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Chevalier Feuletonniste
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Les rebelles

Nous sommes après le Livre VI. Lancelot contrôle désormais toute la Bretagne et persécute les alliés d'Arthur.

La scène se passe à l'intérieur d'une grande tente. Au milieu il y a une longue table en bois. Dame Séli de Carmélide et sa fille la reine Guenièvre sont assises à un des grands côtés. En face d'elles : dames Ygerne et Cryda de Tintagel. Sur un des petits côtés de la table : dame Anna de Tintagel, reine d'Orcanie, et sur l'autre petit côté, dame Gwenda de Calédonie (c'est un nouveau personnage : elle ressemble à Séli, mais en rousse).

Personne ne parle, tout le monde se regarde avec froideur. Quelques coups d'oeil vers Anna désignent l'origine du malaise.

Guenièvre - Eh ben dites donc, l'ambiance est pas follichonne aujourd'hui !
Séli - J'aimerais bien qu'on m'explique ce qu' elle vient faire à cette réunion.
Ygerne - En tout cas on ne l'avait pas invitée.
Anna - Mère, je suis quand même venue...
Gwenda - Et les sentinelles ?
Séli - On n'en a que huit, alors pour surveiller un périmètre de vingt lieues...
Cryda - Mais, comment saviez-vous qu'il y avait une réunion ?
Anna - Par mon... mari ( elle prononce le mot "mari" avec un certain dégoût ).
Séli - Qui a averti ce salopard de roi Loth ?
Gwenda - Je crois que c'est le mien, il n'est plus à une bourde près...
Ygerne - Et vous êtes venue pour quoi, ma fille ?
Anna - « Ma fille » ? Vous vous en souvenez encore ?
Ygerne - Oui. Mais je me souviens aussi que vous vouliez tuer votre frère.
Anna - Mon demi-frère.
Guenièvre - C'est qui son demi-frère ?
Gwenda - Alors pourquoi ne pas avoir rejoint le clan de Lancelot, comme votre ordure de mari ?
Anna - Mon... "mari" n'a pas rejoint Lancelot.
Cryda - Pourtant, nos informateurs...
Anna - Il a voulu se rallier à Lancelot. Qui l'a aussitôt emprisonné.
Séli - C'est bien fait pour sa tronche ! Et vous ? Ne me dites pas que vous rejoignez le camp des rebelles pour le faire libérer ?
Anna - Non.
Gwenda - Alors ? Quel coup fourré est-ce que vous préparez ?
Ygerne - Vous voulez nous aider à retrouver Arthur pour mieux le tuer.
Guenièvre - Hein ?
Anna - Non. J'ai tourné la page.
Séli - Vous ne voulez plus tuer mon gendre ?
Anna - J'ai d'autres projets. Mais Lancelot me gêne. Alors je m'associe à vous pour abattre cette crapule.
Gwenda - On n'a pas besoin de vous.

Anna sort un petit coffre d'un sac posé contre la table. Elle l'ouvre, il contient de multiples pierres précieuses.

Anna - C'est à moi. C'est maintenant à vous. Pour acheter des armes... ou des hommes.
Séli - Dans ce cas... je crois que nous pouvons vous admettre à ce Conseil.

Transition - un peu plus tard...

Gwenda - Pourquoi ne pas se regrouper tous derrière mon mari ?
Séli - Parce que le mien ne voudra jamais ! Et puis ici nous sommes en Carmélide et...
Gwenda - Justement, pourquoi ne pas s'être cachés en Calédonie ? On aurait été protégés dans les montagnes.
Séli - Vos montagnes sont à découvert.
Gwenda - Oui, mais on peut tendre des embuscades.
Séli - À condition d'avoir des hommes. Or nous n'en avons plus qu'une dizaine, et encore.
Anna - À ce propos, où sont-ils ?
Séli - Nos maris sont à la chasse - on les a éloignés pour être tranquilles - et les autres montent la garde autour de la forêt... Enfin, en théorie.
Ygerne - Se cacher en forêt reste la méthode la plus sûre. Et il n'existe que deux forêts suffisamment profondes en Bretagne : Brocéliande, en Armorique, et Sherwood, où nous sommes. Les hommes de Lancelot s'y perdraient.
Guenièvre - Bon, ben c'est pas tout ça, mais j'ai une petite faim moi. On les fait cuire ou pas, ces saucisses ?
Séli - Eh bien allez-y !
Guenièvre - Moi ?
Séli - Ben oui, vous ! Vous êtes la plus jeune, occupez-vous du rata !
Guenièvre - Et les domestiques ?
Séli - Quels domestiques ?
Guenièvre - Heu... oui, bon... j'y vais...

Guenièvre sort de la tente.

Ygerne - Donc, chère dame Gwenda, vous comprenez le problème : aucun chef de clan ne peut être reconnu par les autres. Seul Arthur pourrait les réunir sous son autorité.
Gwenda - Et on ne sait toujours pas où il est ?
Cryda - À mon avis pas en Bretagne.
Ygerne - Rome non plus, il est considéré comme traître là-bas.
Cryda - C'est une vieille histoire, peut-être oubliée ?
Ygerne - Je pense qu'il se cache à Byzance. Il a des relations...
Gwenda - Byzance ? C'est à l'autre bout du monde !
Anna - Il est emprisonné dans une des forteresses de Lancelot.
Ygerne - Qu'est-ce que vous dites ?
Anna - J'ai pu voir mon mari il y a deux semaines. Arthur était enchaîné dans une cellule voisine.
Ygerne - Enchaîné ?
Anna - Tous les prisonniers sont tous enchaînés et en cage.
Séli - Ne le dites pas à la petite...
Anna - Si. Il faut qu'elle sache.
Séli - Bon... donc pas d'Arthur. Et on ne peut pas compter sur nos maris, ils ne s'uniraient pas. C'est pourquoi Dame Ygerne a une idée...
Ygerne - Lancelot a démantelé la Bretagne. Il n'y a plus de Calédonie, de Carmélide, de duché de Tintagel, et ainsi de suite.
Cryda - Il a tout refait avec des comtés.
Gwenda - La Bretagne, divisée en comtés ? Mais... c'est absurde !
Ygerne - Nous ne sommes plus rien. Nous avons donc perdu nos vassaux.
Cryda - Quant aux chevaliers, ils se terrent on ne sait où.

Guenièvre rentre avec un plat de saucisses.

Guenièvre - Je suis désolée, mais il y a eu une averse et le feu s'est éteint. Du coup les saucisses sont froides.
Gwenda - Vous n'avez pas ranimé le feu ?
Guenièvre - C'est pas de ma faute, c'est les giboulées !
Séli - Ce qu'il faut, c'est faire une sorte de toit avec des branchages pour protéger le feu. Ainsi, les flammes ne s'éteindront pas.
Guenièvre - Ben oui mais là elles sont éteintes.
Séli - Eh ben rallumez-le ! Trouvez du bois !
Guenièvre - Trouver du bois ? On fait comment ?... Bon, bon, je vais voir ça...

Guenièvre quitte la tente avec ses saucisses. La conversation reprend.

Ygerne - Les soldats d'Arthur sont tous passés à Lancelot.
Gwenda - Ils n'en restent pas qui lui sont encore fidèles ?
Ygerne - Les soldats, ils sont fidèles à leur solde. C'était Arthur qui les payait, maintenant c'est Lancelot. Donc ils sont fidèles à Lancelot.
Cryda - Bref, on est seules. À part huit hommes et vos maris.
Gwenda - Léodagan n'avait pas un plan ?
Anna ( ironique ) - Prendre d'assaut la forteresse la plus proche et tout casser ? Avec huit hommes...
Séli - Non : dévaliser de nuit et en douce les coffres de la forteresse la plus proche, et se servir de l'argent récupéré pour enrôler des mercenaires.
Gwenda - Mais même avec huit hommes, c'est chaud.
Ygerne - Des mercenaires, ce ne sera pas suffisant. Pour abattre Lancelot, il faut l'armée du peuple.
Gwenda - Les pécores ?
Ygerne - Lancelot leur impose le retour à l'ancien ordre, celui que mon fils avait peu à peu abolit : corvées interminables, impôts abusifs, terreur, loi du talion, esclavage pour dettes... On dit aussi qu'il construit des camps de travail pour enfermer tous ceux qui ne sont pas de souche bretonne. Le peuple est à bout et n'a plus rien à perdre. Il nous suivra sans se préoccuper de solde.

Guenièvre est de retour avec les saucisses, cuites cette fois.

Séli - Ah, vous avez réussi à ranimer le feu !
Guenièvre - Oui, un des gardes m'a aidée, il a remis du bois.
Séli - Un garde ? Qu'est-ce qu'il foutait là ?
Guenièvre - Ben, je sais pas... peut-être qu'il avait envie d'un petit pissou ?
Séli - Il monte la garde à dix lieues, et il revient ici pour pisser ?
Guenièvre - Mais je sais pas moi !
Gwenda - Faites-le venir, qu'on sache ce qu'il manigançait.
Guenièvre - Ah mais il est reparti, il m'a dit qu'il avait des collets à relever.
Anna - C'est pas un garde, c'est un braconnier.
Séli - Eh ben il est bien gardé, notre camp secret...
Gwenda - Mais elles sont mouillées, vos saucisses !
Guenièvre - Ben oui, il a replu. C'est les giboulées.
Séli - Je vous ai dit de faire un petit toit au-dessus du feu. Comme ça, les flammes...
Guenièvre - Oui, je sais, « les flammes ne s'éteindront pas », pfff...
Ygerne - Bon, merci ma belle-fille. Mangez-donc avec nous.
Gwenda - On en était où ?
Anna - Ma mère projetait d'enrôler le peuple.
Ygerne - Oui. C'est le meilleur moyen. Le peuple a toujours été fidèle à Arthur, il aimait son roi.
Guenièvre - Les gens l'appelaient Arthur le Sanguinaire.
Séli - Nan, ça c'est votre père.
Guenièvre - Ah bon ? Ils l'appelaient Arthur ?
Ygerne - Arthur le Juste. Le peuple s'en souvient et pleure son exil. Qu'Arthur aborde de nouveau la terre sacrée de ses ancêtres et tout le peuple se soulèvera derrière lui pour abattre l'usurpateur !
Guenièvre - C'est beau ce que vous dites, on dirait un discours.
Ygerne - Justement, ça fait partie de mon plan...
Guenièvre - Mince, j'ai oublié d'apporter les fèves, j'y retourne.
Séli - Et n'oubliez pas de protéger le feu par un toit de branchages.
Guenièvre - Oui, ainsi « les flammes ne s'éteindront pas », je sais !

Guenièvre repart.

Anna - Mère, poursuivez...
Ygerne - Si mon fils était ici, il lui suffirait de se montrer au peuple et celui-ci le suivrait. Mais nous avons son épée.
Gwenda - Excalibur ?
Ygerne - Oui, je vais vous la montrer.

Ygerne se retourne et ouvre un coffre. Elle en sort Excalibur, terne, encore plus sombre que l'obscurité relative de la tente, et la pose sur la table.

Gwenda - Qui l'a retirée du rocher ? Arthur ?

Guenièvre revient avec les fèves.

Guenièvre - Je suis désolée mais il s'est remis à pleuvoir. C'est les giboulées...
Séli - Et le toit ?
Guenièvre ( irritée ) - J'ai pas eu le temps de m'en occuper ! Alors oui, je sais, « les flammes ne s'éteindront pas » et gna gna gna !

Guenièvre dépose le plat de fèves (mouillées) d'un geste énervé puis s'assoit.

Guenièvre - C'est... on dirait...
Ygerne - Excalibur.
Anna - Je suppose que vous allez nous expliquer ça, mère ?
Ygerne - Quand mon fils était alité, dame Cryda et moi avons essayé toutes sortes de remèdes, même des remères de charlatan, pour lui redonner un peu de vie. Dame Cryda a proposé de lui faire retenter de retirer l'épée. Qui sait, peut-être aurait-elle un pouvoir de guérison ?
Cryda - Alors nous l'avons emmené en litière jusqu'au rocher. Et là...
Ygerne - Il n'y avait plus de rocher. L'épée était par terre, dans le même état que sur cette table. Je l'ai rammassée et l'ai donnée à mon fils. Elle est restée éteinte.
Cryda - D'ailleurs c'est curieux, mais on aurait dit qu'il en était déçu.
Ygerne - Pendant plusieurs semaines, je l'ai obligé à tenir l'épée plusieurs heures par jour, au cas où. Il en a eu tellement marre qu'il a exigé qu'on la lui enlève définitivement.
Cryda - Ça avait l'air de le démoraliser, de la tenir.
Ygerne - J'ai donc rangé l'épée dans un coin, avec d'autres affaires personnelles. Et en quittant précipitamment Tintagel, c'est quasiment la seule chose que j'ai pensé à emporter.
Gwenda - Si elle ne s'allume pas, les pécores ne la reconnaîtront pas...
Séli - Pour ça, il faudrait utiliser la magie, mais Merlin est introuvable.
Ygerne - Et votre enchanteur ( Ygerne se tourne vers Gwenda ) est passé à l'ennemi.
Gwenda - Comment ça, mon enchanteur ? C'est pas parce qu'Élias est Grand Enchanteur du Nord qu'il a un rapport avec la Calédonie !
Anna - Tiens donc ? Il y a vingt ans, il était pourtant votre hôte.
Gwenda - Oui, ça va, c'est de l'histoire ancienne. On l'avait engagé pour jeter un sort sur la Carmélide, mais on va pas en reparler !
Séli - Quoi !?!?
Ygerne - C'est en effet de l'histoire ancienne. Voici ce que je propose.
Guenièvre - Excusez-moi mais je crois qu'il s'est remis à pleuvoir, il faut que j'y retourne...
Séli - Pensez aux branchages pour protéger le feu. Ainsi les flammes...
Guenièvre - ... ne s'éteindront pas, je sais !

Guenièvre s'absente à nouveau.

Ygerne - Le plan : La reine Guenièvre - elle aussi, le peuple l'aime beaucoup - sera en quelque sorte notre porte-drapeau. Nous la montrerons de village en village et elle brandira Exaclibur. Enfin, quand nous aurons trouvé un moyen de la rallumer. Ainsi, peu à peu nous réunirons une troupe de plus en plus nombreuse.
Gwenda - Il faudra les armer.
Ygerne - Nous pratiquerons une guerre d'usure, faite d'embuscades et d'escarmouches. J'ai retrouvé un livre qu'aimait beaucoup mon fils, un ouvrage de stratégie écrit par un ancien empereur romain - une pointure - et inspiré de Sun Zi - un Chinois. C'est tout à fait jouable. Grâce à ces escarmouches, nous nous procurerons des armes et des vivres. Peu à peu, notre armée sera suffisamment puissante pour affronter celle de Lancelot.
Anna - Excellente idée, mère. Le peuple constitue une réserve inépuisable en hommes. Lancelot sera submergé.

Guenièvre revient.

Guenièvre - J'abandonne. Il fait beau, il pleut. Il fait beau. Il pleut. Un fléau, ces giboulées ! Alors je sais, le coup du toit de branchage « la flamme ne s'éteindra pas » et tout ça, mais j'en ai ma claque !
Séli - Au lieu de dire des bêtises, restez donc avec nous, ça vous concerne.
Guenièvre - Ah bon ?
Ygerne  à Guenièvre ) - Dès que nous aurons trouvé un moyen d'allumer cette épée, il faudra que vous la brandissiez de village en village. Je vous rédigerai des discours bien sentis pour appeler le peuple à prendre les armes.
Guenièvre - Moi ?
Séli - Oui, vous !
Guenièvre - Mais je n'oserai jamais, j'aurai trop le trac.
Anna - Pour revoir Arthur, il faut abattre Lancelot. Pensez-y.
Guenièvre - Ben oui mais quand même...

Générique. Guenièvre se lève et attrape Excalibur. Bien sûr, l'épée reste éteinte. Guenièvre la soulève au-dessus d'elle.

Guenièvre - Heu... La flamme de la résistance ne s'éteindra pas.

Excalibur se met à briller d'une lumière blanche surnaturelle.

FIN

Scribe et archiviste officiel
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C'est quelque chose qui te tient vraiment à coeur que Guenièvre soit la nouvelle porteuse d'Excalibur apparement ^^.

Je trouve que tu aurais dû un peu plus accentuer la détresse de la situation. Lancelot qui impose des "camps de travail" c'est pas mal, mais je trouve que tes personnages n'ont pas l'air si affolé de la prise du pouvoir et de la terreur que fait régner Lancelot.

Scribe et archiviste officiel
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Sympa le scénario !
J'aime bien l'idée que se soit les femmes des rois qui organisent un plan. C'est vrai que c'est bourrins de rois n'aurai jamais réussi à se mettre d'accord ! :)

Chevalier Feuletonniste
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Merci pour vos commentaires ! Astyron : effectivement, on n'a pas trop peur, mais il faut quand même noter que les rois bretons ont perdu leurs royaumes et n'ont plus avec eux que huit hommes, ça montre la déchéance... Mais je note ta remarque, au cas où elle me servirait pour une suite (j'ai en tête une scène où Guenièvre harangue la foule à sa manière, mais je ne sais pas encore quoi mettre dedans, on verra).

Scribe et archiviste officiel
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Alors là! J'ai été scotché du début à la fin! Je suis même frustrée qu'il y ait pas la suite ^^

Chevalier
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Très bon texte ! :) Parfois un peu long, mais il faut ça pour bien comprendre et situer le contexte. J'aime beaucoup l'idée de Guenièvre en porte-drapeau et celle des femmes de chefs de clan au pouvoir : ce serait assez logique finalement, surtout venant de personnages forts comme Ygerne et Séli ! Je suis sûre qu'elles auront leur mot à dire et qu'elles ne se laisseront pas faire comme ça.

Le gag récurrent avec le toit de branchages pour protéger les flammes fonctionne bien, il nous rappelle la cabane de Lancelot sur piloris ! :D Et j'ai surtout aimé la fin, qui marque le début d'un nouvel espoir... Merci Agloval ! :)

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