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Semi-Croustillant
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Les archers finissent leurs carquois, il n’y a plus de flèches à embraser. De toute façon, il n’y a plus de mélasse.
Ils utiliseront les flèches à pointe fine désormais. Il faut maintenant viser pour tuer.
L’odeur des incendies et de la chair calcinés me soulève le cœur.
Les pertes coté Carmélide sont dérisoires, les postes avancés ont résistés héroïquement, il faut bien le reconnaitre, le château est indemne. Ils nous attendaient.
Les troupes à pied suivent lentement la cavalerie, le bruit assourdissant des coups de bélier contre la gigantesque porte du château résonnent dans la plaine.

Dans ce vacarme, je me souviens de mon instruction, quand j’étais jeune soldat. On nous apprenait à gueuler quand on attaquait. Pourquoi ? Pour que l’ennemi pense que les mecs d’en face sont en surnombre… une tactique stratégique, comme ils appellent ça.
Mais à ce moment précis, je ne gueule pas. J’aperçois au loin les « sacrifiés » avec le tronc de chêne qu’on a coupé très tôt ce matin, qui s’échinent contre cette foutue porte.
S’ils ne se dépêchent pas, on va se faire décimer. Chaque rocher lancé par les catapultes qui s’écrase au sol me fait sursauter. En fait, c’est drôle mais, à chaque fois que j’entends le « clac » caractéristique du butoir de la machine, je sais qu’un poids de 80 kg va passer au dessus de ma tête, et je ne peux m’empêcher de me dire : « celui la est peut être pour moi ».

Dans l’échange de tirs de tout a l’heure, j’ai été touché par une flèche. Rien de grave, elle ne m’a ouvert qu’un peu le dessus de la main. Je m’en remettrais.
Mon binôme a eu moins de chance, il s’en est pris une bonne…
Je ne comprends pas comment c’est possible, mais il se l’est prise en pleine gueule.
Elle lui a transpercé la lèvre supérieure et s’est logée dans sa gorge. La douleur le rendait dingue, il tirait sur la flèche en silence, je ne comprenais pas ce qu’il faisait, c’est quand il s’est retourné que j’ai compris, a l’expression de ses yeux. En fait, il devait surement gueuler de toutes ses forces, mais la flèche empêchait le cri de sortir de sa gorge…
Saloperie de pointe barbillon. Quand elles rentrent, on ne peut pas les sortir. Le pauvre bougre avait tiré dessus a s’en arracher la langue sans avoir réussi à la détacher.
C’est pour ça que je ne gueule plus, c’est idiot, mais j’ai peur de m’en ramasser une dans la tronche…

On patauge dans la boue depuis presque trois heures, ma cuirasse pue, j’ai un gout de métal dans la bouche, tout colle a la peau, l’humidité est encore plus insupportable que la fumée qui me brule les poumons.
On n’a pas progressé depuis presque une heure, on est surement devenus des cibles faciles pour les balistes qui ont maintenant ajusté leur distance de tir.
Il faut qu’on bouge, on va se faire massacrer.

Le roi et son ombre à capuche ne bronchent pas. On se fait trucider et ils ne bougent pas.
Ils attendent que les gars ouvrent cette satanée porte. Les pauvres, ils ont essuyés deux « bains » de mélasse… ils ne sont plus qu’une vingtaine pour manœuvrer le tronc. Si ça continus, on l’ouvrira jamais.

C’est mon premier siège, j’étais un peu nerveux avant de commencer, mais la, c’est plutôt de la peur que je ressens.
Ce n’est pas du tout ce que j’imaginais. Dans les batailles rangées de Camelot, a l’époque ou Arthur était encore roi, on se foutait sur la gueule avec les saxons, les burgondes ou je ne sais pas quelle autre peuplade d’envahisseurs, mais jamais on est resté la, a attendre de se faire écraser par un rocher…

Faut que je me tire d’ici…

Je me faufile à travers nos lignes, accroupis dans la gadoue.
Des gars m’interpellent, me demandent de ne pas bouger. Comme si les mecs d’en face étaient sensibles aux mouvements… connerie.
J’essaye de me diriger vers le flanc de nos troupes, ma décision est prise maintenant, je n’ai pas envie de crever aujourd’hui.
Nos troupes sont étalées à travers la plaine, jusque sur le coteau de ce vallon.

C’est la que je vais.

Ça a l’air beaucoup plus agité par ici, plus je me rapproche, plus je peux entendre distinctement des bruits de lutte de l’autre coté de ce vallon… une bataille… sur le flanc ?
Je réalise soudain ce qui se passe : on s’est fait avoir ! Ils nous attaquent par le flanc Est pendant qu’on est occupé à assiéger le château !
La situation est encore plus désespérée que ce que je pensais, mon sang se glace, je vais finalement peut être bien crever aujourd’hui…

Je reconnais au loin, dans le tumulte, des visages qui ne me sont pas inconnus, des Seigneurs qui autrefois composaient la table ronde, et un soldat romain. Je ne sais pas d’où ils sortent, mais ils sont déchainés. Le gros de la troupe fait mine de se retourner maintenant, affolés et dépourvus par cette soudaine attaque. Certains fuient. D’autres sont figés, attendant des ordres qui ne viendront pas. Personne au commandement n’est au courant de cette attaque.

Je pars dans l’autre sens, tant pis, qu’ils me mettent a mort pour désertion, mais si je peux sauver ma peau, je le ferais. Il n’est pas trop tard. Je peux encore atteindre les abords rocailleux et escarpés du coté Ouest de la plaine. Si je me dépêche, j’aurais déjà disparu quand ils se rendront compte qu’il faut se battre sur deux fronts à la fois. C’est finalement la diversion qu’il me fallait.

Je ne marche plus, je cours. De la où ils sont, les chefs ne me voient pas, occupés qu’ils sont à comprendre ce qu’il se passe du coté Est, un garde vient de les prévenir.
J’ai le souffle court, mes jambes flageolent. Je suis épuisé, aracée par mon bardât.  Je quitte ma cuirasse sans arrêter de courir, mon casque roule au sol. Plus besoin de tout ça, je sais que c’est tout ou rien.

J’arrive près des rochers. Je m’emplois à grimper sur celui qui me semble être le plus facile à escalader. Je jette un regard en arrière, comme si ma conscience me demandait de le faire, pour ne rien regretter de ma décision.
Je peux distinguer dans le lointain, coté Est, la bataille maintenant bien engagée entre notre armée de Camelot et les rebelles. Les coups sont portés avec violence, pas de quartiers. Putain non, je ne regrette pas. Je me serais fait découper.
De l’autre coté, la porte a finit par céder. Les hommes de Leodagan sortent comme des diables d’une boite, ils nous attendaient. C’est un massacre.

La sorcière du roi lance bien quelques sortilèges, mais du château, des parades beaucoup plus puissantes et beaucoup plus efficaces dévastent nos premières lignes.
Premières lignes ou je devrais être en ce moment même.

Je glisse, l’humidité m’empêche de trouver de bonnes prises. Il faut que je réussisse à monter, coute que coute. Je me suis retourné des ongles, je continus a essayer de les planter dans la roche, mes doigts saignent. Je ne veux pas redescendre. Je ne veux pas finir comme eux.
J’attrape des ronces au sommet du monticule. Je me hisse péniblement…
Je suis soudain soulevé de terre.

Je me retrouve debout devant un groupe de gens. Je ne sais pas qui ils sont.
Je sens comme un coup de poing porté dans l’estomac. Je m’écroule, à genou. La douleur persiste. Comme si l’auteur du coup ne retirait pas son poing. Instinctivement, je porte mes mains à mon ventre, je saigne. Je suis étourdi par le choc. Je ne sais pas trop si ce sang provient de mes doigts. Je ne comprends plus rien.
Il y a trop de sang, ça ne peut pas être  mes doigts. Je relève la tète, je vois distinctement l’homme, une épée souillée a la main. Et la je comprends, sa lame vient de me transpercer.

La douleur me coupe le souffle. J’ai basculé sur le coté, je n’arrive plus a tenir sur mes genoux.
Depuis ma position allongée, j’arrive maintenant à reconnaitre quelques personnes dans le groupe. Je peux voir Arthur. Je le croyais mort, on nous l’avait certifié. Le seigneur Perceval est la lui aussi. Il lui tend une arme. Une épée. Excalibur.

Ils ne s’intéressent plus à moi, ils me pensent surement déjà mort. Qui pourrait en douter, avec tout le sang qu’il y a tout autour de moi. Je n’ai plus la force de me tenir le ventre. Mes bras sont si lourds. J’ai froid. Des spasmes secouent ma poitrine. Je n’ai pas inspiré depuis quelques minutes déjà. Mes yeux pleurent. J’entends comme à travers de l’eau. Le groupe remonte à cheval, ils chargent en direction de la plaine. Le bruit… la fureur… pas ça...

Chevalier Feuletonniste
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Ah, c'est un tout autre style ! Le récit d'une attaque vue par un simple soldat est très intéressant. Moi qui ai adoré la série Frère d'Armes , ton récit m'a fait imaginer une série similaire qui suivrait le parcours de soldats du Moyen-äge, ça pourrait valoir le coup. En tout cas on se met très bien à sa place, j'ai même ressenti un certain soulagement lorsqu'il fuit, même si je pressentais le pire quand même...

Quelque chose que je n'ai pas compris : le narrateur est apparemment un soldat du camp des assaillants (« le château est indemne. Ils nous attendaient. »). Alors pourquoi a-t-il peur qu'une des pierres lancées par les catapultes lui tombe dessus ( « celui la est peut être pour moi ») ? Ou alors Léodagan a fini par réussir à installer des catapultes utiles au milieu de son château ? (Ah oui, plus loin il dit qu'il a peur d'être une cible pour les balistes.)

La fin est magnifique. J'ai lu dans divers livres que, en ce temps là, il y avait plus de morts lors de la débandade que lors des combats proprement dits (en fait, encore plus lors des épidémies). Une bataille se gagnait souvent à la cohésion : tant que personne de notre camp ne se débande, tant qu'on tient par la discipline, c'est bon, mais dès que les hommes commencent à fuir, ils vont se faire massacrer puisqu'il n'y a plus de force collective. Je m'attendais donc à ce que le narrateur se fasse tuer lors de sa fuite (mais aussi qu'il ne soit pas le seul à se sauver). Et la fin est vraiment très bien racontée, d'autant qu'elle correspond à un coup de théâtre (l'arrivée d'Arthur, qui relance le suspense et va sûrement amener une suite !)

Bref, tu as pris le risque d' "innover" dans le style et, pour moi, c'est une très belle réussite ! :)

Semi-Croustillant
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je te remercie. tu as bien cerné ce que j'ai essayé de faire, ce n'est pas parfait, mais j'avais envie de casser le rytme des 5 episodes precedents.
en fait oui, les balistes sont celle de carmelide, j'ai amené ça dans l'episode precedent car j'avais envie d'une bataille typé "seigneur des anneaux" avec des rochers qui pleuvent... ^^

en fait, je trouvais plus pratique pour raconter "la croisée des chemins" a travers les yeux d'un mec qui ne soit pas impliqué, parce que les retrouvailles et la bataille auraient ete un calvaire a raconter avec des dialogues.



il devrait en effet y en avoir un dernier... dont le titre sera: "Spirit of Ecstasy"
;)

Croustillant
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Nouveau style, ça me fait un peu penser à " A l'ouest rien de nouveau " qui raconte le quotidien d'un soldat allemand pendant la première guerre mondial.
C'est plutôt bien et je trouve que tu a bien réussi à retranscrire les pensées du soldat.

Chef de Clan
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Bravo Chastiefol. Très prenant et vraiment bien terminé.

Croustillant
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Vraiment bien. J'ai été emporté dans l'histoire, très propre, très fluide. Le soldat et ses réflexions sont très réalistes. J'ai trouvé aussi très intéressant de présenter les personnages de la série du point de vue du soldat, comme de véritables guerriers.

Chevalière Nebulis Causa
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C'était magnifique, j'ai adoré. On est vraiment pris dans cette bataille avec ce soldat qui fuit.
Et la fin est très belle.
Je comprend mieux maintenant pourquoi Perceval était en possession d'Excalibure.

Scribe et archiviste officiel
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  Ce message a été posté par une personne qui n’est plus inscrite aujourd’hui.

chapeau, du grand art ! l'angle de narration est aussi inattendu qu'inspiré, l'immersion est totale, tu passes du tragique au comique en un tour de mot, une réussite totale pour moi. Quant à la fin, je surenchéris : elle est excellente, le descriptif du coup que reçoit le soldat et sa compréhension progressive des évènemennts donnent un ton poignant et renforcent l'identification quant à son point de vue, il accentue l'aspect emblématique du retour d'Arthur ! Tu as vraiment fait le bon choix !

je crois que j'ai aimé :)

pour ma part ça m'a renvoyé a Starwars : dans un jeu vidéo (Battlefront 2) l'action est racontée du point de vue d'un trooper ça m'y a fait pensé et puis bah ça a sûrement été dit et pensé maintes fois mais les évènements nous rappellent La Revanche des Sith avec Lancelot de le rôle de Anakin/Dark Vador et Méléagant en Palpatine/Dark Sidious ! Y a pire comme références !

Semi-Croustillant
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merci beaucoup pour vos compliments, vous etes bien indulgents ^^

les references a star wars sont involontaires, mais ça doit venir de ma culture...
je suis un fan de star wars, et pas qu'un peu ^^

Chevalier Feuletonniste
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C'est surtout que l'univers de La guerre des étoiles utilise des procédés et des situations inspirées d'histoires plus anciennes. S'il y a une analogie avec la légende de la Table Ronde, ce n'est pas la légende arthurienne qui s'est inspirée du travail de G. Lucas mais plutôt le contraire. À mon avis, A. Astier n'a pas créé le personnage de Méléagant en pensant à Palpatine, mais la situation du meilleur ami devenu un traître sous les conseils d'un mystérieux mentor est une situation courante dans la littérature que G. Lucas et A. Astier ont ré-utilisée (à leur façon). Bref : { Y a pour référence X ; Z a pour référence X } ne signifie pas que Y a pour référence Z.

Scribe et archiviste officiel
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  Ce message a été posté par une personne qui n’est plus inscrite aujourd’hui.

oui c'est un cercle vicieux d'où l'appellation Table Ronde !

Ok, je sors ! :D

Croustillant
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JE VEUX LA SUITE! *w*

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