mémoire, vous !
    ARTHUR : Mais c’est pas vrai ! Ça fait UNE HEURE que je vous explique et vous avez retenu que les deux premiers mots ?!
    PERCEVAL : Ben deux, c’est déjà pas mal.
    KARADOC : J’aurais pas dit autant, moi !
    ARTHUR : Ah non mais vous êtes vraiment...
    KARADOC : En progrès ?
    ARTHUR : Non ! C’est pas le mot qui me venait, non !
    PERCEVAL : “En progrès” ça fait deux mots !
    KARADOC : Encore ! On est abonnés à deux mots, nous ! Qu’est-ce que vous comptez vite, quand même !
    ARTHUR : MERDE ! Vous me faites chier, hein ! Vous servez à rien, autant parler à des cailloux !
    PERCEVAL : On est désolés, Sire mais c’est un peu de votre faute.
    ARTHUR : DE QUOI ?! C’est d’ma faute si vous êtes cons comme des balais ?!
    PERCEVAL : Quand vous nous avez appelés, vous avez dit “Venez là, j’ai deux mots à vous dire”

(Noir, voix off)

    KARADOC : Bah voilà ! On était pas prêts pour le reste !

TSON !

LES BRÈVES 11 - LOTHERIE

Orcanie, château du roi Loth.

    LOTH : Ma chère, vous êtes très en beauté ce soir.
    ANNA : Si vous espérez me faire changer d’avis avec des compliments, c’est que vous êtes encore plus con que je ne pensais !
    LOTH : Et toc ! J’admire votre sens de l’efficacité ! Pas de blabla ni de détours... PAF !  Direct dans la tronche ! Ars Longa Ced lex, non, parce que là...
    ANNA : Là, quoi ?! C’est un soupçon d’esquisse de début de révolte que vous essayez de bafouiller, là ?
    LOTH : Révolte ! Tout de suite les mots qui fâchent ... non, j’exprime simplement mon ressenti profond, mon désarroi devant tant de méchanceté. Car, au fond, je ne suis qu’un homme amoureux, pauvre petite chose ballotée au gré des flots de votre volonté. Alors, j’ai envie de dire...
    ANNA : Stop.
    LOTH : Comment ?
    ANNA : J’ai dit stop. Ajoutez un mot de plus et vous allez me mettre en colère. Alors, moi, ça m’est parfaitement égal mais si vous dites un mot de plus, je lance cette pièce... pile, je vous en colle une, face, je vous tue.
    LOTH :...

(Noir, voix off)

    ANNA : Bonne décision.

TSON !

LES BRÈVES 12 - SI JOSEPH D’ARIMATHIE...

A l’auberge.

    PERCEVAL : Qu’est-ce qu’on est cons, quand même !
    KARADOC : Ben, pourquoi vous dites ça ?
    PERCEVAL : Tout à l’heure, le gars qui nous a demandé si on était de la table ronde...
    KARADOC : Ouais, eh ben ?
    PERCEVAL : On lui a dit non pour qu’il nous laisse bouffer peinards... mais si ça s’trouve, c’était important et on est passé à côté d’une occase de prestiger !
    KARADOC : Ah ouais, la vache ! Si ça s’trouve, le gars, il avait trouvé l’Graal et il cherchait quelqu’un à qui le donner !
    PERCEVAL : Ou alors, c’était Joseph d’Arimathie, lui-même et on l’a même pas reconnu, MERDE !
    KARADOC : Pourquoi, vous le connaissez vous, Joseph d’Arimathie ? C’est un pote à vous ?
    PERCEVAL : Ah non non, j’le connais pas moi ! Vous pensez, c’est pas du genre à trinquer avec des gars comme nous ... c’est dans le Graal qu’il buvait, lui !
    KARADOC : Vous croyez ? J’espère qu’il aime le bon vin, sinon, ça va puer la vinasse quand on finira par le trouver. On pourrait peut-être le trouver comme ça d’ailleurs... à l’odeur !
    PERCEVAL : Et où c’est qu’on planque un truc qui sent la vinasse ?!
    PERCEVAL et KARADOC : A la taverne !

(Noir, voix off)

    PERCEVAL : La vache, depuis le début on est au bon endroit... dites, on est pas des génies ?!

TSON !

Chapitre 1 : Prémices.

   Cela faisait maintenant trois jours et trois nuits que la pluie tombait sans interruption sur le royaume, comme si cela ne suffisait pas, voilà que l’orage entrait dans la partie. Au beau milieu de la nuit, Arthur contemplait la nature en colère du haut des remparts. Les yeux rivés au sud, indifférent au vent et à la pluie qui battaient son visage, il attendait. Les éléments déchaînés, la forteresse et l’homme ne formaient qu’un tout, un sentiment de plénitude l’envahissait lorsque ... .

— Vous allez attraper la mort à rester dehors de ce temps là !

   Arthur ferma les yeux, la voix stridente de son épouse venait de briser un lien sacré, une communion comme il n’en avait plus ressentie depuis son départ de Rome. Prenant sur lui, il se retourna pour faire face à Guenièvre.

— Vous avez le don pour me pourrir mes moments de méditation. Pourquoi vous ne dormez pas ?

— C’est l’orage qui m’a réveillée, vous savez bien que ça me fait peur ! Vous n’étiez pas là...

— Et vous avez deviné que j’étais sur les remparts ? S’étonna Arthur.

— J’ai pas deviné, j’ai aperçu furtivement votre silhouette prendre l’escalier.

— Et il vous a fallu tout ce temps pour monter ? Ça fait bien deux heures que je suis là !

— Mais c’est impossible ! J’étais à peine à quelques pieds derrière vous. Je vous ai appelé, vous ne m’avez pas répondu... mais bon, j’ai l’habitude.

— Ce n’était pas moi ! rétorqua-t-il, quelque peu agacé.

— Traitez-moi de folle tant que vous y êtes ! Vous avez vu quelqu’un d’autre monter ici ?

— A part vous, personne n’est venu me déranger !

   Un coup de tonnerre très proche les fit sursauter.

— Allez, venez vous coucher, s’il vous plaît, j’ai encore plus peur maintenant si quelqu’un rôde dans le château, supplia Guenièvre.

— Très bien, allons-y, soupira Arthur.

   En descendant l’escalier abrupt, Arthur, saisi d’une étrange sensation, se retourna brusquement et crut voir fugitivement une forme humaine se détacher devant l’ouverture donnant sur l’orage à présent à son paroxysme. Il n’en dit rien à Guenièvre, la jugeant déjà suffisamment effrayée.

***

   Quelques heures plus tard, Arthur se réveilla en sursaut dans son lit, il avait senti Guenièvre lui prendre la main. Il s’apprêtait à le lui reprocher lorsqu’il se rendit compte qu’elle lui tournait le dos et dormait en produisant un petit ronflement régulier. Une angoisse le saisit alors, qui m’a pris la main ? Il se leva rapidement, alluma une chandelle et examina la chambre dans tous ses recoins, rien. Il sortit dans le couloir, fit quelques pas à gauche puis de l’autre côté, toujours rien. Regagnant sa chambre, il s’arrêta net et fut parcouru d’un frisson glacé en découvrant, sur le mur juste en face de la porte, une grande inscription qu’on aurait dite tracée à la craie. Il n’avait pas pu la manquer en sortant de la chambre, d’un autre côté, personne n’avait pu l’inscrire tandis qu’il inspectait le couloir, sans être vu; Alors ?
   Le sens du texte et la langue choisie le choquaient presqu’autant que la manière dont il était apparu. « DUX BELLORUM HOMICIDA » Chef de guerre meurtrier. Quel meurtre et pourquoi en latin ? Les personnes parlant et sachant écrire le latin à Kaamelott se comptaient sur les doigts d’une main : Le père Blaise et lui, point. Il n’imaginait pas le père Blaise capable de se genre de plaisanterie, alors qui ?
   Arthur retourna se coucher mais ne parvint pas à s’endormir. L’aube le trouva épuisé et dans le même état de questionnement.

***

   Il en vint presque à oublier ce qu’il attendait depuis plusieurs jours, la visite d’une vieille connaissance... Verinus, dont la missive était plutôt succincte : « Mon cher Arturus... j’ai appris ton accession au trône de Bretagne ...envie de te revoir ... bon vieux temps et patati et patata. »
   En voilà un rapport avec le latin, Verinus ! Et s’il était déjà là ? S’il s’était introduit discrètement dans le château... mais non, pourquoi prévenir de son arrivée dans ce cas ? Et pourquoi m’en vouloir, c’est lui qui avait trahi.
   Toute la matinée, Arthur est aux aguets, il attend un signe, une explication mais en vain. Il s’installe sur son trône et attend, un fantôme, Verinus, autre chose ?

— Sire ! (Lancelot vient d’entrer)

— Ouais, quoi ?

— Votre invité, là, machin, il vient d’arriver !

— Verinus ?! Vous l’avez vu débarquer ?

—  Ben oui, j’ai vu le navire accoster et votre ami en descendre.

— Ami, c’est vite dit ! Où est-il ?

— Il attend votre autorisation pour entr...

— Eh ben, mon Général, je vois qu’on a pas arrêté de gravir les échelons... Roi du bordel, ici ! Bravo, ça a de la gueule ! Tu as bien mené ta barque mon petit Arturus ! Moi, j’ai un peu merdé à Rome... du coup, je viens voir si y’aurait pas moyen de...

***


Chapitre 2 : Verinus


   Verinus entra dans la salle du trône se comportant comme chez lui sous l’œil réprobateur de Lancelot. Verinus avança jusqu’au roi et lui mit la main sur l’épaule.

— Sacré Arturus, t’as toujours su tirer ton épingle du jeu toi, hein ?

   S’en était trop pour Lancelot qui intervint.

— Veuillez lâcher le roi et arrêtez de le tutoyer, sinon…
— Mais c’est qu’il mordrait ce petit sacripant ! Sachez mon bon ami, que je connais Arturus depuis un bail et que nous sommes de bons camarades !
— Ça reste à prouver, ça ! Intervint Arthur, à votre place, Verinus, je ferais ce que dit le seigneur Lancelot.
— Ben quoi, s’étonna Verinus, on est plus copains ? Après tout ce qu’on a traversé ensemble ?!
— Justement, il me semble bien me souvenir que vous nous avez trahis !
— Ah oui mais ça, j’avais prévenu, je supporte pas la douleur, on me casse un ongle et je déballe tout ce que je sais, j’vous l’avais dit, ça !
— C’est vrai que vous l’aviez dit… bref, qu’est-ce qui vous amène ici, la lettre n’était pas très claire.
— Ben après ton… votre départ, je me suis un peu diversifié, les citrons ça rapportait pas des masses alors, j’ai fait un peu de trafic, contrebande, tout ça… ça marchait bien, je me suis fait du blé, j’avais ma petit bicoque et tout ça mais dernièrement, la milice urbaine a tout découvert et j’ai eu de la chance de pouvoir m’échapper ! Mais… pour aller où ? C’est là que j’ai pensé à t… vous ! Vous auriez pas un petit boulot pour un petit gars débrouillard comme moi ?
— Quel genre de boulot ? Les citrons, ça pousse pas des masses par chez nous.
— Ah mais non, un boulot à ma hauteur quand même, je sais pas, moi, vous avez pas besoin d’un assistant ?
— Non, j’ai tout ce qu’il me faut et ce sont des chevaliers, contrairement à vous.
— Bon, ben, je sais pas… espion ! Ça pourrait le faire ça, non ?
— je vais y réfléchir, en attendant, je vous offre l’hospitalité pour quelques jours.
— Merci bien mon seigneur, dit Verinus en faisant une courbette.
— Venez avec moi, j’ai un truc à vous faire voir.

   Arthur l’emmena alors devant la porte de sa chambre afin de lui montrer l’inscription sur le mur et d’observer sa réaction. Lorsqu’ils arrivèrent sur place, plus aucune trace de phrase en latin.

— C’est pas possible, il y avait une inscription latine, ici même, elle a disparu.
— Ah euh, et alors, c’est grave ?
— J’en sais rien … ça disait « Dux Bellorum Homicida »
— La vache, ça rigole pas par chez vous ! C’est vous qu’on accuse de meurtre ?
— Je suppose, oui mais je ne vois pas du tout à quoi cela fait référence. Le seul que j’ai assassiné, il était déjà mort, c’est même vous qui avez crié à sa place !

***

   La nuit suivante, Arthur la passa dans la chambre de Demetra, une fois encore, il se réveilla en sursaut, quelqu’un lui avait pris fermement la main et Demetra dormait. Une fois de plus, il inspecta la chambre mais sans plus de résultat. Pas d’inscription dans le couloir, cette fois.
Dans la matinée, il décida d’en parler à Merlin et se rendit à son labo, Verinus le suivait comme son ombre. Elias était là aussi, Arthur considéra que ses chances d’obtenir des réponses valables augmentaient.

— Voilà, j’ai besoin de vos lumières, je crois qu’il y a un fantôme à Kaamelott.
— Comment ça ? répondit Merlin.
— Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? L’interrogea Elias.
— On me prend la main pendant mon sommeil, ça fait deux fois déjà, alors que l’autre personne avec qui je dors est endormie.
— Peut être qu’elle fait semblant, suggéra Merlin.
— Et c’est tout ? Demanda Elias.
— Non, j’ai également découvert une inscription en latin devant la porte de ma chambre alors qu’il n’y avait rien quelques secondes plus tôt.
— Et ça disait quoi, on peut savoir ? Insista Elias
— Dux Bellorum Homicida.
— Chef de guerre meurtrier, traduisit Elias.
— Tiens ! Vous parlez latin, vous ? Lui demanda Arthur, soupçonneux.
— Ah ben dans ma partie, c’est préférable ! Je connais une dizaine de langues.
— Frimeur, chuchota Merlin.
— Bon, vous pouvez faire quelque chose ou pas ?! S’énerva Arthur.
— Je vais tenter un sort, ça se passe toujours au même endroit ? Demanda Elias.
— Ben non, la première fois, c’était dans ma chambre et la deuxième, dans celle de Demetra.
— Ah zut ! Ça complique les choses, ça.
— Ah bon, pourquoi ? Demanda Arthur.
— S’il se déplace, c’est qu’il est puissant ! Assura Elias.

   Ils se rendirent tout de même dans la chambre royale, Elias fit une incantation et ils attendirent. Quelques minutes plus tard, une forme blanche apparaissait devant eux, vaguement féminine, elle poussa un cri de rage et disparut aussitôt.

— Cette fois, nous sommes fixés, c’est bien un fantôme, soupira Arthur.
— Finalement, je ne pense pas que je vais profiter de votre hospitalité, déclara Verinus d’une petite voix. Les fantômes, très peu pour moi !
— Je crois que c’est une femme… vous avez assassiné une femme, Sire Arthur ? Demanda Elias le sourcil levé.
— Jamais ! Ni une femme ni un homme, tous ceux que j’ai tué, c’était au combat !
— Cet esprit ne semble pas de cet avis, il faudrait comprendre pourquoi, dit Elias.
— Les fantômes, c’est vraiment de la saloperie ! Intervint Merlin. J’en ai connu un qui hantait un château abandonné mais bon, comme y avait personne, il a fini par faire une dépression.

   A cet instant, Karadoc arriva à la porte.

— C’est vous qu’avez écrit un truc sur le mur de la salle du trône ? Demanda-t-il à Arthur.

***

Chapitre 3 : L’aveu


   Arthur, les deux enchanteurs, Verinus et Karadoc dévalèrent les escaliers pour se rendre dans la salle du trône. Le spectacle qui les y attendait dépassait l’imagination. L’inscription sur le mur derrière le trône, en lettres de trois pieds de haut : « DUX BELLORUM HOMICIDA » le « HOMICIDA » se répétant à l’infini et couvrant également tous les autres murs de la salle. Curieusement, ce n’est pas cela qui attirait leur regard mais le trône qui flottait à dix pieds du sol en tournoyant.

— Ah ouais, y’avait ça aussi, j’vous avais pas dit ! Crut bon d’expliquer Karadoc.

— Ah non mais je comprends, ironisa Arthur. Ça se voit à peine !
   Le spectacle dura encore quelques instants puis le trône retomba brutalement au milieu de sa salle tandis que les écritures des murs disparaissaient.

— Ah ouais, y a pas à dire, elle est puissante ! Constata Elias sentencieusement.

— Oui, euh... c’est des tours de magicien débutant, ça ! A la portée de n’importe qui, s’indigna Merlin.

— Ben pourquoi vous le faites jamais ? S’étonna Karadoc, je trouve ça classe, moi !

— BON ! Revenons aux choses sérieuses, comment on s’en débarrasse ?! Explosa Arthur.

— Ça va pas être une mince affaire, répliqua Elias. Il faudrait connaître son histoire pour savoir ce qu’elle veut. Vraiment, Sire, aucune idée de son identité ?

— Des femmes, j’en ai connu quelques-unes durant mes années romaines mais une seule qui ait vraiment compté et ce n’est pas elle, vous pouvez en être sûr !

— Et puis merde ! Je sais qui c’est…

   Tous se retournèrent alors vers Verinus qui venait de faire cette révélation, attendant la suite.

— J’ai pas quitté Rome à cause de la milice… on m’a obligé à venir ici.

— Et puis ? Va-s-y, continue Verinus ! Ordonna Arthur, retrouvant, malgré lui, le tutoiement.

— Je vous ai dit que je m’étais acheté une bicoque, en fait, c’était l’ancienne piaule de Licinia. Je l’ai eue pour presque rien, vu qu’il y avait eu un massacre là-dedans.

— Un massacre ?! Qui ?! Tu vas parler à la fin !

— Procyon, c’est Procyon qui a tué… Licinia, Manilius et Julia.

— TAIS-TOI VERINUS, VERRUE, VERMINE, VERMISSEAU !

   La voix venue de nulle part fit hérisser les poils de tous. A la fois féminine, rauque et grinçante, elle avait de quoi glacer le sang. Elias fut le plus prompt à réagir.

— Dis-nous ce que tu veux, esprit maléfique !

   Le rire qui suivit les obligea à se boucher les oreilles tant il était puissant et dérangeant.

— Voilà, voilà ce que je subis depuis des semaines, dit Verinus au bord des larmes.

— Qui est-ce ? Demanda doucement Arthur.

— C’est Julia, ton ex !

— Mon ex ?! On a couché une fois ensemble, ça c’est arrêté là. Et pourquoi elle ne dit plus rien maintenant, elle te laisse parler.

— Quand elle a des coups de colère comme ça, en général, je suis peinard quelques temps, ça doit la fatiguer. Enfin, bref, elle nous considère tous les deux responsables de sa mort. Toi, parce que tu l’as laissée tomber et moi…

— Oui ? Toi, va-s-y, qu’est-ce que tu as fait encore ?

— Ben, comme d’hab, j’ai trahi.

— C’est toi qui a donné l’adresse à Procyon ?!

— Mais oui mais c’était la même que la première fois ! Ils auraient dû y penser tous seuls mais non, il a fallu qu’ils remettent ça à me torturer et pourquoi ? Pour que je leur redonne exactement la même info que la première fois ! C’est quand même pas des flèches, hein ? Vous avouerez !

— Je comprends qu’elle t’en veuille mais moi ? Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter le titre d’assassin ?

— Mais si tu l’avais emmenée avec toi, elle serait toujours en vie ! Et puis, c’est toi qu’elle voulait, moi j’étais… le deuxième choix.

   Arthur alla se placer près du trône couché au centre de la salle et, regardant vers le plafond, interpella l’esprit.

— Julia, est-ce que tu m’entends ?

— M’entends-tu, ça sonnerait mieux, lui glissa merlin.

— Non mais elle a dû aller se coucher, là. J’vous ai dit, quand elle gueule comme ça, après, c’est le calme plat.

   Pourtant une petite voix se fit entendre, rien à voir avec la furie précédente.

— Oui, je t’entends Arturus.

— Tu penses vraiment que je suis responsable de ton meurtre ?

— Tu aurais pu m’emmener avec toi, faire de moi ta reine.

— Même si je l’avais voulu, c’était impossible ! Je devais épouser la fille du roi de Carmélide, c’est… la politique.

— La politique, elle a bon dos ! S’exclama le spectre, sa voix redevenant plus forte. Et Aconia, tu ne l’as pas épousée, peut-être ?! Je vais te pourrir la vie mon petit Arturus, je vais t’apprendre à m’humilier !

   Le trône se mit à trembler et à s’élever lentement. Elias s’avança près d’Arthur et lança un sort. Dès qu’il eut fini, le trône retomba et un silence pesant s’installa. Il fallu un peu de temps à Arthur pour retrouver ses esprits et interroger Elias.

— Qu’est-ce que vous avez fait exactement ?

— Je l’ai aidée à passer de l’autre côté, pour de bon, cette fois. Il fallait en profiter avant qu’elle retrouve toute sa force.

— Juste quand j’allais le faire ! Protesta Merlin. Mais évidemment y en a que pour Môssieur Elias !

— Merlin, s’il vous plaît… soupira Arthur. Vous avez bien fait, Elias. Je ne sais pas ce que je serais devenu sans vous. Verinus, que vas-tu faire maintenant que tu en es débarrassé ?

— Je vais rentrer à Rome, le climat de ton royaume ne me convient pas trop.

— Essaye d’éviter les problèmes et la milice urbaine, surtout.

— Compte sur moi… merci… Sire Arthur.

— Moi, j’ai rien compris mais les trucs qui volent, tout ça, j’ai bien aimé ! conclut Karadoc.

***


Prologue, épilogue : Ce que Verinus n’a pas dit.


   Rome, le Ghetto, quinze ans avant Kaamelott, l’emplacement du vendeur de citrons, Verinus.

— Manilius et Arturus sont de retour, il parait ! Ils sont craignos ces fripons, ils vont se faire...

— Tu crois qu’un général pourrait épouser une fille comme moi ?

— Julia ! T’es encore sur Arturus, toi ! Il est passé à autre chose, laisse tomber. Et franchement, tu crois que c’est sympa pour moi, ma biquette ?!

— M’appelle pas comme ça, je t’ai déjà dit !

— Ben moi, je trouve que j’ai gagné le droit de t’appeler comme ça, je te trouve de la bouffe, je te trouve où dormir... qu‘est-ce que tu ferais si tu m’avais pas, hein ?!

— J’en trouverais un autre, c’est pas les gars comme toi qui manquent ! Rétorque Julia, agacée.

— Et paf ! Prends-toi ça dans la tronche, mon petit Verinus ! Ah ma biquette, c’est pas la gentillesse qui t’étouffe !

— Tu m’énerves, je vais chez Licinia !

— Ben voyons ! Avec un peu de chance, tu croiseras un Dux Bellorum ! Hurle Verinus tandis que Julia s’éloigne.

   Quelques instants plus tard, une main s’abat sur son épaule, en se retournant, il découvre Aulus Milonius Procyon le toisant avec un sourire cruel.

— Mais c’est ma p’tite pute de balance préférée, viens avec moi, Glaucia veut te parler !

— Ah ouais, d’accord mais là, ça tombe mal... dis-lui que je passerai le voir en fin de soirée.

   Pour toute réponse, Procyon l’agrippe par la nuque et l’entraîne avec lui.

***

   Au cours de l’interrogatoire qui suit, Glaucia posant les questions et Procyon les appuyant avec ses poings, Verinus trahit ses amis pour la seconde fois.

— Tu vas aller attendre Arturus chez sa femme, dit Glaucia à Procyon.
— Et ?
— Et... à ton avis ?!
— Y a plusieurs options.
— La pire, j’te parle de la pire !

   Procyon se rend chez Licinia, l’égorge et à l’arrivée de Julia, retient celle-ci sous la menace de son pugio. A l’arrivée de Manilius, il oblige Julia à lui dire d’entrer et le poignarde immédiatement. Las d’attendre Arturus, il égorge également Julia avant de partir.

***

   Verinus ne comprend pas pourquoi il est encore vivant, ils l’ont laissé partir ! Ils ont probablement jugé qu’il pourrait encore être utile, pourtant, lorsque Procyon est rentré, Glaucia n’a pas eu l’air très satisfait de son rapport. Il en vient à espérer que ses amis sont indemnes mais en arrivant devant chez Licinia, la milice urbaine est là, les soldats sont partout dans le bâtiment. Verinus interroge un badaud qui lui apprend qu’un massacre a eu lieu et que deux femmes et un homme sont morts. Julia, Licinia et... Arturus ou Manilius ?
   Il passe la nuit sous son étalage de citrons, une nuit agitée, pleine de bruit et de fureur. Le visage de Julia revenant sans cesse le hanter. Dès l’aube, il retourne chez Licinia, cette fois, les lieux sont déserts. Il monte et entre dans le logement en désordre, des taches de sang maculent le sol, le lit et les quelques pauvres meubles. Verinus s’écroule et hurle sa douleur.
— Il est bien temps de pleurer pauvre minable !
   Verinus cesse ses pleurs et regarde autour de lui, qui a parlé ? Il lui a semblé reconnaître cette voix mais il sait que c’est impossible. Malgré tout, il ne peut empêcher un espoir fou de l’envahir.
— Julia ? C’est toi ma biquette ?
— NE M’APPELLE PAS COMME ÇA TRAITRE !
   La puissance de la voix a projeté Verinus au sol, il se relève péniblement, tremblant de tous ses membres. Il ne comprend pas et croit devenir fou.
— Julia, où es tu ma biq... chérie ?
— Je suis morte, connard ! Tu devrais le savoir, c’est toi qui en es responsable. Je suis bloquée ici depuis mais j’ai l’impression que tu pourrais m’aider à me déplacer... je sens une sorte de point d’accroche avec toi. Tu vas acheter ce gourbi !
— Mais comment, j’ai pas un rond ?!
— DÉMERDE-TOI ! Tu me dois bien ça, c’est comme si tu m’avais tuée toi-même, comme si tu avais toi-même plongé la lame dans mon cou ! Vole, fais de la contrebande, débrouille-toi mais achète-le !
— Qui est mort avec Licinia et toi, Arturus ou Manilius ?
— C’est Manilius malheureusement mais le tour d’Arturus va venir... mais pour ça, tu dois trouver de l’argent, d’abord pour ici, ensuite pour payer un voyage en bateau pour la Bretagne ! Va et obéis !

   Verinus est à genoux, la voix de Julia résonnant encore dans sa tête. Il ne voit pas comment ne pas lui obéir. En sortant dans la rue, un homme l’interpelle.
— Qu’est-ce que tu faisais là-dedans, toi ? Mais, je te reconnais, tu es souvent venu ici !
— Oui, c’était des amis.
— Mon pauvre gars, nous voilà bien tous les deux, toi sans amis et moi avec un logement invendable !
— Laisse-moi un peu de temps et je te le rachète, répond Verinus.
— Tu as combien sur toi ? S’empresse le propriétaire.
— Pas assez, loin de là ... neuf deniers et pas un seul solidus.
— Marché conclu ! Je ne veux plus voir cet endroit... neuf deniers et il est à toi !
— Tope-là camarade ! S’écrie Verinus.

***

   Quelques jours plus tard, Verinus a pris contact avec les brigands du coin, ils sont méfiant mais Verinus tient bon, insiste et propose des entourloupes qui les séduisent. L’importation de raisins de Corinthe auxquels on ajoute une bonne part de figues étant la plus rentable*. Il ne tarde pas à se remplir les poches mais Julia n’est jamais satisfaite et lui mène la vie dure. Elle est de plus en plus forte et le suit partout. Il est bien une accroche pour elle, il ne s’en plaint pas, il pense l’avoir mérité.
   Vient le jour où il a assez amassé pour payer le voyage en Bretagne. Julia lui dicte une missive destinée à Arthur : Mon cher Arthur ... j’ai appris ton ascension... hâte de te revoir ... le bon vieux temps, etc.

***

   La suite, vous la connaissez.


   A son retour à Rome, Verinus, débarrassé de Julia par Elias, rentre « chez lui ». Le logement est toujours aussi sale et en désordre mais, épuisé, il s’effondre sur le lit et s’endort. El pleine nuit une voix le réveille.
— Verinus, contrairement à ce qu’a dit l’autre con d’Elias, je ne suis pas passée de l’autre côté, je suis juste limitée à cet endroit mais avec ton aide...
   Verinus ne répond pas, il se lève, descend les marches, allume une torche et met le feu au bâtiment.

— Adieu, ma biquette.

FIN





(*) Véridique, d’où l’expression : Mi figue, mi raisin.

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