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Chevalier Feuletonniste
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Vingt ans avant Kaamelott

Acte 1

À l'intérieur d'une vieille chaumière délabrée. Autour d'une table en bois : une vieille dame mal habillée et mal peignée, un jeune garçon avec un chiffon enroulé autour de sa tête, maculé de sang séché. Il porte une sorte d'uniforme de légionnaire, mais en lambeaux. Il est encore un peu sonné et l'acteur doit jouer le gars qui a du mal à parler.

LA VIEILLE - Tu t'appelles comment ?
ARTURUS - Arturus.
LA VIEILLE - Moi, tu peux m'appeler La Vieille.
ARTURUS - C'est toi qui m'a soigné ?
LA VIEILLE - Oui, autrefois j'ai servi comme infirmière dans la légion et je connais encore mon métier. Je suis romaine, tu sais. Tu as reçu un coup de lance sur la tempe, mais la blessure n'est que superficielle. Tu es légionnaire ? Tu es bien jeune, tu as quel âge ?
ARTURUS - Quinze ans.
LA VIEILLE - Comme Antiléa. C'est elle qui t'a trouvé.
ARTURUS - Mais je suis pas légionnaire, je suis juste enfant de troupe.
LA VIEILLE ( soulevant un couteau ) - Tu avais ça sur toi, tu sais t'en servir ?
ARTURUS - Heu... un peu.
LA VIEILLE - Il y avait du sang. Tu as tué quelqu'un ?
ARTURUS ( après hésitation ) - Peut-être, je crois...
LA VIEILLE - Qu'est-ce qui t'es arrivé ?
ARTURUS - Ben... Je viens de la garnison de Colonia Agrippina. Les Germains ont franchi le Rhin et nous ont attaqués.
LA VIEILLE - Les Germains ? Il faut que tu restes ici, il y en a toute une bande qui vient de temps en temps terroriser le village.
ARTURUS - J'étais de corvée de bois quand ça s'est passé. À l'écart du camp. Je... J'ai préféré fuir...
LA VIEILLE - C'était le mieux à faire.
ARTURUS - Il y avait un Germain devant moi. J'ai sorti mon couteau, c'était ma seule arme, mais il m'a vu venir et j'ai reçu sa lance. Ensuite, je me souviens pas trop... Je crois que je l'ai frappé, et j'ai couru, couru... On est loin de Colonia Agrippina ?
LA VIEILLE - Dix bonnes lieues. Tu as dû courir toute la journé !
ARTURUS - C'est possible, mais je m'en souviens à peine.
LA VIEILLE - Quand Antiléa t'a trouvé, tu étais sans connaissance.
ARTURUS - Je sais pas... Mais il faut que je reparte, pour prévenir la garnison d'Atuatuca.
LA VIEILLE - Reprends des forces d'abord.

Une jeune fille de l'âge d'Arturus entre. Elle est mal habillée, maigre et boîte.

ANTILÉA - Grand-mère, j'ai... J'ai rien ramené... Je suis désolée, mais c'était plein de Germains au village. Il est réveillé ?
LA VIEILLE - Oui, il va mieux.
ANTILÉA - Il va rester avec nous ? Comment il s'appelle ?
ARTURUS - Arturus. Je dois partir.
LA VIEILLE - Reste. Tu as une arme, tu sais t'en servir. Quand je partirai, il faudra quelqu'un pour la protéger.

Acte 2

Il fait nuit. Arturus dort dans un coin de la chaumière, emmitouflé dans une vieille couverture miteuse. Une silhouette s'approche et vient s'allonger près de lui.

ANTILÉA ( chuchotant ) - Tu dors ?
ARTURUS ( chuchotant ) - Nan, j'ai froid. Hé, qu'est-ce que tu fais ?
ANTILÉA ( chuchotant ) - Je viens me réchauffer. Mais tu me touches pas, hein !
ARTURUS ( chuchotant ) - T'en fais pas.
ANTILÉA ( idem ) - C'est vrai que t'es romain ?
ARTURUS ( et ainsi de suite )- Ben oui.
ANTILÉA - Nous aussi. Mais au village, il y a que des Gaulois, c'est pour ça qu'on habite à l'écart.
ARTURUS - Pourquoi vous ne partez pas ?
ANTILÉA - Pour aller où ? Mon père était légionnaire... tué par les Germains. Mon frère est parti faire fortune à Rome, on ne l'a plus jamais revu. On n'a plus rien. Quand grand-mère mourra, je serai seule. Tu dois rester avec moi.
ARTURUS - Je dois prévenir la garnison d'Atuatuca. Si je ne traîne pas, j'y serai bien avant les Germains.
ANTILÉA - Et après tu reviendras ?
ARTURUS - Ben...
ANTILÉA - Si grand-mère meurt, Valco me prendra. C'est le fils du forgeron, c'est une brute et la façon dont il me regarde me fait peur. Et puis il est vendu aux Germains, comme son père.
ARTURUS - Je dois partir, c'est très important : on sait que les Germains veulent envahir la Gaule, mais on les attend plus au sud, du côté d'Argentorate. Or leur attaque par Colonia Agrippina prouve qu'ils vont frapper plus au nord, par la Gaule Belgique. Ils vont tourner notre aile gauche et refluer sur nos arrières pour couper nos lignes de ravitaillement.
ANTILÉA - Tu parles comme un centurion ! Tu seras officier ?
ARTURUS - Oh non, j'en ai marre de l'armée !
ANTILÉA - Alors reste avec moi ! Je veux pas qu'on me donne à Valco, c'est un porc.
ARTURUS - Je dois aller prévenir la garnison d'Atuatuca. Après, on verra. J'aimerais bien aller à Rome...
ANTILÉA - Comme mon frère. Hé, tu vas où ? Tu te sauves pas, hein !
ARTURUS - Je vais juste pisser.

Acte 3

Dehors. Il fait nuit. Arturus sort d'un buisson et s'apprête à rentrer. Soudain, un bruit. Arturus se cache derrière un arbre et regarde : quatre hommes s'avancent en tenant trois chevaux par la bride. Trois d'entre eux portent une torche et des armes. Dans toute la scène, la caméra nous montre ce que voit (et entend) Arturus.

GERMAIN 1 - Ho, debout là-dedans ! Debout la vieille !

Les quatre hommes rentrent dans la baraque. On voit Arturus derrière son arbre, et on entend tout ce qui se dit à l'intérieur (la porte d'entrée est ouverte).

GERMAIN 1 - Debout la vieille ! Alors, il paraît que tu héberges un salopard de romain ?
GERMAIN 2 - Parle !
LA VIEILLE - Mais... non, il n'y a que nous deux...
GERMAIN 1 - Gaspar, Lothar, fouillez tout ! Et toi, gros débile, t'as pas intérêt à nous avoir mené en bateau !
LE 4è - Seigneur, je ne vous ai pas menti, je les ai vues transporter un romain blessé.
ANTILÉA - Valco ?
LE 4è = VALCO - Ouais, c'est moi, je suis venu te sauver la vie ! Si tu coopères.
GERMAIN 2 - Chef, on a trouvé personne.
GERMAIN 1 - Alors, gros débile ! Comment t'explique ça ?
VALCO - Seigneur, je suis sûr qu'elles le cachent.
GERMAIN 3 - Chef, regardez ça, on dirait une tunique de légionnaire.
GERMAIN 1 - Tiens donc... Alors la vieille, t'essayais de nous mentir ?
VALCO - Parle ! Dis-nous où il est, ce salopard de romain !
LA VIEILLE - Il n'est pas resté.
GERMAIN 1 - Et ça ? ( Il tient la tunique d'Arturus .)
LA VIEILLE - Heu... Il a changé de vêtements pour ne pas être reconnu, ensuite il est parti.
GERMAIN 1 - Et il est allé où ?
LA VIEILLE - Je ne sais pas... Je ne suis qu'une pauvre vieille inoffensive...
GERMAIN 1 - Tu sais pas où il est allé ? Mais si tu ne me dis rien, je vais te tuer !
LA VIEILLE - Ce n'est pas de ma faute...
GERMAIN 1 - Ce fuyard pourrait donner l'alerte et foutre en l'air tout le plan d'invasion, alors si on ne le rattrape pas, j'hésite pas à tout brûler, et vous avec !
ANTILÉA - Il m'a dit qu'il partait pour la garnison la plus proche, celle de Remago... Rigoma....
GERMAIN 1 - Rigomagus ! C'est la plus proche, en effet. Avec les cheveaux, on va vite le rattraper !
VALCO - Et ma récompense, seigneur ?
GERMAIN 1 - Ta gueule, gros débile ! ( Il le giffle .) Ta récompense, c'est si tu nous avais averti à temps.
GERMAIN 2 - On les tue ?
GERMAIN 1 - Oui, ne laissons pas de témoins.
LA VIEILLE - Aaaarrghhh !
ANTILÉA - Grand mère !
GERMAIN 1 ( à Valco ) - Hé, gros débile, on te laisse la petite paysanne en guise de récompense. Quand tu auras fini avec elle, égorge-la. C'est bien compris, hein ! Pas de témoins !

Les trois Germains quittent la chaumière, grimpent sur leurs chevaux, et galopent aussitôt vers le sud. Arturus a ramassé une grosse branche (pour servir de massue). Il attend qu'ils se soient éloignés.

ANTILÉA - Rhaaaaaaa ! Ahhh ! Humpf ( cris étouffés ).

Arturus s'approche de la chaumière avec précaution mais il hésite. Il recule et retourne derrière l'arbre, puis avance à nouveau vers la baraque. Il hésite, s'arrête, puis repart... Finalement il atteint presque la porte d'entrée. Valco sort alors. Arturus se cache derrière un buisson et voit que Valco tient en main son propre couteau, dégoulinant de sang.

Arturus s'enfuit en courant dans la nuit, vers l'ouest.

Acte 4

(C'est un flashback. Arturus et Antiléa sont allongés dans le noir et chuchotent.)

ARTURUS - Je dois aller prévenir la garnison d'Atuatuca. Après, on verra. J'aimerais bien aller à Rome...
ANTILÉA - Comme mon frère. Hé, tu vas où ? Tu te sauves pas, hein !
ARTURUS - Je vais juste pisser. Il s'appelle comment, ton frère ?
ANTILÉA - Manilius.
ARTURUS - Je te promets que je le retrouverai, et je lui dirai de revenir vous chercher.

- LA FIN -

Remarques :
- J'ai un livre avec une carte de la Gaule romaine avec les garnisons. Colonia Agrippina correspond à Cologne, Argentorate à Strasbourg, Atuatuca à Tongres (assez loin à l'ouest de Cologne) et Rigomagus à Remagen (au sud de Cologne, sur le Rhin).
- La stratégie des Germains, qui passent par la Gaule Belgique pour tourner l'aile gauche des Romains, c'est le plan Schlieffen des Allemands en 14-18.

Scribe et archiviste officiel
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Superbe scénario. Vraiment sublime. D'une émotion intense, d'un réalisme parfait... J'en reste bouche bée. J'ai adoré. Il n'y a qu'une petite pointe d'humour (avec le "Je vais juste pisser") mais tu as vraiment mené notre attention jusqu'à la fin du scénario avec cette jeune femme. Petit reproche, tout va peut être un petit peu vite. Antiléa est un peu trop impulsive à mon goût. Sinon, c'est vraiment bon ^^

Scribe et archiviste officiel
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Vraiment géant ! J'ai adoré !
Tu nous tiens en haleine jusqu'à la fin ! Il y a du suspens et l'histoire est originale. Le manque d'humour ne m'a pas trop gêné. Comme l'a dit Michihiro, il y a beaucoup d'émotion et un grand réalisme. Tes indications par rapport aux déplacements de la caméra sont très bien, on s'y croit vraiment. Et puis la fin est juste sublime ! :D

Et ben, il t'a inspiré ce début de Livre VI ! ^^

Chevalier Feuletonniste
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Merci beaucoup pour vos commentaires ! :D Je tentais quelque chose de risqué (zéro humour), je ne savais pas comment ce serait perçu...

Michihiro : Antiléa n'est pas impulsive. Si elle vient s'allonger près d'Arturus, c'est juste pour se réchauffer, comme on faisait autrefois. Et si elle veut qu'il reste avec elle, c'est parce qu'il n'y a plus que sa grand-mère, et sans doute plus pour longtemps. Il faut un homme à la maison. Entre Valco et un jeune romain (comme elle) inconnu mais sympathique au premier abord, il n'y a pas à hésiter : il faut demander au Romain qu'il reste avec elle.

Scribe et archiviste officiel
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Certes Agloval. Mais je trouve qu'ils se connaissent vraiment peu pour qu'elle lui demande cela. On dirait un peu qu'Arthurus tombe du ciel...

Enfin je critique pas hein ! ^^

Chevalier
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Eh ben dis donc, toujours aussi drôles tes scénarios Agloval ! Mais c'est comme ça qu'on les aime aussi. :)

Celui-là m'a vraiment touchée, je l'ai trouvé très beau et émouvant. Tu maintiens bien le suspense jusqu'à la fin (j'avoue que je ne voyais pas du tout où tu voulais en venir et que j'ai adoré la chute). Je l'ai trouvé dur aussi, surtout avec la mort d'Antiléa, mais il fallait ça pour faire passer l'émotion et accrocher le lecteur. Et c'est vraiment réussi ! ça me fait un peu penser à certains passages du livre V, moins drôles mais beaucoup plus dramatiques (et poétiques) que les autres livres. C'est un défi audacieux que tu as brillamment relevé. Et tu as apparemment fait des recherches pour situer l'intrigue dans un cadre crédible avec des éléments historiques existants, ce qui est encore plus intéressant. Donc voilà, pour faire bref, félicitations ! :)

Juste peut-être un petit détail pour chipoter :

Agloval a écrit :

ARTURUS - Pourquoi vous restez ?
ANTILÉA - Pour aller où ?

Cette phrase m'a un peu surprise, je la trouve un peu décalée. A la question "Pourquoi vous restez", j'aurais plutôt attendu une réponse du genre "Où voudrais-tu qu'on aille ?", qui me semblerait mieux convenir. La réponse d'Antiléa me parait plus appropriée à la question "Pourquoi vous ne partez pas ?". Enfin, ce n'est qu'un point de français sans importance et je ne saurais même pas expliquer pourquoi j'ai tiqué, mais bon, toujours est-il que j'ai tiqué, alors voilà... (ça ne me parait pas très naturel comme ça, je crois).

Mais bon, c'est vraiment histoire de dire quelque chose ! Parce que sinon, je ne peux dire que MERCI et BRAVO. :)

Chevalier Feuletonniste
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Nemesia a écrit :

Juste peut-être un petit détail pour chipoter :

Je viens de relire la phrase, du coup j'ai fait la modification que tu suggères.

Chevalier
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Alors maintenant c'est juste parfait quoi... Chapeau ! :)

Pécore
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Hey, bien Agloval
J'en ai la larme à l'oeil !

Croustillant
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Bon alors, je suis tombé sur ce scénario en fouillant dans la partie scenarii. Le titre, et l'idée sous-jacente, m'a plus d'emblée, c'est pour ça que j'en fais la critique des mois après. Et accessoirement parce que c'est vrai que c'est un bon scénario, quasi-unique ici.

Pour une fois, et c'est une chance, je n'aurai pas à parler de l'aspect comique du scénario il n'y en a pas, il est inexistant, et c'est tant mieux, cela évite le lot de reprises (triviales) de répliques cultes à des fins humoristiques.

Commençons d'abord par les points positifs (c'est une bonne chose car ça veut dire que j'ai beaucoup apprécié ton scénario ^^).
Tu installes d'emblée un ton dramatique et réaliste, qui est assez proche de celui de la série, et ça j'aime bien.
De plus, tu mets un Arturus jeune, encore romain, ignorant de son destin, aux prises avec les affres des invasions barbares.
Donc l'action ne se situe pas en Bretagne, elle ne se situe même pas à Rome. C'est une idée originale et je salue ton originalité sur ce point-là.
Il y a, comme le dit Nemesia, un effort de documentation évident sur le cadre géographie du récit, ce qui est assez rare pour être souligné.
Tu ne reprends pas les codes de comportement d'arthur qui serait forcément de tout temps agacé, impatient, voire même vulgaire. Ton Arthur est différent de ce qui a été fait auparavant comme scénario sur Kaamelott, et ça aussi je le salue.
D'autre part, l'hésitation d'Arthur à sauver Antiléa cadre parfaitement avec une psychologie d'adolescent et n'est pas du tout surréaliste, bien au contraire.

Passons aux points négatifs maintenant.
Je le dis d'emblée, je suis vraiment heureux d'avoir à faire cette critique négative sur les points que je vais aborder, car la plupart du temps les scénarios que je lis ont des défauts plus importants que ce que je te reproche (du coup, je n'ai pas le temps de développer plus ma critique).
Le reproche majeur que je te fais, c'est sur la justesse des personnages, en particulier ceux de La Vieille et d'Antiléa. Leur parler n'est pas du tout crédible, on ne croit pas une seule seconde à la possible existence de ces personnages. Exemple :
"LA VIEILLE - Tu t'appelles comment ?
ARTURUS - Arturus.
LA VIEILLE - Moi, tu peux m'appeler La Vieille."
Toute personne a un nom, a fortiori dans l'empire romain. Voir une personne donner comme nom un sobriquet tel que "la vieille" est irréaliste. Un clochard à qui vous allez donner une pièce ne vous dira pas "Merci. Appelez-moi Le Clodo". C'est invraisemblable comme situation.
De plus, prenons cet extrait : "LA VIEILLE - Les Germains ? Il faut que tu restes ici, il y en a toute une bande qui vient de temps en temps terroriser le village." Je me demandais si la vieille était encore en état de réfléchir. Si il y a une bande de Germains qui terrorise le village, la chose à ne surtout pas faire, c'est de rester. La suite du scénario montre d'ailleurs bien l'absurdité de sa réplique.
Enfin, dernier point à propos de la grand-mère, elle dit ceci "Quand Antiléa t'a trouvé, tu étais sans connaissance." Qu'il soit inconscient ou qu'il ait perdu connaissance, je veux bien, mais là elle est en train de le traiter d'inculte, c'est ce que tu as voulu dire? ^^

Antiléa maintenant. Comment dire? Elle représenterait le stéréotype de la demoiselle en détresse, que l'on retrouve dans tous les romans de chevalerie certes, mais aussi dans Mario, ce qui est moins glorieux tout de même. Elle peut être désemparé de se retrouver seule, mais elle ne peut pas lui demander de rester, ce n'est pas crédible. Une telle situation n'existe qu'en (mauvaise) fiction, mais n'a pas de réalité propre. On ne s'attache pas aux gens de cette façon-là, pas aussi rapidement.
Pour la scène où les deux chuchotent, il aurait été plus rapide de signifier dans la didascalie que les deux parlent en chuchotant, ça éviterait de répéter "chuchotant" en boucle ou d'utiliser la parade que tu as écrite pour palier à ce problème.
Enfin sa réplique "Tu parles comme un centurion ! Tu seras officier ?" est très maladroite telle quelle. Il aurait fallu écrire quelque chose comme "tu voudrais devenir officier" où le sens est déjà plus évident.

Concernant les Germains maintenant.
Là encore on a un stéréotype du genre : les barbares sans pitié, assoiffés de sang, qui parcourt la campagne pour terroriser la veuve et l'orphelin. On a donc le trio héros/barbares/veuve et orpheline éplorées qui est un grand classique de la littérature arthurienne et médiévale en général, mais pas seulement. C'est bien, tu t'inscris dans une continuité, mais là du coup, c'est trop caricatural. La réplique "Tu sais pas où il est allé ? Mais si tu ne me dis rien, je vais te tuer !" dénote toute leur stupidité. Ou bien il sait qu'elle ment, auquel cas il ne formulerait pas sa menace ainsi. Ou bien il n'en sait rien et il est la caricature parfaite du barbare stupide et cruel, qui tue si il n'obtient pas de réponse, même une fausse.
Il y a ensuite le parler forcément brutal et vulgaire, avec l'insulte unilatérale de "gros débile" en qualificatif de Valco (ce qui me fait penser d'ailleurs au "banane" de Biff Tannen dans Retour Vers Le Futur).

Valco parlons-en justement. C'est l'exemple parfait de la brute jalouse du héros qui du coup se retourne du côté des envahisseurs mais qui est trahi par eux. Ce n'est pas vraiment novateur, mais ça a le mérite d'être crédible.

Enfin, pour finir sur les personnages, petit aparté sur Arthur. Il me semble physiquement impossible de se relever et de parcourir une dizaine de lieues après s'être pris un coup de lance dans la tempe. La personne est sonné pour au moins 5 bonnes minutes, et l'on peut estimer que le mec au bout de la lance ne jouera pas aux fléchettes durant cet intervalle. De fait, la façon dont Arthur a survécu n'est, encore une fois, pas crédible, pas vraisemblable.

Enfin, pour finir cette fois définitivement avec les critiques négatives, la réplique (l'ultime) de La Vieille qui est "Arrghhh" aurait largement pu se retranscrire sous la forme d'une didascalie, suggérant le meurtre de la vieille sans pour autant le montrer (car nous sommes toujours du point de vue d'Arthur). Ç'aurait été plus long certes, mais ça aurait été plus clair aussi, et aurait moins ressembler à un "pan, t'es mort. Arrrghhh " que l'on voit souvent dans les excellents nanars policiers.


Finissons par une remarque plus que positive.
J'ai vraiment aimé le flashback final, comme une espèce d'explication à l'amitié étroite qu'entretenaient Arturus et Manilius. De plus, montrer un élément d'une discussion passée une fois que plusieurs protagonistes sont morts est un procédé littéraire que j'apprécie énormément, et tu l'as bien mis en scène d'ailleurs. Je soupçonne même le fait que ce soit la raison pour laquelle tu aies écrit ce scénario. L'effet pervers de cette démarche aura été de ne pas s'occuper plus de la vraisemblance des personnages pour se concentrer sur le twist final.

Un bon scénario, dramatique et innovant, mais avec des stéréotypes en carton-pâte. Regrettable, mais pas irrémédiable. Tu as de bonnes idées, vraiment intéressantes à approfondir.

EDIT : ah merde, ça fait cette taille-là? je me demandais pourquoi ça m'avait pris une heure, j'ai la réponse maintenant^^

Chevalier Feuletonniste
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Wahou, moi aussi j'ai droit à une critique détaillée de ta part, et en plus d'un "scénario risqué" ! :) Je me suis relu avant de lire ta critique, et je dois dire que je te trouve un peu pinailleur (« tu étais sans connaissance » signifie bien « inconscient », non ?). Mais bon, il y a plein de bonnes idées, et puis ça fait plaisir de voir que tu m'as lu en profondeur ! Mes Germains sont effectivement de gros barbares brutaux assez caricaturaux, mais en même temps il me semble que les envahisseurs le sont souvent (qu'ils soient germains ou romains d'ailleurs).

Il me semble physiquement impossible de se relever et de parcourir une dizaine de lieues après s'être pris un coup de lance dans la tempe.

Note que la blessure n'était que superficielle... En 1991, Waddle (un footballeur marseillais) a perdu connaissance suite à un choc en 1ère mi-temps contre Milan. Eh bien il a continué à jouer, et parfois de façon géniale (en fin de match, il passe en revue la défense adverse à la Maradona avant de se planter sur le gardien), il a même marqué un but, et ce en état d'inconscience : il ne se souvient de rien entre le choc de la 1ère mi-temps et son réveil à l'hôpital (où on l'a emmené après le match par prudence). Bon, c'est juste un exemple...

La personne est sonné pour au moins 5 bonnes minutes, et l'on peut estimer que le mec au bout de la lance ne jouera pas aux fléchettes durant cet intervalle.

Il ne jouera pas aux fléchettes parce qu'il est mort d'un coup de couteau qu'Arturus lui a planté juste avant de tomber dans les pommes. Bon, il faudrait faire une reconstitution... :)

Je soupçonne même le fait que ce soit la raison pour laquelle tu aies écrit ce scénario.

Si je me souviens bien, je voulais tenter un scénario plus risqué, et j'ai effectivement choisi de trouver une petite histoire un peu dramatique "expliquant" l'amitié entre Arturus et Manilius. Mais le but premier était de tenter un scénario risqué.

En tout cas, merci pour ta longue critique. Bon, tu as du pain sur la planche vu qu'il y en a une belle quantité dans le forum... :)

Croustillant
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Alors, je reconnais volontiers être parfois pinailleur, et même de mauvaise foi, lorsque cela sert une critique constructive.
Plus exactement, l'admiration béate et sirupeuse n'est pas ma spécialité ^^

Tu m'as convaincu sur la possibilité de continuer à batailler même après un choc violent. Ça parait donc crédible qu'Arthurus puisse encore marcher plusieurs lieues.

En revanche, je plussoie la reconstitution parce que je n'arrive pas bien à me représenter comment Arthurus a pu tué le Germain en question, étant avéré qu'il s'est pris un coup. Dans mon esprit, quand on se prend un beigne, a fortiori si c'est un coup de lance, on est hébété pendant quelques secondes et sonné pour plusieurs minutes. C'est ce qu'a bien pu faire le Germain qui me pose problème.
Mais ce sont des éléments de détails, c'était risqué de faire un scénario... risqué.

Bon je sors, j'ai compris...

Scribe et archiviste officiel
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  Ce message a été posté par une personne qui n’est plus inscrite aujourd’hui.

Audacieux c'est vrai mais bien mené. Les détails historiques rendent le récit vivant et même si le rythme est rapide tu définis assez bien la situation des personnages. J'ai quand même eu un serrement au coeur quand j'ai vu qu'Arturus ne sauvait pas Antiléa ! Mais le rendre frocément héroïque en toute circonstance serait une facilité donc je ne peux pas te le reprocher. On peut aussi penser que cette expérience a défini une part de sa personnalité et de sa sensibilité et qu'elle peut expliquer certains de ses futurs rapports avec les femmes. Oui, je vais loin, là !!!

Chevalier Feuletonniste
Hors ligne

Merci pour ton avis ! Je pense que c'est normal qu'il hésite : il est trop jeune, il a forcément peur. Mais c'est le genre d'incident qu'il peut regretter longtemps (c'est pourquoi il tiendra sa promesse et deviendra ami de Manilius).

Chevalière Parodisiaque
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Bon alors, moi, je viens le plus souvent possible sur "scenarii" pour me marrer... Ben là, le deal est pas respecté! Même pas drôle... et c'est tant mieux! :-)

Voilà une façon très humaine d'appréhender Arthur hors de son contexte légendaire. Un Arthur, jeune, humain, faillible, qui ne sait pas comment réagir dans une situation extrême... Vraiment très réussi dans son genre. Une belle surprise.

Quant à la fin... Pffiou!
Un scénario qui apporte un élément d'explication plausible aux rapports humains du VIè livre et "enrichit" KAAMELOTT... Impossible de le bouder.

Croustillant
Hors ligne

C'est très bien écrit, construit, documenté, tout va bien. Il n'y a qu'un seul problème, et de taille. Rien à voir avec Kaamelott. Donc pour moi c'est non.

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