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Doyen
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On s'occupe comme on peut quand on bosse pas et qu'on a pas de Kaamelott inédit dont se délecter. Certains partent à la pêche avec leur papy, d'autres font des tartes aux fraises. Personnellement, je préfère m'essayer à l'écriture. Aujourd'hui, je vous présente donc les premiers extraits de ma pseudo-fic (ou pseudo-roman, comme vous préférez) que j'écris juste pour le fun, sans ambition future à son sujet. Ça mélange plein de genres et ça s'appelle

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Le topo : Igor, c'est un gars qui n'a pas de bol, mais alors, vraiment pas. Vivant en marge de la société depuis bien seize ans dans un milieu précaire, tout le monde l'a laissé tomber pour une raison qu'il ne pourrait identifier. Du jour au lendemain, il se retrouvera pourtant projeté dans une société parallèle à la sienne sur la planète Anuva. Ses habitants, les Mikava, sont tous des humains désespérés sur Terre. Mais parce que l'union fait la force, ce monde est fait pour leur redonner le goût de vivre et leur permettre une existence peut-être meilleure... même si tout ne sera pas de tout repos.
Mélangeant plusieurs types d'humour sur un fond extrêmement noir, ce qui paraît être une intrigue classique au premier abord va voir une opposition entre gentils et méchants se muter en une opposition entre deux points de vue entre lesquels il devient difficile de faire un choix.

Actuellement, j'ai fini dix-huit petits chapitres. Je pense en présenter un par semaine si ça a du succès. En attendant, en voilà déjà trois, accompagnés d'un prologue. Merci d'avance à ceux qui liront, et bonne chance.

Prologue

À quoi bon ?

Pourquoi espérer le bonheur ? S'il est une finalité inaccessible de la vie, pourquoi s'évertuer à le chercher ? Pourquoi espérer ? L'espoir est, au même titre que la religion, l'opium du peuple. Marx qualifiait ce type de croyance ainsi, pensant qu'elle n'était qu'une illusion populaire, un moyen d'échapper à la réalité. J'estime l'espoir au même niveau. Il faut toujours être pessimiste et envisager le pire, on limite ainsi la déception face aux faits. Espérer, être optimiste, cela ne mène qu'à la déception, nous ne sommes jamais satisfaits de ce qui arrive. Le seul moyen d'échapper à cette mauvaise impression est d'être fataliste.
Prenons un exemple, vous achetez un ticket de loterie, où à un quelconque jeu de hasard de même nature, uniquement crée pour siphonner les biens monétaires de celui qui contribue à son financement de la sorte. Vous n'avez qu'une chance sur deux d'avoir acheté le bon ticket, vous pensez donc que l'espoir de gagner est suffisant. Pourtant, ce fait de perdre dans un cas sur deux persiste, et la déception se lit sur votre visage si ce cas se produit. Vous avez perdu de l'argent après avoir voulu espérer en gagner plus que dépensé.
Des exemples comme celui-ci, il y en a des milliards. Le malheur frappe toujours les mêmes personnes, s'acharne sur de pauvres gens, tandis que d'autres nagent dans la réussite sur tous les points, sans jamais connaître de revers. S'il existe réellement un être supérieur, un Yahvé, un Dieu, un Allah ; celui-ci doit être la pire ordure ayant jamais existé pour permettre tant d'injustice, de pauvreté, d'acharnement, de misère. Nous n'aurions été façonnés que pour subir le sadisme d'un omniscient mégalomane, un être immature s'amusant à construire de petits êtres en plastique pour leur faire subir ses caprices personnels. Et certains d'entre nous vouent un culte à ce destructeur.

Je m'appelle Igor, et je ne crois plus en rien.
Penchant un œil vers la fenêtre, je contemple la grisaille du ciel, la pluie qui ne cesse de s'abattre sur cette Terre bien morose. Ce triste village français, Villanbourg, reflète tout ce qu'on peut obtenir de ce monde. Ennui, désespoir, pauvreté, injustice et intolérance.
J'y suis né seize ans plus tôt et y habite encore. Je suis passionné des univers Marvel et DC Comics grâce à de vieux comics retrouvés dans le grenier d'un parent pendant mon enfance. J'y trouve un petit cocon de plaisirs et de joies que je me dois de quitter sans cesse, la réalité m'appelant, pour que je m'y morfonde. Les super-héros de ma légère collection personnelle me transportent dans un univers parallèle, où je peux sourire et vivre. Les gentils gagnent contre les méchants, la perfection se personnifie en un surhomme, tout y est... irréel.
Le monde dépeint dans ces illustrés est hélas loin d'être proche du réel. Que fait Superman quand un misérable gars de 1ère ES se plonge dans la solitude, faute de gens capables de l'accepter ? Que fait Iron Man quand un misérable gars de 1ère ES ne peut approcher personne, sous peine de susciter le dégoût ? Que fait Wonder Woman quand un misérable gars de 1ère ES se plaint de son sort, alors que d'autres dans le monde peinent à vivre, faute de manque de nourriture, de logis, de paix ? Pourquoi croire en un dieu et lui vouer un culte, s'il permet tant d'erreurs sur un si petit caillou ? Pourquoi croire aux promesses politiques, sans cesse contestées, et menées dans l'unique but de permettre un redressement économique au détriment de la santé humaine ?
Dans ma chambre à coucher est caché un nœud de corde coulant, prêt à contribuer à l'irréparable. Il suffit simplement d'attendre le pire moment, où plus rien ne pourra être sauvé, où les comics ne me maintiendrony plus en vie, où la véritable pauvreté me frappera à mon tour, faute d'emploi disponible, de logement accessible, de nourriture trop onéreuse. Je ne suis pas issu d'un milieu privilégié, ma route n'est pas toute tracée par le compte bancaire de mon père, balayeur, ou par celui de ma mère, rayée des listes de chômeurs comme des millions d'autres personnes, malgré de multiples tentatives désespérées de décrocher un emploi. Je vis dans la précarité, mes parents peuvent tout perdre après un claquement de doigts, je sais que la fin est proche...

Voilà seize ans que les jours se suivent et se ressemblent. Réveillé à six heures du matin par mon père, je prends mon petit déjeuner dans la pièce voisine, composé d'un de ces croissants sans goût de marque discount et de lait de la même maison, non sans l'avoir passé au filtre pour en retirer les solides le composant au quart. Après une demi-heure de trajet en voiture, mon père me dépose devant les portes de mon lycée à sept heures du matin. Les transports en commun étant hors de prix et mon paternel travaillant dans vingt minutes à un quart d'heure d'ici, j'arrive certes devant les portes d'un établissement fermé, mais les économies sont drastiques. Trois quarts d'heure s'écoulent dans l'ennui. Assis sur un muret voisin, je n'ai d'autre choix que d'attendre. Pas question de prendre avec moi un comic, il serait abîmé dans mon sac, voire volé. N'ayant que peu d'argent, je ne peux me permettre de payer une occupation.

Huit heures moins le quart, les portes s'ouvrent et je rejoins la salle de classe sans attendre, souhaitant éviter la pluie et les habituelles moqueries de certains gars de la cour du lycée. Depuis ma scolarisation, personne n'a voulu m'approcher en signe d'amitié. Les mentalités n'ont pas changé depuis la maternelle, et je suis toujours le pauvre, moche, qui pue, que personne ne veut comme ami. Quand je m'approche d'un groupe, celui-ci s'éloigne de moi. Chaque jour, je cherche à me remémorer un possible événement de mon enfance qui aurait poussé les autres à m'éviter à ce point pendant tant de temps, sans succès.
Je n'ai donc pas d'amis, et donc personne pour me défendre des imbéciles, poussant le rejet encore plus loin et se distrayant en me menant la vie dure par un bizutage permanent. Un jour noyé dans les cabinets, un jour maquillé au surligneur ou au marqueur, un jour rentré chez moi sans sac, ou avec des affaires scolaires détruites, un jour enfermé dans un sac poubelle, ... Les différentes administrations n'ont rien fait, corrompues par les familles riches défendant leurs enfants, sages et obéissants chez eux et ne pouvant être si brutaux, même hors du nid familial.

Voilà pourquoi je rejoins ma salle de classe si tôt. Les cours se suivent et se ressemblent. Ne pouvant me distraire avec d'autres personnes, n'ayant pas de vie sociale, j'en tire un certain avantage côté travail, pouvant être mené sans crainte de perdre mon temps libre. Peu de mauvaises notes, un avis neutre systématique du conseil de classe, des professeurs, me récompensant d'un « Bon travail. » en guise de remarque sur le relevé de notes. Toutefois, personne ne se joint à moi lors des travaux de groupe, que j'effectue systématiquement seul. Le pire survient lors des passages à l'oral, où personne ne m'écoute, où le chahut est omniprésent, où l'enseignant se contente d'un « S'il vous plaît... » las pour ramener l'ordre dans la classe pendant deux secondes.
Les récréations se passent également non loin des salles de classes. Si la porte est fermée, je préfère attendre devant plutôt que de prendre le risque de sortir et d'être attaqué. Je prends mon déjeuner en ville, le repas de la cantine étant encore hors des moyens de mes parents. Avec deux euros en poche chaque jour, je tente de dénicher une bonne affaire. Le centre commercial n'est pas loin, les sandwiches de marque distributeur non plus.
À la sortie du lycée à six heures, mon père me récupère après avoir attendu quarante minutes à son tour, passées à lire le journal pour s'abreuver de mauvaises nouvelles que la propagande aura bien voulu lui donner. Les devoirs sont faits après un repas peu frugal, un chapitre d'un livre est lu, puis le sommeil est gagné.

Ainsi va ma vie depuis de longues années. De la maternelle au lycée, rien n'a changé, si ce n'est que mon repas m'était fourni par ma mère dans mon plus jeune âge. Parfois, malgré mes tentatives d'éviter le bizutage, je suis malgré tout piégé. Il se passe rarement une semaine sans qu'un seau d'eau sucrée ne me tombe dessus, ou que je ne sois attaqué aux boulettes de colle en classe, et je n'évoque pas le pire. Pas de soutien, pas d'amitié ou d'amour partagé.

À quoi bon ?

Chapitre 1

C'était un jour comme les autres. Aujourd'hui, le bizutage y était allé fort. Alors que j'avais trouvé un banc vert pour m'asseoir en ville pour mon déjeuner, je l'ai senti glissant. Un segment marron se trouvant sur l'assise laissait deviner qu'une pancarte « Attention, peinture fraîche ! » avait été déposée ici. En me levant, mes habits avaient verdi, et le banc devinait mes formes en marron. Cinq minutes s'étaient écoulées avant qu'une rafale de plumes ne m'attaque par derrière, poussées par un souffleur électrique de Wolfgang Ulrich, l'un de mes « bizuteurs » les plus fidèles. Une demi-douzaine de ses amis, munis de smartphones filmaient la scène, retransmise en direct sur Internet, puis envoyée sur les sites de partage de vidéos avant la fin de la journée. « Le coq vert » avait dépassé le millier de vues en un jour.
Malgré un lavage improvisé sous l'eau de pluie, la peinture restait fixée sur mes vêtements. Mon père me récupéra le soir, non sans pousser un soupir après avoir vu mon état.
« Encore cet idiot de Wolfgang ?
- Oui, papa.
- Incroyable. Qu'est-ce que tu lui as fait pour mériter pareil traitement ?
- Je ne sais pas.
- Tu sais que j'aimerais te changer d'école, mais mes moyens ne le permettent pas. Tu ne peux pas te défendre face à ce sale gosse ?
- Tu ne te souviens pas de ce qui s'est passé à l'école élémentaire, quand j'ai voulu lui résister en employant la force, après qu'il ait déchiré mon T-Shirt ?
Mon père marqua un temps.
- Oui, j'oubliais. Le pion, témoin de la scène, a saisi le conseil d'administration. Tu as été sanctionné pour usage de la violence. Le conseil corrompu n'a pas tenu compte de ta légitime défense, puis Wolfgang s'en est seulement tiré avec une griffure au bras.
- Excuse-moi papa, je te fais honte.
- Tu n'as pas à t'excuser, ce monde est simplement injuste. »
La conversation se terminait, mon père installa sa serviette sur le siège passager de la voiture pour éviter de salir ce dernier davantage, déjà bien usé. Après m'avoir rappelé une fois de plus à quel point la serviette était l'objet le plus utile de l'univers, essayant de détendre l'atmosphère, nous retournions chez nous.

Il est l'heure de se coucher. Après avoir lu Enivrez-Vous de Charles Baudelaire, ce grand poète que j'ai découvert grâce à mon professeur de Français nous faisant étudier son œuvre, dépeignant la réalité du monde par ses écrits lucides ; comme à mon habitude, je pose ma tête sur l'oreiller, verse une larme, puis m'endors.
Au cours de la nuit, le sempiternel train-train quotidien se brise subitement. Quelque chose se produit me faisant sursauter. Un petit cercle de lumière se matérialise en plein milieu de ma chambre dans un bruit sourd, puis se mue en segment, en une porte de cristal en jaillit. En apparence beau diamant violacé, voilà bien longtemps que je n'avais vu quelque chose de si coloré. La porte à double-battants s'ouvre vers moi, et un être étrange apparaît derrière elle.
Derrière lui, un fond violet tout aussi psychédélique, une porte sur une nouvelle dimension semble s'être ouverte. L'être en question est aussi haut que moi et détient une apparence humanoïde, mais s'accordant au style de la porte. Vêtu d'une armure de cristal aux reflets verts, composée d'une multitude de pièces, dont un casque masquant son visage, mais laissant apparaître des traits humains, semblable à une cagoule surmontée d'une protection recouvrant le crâne ; il semble sortir d'un jeu vidéo aux graphismes vectoriels. Quelques secondes après sa révélation, il me tend la main et me parle.
« Suis-moi. »
Aveuglement, je le suis, je n'ai de toutes façons rien à perdre. Au mieux, je meurs ; au pire, je survis.

Nous nous retrouvons dans une sorte de capsule sphérique transparente d'environ trois mètres de diamètre. Deux bancs rectangulaires sont disposés sur un plan servant de sol stable. Le tout est lisse au toucher, comme s'il n'était fait que d'une matière. Mon hôte tapote quelques boutons et la capsule se met à vibrer. Ne pouvant rester bouche bée, j'ose quelques mots.
« Qui êtes-vous ?
- Je m'appelle Sarantu, je suis un Mikava, et je suis ici pour donner un sens à ta vie.
- C'est pas faux.
- Cette capsule et son contenu sont invisibles de l'extérieur. Tu peux voir sans être vu. Observe autour de toi, et je t'expliquerai tout. »

Sans comprendre, pensant que l'appel à l'enivrement de Baudelaire m'avait saisi et noyé dans l'eau de vie, m'ayant fait oublier jusqu'à sa consommation ; je suis bêtement les paroles de cette chose, pensant que le délire s'arrêterait rapidement. La capsule est en mouvement dans l'espace au-dessus d'une planète. Autour de moi s'épanouit une vision irréelle. Un univers violacé s'étale dans l'espace. Le sol est une nappe translucide, paraît lisse mais riche en relief, tels un amas d'ondes ou de dunes aux formes continues. Un cœur de lumière éblouissante mais non aveuglante se situe sous le sol. Plus loin apparaît une sorte de cathédrale, bien plus grande que celles des livres d'Histoire. Sa structure est extrêmement détaillée, sa construction a dû prendre des siècles avant de s'achever.
« Bienvenue sur Anuva, Igor. Voilà quelques temps que nous t'observons, et tu détiens le profil parfait pour intégrer les Mikava.
- Si vous m'observez depuis quelques temps, pouvez-vous me dire quelles substances hallucinogènes ont pénétré mon organisme aujourd'hui ?
- Strictement aucune.
- Bien, alors, je dois être mort et emmené dans un quelconque plan métaphysique. Quelle religion avait raison en fin de compte ?
- Tu es toujours en vie. »

Chapitre 2

La conversation se poursuit, alors que la capsule flotte en mouvement de spirale autour de la cathédrale. Reflétant cinq couleurs dans plusieurs nuances, la séparation chromatique semble distinguer les parties de la cathédrale. Sa base est cylindrique et d'un bleu plutôt sombre, d'une bonne centaine de mètres de diamètre pour une hauteur de dix mètres, surplombée de huit tours similaires, séparées de la même distance sur le pourtour du cylindre, d'une dizaine de mètres de hauteur pour cinq de diamètre.
Le niveau supérieur est similaire à la base, mais plutôt parallélépipédique et composé de quatre tours, une dans chaque coin, mesurant cinq mètres de côté environ. En nuances de vert, entouré par les huit tours de la base, il était de moitié moins grand que le niveau inférieur.
Une grande colonne jaune d'une vingtaine de mètres de haut pour dix mètres de diamètre émergeait en son milieu, en nuances sombres comme le reste, faute d'un endroit peu éclairé, le cœur de la planète resplendissant peu. Un autre parallélépipède, rouge cette fois-ci suivait, large de vingt mètres de côté mais haut de cinq mètres seulement. Enfin, une petite pyramide à base carrée, haute et large de deux mètres, blanche et éclairée de l'intérieur, terminait la structure en son sommet.
J'ai toujours aimé la géométrie et mesurer à vue d’œil, ce qui, je vous l'admets, est franchement rébarbatif.

Assailli de questions, je commence à m'intéresser à ce nouvel environnement.
« Cet endroit est joli, oui, mais il va falloir m'expliquer certains mots que vous avez employé tout à l'heure, Aniva, Mikuva, …
- On peut voir la Terre depuis ici, mais sans être vus grâce à un bouclier similaire entourant Anuva à celui recouvrant notre capsule. C'est une planète dix mille fois plus petite que cette boule de nuages faisant partie du panorama. Son sol est composé d'une nappe de cristal violacée et transparente comme tu peux le voir. On y trouve également des mers sombres comme de l'encre noire, qui nous alimente en énergie. L'édifice que tu vois est une sorte d'académie Mikava. Ce mot caractérise notre organisation, dont on a un peu pompé le principe et les bases des chevaliers, mais je t'expliquerai ça plus tard.
- Vous trouvez que j'ai une tête de chevalier ?
- Patience, je continue mon explication. Cette académie constitue le point culminant de cette planète. Nous sommes environ soixante dix mille élus ici, tous humains rejetés de la société terrestre et souhaitant vivre dans un autre monde, loin de la marginalisation qui nous accable. Anuva est le fruit d'un humain, aux connaissances avancées en technologie et fan de science-fiction, marginalisé sur Terre également, profitant de son savoir pour générer ce monde à partir de machines. Le projet a débuté en 1980 pour n'aboutir que vingt ans plus tard. Dès lors que la planète, l'académie et les capsules de transport interplanétaire furent parfaitement au point, il s'est mis à sillonner le monde à la recherche de nous tous, ces erreurs du conformisme, pour leur proposer une nouvelle vie loin du rejet, dans un autre monde, auprès d'êtres similaires.
- Vous offrez un nouvel espoir à ceux qui n'en n'ont plus. Vous réunissez les gens dont une société n'a pas voulu pour en fonder une autre. Voilà qui est honorable.
- Cependant, comme toi, beaucoup de sceptiques et de gens ayant perdu toute confiance en eux composent nos rangs ; malgré le contact humain trouvé envers les autres, ces états d'esprit persistèrent. Le créateur d'Anuva décida alors de redonner le sourire aux occupants de sa planète. Il donna ainsi un sens à notre organisation en créant de véritables objectifs, de buts à atteindre. Heureux en voyant ce qu'il avait crée, il fut logiquement le premier humain a être devenu heureux grâce à la société Mikava. Les membres, soudés entre eux dans la détresse se soutenaient mutuellement, et pour la première fois, n'étaient pas abandonnés. Beaucoup ont retrouvé le goût de vivre après quelques semaines, ont réussi à être appréciés sur Terre, se sont fait des amis, ont formé un couple, …
- … en exposant leur fier habit futuriste et en disant être capables de se faire des amis auprès de ceux s'en sortant déjà ?
- Comme tu peux le voir, les traits de nos visages sont peut-être soulignés par notre armure, mais il est absolument impossible de nous retrouver sur Terre d'après notre allure sur Anuva. C'est une idée de notre fondateur. Aujourd'hui, tous les Mikava ont signé une clause de confidentialité, s'engageant à préserver leur anonymat et celui des autres s'il leur était malencontreusement révélé, montrant ainsi que l'exclu n'a pas de visage, et peut être n'importe qui. Il est interdit de revendiquer l'appartenance à notre organisation sur Terre contrairement à ce que tu suggérais, c'est ce qui est appris en son sein qui peut s'utiliser là-bas, pour permettre de mieux vivre en s'affirmant positivement.
- Cela n'explique pas cet habit et ces allures futuristes.
- Comme expliqué avant, notre fondateur est fan de science-fiction. En créant Anuva, il rend hommage à plusieurs univers. Le style graphique est inspiré de Tron et notre société est inspirée des chevaliers Jedi de Star Wars. Notre monde ayant évolué au fil du temps, il nous a paru important d'établir une hiérarchie dépassant la logique apaisé-tourmenté. L'académie est divisée en cinq parties catégorisées par leurs couleurs. Le créateur vit dans la petite pyramide au sommet, veillant sur Anuva, dégagé de toute responsabilité car ayant délégué sept maîtres suprêmes, à la sagesse maintes fois prouvée et à l'esprit totalement apaisé, se réunissant en conseil lors des situations de crise dans l'étage rouge. Les problèmes plus mineurs et le choix des nouvelles recrues sont attribués aux trente-cinq maîtres de l'étage jaune. Chacun est susceptible de remplacer un maître suprême si la situation le demande, auquel cas il serait nommé par le créateur. Tous sont reconnus pour avoir été les meilleurs des chevaliers, ces derniers portant le grade vert. Composant environ le quart de la population de la planète, ils sont chargés de former trois nouvelles recrues à l'optimisme et à la socialisation, ils élisent également les maîtres parmi eux si l'un des gradés de l'étage jaune devait être remplacé. Enfin, les nouvelles recrues sont alors des apprentis, logés dans l'étage bleu, composant environ les trois quarts de la population ici, ce sont eux qui sont susceptibles de retrouver le goût à la vie par les enseignements du chevalier. Tous sont susceptibles de le devenir, à condition d'avoir trouvé l'état heureux, ceci peut l'être par plusieurs moyens, comme expliqué précédemment. »
Les explications continuent, tandis que la capsule franchit deux portes au niveau du sol, reliant l'extérieur à l'étage bleu par une ouverture carrée de trois mètres de côté. L'intérieur m'éblouit. Les murs sont d'une clarté impressionnante. Toujours en nuances de bleu, les parois semblent émettre une sorte de lumière éclairant une énorme salle, semblant se répartir sur tout le niveau bleu. Des milliers de capsules flottent en l'air, des chambres personnelles pour chaque apprenti d'après Sarantu, disposant d'une certaine intimité dans un petit espace. Diverses voies relient ces capsules entre elles. Je reste en admiration devant ce décor irréel.
« Ça fait beaucoup d'explications, je ne retiendrai pas grand-chose.
- Si tu as des questions, n'hésite pas à les poser.
- Si je comprends bien, je pourrais donc devenir votre apprenti si j'accepte de venir ici ?
- En effet. Ta présence n'est pas obligatoire, nous te proposons simplement notre aide.
- Mais du coup, vous, vous connaissez mon identité, je ne suis plus anonyme.
- C'est là une exception de la clause de confidentialité, le chevalier connaît le vrai visage de son apprenti, vu qu'il est chargé de le recruter par demande du conseil jaune l'ayant repéré. Mais son anonymat est malgré tout protégé.
- Et les noms des gens ne mettent-ils pas sur la voie ? Un Pierre-Paul-Jean-Jacques risque fort de se faire remarquer si retrouvé dans la réalité, contrairement à un Martin.
- Sarantu est un pseudonyme, nous avons tous des pseudonymes ici, et tu pourras en choisir un parmi ceux disponibles.
- Je ne vois pas d'escalier, d’ascenseur, de tire-fesses ou d'autre moyen de transport entre les niveaux, comment accéder aux autres étages ?
- Les couleurs imposent également les réglementations. Il y a bien un escalier en colimaçon permettant d'accéder au niveau vert au centre de cette pièce, mais il n'est accessible qu'aux grades plus élevés. De la même manière, je ne peux accéder ni aux salles des conseils, ni au sommet, car je ne suis que chevalier.
- Vous parliez de problèmes et de crises tout à l'heure, vous auriez des exemples ?
- Le conseil jaune gère les crises mineures et problèmes internes, comme le viol de la clause de confidentialité, l'étude des cas des apprentis en difficulté, la rétrogradation éventuelle des membres, … Mais généralement, peu de problèmes surviennent, et leur réunion est rare. Le conseil rouge intervient encore moins. Il gère les problèmes externes pouvant affecter gravement notre ordre.
- Mais comment une association, se fixant comme objectif la réinsertion des malheureux, peut subir des problèmes majeurs ?
- Comme je l'ai dit, l'intervention du conseil rouge est rarissime, mais toujours est-il que son existence est justifiée... »
Sur ces mots, Sarantu se mue dans le silence, je n'ose en demander plus pour le moment, le sujet ayant l'air fâcheux.

Chapitre 3

Le voyage de la capsule continue, le reste de la planète est survolé. Je contemple alors les mers sombres dont parlait Sarantu tout à l'heure. Je ne parviens toujours pas à me faire à l'idée qu'un endroit à l'aspect si psychédélique puisse exister. D'autres apprentis et chevaliers circulent à sa surface, tous portant une toge unie, reflétant leur grade par la couleur. De petits édifices cubiques et bleutés, mais de manière plus claire que l'académie, sont également implantés tout autour de la planète. Le chevalier continue ses explications.
« La toge est la tenue réglementaire ici. On ne peut revêtir son apparence humaine. À l'inverse, on ne peut porter la toge sur Terre. L'armure est le costume intermédiaire, contrairement à la toge, on peut le personnaliser ; et il peut être porté aux deux endroits. On se ressemble tous, sans distinction autre que le pseudonyme. On parvient à se reconnaître par la visière intégrée à notre ''cagoule'', affichant divers renseignements, dont ce pseudo, l'heure, la météo, l'horoscope, … Après, c'est à nous de choisir ce qu'on veut afficher.
- Pourquoi porter une armure ? Votre organisation me paraît pacifique.
- Elle permet plus de souplesse, est plus pratique pour manier les équipements dont on trouve les codes dans ces petits bâtiments en bleu. Nous pouvons matérialiser des objets par la pensée, armes, véhicules, … Certains sont réservés à des grades plus élevés également.
- Allez-vous enfin me dire ce qui se trame derrière cet aspect militaire ?
- Et bien … Je n'aime pas trop aborder ce sujet, mais si je ne le fais pas, je serai sanctionné par les maîtres. M'enfin bref. Cinq ans après notre création, un apprenti récalcitrant s'est trouvé dans nos rangs. Notre société de grades n'était pas encore établie et le fondateur formait encore de nouvelles recrues, dont cet apprenti au pseudo initial que j'ai oublié. Il était très ambitieux à l'idée de pouvoir s'intégrer au monde réel par les Mikava. Cependant, il échoua à quasiment toutes les épreuves, et gardait sa situation désespérée sur Terre, la faute à pas de chance. Devenu fou par le manque de réussite, l'échec permanent, il a codé un jet-pack, volé des copies de plans d'Anuva, puis fui la planète. Quelques mois plus tard, ce gros rocher était matérialisé. »
Sur ces mots, le chevalier pointe du doigt une petite planète noire, à une trentaine de kilomètres d'ici. Dix fois plus petite qu'Anuva, une aura orangée l'entoure, peut-être pour l'éclairer. L'explication continue.
« Voici le satellite sombre Obero. Des renseignements dont on dispose, l'apprenti s'est rebaptisé Feltro et s'est auto-proclamé roi de ce monde, sans parvenir à recopier tous les points d'Anuva, ce qui en fait un satellite en orbite autour de notre planète. Toutefois, le camouflage y est également activé, et on ne peut voir ni Anuva, ni ce caillou depuis la Terre, faute de l'utilisation des mêmes procédés. Il n'y a pas de structure à sa surface, on suppose qu'il s'est réfugié sous terre. Feltro y a fondé les Migono, un peuple similaire aux Mikava, mais aux objectifs opposés. La folie de l'apprenti l'a fait raisonner de manière prétentieuse : si lui ne parvient pas à être heureux, personne ne doit l'être. Ainsi, Feltro souhaite disperser la mauvaise pensée, la gangrène dépressive à travers le monde et espérer ainsi répandre le malheur extrême sur le monde. De ce qu'on suppose, les Migono sont actuellement sept mille et n'ont pas de société de grades, c'est une autocratie. Mais il y a malgré tout un code couleur. Ils ressemblent tous aux Mikava, mais sont de couleur orangée.
- Voilà qui n'est pas rassurant.
- Leurs moyens sont également plus extrémistes. En plus de déceler les dépressifs pouvant joindre nos rangs et les recruter dans les leurs avant nous, ils peuvent corrompre un apprenti Mikava en formation et tuer les autres grades aptes à transmettre la bonne parole.
- Mais, comment peut-on vouloir rejoindre une association de dépressifs cherchant à répandre le malheur ?
- On ne connaît pas vraiment leurs méthodes de recrutement. On pense que l'hypnose y est pour quelque chose, ou un truc comme ça.
- S'ils tuent les Mikava, pourquoi ne pas attaquer directement Anuva ?
- Ils n'ont jamais mené d'attaque de grande ampleur ici, mais la proximité nous fait penser qu'elle surviendra un jour. Nous avons donc développé armures et équipements en conséquence pour nous protéger. Aujourd'hui, chaque Mikava dispose d'une lame spéciale pour se défendre face à un Migono. Nos armures sont plus dures que le diamant, mais les lames permettent malgré tout de les transpercer.
- Mais alors, où ont lieu les combats ?
- Directement sur Terre. Les humains n'appartenant à aucune des deux organisations ne peuvent voir des objets Mikava ou Migono en action, ce qui évite les fuites dans les médias, notre existence est un secret maintenu à grande échelle. »
Sur ces mots, la capsule rejoint son point de départ. Sarantu sort alors une brochure de son armure.
« Nous avons établi cette société de grades et ces restrictions en ayant vu ce que pouvait provoquer un trop-plein de confiance envers les apprentis, il est préférable de garder du recul. Maintenant, si tu souhaites nous suivre, je t'invite à lire ce livret, recensant tout ce que je t'ai dit et comprenant notre règlement et le formulaire d'inscription. Je repasserai demain à la même heure et tu me diras si oui ou non, tu souhaites rejoindre les Mikava. »
La porte de la capsule s'ouvre, donnant sur ma chambre. Sarantu m'adresse un salut amical, puis referme les portes, qui disparaissent selon un procédé inverse à leur apparition. Je regarde l'heure, je me suis absenté une demi-heure. J'observe brièvement la documentation qui m'a été laissée, un joli petit livre à couverture métallique grise avec l'inscription ''MIKAVA'' gravée sur l'avant, un logo bizarre à l'arrière est gravé également, représentant l'académie et son reflet dans une mare, le tout surplombé par le Soleil. En feuilletant rapidement, je me rends compte que la centaine de pages au format A5 est fabriquée dans une sorte d'aluminium très solide, malgré une épaisseur de page inférieure à celle d'une feuille de papier basique. Du texte, des illustrations schématiques ou peintes, voilà un objet plutôt coûteux en fabrication apparemment, que trois mois de salaire paternel auraient peut-être pu payer.
L'ouvrage est caché dans mon chevet, je me recouche, mais je me vois incapable de dormir après ce qui vient d'arriver.

Voilà, maintenant, vous pouvez jeter les tomates. :siffle:

Chef de Clan
Hors ligne

Ouf, ça y est, j'ai tout lu!

J'aime bien le concept, que j'ai trouvé intéressant.

Pour la partie "remarques négatives", je dirais que le style est assez difficile à lire (les phrases sont un peu compliquées et pas toujours bien "tournées") et ça m'a gênée assez souvent pour arriver à me représenter les décors ou simplement à suivre l'histoire.

Mais sinon, l'idée est sympa^^

Et j'ai remarqué un "c'est pas faux" qui m'a semblé un peu kaamelottien ;)

Doyen
Hors ligne

Oui, je tiens à certains détails dans l'histoire, ce qui fait que l'académie est par exemple décrite du sol au plafond pour qu'on se fasse une meilleure idée de ce que j'imagine, mais je me suis limité à ce genre de surcharge par la suite.

Et le "C'est pas faux." est bien une référence à Kaamelott, j'aime bien placer des hommages comme ça. :B

Chef de Clan
Hors ligne
Desmu a écrit :

Et le "C'est pas faux." est bien une référence à Kaamelott, j'aime bien placer des hommages comme ça. :B

Wé! je me suis pas trompée, alors!^^

Doyen
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Chapitre 4

Cette nouvelle journée ressemble presque en tout point aux autres. Ennui, ambiance morose, indifférence. Par chance, pas de bizutage aujourd'hui, et je peux lire le livret m'ayant été confié la veille par Sarantu. Reprenant tout ce qui avait été dit, mais de manière plus ordonnée, j'apprends également de nouvelles choses, telles le mode de vie des apprentis, le contenu des enseignements, la nature des équipements et les fonctionnalités de l'armure. Il semblerait d'ailleurs que cette dernière puisse conférer un pouvoir décuplé aux mains et pieds, ce qui peut s'avérer utile en cas de perte de la lame. Je dois également revenir chaque jour sur Anuva, ne serait-ce que pour prendre des nouvelles, je peux y rester le temps que je souhaite.
    Pendant ma lecture, Wolfgang passe près de moi, ses sbires le suivant tels de petits chiens, et sa petite amie, Blanche, sous son bras. Cette fille ne fait que confirmer un fait bien répandu : les femmes préfèrent les brutes. Blanche n'y fait donc pas exception, dommage, pour une beauté telle qu'elle. Un ange tombé du ciel, fragile, timide, resplendissant. Comme tous les gars du lycée, j'ai un jour voulu espérer sortir avec elle. Erreur fatale. À peine approché d'elle, lui proposant un verre en bafouillant, elle me répondit d'un soupir méprisant avant de s'éloigner. Ce fut le jour de la semaine où j'ai médité devant mon nœud coulant, que j'ai envie de servir chaque semaine, mais je parviens à me retenir.
    Blanche est donc en couple avec l'homme me bizutant le plus. Je vois pourtant dans ses yeux qu'elle n'est pas à l'aise. Elle semble ne pas se plaire à ses côtés. Le groupe passe devant moi, stoppant soudainement toute conversation, laissant un silence glacial s'épanouir. Une fois assez loin, j'entends les rires fuser et vois les doigts se pointer vers moi. Encore des moqueries. Quand je ne suis pas bizuté, je suis montré du doigt.
    Il se trouve par le plus grand des hasards que je reprends ma lecture au paragraphe me garantissant un gain d'assurance en société, et une répartie considérable.

    Le soir, Sarantu revient comme promis dans ma chambre, de la même manière que la veille.
    « Bonsoir Igor, as-tu pris ta décision ? »
    En guise de réponse, je lui tends le formulaire d'inscription rempli et signé. Il faut dire que le petit épisode des moqueries aujourd'hui a joué un rôle important, le fait d'y trouver la réponse dans le livret aussi. Sarantu récupère le papier, un sourire se dessine sur son visage simplifié.
    « Alors, bienvenue chez les Mikava ! »
    M'invitant à le rejoindre sur Anuva, je franchis la porte et découvre que la capsule a cédé sa place à une petite chambre, à peine plus grande que la mienne, en nuances bleu-clair. Un bureau avec une sorte d'ordinateur avant-gardiste faisant passer les Mac d'Apple pour des locomotives à vapeur, une capsule cylindrique semblable à une cabine de douche, un tableau d'informations mis à jour avec les récentes promotions et l'emploi du temps, un lit, une horloge, un tapis, des toilettes et une machine à café. Étrangement, le café garde sa couleur brune et son goût tel qu'on le trouve sur Terre, sans subir les réglementations planétaires. Une fois le tour de l'endroit réalisé, le chevalier m'apporte des explications.
    « Bienvenue dans ta chambre, elle porte le numéro 50042. Avant d'en sortir pour rejoindre la grande salle des apprentis, où je t'offrirai une visite guidée, tu dois choisir un pseudonyme parmi ceux affichés sur le tableau d'informations.
- Ardamu.
- À peine un regard et le choix est fait ? Un sentiment quelconque ? Un bon feeling ?
- On peut dire ça, ouais.
- Bien, voici ta toge. »
Sur ces mots, mon hôte tend le bras, et mon corps change du tout au tout. Je ne sens rien, et pourtant, ma vision se retrouve bientôt affublée du nom ''Sarantu'' dans le coin supérieur gauche, indiquant par une flèche le personnage étant face à moi. Ce dernier referme la porte menant à la Terre et matérialise sa toge aux reflets verts en lieu et place de son armure. Je baisse le regard, le chevalier sort de mon champ de vision et son nom également, j'observe ma nouvelle allure, une toge claire aux reflets bleus recouvre l'ensemble de mon corps, mais laisse les mouvements de mes bras et jambes amples. Un miroir se situe dans la chambre, j'y jette un œil et me vois, méconnaissable, les formes de mon visage étant simplifiées. J'ai également les cheveux coupés à ras, comme tout le monde ici. Heureusement, je garde ma chevelue dans le monde réel, du moins... d'après le livret. Une mention ''Vous êtes ici'' m'indiquant par une flèche apparaît là où était le nom ''Sarantu'' tout à l'heure. J'observe à nouveau mon mentor, son nom réapparaît.
« On a du mal à s'y faire au début, mais t'en fais pas, ça passe tout seul. Tiens, prends ça également. »
Sur ces mots, il insère un cylindre d'un bleu transparent, d'un demi-décimètre de long, dans un compartiment adapté d'un centimètre de diamètre étant apparu sur ma hanche gauche. Je ne sens rien, mais la mention ''Chambre installé'' s'affiche dans mon champ de vision pendant trois secondes avant de disparaître. Les explications du chevalier continuent.
« Tu viens de recevoir ton premier programme. Ne t'en fais pas pour la faute de grammaire apparente, simplement, ''installé'' s'accorde à un ''programme'' et ne détecte pas si son nom est masculin ou féminin. De petits cylindres de ce type peuvent contenir des codes te permettant d'appliquer des fonctions ou de matérialiser toutes sortes d'objets rien qu'en y pensant. Avec celui-ci, concentre-toi simplement sur la pensée ''Retour à la chambre'' pour te retrouver téléporté ici, sans avoir à rechercher le lieu parmi les environ cinquante mille pièces du même type se trouvant au niveau bleu. »
Ceci est également expliqué dans le livret. J'ai appris beaucoup de choses à sa lecture, mais des questions restent en suspens. Sortant de ma chambre, nous arrivons sur un réseau de chemins aériens reliant entre elles les cinquante mille chambres environ. Je profite de la visite des lieux offerte par Sarantu pour m'éclairer un peu.
« Si je comprends bien, je suis donc maintenant votre apprenti, comment dois-je vous appeler ?
- Par mon pseudo ou mon grade, c'est au choix.
- Ça fait beaucoup de chambres, je peux rentrer dans celles des autres pour leur faire des blagues ?
- Pas de chance, il doit te donner le code de sa chambre pour t'en autoriser l'accès. Pour cela, il peut générer un cylindre par son flanc droit. »
Sur ces mots, le chevalier m'indique une ouverture identique à celle de mon flanc gauche, mais sur ma hanche droite.
« C'est en quelque sorte un port de sortie, alors ?
- On peut dire ça, oui. Pour créer un cylindre contenant le code de ta chambre ou autre chose, pense ''Générer Programme Chambre''. Comme pour le reste, tu ne sentiras rien et tu verras le cylindre sortir à moitié, tu n'auras plus qu'à l'extraire manuellement.
- Et je peux en sortir d'autres comme ça ?
- Tout ce que tu auras installé pourra être généré en cylindre. Il faut penser ''Générer Programme'' suivi du nom du programme en question pour ce faire. Ça ne marche pas pour les autres chambres, intimité oblige. Quelqu'un t'ayant donné le code de sa chambre ne sera pas forcément ravi que tu le donnes à d'autres. Certains cylindres d'autres couleurs associées aux grades circulent également, ils sont réservés à ceux portant ce grade, ou un autre supérieur. C'est écrit dans le livret, mais l'as-tu lu ?
- Pas tout, j'avais pas trop de temps. »

La conversation continue de manière légère, porte sur la pluie et le mauvais temps. Nous descendons le chemin, qui est finalement relié au sol. Mon mentor me parle d'aspects abordés dans le livret, que j'aurais oublié, ou pas lus tout simplement. Nous sortons, et il me guide dans un des petits bâtiments annexes se trouvant sur Anuva.
« L'académie est réservée aux chambres et aux salles de Conseil. Chaque chevalier se voit attribuer une petite bâtisse à l'extérieur pour dispenser les cours à ses élèves. Le pouvoir est plus ou moins décentralisé. Parmi ces annexes, on trouve aussi des salles d'entraînements à la manipulation des armes et des boutiques de cylindres, où certains Mikava vendent des équipements usuels, où des créations fantaisistes de leur cru. Chacun peut créer tout et n'importe quoi à partir d'un code de programmation laissé par le fondateur, du presse-papier à la voiture de sport. Tout est crée sur l'ordinateur de la chambre.
- Ce fondateur n'a-t-il pas de nom ?
- Maradu, mais on préfère l'appeler ''Créateur'' ou ''Fondateur'' par respect. »
Sur ces mots, nous entrons dans la salle d'enseignement de mon mentor. Épurée, on peut toutefois y distinguer un écran d'une trentaine de pouces, pouvant permettre des résolutions d'écran d'une définition à en faire pâlir d'envie tous les fabricants de téléviseurs, faisant passer le 16/9 pour une antiquité, au même titre que ces vieux tubes cathodiques qu'on trouve encore chez les nostalgiques, ou les plus pauvres, comme moi.
Assis au sol, deux autres apprentis. Garatu et Faclastu, d'après ce qui me vient à l'écran. Sarantu fait les présentations.
« Nous préférons nous asseoir au sol, limitant les contraintes et permettant la décontraction et l'apaisement de l'esprit. Mes deux autres élèves s'accordent avec ce mode de pensée. Garatu ici présent est un de mes apprentis depuis deux semaines, il est atteint d'une grave maladie qu'aucun médecin n'a voulu traiter sur Terre. En effet, il ne pouvait s'empêcher d'interrompre des interlocuteurs pour faire des blagues lourdes à chaque mot.
- … teur de camion ! HA HA HA !
- Prometteur, car il attend maintenant que les autres aient fini de parler pour dire son mot. L'objectif est de parvenir à zéro blague lourde, et éventuellement à quelques blagues occasionnelles mais bien placées.
- … bo ! HA HA HA !
- Bon, il arrive parfois qu'on en ait marre aussi. »
Sur ces mots, Sarantu insère un cylindre dans Garatu.
« C'est une sorte de sédatif, qui le calme pour une heure ou deux, le rendant attentif aux cours et... normal. Bref, mon deuxième élève, Faclastu, est ici depuis deux mois et est en fin de formation. Grand timide, il a cependant gagné en répartie et s'est imposé en société et a désormais plein d'amis au bureau. L'objectif final est qui forme un couple, pendant plus d'une semaine. »
Nous échangeons les politesses, telles ''Enchanté'', ''Comme vous êtes grand !'' et j'en passe, puis je m'assieds, prêt à assister à mon premier cours.

Chapitre 5

Sarantu s'assoit également, et commence son cours.
    « Bonsoir, bonsoir... L'autre jour, maître Antartu m'a confié la mission de former Ardamu ici présent. Il devient donc mon 42ème apprenti, et je suis ravi de l'accueillir parmi nous, et je lui souhaite le même succès dans sa formation que les actuels chevaliers qui auront été sous mon aile. Bienvenue parmi nous !
    Applaudissements de mes deux camarades.
- Les cours ressemblent aux réunions des alcooliques anonymes. reprends-je
- Idée reçue. Ici, personne n'est alcoolique. répond Garatu
Éclats de rire des deux autres.
- Tu vois, sous sédatif, tes blagues sont bonnes. Apprends à te calmer et à ne pas lancer le mot facile en permanence, et tu seras apprécié. dit Sarantu
- Je comprends, chevalier.
- Bien, à présent, parlons de vos expériences respectives. Vu que tu es lancé, commence, Garatu.
- Et bien. Hier, un gars m'a demandé ''Comment vas-tu ?'' et j'ai répondu ''Yau de poêle.''. J'ai lu la pitié sur son visage.
- Logique, cette blague est plus vieille que moi, et qu'est-ce que je suis vieux... répond Faclastu
- Et bien, mon ''vieux'' Faclastu, toi qui achèves ta formation, qu'en est-il avec cette Carolia dont tu nous parles depuis peu ?
- C'est très bien parti. Je l'ai invitée dans un excellent restaurant. Malheureusement, le rendez-vous n'a lieu que dans quinze jours, elle ne pouvait pas se libérer avant...
- Je suis ravi de voir que tu pressens au grade de chevalier. Même en ayant formé une quarantaine d'apprentis, je serai toujours ravi de voir l'un des miens gravir les échelons.
- Vous ne m'enlèverez pas cette impression de réunion des alcooliques anonymes.
- Mes cours ne sont pas longs, j'admets qu'il peut parfois y avoir de l'ennui, mais on s'y habitue. Aujourd'hui, on parle plutôt de notre vie, pour montrer qu'on réussit, qu'on échoue, que nous sommes humains, et tous dans la même galère. Quand plusieurs apprentis sont présents en même temps, on préfère parler des expériences sur Terre. Cela arrive rarement, mais vu que vous êtes avancés chacun à un différent degré, on préfère faire des cours ''intimistes''. On ne change pas de chevalier en fonction de la progression dans l'apprentissage, un seul mentor par dossier, pour analyser succès et échecs de manière plus optimale. Bien, autre chose à ajouter ?
- Non.
- Non.
- C'est le frère de Oui-Oui. HA HA HA !
- J'ai dû lui injecter une dose trop faible... »

    Peu après, je me retrouve dans ma chambre, en compagnie de Sarantu.
    « Bien, maintenant que Garatu et Faclastu sont partis, je te propose d'effectuer ton premier entraînement au maniement d'armes, pour te faire à l'idée du combat. Mais avant toute chose, tu dois configurer ton armure. »
    Il pointe alors du doigt la cabine de douche repérée voilà quelques... dizaines de minutes maintenant. Je devrais dormir à cette heure-ci, personne n'aura remarqué mon absence, du moins, je l'espère. D'après le livret, il n'y a aucune distorsion temporelle entre Anuva et la Terre, le temps s'écoule sur Terre au même rythme que sur Anuva, et inversement.
    Bref, j'entre dans la cabine. Le chevalier me dit simplement ''Tu verras, c'est intuitif. Je t'attends à l'extérieur.''. À l'intérieur, un bouton-poussoir et plusieurs trappes. Je sens que je vais le regretter, mais j'appuie sur le bouton malgré tout. La cabine se referme. Des écrans jaillissent des trappes, quinze pouces de diagonale environ. Une voix vocodée retentit.
    « Bienvenue dans le programme de conception de l'armure de combat. Je m'appelle Mikava Sam et je vous guiderai pas à pas dans la conception de votre armure.
- Euh... bonsoir.
- Je ne comprends pas votre requête.
Un programme de voix pré-enregistrées, sans doute.
- Je vais à présent ouvrir le menu. Les écrans sont dotés de la technologie tactile, n'hésitez pas à vous en servir et à poser vos questions directement à voix haute.
Hésitant, j'appuie sur un des panneaux apparus à l'écran. Celui-ci mentionne ''Tête''. Plusieurs styles de casques s'affichent sur un autre écran. La voix retentit.
- Choisissez votre casque.
- Celui avec des ailes à l'arrière à l'air pas mal.
- Je ne comprends pas votre requête.
- Ah oui, c'est vrai. La technologie tactile, suis-je bête.
- C'est vous qui le dites.
    Je fais la grimace. Vraisemblablement, les concepteurs de cet engin ont de l'humour, ou font partie de la famille de Garatu. Je choisis alors mon casque ''ailé''. Je reviens automatiquement au menu, puis continue ma configuration pour les divers éléments. Le style de ces armures est plutôt sympathique. La description des éléments est imagée et expliquée longuement. Chacun a ses avantages et inconvénients. Sur le même modèle, je choisis un modèle de corps ''en X'', un modèle de bras ''ossature'', un modèle de jambes ''spirale'', des gants et bottes ''neutre'', et une lame et un bouclier ''hyliens''. Un bouton vert apparaît sur un écran une fois tous mes choix faits, pour confirmer la construction de mon armure. D'autres trappes s'ouvrent alors, des lasers construisent mon armure sur-mesure directement sur moi. Cinq minutes plus tard, la cabine s'ouvre dans un nuage de fumée. La voix me remercie d'avoir utilisé mes services et me remercie en me souhaitant une bonne journée. Il est onze heures et demie.
    Je sors alors de ma chambre, épée sortie du fourreau et bouclier brandi. Sarantu m'attend comme promis, et me donne son avis sur mon nouvel attirail.
    « Ah, tu as choisi le modèle ''ossature'' pour les bras ? Dommage... Bon, tu auras sans doute remarqué certains clichés dans cette cabine, tels les écrans tactiles et le nuage de fumée. Le fondateur a été quelque peu... enthousiaste en créant certains objets ici. Heureusement, le conseil des maîtres s'est opposé à l'implantation de la technologie haptique, disant qu'on arriverait pas à l'expliquer aux nouveaux arrivants et que c'était quand même trop avant-gardiste.
- C'est quoi la technologie haptique ?
- Eurhm... tu regarderas sur Wikipedia.
- J'ai pas d'accès Internet.
- L'ordinateur dans ta chambre anuvienne, si.
- Bref, comment j'enlève cette armure, maintenant ?
- Concentre-toi sur la pensée ''Enlever armure'', ou ''Enfiler armure'' pour la remettre.
- Pourquoi faut-il se concentrer sur nos pensées ?
- Lors d'une heure de cours, tu t'ennuies. D'un coup, tu penses ''Enfiler armure''.
- Oui, vu comme ça...
- Te concentrer sur la pensée pendant un moment permet de ne pas faire de faux mouvement. Mais tu n'as généralement pas à penser à ton action plus de cinq secondes.
- Petite question : j'ai cours demain et j'aimerais pas rentrer trop tard chez moi, vous comprenez, le sommeil, tout ça... On peut remettre la séance d'entraînement à une autre fois ?
- À toi de voir, on te laisse un certain champ de liberté ici. Sache quant à moi que je suis présent ici tous les jours vers dix heures du soir le plus souvent.
- Très bien, on se dit à demain ?
- À demain. »
Sur ces mots, Sarantu disparaît subitement. Il aura sans doute pensé à ''Retour à la chambre''. Je fais de même. Sur le coup de la fatigue, j'oublie que la salle en question est juste derrière moi, mais cela m'aura permis de ressentir l'effet de la téléportation, c'est-à-dire, aucun. Je me retrouve au milieu de ma deuxième chambre instantanément, comme si je n'avais pas bougé. Il se trouve que la porte par laquelle je suis entré sur Anuva depuis la Terre est une porte stable. Le livret explique que je peux générer un passage entre les deux mondes quand je le souhaite, où je le souhaite sur Terre, qui me permette de repasser cette porte, par la pensée ''Aller sur Anuva'' ou ''Aller sur Terre''.

Bref, je retourne sur Terre, pour la première fois optimiste quant au lendemain. J'aime bien cet endroit, bien qu'il soit peut-être mieux que j'y enlève mon armure avant de retourner sur Terre. Derrière une première impression d'endroit strict, il s'avère plutôt décontracté en fin de compte. J'ai enfin un lieu où me réfugier, où bien vivre.
Je me couche le sourire aux lèvres.

Chapitre 6

Souriant toute la journée, d'humeur joyeuse, impatient à l'idée d'expérimenter mon armure le soir ; cela n'a pas manqué d'attirer l'attention de ceux m'ayant croisé aujourd'hui, sous une pluie forte, ne manquant pas d'affecter le moral. Presque chantant dans les rues, je subis les regards mornes et crispés des passants, morfondus sous leurs parapluies. Mes camarades de classe, en particulier les moqueurs, me regardent de travers en me voyant sourire. On peut presque lire leurs pensées dans leurs yeux, ''Le connard est heureux aujourd'hui ?'', ''Il a dû trouver un centime par terre pour sourire comme ça.'', ''J'ai faim.'', …
    Participant en classe, je n'hésite pas à demander de lire le rapport sur le PIB du Venezuela en 1969. Je reçois également une sale note en Anglais, mais en souriant, ce qui fait réagir mon professeur, me lançant des remontrances dans la langue qu'il enseigne, que j'écoute à peine.
    Midi, j'achète un sandwich en osant prendre une seconde tranche de jambon cru à l'intérieur. J'ai en effet trouvé un euro par terre le matin. Le régal est de mise. Plus tard, Ophelia, une ''bizutrice'' enfermée dans le monde naïf de l'adolescence stéréotypée, m'aborde. Comme presque tous les autres, elle m'appelle ''connard'', ça me lasse, mais je laisse passer, je ne peux de toutes façons, pas me défendre.
    « Méé, konar, komen sa s'fé k'tu smaïle, la ? Lol !
    Oui, à force d'écrire SMS, elle parle également SMS.
- Chais pas, ça peut arriver de temps en temps.
- Nan, mé MDR, la ! Ta une risone kan mem ! Té un clodo ki pu. Kkun ta mi dé sou dan ton ver de clodo ?
Je ne sais pas quoi répondre.
- Mé répon ! Tiinn, té vréman un konar kan mem ! »
Sur ces mots, elle rejoint le bar, à dix minutes de la reprise des cours. Je ne la reverrai pas aujourd'hui.

« Lourdingue, cette Ophélia, n'est-ce pas ?
- Sarantu, comment faites-vous pour voir ce que je fais la journée ?
- Non, je passais juste à ce moment-là. En armure, les Mikava sont invisibles aux yeux des humains non-initiés. Je te l'avais déjà dit.
- Et pourquoi ne vous ai-je pas vu ?
- Je suis seulement resté dix secondes planqué derrière un muret voisin pour voir ce que faisait mon nouvel apprenti.
- Vous n'avez pas de vie sur Terre ?
- Si, mais je profite des pauses ''besoins'' au bureau pour m'évader cinq minutes. Après tout, personne ne va m'accompagner, c'est plutôt discret.
- Vous pouvez m'espionner depuis les toilettes ?
- Je génère une porte pour Anuva, puis une autre pour l'endroit où tu es. Puis je refais le chemin inverse pour revenir. Je peux te trouver où que tu sois, ça fait partie des avantages du chevalier sur son apprenti, mais ne t'en fais pas, je le fais peu. Et si tu me juges trop envahissant, tu peux en avertir le conseil des maîtres via ton ordinateur.
- Ça me rassure.
- N'empêche qu'avec un peu plus de répartie, tu aurais pu rabattre le caquet de cette fille.
- Et qu'auriez-vous dit à ma place ?
- Elle te demandait pourquoi tu souriais, tu aurais pu dire ''Parce que je te trouve ravissante aujourd'hui'', ça lui aurait fait plaisir.
- Mais elle est moche comme un pou !
- Bon, je t'accorde un point.
- Et ça n'a rien à voir avec ma pensée.
- Parfois, il faut savoir mentir. Surtout quand on mène une double-vie.
- Vous n'auriez pas eu une meilleure réplique ?
- ''Pourquoi tirerais-je la gueule ?'' mélange la grammaire poussée et le langage courant, ça désacralise et ça a son petit succès en société.
- Elle m'aurait demandé pourquoi je souriais pas avant.
- N'hésite pas à confier tes petits soucis, à être franc.
- Me confier à elle ?
- Tu n'es pas obligé d'entrer dans les détails. Tu peux dire ''Je n'aime pas la pluie.'', ''Je suis fatigué.'', ''Mon poisson rouge est mort.'' … je ne sais pas, des choses comme ça.
- Vous avez seulement vu sa conversation ? Elle accorde plus d'estime à la coque protectrice de son smartphone qu'à moi ! Lui raconter ma vie ne fera qu'accentuer ses insultes.
- Dans ce cas, sors une répartie pleine de sens. Elle dit ''T 1 klodo ki pu.'', tu réponds ''À sentir ton parfum, on pourrait croire que t'as piqué une tête dans la benne à ordures.''
- C'est pas très élégant...
- Parce que ''Ta 1 ver de klodo'', c'est élégant ?
- Bon, égalité.
- Et avec ça, t'as déjà les bases d'un de mes cours, que j'ai pu donner à l'extérieur, comme je préfère le faire, avec une petite marche revigorante. »
J'avais en effet retrouvé Sarantu au pied de la porte de ma chambre en arrivant, et nous avions encore eu une petite conversation sur le chemin d'une salle d'entraînement, dont cet extrait. Mon mentor a la conversation agréable, cela me fait oublier la longue marche jusqu'à la-dite salle que je sens malgré tout dans mes mollets.
« La longue marche jusqu'à la salle d'entraînement à dû t'épuiser les mollets. Ne t'en fais pas, je t'offrirai un moyen de locomotion plus tard.
- Et pour ce coup-ci, mes mollets fondus, ça comptait pour du beurre ?
- C'était du premier degré ?
- Hein ? Euh... non.
- Non parce que bon... Garatu serait plié en quatre avec une phrase pareille.
- Pourquoi ?
- Non, parce qu'il se trouve que d'après les estimations des taux de graisses présents dans le corps humain, si l'on compte le beurre comme une graisse, elle aura fondu dans tes mollets.
- J'ai rien compris.
- Pas grave, tes calories me remercieront. »

Sur ces mots, le chevalier me fait entrer dans la salle d'entraînement. Salle cubique de trois mètres d'arête, elle s'avère composée de panneaux carrés disposés tels un carrelage sur chaque face. Une porte se situe au fond de la salle, et une petite fenêtre rectangulaire se situe à deux mètres au-dessus de cette porte. Sarantu passe cette porte, et donne des explications avant de la refermer derrière lui.
« Il y a une salle là-haut, j'y évaluerai ton actuelle maîtrise des armes en t'envoyant des hologrammes d'ennemis. Je te conseille juste d'enfiler ton armure.
- Je me suis jamais vraiment battu de ma vie.
- Ce sera l'occasion de commencer. Si tu es repéré par un Migono, il cherchera à te tuer, tu devras te défendre.
- On ne peut pas envisager de coexistence pacifique ?
- Ça dépend. Si tu veux parler pacte de non-agression mutuelle avec un gusse qui te chargera avec une lame surpuissante sans avoir pris le temps de se présenter...
- J'aime votre spontanéité.
- Bien, sur ce, bonne chance. »

    La porte se referme. Je vois mon mentor apparaître derrière une série de pupitres par la fenêtre. Enfilant mon armure, je dégaine, me tenant prêt à être attaqué. Je reçois un coup dans le dos, assez puissant pour me faire tomber. La voix de Sarantu retentit dans la salle.
    « Oui, les Migono adorent attaquer par derrière, ou quand tu ne t'y attends pas ... »
    Je prends appui sur mon bras droit pour me relever, et je reçois un autre coup invisible sur le même bras, me refaisant chuter.
    « … et pendant que tu faiblis. Ça n'aurait pas été un hologramme, tu aurais déjà la colonne vertébrale brisée et un bras en moins.
- C'est gentil de me rassurer.
- Je suis gentil, je te laisse reprendre tes esprits avant le prochain combat. »
Je profite alors du break pour me ressaisir. Par chance, il n'y a douleur que sur le coup, se dissipant bien vite. Devant moi apparaît alors un Mikava orange, un Migono sans doute. Celui-ci sort une lame de type ''biggoron'', deux fois plus forte que la mienne, mais requérant une force et un entraînement développés. Nous croisons le fer. La force exercée est plutôt forte, je peux difficilement résister. Il retire subitement sa pression et tente de me frapper le flanc, mais j'esquive le coup avec ma lame. Puis un autre coup vers mon crâne, que je protège avec mon bouclier. Mon assaillant bondit au-dessus de moi et atterrit de l'autre côté, puis donne un coup furtif de lame dans ma cuisse. Je tombe au sol, le Migono lève sa lame et me frappe au crâne de manière à me couper en deux. Son hologramme disparaît alors.
« Ardamu, je t'annonce que tu es complètement rouillé et qu'il faudra bien deux mois d'entraînement acharné avant que tu ne puisses être au point niveau armes.
- Et sinon, une bonne nouvelle ?
- Nous ne sommes pas en temps de guerre, on ne lâche pas les apprentis sans entraînement en première ligne.
- Vous faites vraiment ça ?
- Non, c'est une blague.
- Très drôle.
- Enfin... on n'a jamais eu de guerre encore, donc je sais pas trop comment ça se passe.
- On peut résilier le contrat ?
- On ne te demande pas de savoir massacrer ton adversaire, juste de te défendre face à lui assez longtemps pour échapper à un destin fatal. Pis c'est ma faute aussi si on a un maniaque en face qui tient à démolir tout espoir et forme le propageant en ce monde ?
- Vous avez pas un mode ''lent'' pour vos hologrammes ?
- C'est déjà sur ''lent''.
- Chouette. »

Les combats se poursuivent. J'affronte tour à tour divers Migono, chacun armé différemment, du bouclier en plastique au bloc de béton armé, de l'épée en caoutchouc à la tronçonneuse. Je perds systématiquement, mais parviens à porter des coups vainqueurs, faisant disparaître les hologrammes. Je me découvre une souplesse que je n'aurais jamais soupçonnée en temps normal. L'entraînement se termine avec le premier Migono que j'ai eu l'occasion d'affronter lors de la session. N'ayant pas faibli, bien au contraire, le combat se prolonge sur plusieurs minutes. Je pare ses coups avec l'aide de mes derniers efforts. Malgré tout, il parvient à me trancher en deux au niveau de la taille.
« Je l'admets, j'ai poussé ce dernier au niveau ''normal'', mais je peux t'annoncer que cette session d'une bonne demi-heure a été plutôt revigorante !
- Ça fait une demi-heure que je gesticule ?
- Oui, et je t'annonce que c'est tout pour aujourd'hui. Parti de rien, tes progrès sont plutôt conséquents, et tu peux vaincre tout ennemi réglé sur ''lent''. Malgré ça, il te faudra quand même plusieurs séances avant de parvenir à un niveau convenable. Les Migono sont des brutes épaisses. Beaucoup ont le niveau du dernier que tu as affronté, toutefois, tu en rencontreras de bien plus coriaces.
- Une question : ils sont sensés me pervertir tant que je suis apprenti, pas me tuer...
- Si la perversion ne fonctionne pas, ils te tueront.
- Et il n'y a pas d'entraînement contre ces perversions ?
- Un module a été crée récemment, il est encore en phase de test. L'un d'entre nous ayant vécu l'expérience de la perversion nous a aidé. Il est resté trois jours chez les Mikava, le temps de témoigner, avant de disparaître.
- Euh... est-ce que quelqu'un ayant vécu cette expérience est parvenu à rester chez vous plus de trois jours ?
- À ma connaissance, non. Mais la contribution de ce Mikava disparu nous a permis d'identifier les méthodes de nos adversaires. Nous cherchons actuellement un remède. Mais ce projet est maintenu secret, et seuls les maîtres et grades supérieurs en connaissent vraiment les détails. »

Je rentre chez moi, une boule au ventre, la crainte de la perversion dans l'esprit. Il faut dire que je n'ai jamais eu beaucoup de chance dans ma vie, et je fais de cette éventualité pessimiste une réalité. Si les Migono doivent me trouver et que personne n'a jamais pu leur résister, serai-je condamné à la dépression éternelle ? Est-ce que les enseignements Mikava m'aideront à résister ?
J'entends du bruit à côté.

Chapitre 7

Inquiet, je sors de ma chambre. Ma mère me tombe dans les bras, essoufflée, incapable de prononcer un mot car semblant sous le choc. Mon père semble également affolé.
« Igor ! Mais où étais-tu passé ?
- Euh... hein ?
- Voilà une demi-heure au moins que nous te cherchons partout ! Nous avions cru que tu avais été enlevé par un voisin !
- Pourquoi un voisin ?
- Tu sais comment ils sont avec nous. Ta disparition nous a  rappelé ce qu'il s'est passé voilà quatre ans... »

Ce qu'il s'est passé voilà quatre ans est en tête de la liste des événements que j'aurais préféré ne jamais subir.
J'avais cinq ans quand mon petit frère Victor est né dans l'indifférence. Mon père m'a raconté que ma naissance s'est faite dans les mêmes conditions que ce à quoi j'ai assisté pour celle de mon frère.
Je me souviens du jour de l'accouchement de Victor. Ma mère, épuisée par les trente kilomètres de marche entre notre domicile et la maternité, ne pouvait plus marcher et devait mettre au monde dans l'urgence. Je me souviens de la scène entre mon père, furieux, et la réceptionniste.
« Comment ça, aucune chambre n'est disponible ?
- Je suis désolée monsieur, mais votre femme devra attendre.
- Mais elle va accoucher d'un instant à l'autre ! Vous ne pouvez pas la laisser comme ça !
- Vous m'en voyez franchement navrée, je ne peux rien faire.
- La salle d'attente est vide ! Ne me dites pas qu'aucune salle ne peut accueillir ma femme !
- S'il vous plaît, monsieur, prenez place dans cette salle d'attente, et attendez votre tour.
- C'est ça... J'ai déjà fait la sage-femme cinq ans plus tôt. Donnez-moi trois serviettes et je reprendrai la casquette dans votre foutue salle d'attente !
- Les agents de service viennent de nettoyer le sol, vous ne pouvez pas mettre au monde votre enfant là-bas !
- Il y a cinq ans, vous nous aviez jeté dehors comme des chiens ! Mon premier fils est né à côté d'une bouche d'égout sous la pluie ! Vous ne pouvez pas nous laisser refaire ça !
- Légitimement, vous êtes sur la voie publique, en-dehors de notre domaine de réglementation, je ne peux donc vous empêcher de le refaire, vous avez raison ! »
Suite à quoi mon père se jeta sur la réceptionniste. Les agents de sécurité l'arrêtèrent, et il passa une journée en garde à vue.

    Ma mère et moi sortirent de la maternité. Je vis passer un groupe de personnes en protégeant une autre. Une des personnes dit ''Laissez passer la ministre de l'Agriculture ! Elle a perdu les eaux !''. Une armée d'hommes en blanc les attendait à l'entrée, l'un répondant ''Entrez vite ! Toutes nos chambres sont libres, vous y accoucherez dans le calme.''. Ma mère, hurlant de douleur, assise sur le trottoir sous la pluie, appela à l'aide auprès des passants ne daignant ni baisser le regard, ni venir en aide à la pauvre femme. Rassemblant ses souvenirs, elle me confia alors les instructions pour l'aider à accoucher comme elle l'avait fait pour moi. Victor est né après trois heures d'interminables efforts, sans aucune autre assistance que la mienne. Nos deux naissances furent quasiment miraculeuses.

    Ce qu'il s'est passé voilà quatre ans s'inscrit dans la continuité de la naissance de mon frère. Déjà appelés ''les frères trottoir'' par le voisinage ayant eu vent de notre lieu de naissance, nous sommes restés les têtes de turcs du quartier, à l'époque encore fréquenté. Aujourd'hui, tous ont déserté la zone, devenue délabrée, nous sommes les seuls à y loger encore.
    Un sale gamin, pourtant aussi pauvre que nous, ne trouvait d'autre occupation que de lancer des œufs pourris contre notre maison. Ce jour-là, mon frère avait sept ans, moi douze, lui quatorze. Mes parents s'étaient absentés brièvement ce jour-là, je devais garder Victor. Nous jouions à l'extérieur, quand il nous a abordés.
    « Hé, trottoir deux, tu sais que t'es mignon ?
Victor restait bouche bée, n'osait dire mot. Déjà peu causant à l'époque, je devais intervenir, bafouillant.
- S'il te plaît, pars.
- Ta gueule, trottoir un, c'est à l'autre que j'cause !
Sur ces mots, il me donna un coup de boule m'envoyant valser au sol, m’assommant. Avant de m'évanouir, je voyais mon frère, tétanisé, agrippé par le bras.
- Allez, viens, je vais te présenter un truc chouette... »
Quand je me suis réveillé, j'étais dans mon lit. Mes parents m'y avaient transporté. Ma mère pleurait à chaudes larmes. Mon père me demanda où était passé Victor, je lui ai conté ce qu'il s'était passé.
Nous l'avons retrouvé le lendemain, dans le canal asséché, le visage en sang, le pantalon baissé, laissant des traces de sperme en évidence...

Mort.

Ma disparition laissait envisager le pire pour mes parents. Ils ne voulaient pas revivre ça, ils n'ont pas besoin de ça en plus. Malgré la plainte déposée, nous n'avions pu mener l'enquête à terme, faute de moyens financiers suffisants. Tout le voisinage avait été choqué de l'accusation du gamin et l'avait soutenu pendant les faits. Aujourd'hui, il est dealer à la sortie des collèges, et un ami de Wolfgang Ulrich est l'un de ses plus fidèles clients.

L'inquiétude de mes parents est justifiée. Perdu dans mes pensées, me remémorant cette histoire, mon père doit hausser la voix pour reprendre la conversation.
« Igor ! Dis-moi où tu étais !
- Euh... mais pourquoi êtes-vous entrés dans ma chambre, d'abord ?
- On a entendu des coups violents contre la maison, suffisamment bruyants pour tous nous réveiller. Nous voulions te demander si tu avais vu quelque chose.
- Pendant mon sommeil ?
- Les murs sont fragiles, ici. Il se pourrait que l'un de ces pilleurs soit entrés de force dans la maison, en frappant le mur de ta chambre de coups de marteau.
- Non, mais ça, euh... C'est moi en fait, je... vous prépare une surprise.
- Tu te lèves en plein milieu de la nuit pour frapper les murs de la maison pour nous réveiller en sursaut ? Merci pour la surprise, on s'en serait passé !
- Non, mais c'est, euh... un truc qui s'est emballé. Mais vous en faites pas, tout est sous contrôle, et encore désolé du dérangement, je serai plus discret la prochaine fois. Ne vous inquiétez pas non plus si vous ne me voyez plus.
- Et quand est-ce qu'on aura vent de cette... surprise ?
- Euh... je ne sais pas encore...
- Bon, je te fais confiance, tu ne nous mens pas d'habitude. »
Et pourtant, je venais de le faire. J'ai profité d'une situation étrange pour masquer ma double-identité. J'ai menti à mes parents pour respecter une clause de confidentialité.
Avant de me rendormir, je consulte le livret, mais rien n'est mentionné au sujet d'un viol permis de cette cause pour rassurer l'entourage familial. Bref, je verrai ça demain avec Sarantu. Je ne sais pas si je pourrai mentir longtemps à mes parents...

Juste une remarque : j'aime pas trop réclamer des commentaires, mais de voir que personne n'exprime son avis, je crains que personne ne lise. Pour savoir : y'a au moins des gens qui suivent, ou est-ce que je publie dans le vide ? Je vous en veux pas de pas lire, faut trouver le temps de le faire, mais c'est inquiétant de pas avoir de réaction, car je sais pas ce que j'ai loupé.

Chapitre 8

Horreur au moment de se lever : impossible de sortir ! Des planches de métal solide recouvrent nos portes et fenêtres donnant sur l'extérieur ! Nous sommes enfermés !
    Mon père tente par tous les moyens de briser l'emprise de ces choses, il n'hésite pas à sortir une vieille caisse à outils... mais ce sont les outils qui brisent. C'est au tour de mon père de fondre en larmes, à ma mère de le réconforter.
    « Non ! Non ! Je suis déjà dans le collimateur du patron depuis que je suis dans sa boîte, ça fait quinze ans qu'il cherche un prétexte valable pour me virer !
- Il ne va quand même pas te virer pour un retard au boulot, quand même, si ?
- Je l'ai déjà supplié pour avoir ce job au RMI, mais il préfère encore ne pas m'avoir dans ses rangs ! »

Ayant une idée, bien que peu orthodoxe, je fuis vers Anuva. Sarantu n'est pas là, mais je peux toujours demander conseil aux maîtres. Je parviens à en trouver un en communication visuelle grâce à l'ordinateur.
« Mes respects, maître. Je me nomme Ardamu, je viens d'être promu apprenti, et j'ai besoin de votre aide.
- Salutations, apprenti, que souhaites-tu savoir ?
- Je suis actuellement bloqué chez moi, des énergumènes ont bloqué les issues avec des planches de métal. Ne puis-je pas me servir de mon armure Mikava pour briser leur emprise ?
- Son usage est normalement réservé aux combats. Mais tu peux t'en servir pour te sortir d'une situation inextricable avec des moyens terrestres.
- Merci, maître. »
La communication se termine, je retourne sur Terre, attends que mes parents s'éclipsent dans une pièce voisine, je pense ''Enfiler armure'' quelques secondes. Ça marche. Je sors la lame de son fourreau et m'en sers pour éliminer les planches bloquant l'accès à la porte principale. Le bruit attire l'attention de mes parents. Heureusement qu'ils ne me voient pas quand je suis en armure, la situation serait inexplicable. Je m'éclipse vers les toilettes pour reprendre mon apparence humaine, tandis qu'ils restent bouche bée devant l'issue crée comme par magie. Peu après, je me sers de mon jeu d'acteur pour avoir l'air aussi surpris qu'eux. Puis la journée reprend normalement, et par chance, personne n'est en retard.

Entrant en salle de classe, Horace, fils de l'employeur de mon père, pousse un ''Mais...'' stupéfait en me voyant, avant que son voisin Manu ne le coupe avec un ''Ta gueule.'' très distingué.
La journée est plate, comme à son habitude. Je reprends mon humeur habituelle, malgré une présence d'énergie un peu plus conséquente qu'à l'habitude.

Le soir, je retrouve Sarantu. On est Vendredi, pas de cours demain, je peux rester aussi longtemps que je le souhaite. Je le retrouve dans la salle d'entraînement.
« Chevalier, ne m'aviez-vous pas promis un moyen de locomotion ?
- Patience, patience, mon jeune apprenti. Toute chose vient à point en heure de celui qui sait attendre !
- Mais... ça ne veut rien dire !
- D'accord, tu m'y feras repenser après le cours.
- Avant de commencer, je voulais demander si je pouvais révéler l'existence de ma seconde vie à mes parents. Je risque d'avoir du mal à joindre les deux, et ils commencent déjà à s'inquiéter, je suis contraint de leur mentir et j'ai horreur de ça.
- La clause est claire : tu dois garder l'anonymat. Ne parle même pas de ton identité secrète à tes parents.
- Même les super-héros chez Marvel et DC Comics ont confié leur identité secrète à certaines personnes !
- Tu n'es pas un super-héros, tu es un Mikava !
- …
- Je sais, c'est dur à admettre, c'est difficile de masquer tout ce tintouin aux seuls proches que l'on a, mais il faut le faire ! On évite ainsi une propagation de notre existence dans les médias, ce qui empêche certains mouvements de vouloir nous éliminer.
- Quels mouvements ?
- Tu penses que ça ferait plaisir aux gouvernements impérialistes de savoir qu'ils ont une société concurrente à la leur ? Comment exercer l'autorité et la terreur quand on sait qu'un havre de paix est accessible, à condition d'être apprécié de personne ?
- Si votre organisation comporte tant de sages, je pense que ceux-ci sauront faire la différence entre vrais et faux rejetés.
- Nous serions confrontés à la traque des Mikava. Les pays dépenseraient des milliards pour nous détecter et nous minimiser encore plus qu'ils ne l'ont déjà fait. Puis le bal de l'hypocrisie s'ouvrirait : ''Pourquoi aller sur une planète parallèle et risquer à être tué par un gilet-orange simplement pour être sociable alors qu'on peut vous aider sans danger ?'', avec ses fausses promesses et ses fausses compassions !
- Et qu'est-ce qui me prouve qu'il n'y a pas d'hypocrisie ici ?
- Cet endroit a été fait par quelqu'un ayant réellement vécu l'expérience de la solitude, il ne souhaite ça à personne !
- Qu'est-ce que vous en savez ? Vous étiez là ?
Le ton de la conversation toujours croissant laisse sa place à un silence glacial. Sarantu se reprend sur un ton ferme.
- Jeune homme, j'ai vu par moi-même une quarantaine de personnes passer du stade d'exilé à celui d'homme de société. Je n'ai pour certifier cela que ma parole d'homme. Libre à toi de me croire ou pas. Si tu penses que nous ne voulons pas t'aider, personne ne te retient de partir.
- Je ne vous connaissais pas sur un ton si... froid.
- Il le faut parfois, pour laver l'honneur. Je veux bien jouer les mecs baba cool pour donner une bonne image des Mikava aux nouveaux arrivants, mais encore faut-il que ces arrivants aient un minimum de respect pour l'organisation qui les accueille.
- Veuillez accepter mes excuses, j'ai parlé trop vite.
- C'est déjà oublié. Tu avais autre chose à ajouter ?
- Euh... je ne crois pas.
La tension redescendait.
- Bien, alors...
- Si, en fait. Désolé de vous interrompre, mais... n'est-il pas possible de faire entrer mes parents chez les Mikava ? Ils sont autant marginalisés que moi, en fait...
- Le fait d'attribuer trois apprentis par chevalier est déjà de trop. Nous avons énormément de travail, et nous privilégions les nouvelles recrues jeunes avec beaucoup d'années devant eux encore, qu'il serait dommage de gâcher. Le conseil des maîtres a dû découvrir tes parents en même temps que toi, mais ils ont préféré te recruter à cause de ces critères. Ils ont peut-être été casés sur une liste d'attente, mais ils ne sont pas prioritaires. Et puis... ils ne sont pas en bonne santé. »
En effet, ma mère a subi de graves blessures suite aux deux accouchements non-assistés qu'elle a subi, c'est un miracle qu'elle soit toujours en vie. Mon père, quant à lui, ne pourrait partir en retraite qu'à 76 ans au vu de sa situation actuelle, et en espérant que son métier ne lui abîme pas plus la santé.

La discussion passée, l'entraînement commence. J'affronte principalement des Migono de niveau ''normal'', je vainc l'adversaire une fois sur cinq. Après deux heures de dures batailles, le ratio descend à une victoire sur trois combats. Sarantu me complimente devant mes progrès plutôt impressionnants.
Nous enchaînons avec un cours. Faclastu est présent. Le chevalier choisit alors d'ouvrir un volet concernant les relations sentimentales.
« Faclastu, tu as une chance énorme d'avoir rencontré Carolia. Le tout est maintenant de ne pas se planter lors de ton rendez-vous au restaurant. Je sais que tu as énormément gagné en assurance, mais rien n'est encore joué tant que la phase de la séduction n'est pas terminée. Je te propose donc une petite mise en situation à ce sujet. Profitons de la présence d'Ardamu pour le faire participer et le laisser répondre en premier.
- Euh... peut-être. Je vous avoue que mon expérience dans le domaine des relations avec le sexe opposé tend vers moins l'infini.
- Et bien, ce sera l'occasion de lui faire changer de signe !
- Excuse Faclastu, il a trop conversé avec Garatu.
- Sans rancune ?
- Sans rancune. Mais je suis pas trop le genre de gars à faire la gueule à quelqu'un pour une blague pas drôle.
- Bien. Mise en situation. Devant la porte du restaurant, en train de... fumer une clope, une charmante demoiselle...
- Je fume pas.
- Ce n'est qu'une mise en situation, Ardamu, laisse-moi continuer. Donc, une charmante demoiselle sort également son paquet de cigarettes et vient fumer à vos côtés. Ardamu ?
- Quoi ?
- À toi de me dire ce que tu fais ensuite.
- Je rentre dans le restau, je peux pas saquer l'odeur de la clope.
- Je viens de te dire que c'est une mise en situation, admettons que tu aimes l'odeur quand même, ce n'est toutes façons pas réel !
- Même avec de l'imagination j'ai du mal...
- Bon, oublions l'histoire de la clope. Admettons que vous êtes devant le restaurant tous les deux et que vous ne fumez pas.
- Mais on fait quoi, alors ?
- J'en sais rien, vous attendez quelqu'un par exemple.
- C'est pas mieux d'attendre à l'intérieur ?
- Bon, on va dire que vous faites rien.
- Poireauter dehors à rien foutre, sous la pluie en plus de ça ? Vous en connaissez beaucoup des gens qui le font ? »

Sans déconner, y'a vraiment personne ? Répondez juste "prout" à la limite pour vous signaler, que je sache si ça vaut le coup de publier ici.

Chef de Clan
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Hey^^

J'avais commencé à le lire, mais ça fait quelques temps que j'ai des soucis avec mes yeux, je ne peux pas rester trop longtemps "immobile" devant l'écran, et du coup, ce n'est pas pratique pour lire de si longs textes^^ Désolée :(

Chevalier à la Subrogation
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Bon alors je m'y suis mis aussi, j'ai lu les 3 premiers chapitres, sa m'a bien je lirais la suite plus tard mais le début est bien en tout cas.

Grand Enchanteur de l'Ouest
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Laïka Dunkel a écrit :

J'avais commencé à le lire, mais ça fait quelques temps que j'ai des soucis avec mes yeux, je ne peux pas rester trop longtemps "immobile" devant l'écran, et du coup, ce n'est pas pratique pour lire de si longs textes^^ Désolée :(

Fort heureusement, l'homme, dans son génie créatif, a inventé l'imprimante pour te permettre de transférer un texte de ton disque dur à une liasse de papier qu'une fois agrafée, tu peux transporter partout et lire à ta guise où tu le souhaites ! ;)

Je suis assez partisan de la lecture ailleurs que sur ordinateur, du coup j'ai pris 5 minutes pour mettre en forme le texte en PDF et l'imprimer. À raison de deux pages par feuilles, ça fait 26 pages. Rapide et peu consommateur à imprimer en choisissant le mode « fast economy » sur mon imprimante, et niveau de gris au lieu de couleurs. Si Desmu donne son accord, je mettrai le pdf en ligne pour ceux qui veulent imprimer.

Mon avis : je dirais ça quand j'aurais lu !

Chef de Clan
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Askelon a écrit :
Laïka Dunkel a écrit :

J'avais commencé à le lire, mais ça fait quelques temps que j'ai des soucis avec mes yeux, je ne peux pas rester trop longtemps "immobile" devant l'écran, et du coup, ce n'est pas pratique pour lire de si longs textes^^ Désolée :(

Fort heureusement, l'homme, dans son génie créatif, a inventé l'imprimante pour te permettre de transférer un texte de ton disque dur à une liasse de papier qu'une fois agrafée, tu peux transporter partout et lire à ta guise où tu le souhaites ! ;)

Tu le croirais si je te dis que je n'y ai même pas pensé^^ :D

Doyen
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L'intégralité du texte est reproduite sur un fichier .odt que j'enverrai une fois l'épilogue dévoilé (bon, il fait déjà 50 pages au format Romans Folio avec ce qui a déjà été publié), mais j'empêche personne d'en faire un .pdf prématurément. Tant que tu t'en proclames pas auteur, tu peux l'envoyer sous la forme que tu veux. ^^

Grand Enchanteur de l'Ouest
En ligne

Version PDF ;)

Maintenant attention, spoilers inside.

Alors, essayons une critique constructive. Déjà, l'idée générale me plait bien ; ça me parait assez original, ce qui est un bon point, et j'ai bien accroché. Pas spécialement au personnage, qui est un peu trop stéréotypé pour que je m'y attache, peut-être un peu trop orienté vers des jeunes (genre je suis vieux, héhé) ? Deux gros points négatifs, par contre : premièrement tout va bien jusqu'aux chapitres 7 et 8, où subitement tu tombes vraiment beaucoup trop dans l'exagération je crois, et on perd toute crédibilité du récit. On sent bien que tu veux nous montrer qu'il a une vie de merde, le gamin, que c'est pas facile, qu'il en a marre, qu'il a jamais été aidé ; mais il y a bien moyen de trouver plus avalable que ce que tu décris pour le moment ;)

  • Le conseil de classe corrompu. Là déjà on frôle le pas crédible : à la limite, on peut comprendre que des parents influents puissent faire pression de manière à ce que le conseil ne sanctionne pas leur fils, ou en tout cas qu'il s'en tire avec à peine une heure de colle ; le plus logique serait la même punition pour les deux, histoire de montrer que se castagner à l'école c'est mal. Mais de là à dire que le conseil sanctionne la victime pour usage de violence alors qu'elle a griffé l'autre gamin au bras, parce qu'on leur a graissé la patte, c'est un peu trop.

  • Pire, le double accouchement sur le trottoir après 30km à pied pour faire place à la ministre. Déjà 30km de marche, moi quand j'avais la condition physique pour le faire, je mettais 10h et j'étais bien sur les genoux, le plus que j'ai fait c'est 36km en environ 11h, et j'en ai tiré une tendinite. La distance moyenne lors d'une randonnée, pour un homme en forme, c'est 4 à 5km par heure, généralement 20 à 25km par jour sur du plat, au delà il faut un minimum d'entrainement. Pour quelqu'un de non habitué, peu sportif, 10-12km c'est déjà beaucoup, alors 30km pour une femme enceinte... Parle plutôt d'un accouchement sordide dans le couloir de la clinique, ou dans la morgue, éventuellement parce qu'on a viré sa mère de la salle de travail pour faire de place à quelqu'un d'important et/ou de friqué (sans aller jusqu'à la ministre, là c'est vraiment trop ;)), le tout sans prendre en compte les complications dont souffre la mère et qui ont failli la laisser sur le carreau. Ça passe déjà mieux ! On vit dans un monde de merde, certes, mais pas à ce point-là quand même :p

  • La maison barricadée de l'extérieur, idem, c'est un poil trop aussi, bien que l'idée ne soit pas trop déplacée dans le contexte, et le fait de rendre les gamins responsables est pas mal ; par contre je vois difficilement des ados poser des barres de métal sur toutes les ouvertures de la maison en pleine nuit, surtout qu'ils ont l'air loin de la ville... Ça prend du temps, tout ça, ça fait du bruit, etc. D'autant plus qu'ils ont une voiture, que c'est apparemment leur seul moyen de locomotion... C'est bien plus efficace de rendre la voiture inutilisable, non ? Crever les quatre pneu (en plus ça coûte cher), boucher le pot d'échappement, percer le réservoir d'essence, de liquide de refroidissement, ou même vidanger l'huile, c'est pas les moyens qui manquent ;) Et le résultat est le même. Reste plus qu'à trouver un moyen pour le gamin d'arriver vite à l'école quand même ; un vélo ? En réduisant un peu la distance, à vélo 10-15km ça prend 45 minutes à peu près, à préciser.

  • Le meurtre du petit frère, très peu crédible aussi dans la façon énoncée. Que tout le monde qui se ligue pour soutenir le meurtrier supposé, ça parait assez peu envisageable, surtout vu les détails donnés qui auraient dû permettre l'identification formelle du tueur. Instaurer un climat de « tous contre le personnage principal » n'est pas une mauvaise chose, mais il faut essayer de la rendre crédible, en l'occurrence même dans un monde totalement manipulé par la corruption, on a du mal à croire qu'une enquête de police − parce que bon, en France les familles de victimes ne financent pas les enquêtes, les policiers sont payés pour ça, de même que les avocats commis d'office − ne mène nulle part, surtout si la victime a été violée. On a qu'à voir comment cela se passe dans la réalité, les viols d'enfants sont les crimes qui mobilisent le plus l'opinion et les enquêteurs, ils sont très médiatisés, pas étouffés par des nantis plus ou moins impliqués dans l'affaire. Il serait plus probable de dire qu'il a été étranglé et que les parents du meurtrier ont parti pris dans l'enquête, suffisamment pour l'orienter ailleurs, donner le bénéfice du doute au gamin, qu'elle mène à un non-lieu, que sais-je.

À la limite, chacun des points ci-dessus peut être à peu près acceptable dans le contexte, même si un peu maladroitement présenté ; mais la surenchère, tout en même temps, ça fait vraiment trop pour qu'on y croit ;) Le coup du « pas de chambre de disponible » aurait pu passer, par exemple, même si un peu difficilement quand même ; mais l'arrivée de la ministre juste après, pour bien montrer la marginalisation et le fait que les pauvres ne sont rien face au stéréotype de la personne importante (c'est la ministre, c'est pas Jo le rigolo) fait que ça tombe à l'eau, comme le meurtrier violeur qui devient impunément dealeur.


Le second point négatif est plus précis : c'est trop court :o On a envie d'en savoir beaucoup plus, d'avoir plus de détails ! Pas nécessairement dans les descriptions, plus dans le déroulement de l'histoire. Le découpage en chapitre me parait peu judicieux, par exemple : on quitte un chapitre pour en entamer un autre, mais rien ne change, on est au même endroit ou presque, l'évolution du récit n'est pas coupée, pas d'évènements plus marquants. À mon avis, tu pourrais carrément regrouper les six premiers chapitres en deux chapitres, voire même en un seul, la séparation avec le suivant se faisant au niveau de « Igor ! Mais où étais-tu passé ? ».

D'une manière générale, tu devrais beaucoup plus étoffer le récit ; par exemple quand Igor va demander l'autorisation d'utiliser son arme pour libérer sa maison. En 30 lignes, il a quitté la Terre, est allé sur Anuva, a obtenu un entretien avec un maître, obtenu son accord sans plus de question, retour sur Terre, problème réglé, porte ouverte, chemin vers l'école en deux coups de cuiller à pot, et il est en cours. Hébé ! Tout va beaucoup trop vite, parait beaucoup trop évident, un peu à l'image des vieux films, style La Guerre des Mondes, avec le super scientifique qui regarde une soucoupe, déclare qu'un truc pareil c'est pas humain, Mars est proche de l'orbite terrestre, c'est donc forcément des martiens, s'empare d'une radio de l'armée, appelle directement sur le téléphone du bureau ovale, « − Bonjour Mr. President, nous sommes attaqués par les martiens ! − Oh mon dieu, vous avez raison, je vous crois, vous êtes le personnage principal du film vous avez raison, tenez, voici les codes, lâchez moi l'arsenal nucléaire du pays sur ces aliens ! » Il aurait été bien plus profitable d'avoir par exemple une vision de ce qu'est le conseil des maîtres, ou plus simplement les niveaux non autorisés aux nouveaux. Par exemple Igor demande un entretien en urgence, on le fait patienter quelques temps, puis escorter dans les couloirs pour l'amener devant un secrétaire ou un truc du genre, avec tous les maîtres/chevaliers qui le regardent bizarrement dans les couloirs, ça papote un peu, il tape une gueulante, on lui fait la morale, bref, de quoi avoir un peu de matière à nous imaginer l'environnement et les gens, l'ambiance, bref le lieu, au delà de la simple description du décor.

Pour tenter une explication plus claire, j'ai lu il y a peu un roman de Peter V. Brett, The Desert Spear ; c'est de la fantasy, pas mal écrite, très prenante. À la fin du bouquin, il y a une interview de l'auteur, je te mets la traduction ici :

Pouvez-vous nous donner l'évolution pas-à-pas depuis l'histoire telle que vous l'avez imaginé jusqu'au roman complet ? Vous prenez des notes, des résumés détaillés, ou vous tapez juste tout d'une traite ?
Chaque auteur a ses propres méthodes de travail pour ce processus. Certains effectivement foncent dans le tas, mais cette méthode n'a jamais marché avec moi. Ça m'amène souvent à des voies sans issue qui doivent être jetée ou réécrites plus tard, et le maniaque que je suis déteste ça.
Je planifie tout dans les moindres détails, dans d'énormes listes à puce que j'appelle mes feuillets-étape, qui détaillent chaque action et motivation à l'avance. Daylight War (le prochain roman) représente pas moins de 188 pages. À ce stade, la plupart des points de l'intrigue sont résolus et je peux métaphoriquement prendre du recul et voir l'arc narratif en totalité.
Une fois ce squelette complet, je commence à écrire la prose finale, utilisant les feuillets-étape comme une carte, mais gardant un œil sur les raccourcis pour parfois faire quelques détours dans la narration.
Cette méthode demande beaucoup plus de travail, mais je suis bien plus satisfait du résultat final.

Pourquoi je dis ça ? Parce que j'ai par moment l'impression en lisant ton texte d'avoir sous les yeux le feuillet-étape de Peter V. Brett, et pas le roman qui en découle : certains passages sont très bons, pourraient apporter beaucoup de choses, mais l'idée est juste posée, brièvement détaillée, mais pas développée. C'est dommage, cf. l'exemple du chapitre 8 où on aurait pu avoir un super aperçu du fonctionnement interne de l'organisation, avec des détails sur les personnages à l'intérieur du « quartier des maîtres », ç'aurait été l'occasion d'expliquer pourquoi les maîtres sont (je suppose) généralement opposés à l'utilisation des armes par les nouveaux sur Terre, les implications, la dérogation exceptionnelle, etc. Mais on a finalement qu'une vision d'une étape trop facile, d'où ma comparaison avec La Guerre des Mondes.

Pour terminer, quelques détails secondaires, des formulations qui m'ont fait tiquer, première ligne ta version, deuxième ce que j'aurais lu à la place :

Prologue a écrit :

Pourtant, ce fait de perdre dans un cas sur deux persiste, et la déception se lit sur votre visage si ce cas se produit.
Pourtant, le fait persiste d'avoir une chance sur deux de perdre, et la déception se lit sur votre visage quand cela se produit.

Vous avez perdu de l'argent après avoir voulu espérer en gagner plus que dépensé.
Vous avez perdu de l'argent quand vous espériez en gagner plus que dépensé.

Mes parents peuvent tout perdre après un claquement de doigt,
Mes parents peuvent tout perdre en un claquement de doigt,

Chapitre 1 a écrit :

puis se mue en segment, en une porte de cristal en jaillit.
puis se mue en segment, et une porte de cristal en jaillit.

La porte à double-battants s'ouvre vers moi, et un être étrange apparait derrière elle.
La porte à double-battants s'ouvre vers moi, et un être étrange apparait dans l'ouverture/l'entrebaillement.

L'être en question est aussi haut que moi et détient une apparence humanoïde
L'être en question est aussi haut que moi, de forme humanoïde

Le tout est lisse au toucher, comme s'il n'était fait que d'une matière.
Pas compris cette phrase. Matériaux homogène ?

Un cœur de lumière éblouissante mais non aveuglante se situe sous le sol.
Maladroit : éblouissant, c'est aveuglant, et inversement, ce sont des synonymes.

Voilà quelques temps que nous t'observons, et tu détiens le profil parfait pour intégrer les Mikava.
Voilà quelques temps que nous t'observons, et tu présentes le profil parfait pour intégrer les Mikava.

Chapitre 2 a écrit :

On peut voir la Terre depuis ici, mais sans être vus grâce à un bouclier similaire entourant Anuva à celui recouvrant notre capsule.
On peut voir la Terre depuis ici, mais sans être vus grâce au bouclier qui entoure Anuva, similaire à celui recouvrant notre capsule.

Chapitre 3 a écrit :

Toutefois, le camouflage y est également activé, et on ne peut voir ni Anuva, ni ce caillou depuis la Terre, faute de l'utilisation des mêmes procédés.
Toutefois, le camouflage y est également activé, et on ne peut voir ni Anuva, ni ce caillou depuis la Terre, du fait de l'utilisation des mêmes procédés.

Sarantu m'adresse un salut amical, puis referme les portes, qui disparaissent selon un procédé inverse à leur apparition.
Sonne bizarre. « disparaissent comme elles sont apparues » serait plus compréhensible ?

Chapitre 4 a écrit :

Comme tous les gars du lycée, j'ai un jour voulu espérer sortir avec elle.
Comme tous les gars du lycée, j'ai un jour rêvé de sortir avec elle.

Ce fut le jour de la semaine où j'ai médité devant mon nœud coulant, que j'ai envie de servir chaque semaine, mais je parviens à me retenir.
Ce fut le jour de la semaine où j'ai médité devant mon nœud coulant, que j'ai envie d'utiliser chaque semaine, mais je parviens à me retenir.

Je n'ai pas repéré de formulations malheureuses dans les suivants, c'est plus le contenu qui ne va pas trop, comme expliqué plus haut.

Et j'oubliais, sans aller jusqu'à dire que j'en ai pleuré de rire, certains passages et certaines répliques m'ont bien fait marrer, y a du potentiel de ce côté-là aussi ;)

Chef de Clan
Hors ligne

Ça c'est de l'esprit critique !
faudrais que je m'y colle aussi un de ces quatre matins !

Doyen
Hors ligne

Voilà le genre de critique qui me plaît. Merci beaucoup d'avoir pris le temps de lire et de critiquer sur un tel pavé. :)

Pour être franc, j'ai pensé à pas mal de défauts que tu cites : l'exagération du point de vue des personnages et de la situation, les chapitres trop courts, les événements pas assez détaillés. M'enfin, je vais tenter d'argumenter sur chaque point.

Merci pour cette version, bien que le "À quoi bon ?" de l'introduction ait remplacé "Prologue". Je poste les chapitres à d'autres endroits, avec d'autres personnes pas motivées pour lire sur PC, je vais relayer cette forme de présentation en te citant, histoire de voir si ça attire plus de monde. :siffle:

Pas spécialement au personnage, qui est un peu trop stéréotypé pour que je m'y attache, peut-être un peu trop orienté vers des jeunes (genre je suis vieux, héhé) ?

Étant personnellement plutôt "jeune", j'ai préféré plonger Igor dans un milieu qui m'était plus familier. Il n'est pas encore entièrement rentré dans le monde adulte qu'il a déjà perdu tout espoir de réussite.

Deux gros points négatifs, par contre : premièrement tout va bien jusqu'aux chapitres 7 et 8, où subitement tu tombes vraiment beaucoup trop dans l'exagération je crois, et on perd toute crédibilité du récit. On sent bien que tu veux nous montrer qu'il a une vie de merde, le gamin, que c'est pas facile, qu'il en a marre, qu'il a jamais été aidé ; mais il y a bien moyen de trouver plus avalable que ce que tu décris pour le moment ;)

C'est ce que je craignais. Je tenais à montrer l'existence d'un gars dans un niveau de précarité extrême, et je pensais en effet avoir un peu exagéré sur certains passages, d'autant que ça s'arrange pas vraiment après, et c'est même pire. Merci de me le dire quand même.

Pire, le double accouchement sur le trottoir après 30km à pied pour faire place à la ministre. Déjà 30km de marche, moi quand j'avais la condition physique pour le faire, je mettais 10h et j'étais bien sur les genoux, le plus que j'ai fait c'est 36km en environ 11h, et j'en ai tiré une tendinite. La distance moyenne lors d'une randonnée, pour un homme en forme, c'est 4 à 5km par heure, généralement 20 à 25km par jour sur du plat, au delà il faut un minimum d'entrainement. Pour quelqu'un de non habitué, peu sportif, 10-12km c'est déjà beaucoup, alors 30km pour une femme enceinte... Parle plutôt d'un accouchement sordide dans le couloir de la clinique, ou dans la morgue, éventuellement parce qu'on a viré sa mère de la salle de travail pour faire de place à quelqu'un d'important et/ou de friqué (sans aller jusqu'à la ministre, là c'est vraiment trop ;)), le tout sans prendre en compte les complications dont souffre la mère et qui ont failli la laisser sur le carreau. Ça passe déjà mieux ! On vit dans un monde de merde, certes, mais pas à ce point-là quand même :P

Là, j'admets, je me suis un peu lâché. Je crois que je vais modifier le passage pour la version finale un de ces quatre, ne serait-ce que pour réduire la distance parcourue, ou pour virer la ministre pour caser quelque chose de moins cliché. En revanche, je tiens à garder le côté "marginalisation de la famille". Il y a autour d'eux un acharnement absolument inhumain sans qu'on puisse y donner une quelconque explication.

Pareil pour le conseil de classe. Si on prête attention à certains détails du récit, on se rend compte que ce n'est pas tout à fait la Terre que l'on connaît, mais plutôt un monde déchu vers lequel on tend, où les Hommes n'auront fait qu'amplifier leurs défauts, au point même d'en avoir perdu toute humanité au profit d'une certaine mécanisation de l'être. Je sais, la manière dont j'explique ça est absolument foireuse et pseudo-philosophique, c'est pour ça que je préfère l'illustrer dans un roman de la sorte.
Pour le coup de la voiture fracassée, et bien... tu viens de me donner une idée pour la suite :B
Plus sérieusement, je n'y ai pas pensé initialement. Comme dit, les parents ont entendu le bruit, mais ne se sont pas rendus compte de ce qui leur avait été fait. Ce passage fait partie du côté "marginalisation". Les autres prennent un peu la famille comme une bande de pestiférés, à bannir de leur société. Idem pour le viol du petit frère. Une injustice absolument atroce les frappe alors qu'ils n'ont rien demandé à personne. Ils sont simplement haïs pour des raisons obscures, et la loi est également contre eux. J'admets que ce soit peu probable, mais sous le règne de la corruption, tout est possible.
Bon, j'admets que faire du violeur un dealer est également un peu trop poussé, au même titre que l'arrivée de la ministre... Je sais plus ce que j'ai pris ce jour-là, mais va falloir aussi que je modifie ça. :euh:
Il ne faut pas oublier non plus que le récit est écrit du point de vue d'Igor. Il ne voit pas tout. Il peut y avoir une explication à tant de haine, mais elles lui sont inconnues.

Le second point négatif est plus précis : c'est trop court :o On a envie d'en savoir beaucoup plus, d'avoir plus de détails ! Pas nécessairement dans les descriptions, plus dans le déroulement de l'histoire. Le découpage en chapitre me parait peu judicieux, par exemple : on quitte un chapitre pour en entamer un autre, mais rien ne change, on est au même endroit ou presque, l'évolution du récit n'est pas coupée, pas d'évènements plus marquants. À mon avis, tu pourrais carrément regrouper les six premiers chapitres en deux chapitres, voire même en un seul, la séparation avec le suivant se faisant au niveau de « Igor ! Mais où étais-tu passé ? ».

Pareil, je me suis dit que ça passerait mal.
Niveau densité, j'avais déjà envisagé de regrouper les chapitres deux par deux dans la version finale, ayant préféré une version plus courte pour Internet pour éviter d'avoir des textes trop longs à lire. Initialement, je pensais aussi que ce serait plus idéal pour la lecture. Les éventuels lecteurs peuvent donc se dire "Tiens, j'ai cinq minutes devant moi, je vais me lire un chapitre d'Ardamu aux toilettes." :D J'essaie quand même de caser une bonne réplique (ou je termine la journée) en guise de fin de chaque chapitre, ne serait-ce que pour le suspense, ou pour pouvoir attribuer des noms aux-dits chapitres si on en a envie, pour se faire un bref résumé de ce qui se passe.
Niveau contenu, j'admets avoir un peu de mal de ce côté. à chaque fois que je boucle un chapitre, je me dis "Merde, ça prend si peu de place ce que j'ai raconté ?". Pour la demande d'autorisation d'utiliser l'arme, j'ai passé un peu de temps à me demander comment j'exposerais la situation. Je voulais montrer que les gradés sont toujours à disposition rapidement pour toutes les questions auxquelles la brochure ne peut répondre précisément. Je vais quand même rajouter une ou deux phrases pour préciser la pensée du maître.

C'est dommage, cf. l'exemple du chapitre 8 où on aurait pu avoir un super aperçu du fonctionnement interne de l'organisation, avec des détails sur les personnages à l'intérieur du « quartier des maîtres », ç'aurait été l'occasion d'expliquer pourquoi les maîtres sont (je suppose) généralement opposés à l'utilisation des armes par les nouveaux sur Terre, les implications, la dérogation exceptionnelle, etc.

Pour être franc, avant même d'avoir terminé Ardamu, j'envisage déjà sa suite, où ce genre de choses pourrait être exposé, avec une vue plus en détails de certaines choses évoquées dans le premier volume. Ici, il est difficile d'évoquer les quartiers réservés aux gradés du fait que le narrateur est Igor et qu'il n'a pas l'accès à ces endroits. J'ai casé quelques éléments de la sorte qui sont susceptibles d'être développés à l'avenir. Bon, faut déjà que je sois motivé à attaquer un second volet, et ça, c'est une autre histoire.

Enfin, j'ai corrigé les formulations. Je me relis, mais je passe parfois à côté de certaines atrocités et fautes de frappe comme celles-ci. Merci de les avoir signalé et corrigé.

J'ai passé une bonne heure à répondre, mais ça m'a vraiment plu de voir une critique pareille, merci encore. ;)

Chapitre 9

Vingt minutes et trois aspirines plus tard, la mise en situation parvient jusqu'à la table de restaurant, où le gars a réussi à inviter la demoiselle à dîner, avec comme plat principal ce fameux poulet rôti bien lourd à digérer à huit heures du soir qui fait la réputation de l'établissement.
    « Je maintiens qu'il serait meilleur avec de la mayonnaise.
- Ardamu, s'il-te-plaît. On a déjà eu assez de mal à faire venir cette charmante jeune femme à votre table. Dans la réalité, ça ne se serait pas passé comme ça.
- Ça convient peut-être à Faclastu, la fumée de la clope, mais j'aurais personnellement pas accepté.
- Ah non, moi, j'aime pas non plus.
Sarantu reprend sa respiration.
- Bon, elle vous demande quels sont vos films préférés. Ardamu, quel genre de film lui cites-tu ?
- Je sais pas, je vais jamais au ciné.
- Tu en as bien vu à la télé ?
- Les jours où elle marche, on ne peut capter que les téléfilms familiaux de la première chaîne, je peux pas me faire d'opinion.
- Mmh... Laissons tomber. Faclastu, que dirais-tu ?
- ''Qu'importe le film. Un bon jeu d'acteur fait la différence quelque soit le genre dans lequel il joue. J'admets préférer les comédies ''intelligentes'' malgré tout. Et toi, que préfères-tu ?''
- Très bien. Elle répond qu'elle n'a que peu de temps à consacrer à son côté cinéphile. Elle n'aime pas les pseudo-comédies trash adolescentes, et admet avoir un côté nostalgique et préférer les œuvres où joue Louis de Funès. Ardamu, que répondrais-tu ?
- C'est qui, Louis de Funès ?
- Simplement un acteur relativement connu, capable de faire des mimiques inoubliables, faisant partie de la culture populaire. Dommage qu'il soit mort. Comment peux-tu ne pas le connaître ?
- Je vous l'ai dit, Sarantu, ma télé marche pas. Je connais juste un peu ''Joséphine, Ange Gardien'', vous voyez ce que c'est ?
- J'ai vu deux minutes, ça m'a suffi. Mais ta télé ne marche pas correctement depuis combien de temps ?
- Depuis 1987, d'après mon père.
- Passons. Faclastu ?
- Ah, Louis de Funès ! Sans lui, il n'y aurait pas eu de patrimoine humoristico-cinématographique !
- Pfou, pour dîner avec toi, faut amener un dictionnaire. Tu comptes brancher ta nana avec Le Petit Robert ?
- Ardamu, c'est moi qui mets en situation, ici.
- C'est pas une mise en situation, c'est une confrontation face aux faits. Et si on tombait devant une Ophélia ?
- Tu m'as dit qu'elle est moche comme un pou.
- Oué, mais je parle du niveau intellectuel.
- Il faut savoir faire abstraction des défauts et préjugés pour mettre au devant les qualités qui feront l'amour éternel.
- Bien, Faclastu. Je vois que tu retiens mes enseignements.
- Mouep, je suis pas encore convaincu... »

La fin du cours se termine par une gifle de la demoiselle pour moi, et un baiser de sa part pour Faclastu. Revigoré par cet événement, il nous quitte et passe le relais à Garatu, arrivant tout excité.
« J'ai fait rire quelqu'un ! J'ai fait rire quelqu'un ! hurle-t-il
- Bonsoir, Garatu. répond Sarantu
- Oui, bonsoir. Pardon, chevalier. Mais il faut me comprendre ! J'ai fait rire quelqu'un !
- On a compris. Et si tu t'asseyais plutôt pour nous conter ce qui s'est passé ?
Le plaisantin s'exécute.
- Alors, j'étais à un arrêt de bus. Ce dernier est en retard, comme d'habitude. Un gars est au même arrêt, et là je dis ''Vous connaissez la blague du bus à l'heure ?'' HA HA HA !
- HA HA HA ! reflète mon mentor
- Euh... Ah Ah ? dis-je hésitant
- Ou Brigitte Bardot ! HA HA HA !
- Zut, je me disais aussi qu'on avait pas encore eu une vanne navrante depuis vingt-sept secondes.
Sur ces mots, Sarantu sort un sédatif et l'applique à Garatu. C'est à moi de reprendre la conversation alors que le blagueur reprend ses esprits.
- Vous savez, vous allez un peu vite pour moi. Vous pourriez m'expliquer toutes les tentatives de traits d'humour auxquelles nous avons été soumis depuis l'arrivée de notre ami blagueur ?
- Et bien, déjà, Garatu s'est vautré au sol. Humour visuel classique.
- Ah ? J'avais pas remarqué.
- Tu n'as rien perdu. Après, il y a le ''Vous connaissez la blague du bus à l'heure ?'', ce qui est drôle, car paradoxal. Un bus ne peut être à l'heure, sinon, c'est une plaisanterie, une blague.
- Je prends pas les transports en commun.
- Puis Garatu à cité ce nom d'actrice dont les initiales sont BB pour faire écho à ton Ah Ah, blague alphabétique trop mal placée, suffisant à plomber la soirée.
- Merci, c'est plus clair. Excusez-moi, je fatigue un peu, faut pas m'en vouloir si je suis pas tout.
- Ne t'en fais pas, des choses m'échappent aussi, parfois.
- Au fait, je dois aller aux toilettes, je reviens.
- Attends, Ardamu. Installe ce cylindre quand tu auras fini. »
Sarantu me tend le-dit cylindre. Je retourne à ma chambre par la pensée. Après mon affaire, je suis ses consignes. Sur ma visière s'inscrit ''Motocycle installé'', puis ''Veuillez choisir un modèle de motocycle via votre ordinateur''. N'ayant vu des ordinateurs que sur les pubs affichées en trois mètres sur quatre dans les rues de Villanbourg, des Mac d'Apple dont on vantait l'incroyable supériorité, je ne savais guère comment utiliser celui de ma chambre. Je pousse un bouton mis en évidence, des images s'affichent à l'écran. Parmi elles, l'une me propose justement de choisir un motocycle. On me suggère une vingtaine de variétés, certaines étant plus poussées en vitesse, d'autres en résistance, accélération, maniabilité... Leurs formes vont également du conventionnel au surprenant. Ainsi, un châssis en forme de fusée pyramidale me tape dans l’œil, je le choisis. On me dit que je peux en changer si je le souhaite via cette interface. Je sors de ma chambre, puis du bâtiment.
Pas de chance, Sarantu m'a laissé dans la surprise, et je ne sais pas comment conduire cet engin, encore moins comment le générer. Par hasard, je pense ''Générer motocycle'', ça marche. Le modèle choisi se matérialise devant moi, je n'ai plus qu'à le chevaucher. Bel engin, en forme de tétraèdre presque régulier, avec un réacteur dans chaque coin sur la face arrière, un emplacement creusé pour le pilote au niveau d'une arête, deux roues greffées à la face inférieure, et le nez part en pointe aiguisée, idéale pour empaler. Une fois assis, deux pédales se matérialisent, une sous chacun de mes pieds. Je pousse sur celle de gauche, je recule. Je pousse sur celle de droite, je fonce.
N'ayant jamais piloté de tel engin auparavant, la perspective de me retrouver à environ 200 kilomètres par heure en moins de deux secondes ne m'enchante guère. Pratique pour les cascades sur les dunes, pour apprendre à voler. Mais un des écrans près du guidon m'indique à juste titre qu'on aurait déjà retiré mon permis de conduire sur Terre pour excès de vitesse. Par instinct, je penche le-dit guidon vers la gauche ou la droite pour tourner dans ces directions, en avant et en arrière pour me pencher dans ces autres directions. Une carte s'affiche sur un autre des écrans, m'indiquant le chemin de la salle de cours de Sarantu, d'où vient un signal. Je retrouve ce dernier quelques minutes après, non sans avoir fait quelques chutes, malgré le port de la ceinture de sécurité.
« Ravi de voir que mon émetteur fonctionne toujours bien. Tu sauras où me trouver si je l'active. Alors, cet engin te plaît ?
- Mais pourquoi avoir crée un bolide pareil ?
- C'est toi qui insistais pour ne plus marcher jusqu'à mes salles de cours et d'entraînement. Beaucoup d'autres Mikava sont fainéants au même titre, d'où ce type d'engin. Puis ça peut être utile pour semer un Migono à tes trousses.
- Vous auriez pas... des stages de conduite ou des trucs comme ça ?
- Tu peux t'amuser avec cet engin sur certains circuits implantés à la surface d'Anuva. Parfois, pour le fun, on organise aussi des tournois. Grands Prix, duels à la lame, voire les deux d'un coup, des joutes en quelque sorte. Rassure-toi, personne n'y est blessé, les lames ont autant d'effet que celles des Migono en entraînement, et les véhicules ont des radars de collision frontale probable intégrés, reliés à des systèmes de freinage automatique. On en organise à peu près tous les Dimanche.
- Et y'aurait pas des voitures dans le même genre ?
- Je t'ai proposé le motocycle, il y a en effet des voitures, et d'autres types de véhicules pour les plus haut gradés, comme des chasseurs aériens, des sous-marins, des pelotes de laine rebondissantes... À toi de voir chez les différents codeurs d'Anuva, il s'en donnent à cœur joie pour créer améliorations et autres trucs fantaisistes, et pour les vendre à prix onéreux également, parce qu'il y a quand même des trucs qui servent à rien dans le tas. On dira que les objets usuels sont gracieusement donnés par les chevaliers à leurs apprentis, mais un truc comme le parapluie aérodynamique est juste là pour la décoration.
- On paie comment, ici ?
- En Crédits Anuviens, qu'on obtient en guise de récompense avec une bonne place dans les divers tournois. Avec une meilleure expérience et un plus haut grade, les prix descendent. »
Revenu dans la salle de classe, Sarantu enchaîne avec une autre mise en situation, une soirée alcoolisée entre amis dans laquelle on maîtrise l'art de rester crédible saoul. Encore faut-il avoir des amis, je n'écoute donc que d'une oreille. Personnellement, je me rends ivre seul, à peu près toutes les semaines, généralement le lendemain de ma méditation face au nœud coulant. Je vole un peu de vin de marque distributeur à mon père. Il est dégueulasse, mais je reste désagréable sans en importuner un autre, et il me permet d'oublier les événements détestables de manière plus radicale...

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

Première Transition

À quoi bon ?

    Pourquoi espérer devenir quelqu'un ? Tous les jours, on entend des histoires de gens qui ont réussi d'un pari idiot. Ils montent une entreprise, qui galère dans les débuts, et qui décolle subitement suite à une distinction de taille. Il y a un gars célèbre de plus sur Terre, et son modèle en inspire d'autres.
    En temps et en heure, il chutera. Ce n'est qu'une question de temps. Tout le monde finit par tomber, c'est un fait. Supplanté par un autre dans le même domaine et qui aura su être plus ingénieux, en faillite suite à un manque de moyens engendré par une crise ayant eu lieu à l'autre bout du monde, en manque de matières premières, perte d'un allié précieux, dépression... les moyens d'échouer ne manquent pas.

    Il n'a que ce qu'il mérite. À avoir donné un modèle de réussite, il aura voulu en inspirer d'autres. On entend peut-être parler de celui qui réussit, mais on n'entend pas parler des milliers d'influencés qui échouent en ayant voulu suivre son exemple. Chaque jour, des PME ferment, des grandes entreprises déposent la clé sous la porte, des hommes et des femmes sont licenciés pour raisons économiques. Et quand les mauvais moments viennent, ils se déplacent en famille. Suivent après un délaissement de tous, une perte de tout ce qui est cher à nos yeux. Du jour au lendemain, on passe de l'humain riche et respecté à l'humain pauvre et dénigré. Il est tellement facile de tout perdre... Il suffit d'un claquement de doigts...
    Tout perdre après avoir donné de faux espoirs à des milliers de personnes. Il y a une justice, quelque part. D'un certain point de vue, la réussite nuit à la santé du peuple.
    Plus la réussite dure, plus la chute sera dure. Pourquoi vouloir se démarquer, si c'est pour se plonger dans une immense dépression quand la réalité nous aura rappelé à la médiocrité et à l'échec ? Le meilleur moyen de l'éviter, c'est de rester à son pauvre poste en bas de l'échelle, de vouloir rester conforme, sans ambition, sous peine d'être déçu, fortement déçu.

    À quoi bon ?

Chapitre 10

Les jours ont passé. Je suis maintenant ''dérouillé'' d'après Sarantu au niveau du maniement de la lame, et je commence à m'imposer face aux niveaux ''difficile''. Je participe également aux stages de pilotage et parviens à maîtriser mon motocycle, mais pas dans les situations pointues et autres cascades. Garatu a étrangement disparu. Mon mentor n'a plus de nouvelles de lui depuis quelques jours, et il ne peut plus se téléporter à l'endroit où il se situe. Faclastu se prépare toujours pour son rendez-vous, sa tension augmente de jour en jour.
    Avec les cours du chevalier, auxquels j'assiste chaque jour, je me suis fait un ami. Marc est qualifié d'intello par une majeure partie de la classe et fréquente peu de monde également. Il ne me bizutait pas, mais ne me parlait pas non plus. J'ai su faire connaissance avec lui à l'occasion d'un travail de binôme. En effet, grâce à l'absence d'un gars de ma classe, nous étions en nombre pair ce jour-là. Marc avait également été délaissé, nous nous sommes donc retrouvés à plancher sur un petit dossier d'Histoire-Géo sur la Seconde Guerre Mondiale. Avec quelques clés de conversation que m'a enseigné Sarantu, je me suis trouvé à parler super-héros avec mon collègue. Pour la première fois à la récré, je n'attendais plus péniblement devant la salle de classe, je conversais avec lui, et il s'est révélé être un grand fan de super-héros et posséder une collection de comics remplissant plusieurs étagères. Chaque jour, il m'en prête un, que je lui rends le lendemain après l'avoir lu. Embarrassé de ne rien pouvoir lui prêter, cela me gène toujours, mais il a le cœur sur la main. Cela ne manque pas de jaser auprès des autres. L'ancien ''intello'' est devenu le ''pédé du connard''. Mais ce surnom ne fut qu'éphémère, car son porteur a pu glisser un billet à Wolfgang Ulrich pour qu'il soit oublié.

    Une journée commence, mais quelque chose d'inhabituel se produit. Alors que j'attends que la journée de cours commence, finissant le comic de Marc, j'aperçois justement Wolfgang Ulrich et deux de ses amis pousser Blanche dans une ruelle. Mon instinct de curieux me fait ranger la lecture dans mon sac pour me plaquer contre un mur et épier discrètement ce qu'il se passe dans la ruelle. Je vois WU et ses deux sbires brutaliser Blanche, gisant en larmes et en sang au sol. Elle tente de parler.
    « Non, Wolfgang ! Pitié !
- Tu refuses la sodomie, salope ! Tu vas voir qu'on refuse rien à Wolfgang Ulrich !
- Pitié ! Arrête ! Tu me fais mal !
- Puisque tu la refuses, je te la ferai de force ! »
Voilà une situation compliquée, que je pourrais résoudre en Mikava. Je suis en effet invisible aux yeux des humains non-initiés sous cette forme, mais mes actions ont malgré tout un impact. Je jette un œil autour de moi pour garder ma transformation discrète, puis je revêts mon armure, entre dans la ruelle, et m'apprête à me servir de ce grappin dont je me suis équipé récemment pour agripper Blanche et l'éloigner de ses ravisseurs. À ce moment, WU se retourne.
« Tiens, tiens, voilà qui est intéressant. Vous voyez ce que je vois, les gars ? Un Mikava !
Il marque un temps, contemplant visiblement mon air surpris.
- À ce que je vois, c'est l'heure de casser de l'optimiste... Rekopo, Tesseto, avec moi ! »
Horrifié, j'assiste à la matérialisation de trois Migono face à moi ! Les deux sbires ont en effet les noms donnés par WU, tandis que ce dernier se nomme désormais Belto. M'étant déjà entraîné contre plusieurs hologrammes de Migono en une seule fois, je suis malgré tout sorti de ces entraînements théoriquement démembré. Et là, les lames sont réelles.
Blanche, quant à elle, semble ne plus nous voir ni nous entendre, et en profite pour fuir dans la direction opposée. Je range alors mon grappin et sors ma lame, tandis que mon adrénaline se met à atteindre un pic critique.

Hurlant de manière horrible, les trois se jettent sur moi. Les coups sont extrêmement rapides, et je parviens difficilement à tous les esquiver. Plusieurs me frôlent sans me blesser, mais endommagent malgré tout mon armure. Heureusement, je parviens rapidement à désarmer un Migono. Sa lame part en hauteur et retombe en donnant un coup mortel à la colonne vertébrale de l'autre sbire. Celui-ci s'effondre au sol, mais les deux adversaires restants n'expriment aucune compassion. Belto ramasse la lame l'ayant tué, range son bouclier et se met à m'attaquer avec elle, en plus de sa propre lame. L'armure du sbire mort disparaît, laissant son cadavre humain ensanglanté gisant au sol. Maintenant désarmé, le second sbire ne peut plus que parer, et préfère donc fuir en matérialisant une porte, vers Obero sans doute.
Ne restent alors plus que WU et moi, peinant à parer les coups de ses deux lames. Son style d'attaque est plutôt sauvage, et la force de ses coups dévie mes accessoires vers moi. Par plusieurs fois, je suis presque tranché par ma propre arme. Je n'avais encore jamais défié d'adversaire armé de plusieurs lames, et me vois contraint d'utiliser majoritairement le bouclier, ayant renoncé à désarmer Belto avec ma propre lame. Il appuie alors sur un bouton sur le manche de sa lame, et celle-ci se met à rayonner pendant quelques secondes. En deux coups, il parvient à couper en deux mon bouclier et mon arme. Désarmé, je recule dans un coin de la ruelle formé par une poubelle et un mur. La lame de Belto cesse de rayonner. Inutile d'essayer de me défendre avec les poings et les pieds, face à la lame, ils ne pourront rien faire. Cerné, je sens ma fin venir. J'ai voulu être héroïque, suivre les exemples donnés par les super-héros, cela a mené à ma perte. D'une voix vocodée, lugubre, caverneuse, mon adversaire prononce la sentence.
« À toi de faire un choix, Mikava. Ou tu nous rejoins, ou tu meurs. »
Subitement, je me résigne. Après tout, je voulais me suicider chaque semaine avant de m'embarquer dans cette histoire. Encore un échec. Une fois de trop, la chance n'était pas avec moi. Tant qu'à faire, que je sois tué où que je me suicide, je meurs dans tous les cas. M'étant calmé, je penche la tête en avant et ferme les yeux.
« Tuez donc. Je suis une erreur de la nature, de toutes façons. Je ne mérite pas de vivre, mais je n'ose pas me suicider. Mettez fin à mes jours, je vous en supplie. »

Chapitre 11

Une lame verte s'interpose entre ma tête et la lame de Belto.
    « Si j'étais toi, j'essaierais de tuer un autre Mikava.
- Quoi ? C'est encore un de tes esclaves ?
- Ardamu n'est pas mon esclave, c'est un humain désireux de s'en sortir que j'ai pris sous mon aile pour l'aider.
- Tu ne l'aideras pas ! Il est voué à la perte !
- Je ne suis pas de cet avis. »
La lame orange se retire du blocage imposé par la lame verte. Belto s'enfuit comme son ancien sbire. Je reprends mon souffle.
« Sarantu, vous m'avez sauvé la vie. J'ai eu beaucoup de bol que vous soyez là au bon moment. Merci infiniment.
- Ce n'est rien, tu étais en fâcheuse posture. Nous autres chevaliers avons des équipements pour nous téléporter vers nos apprentis, et ceux-ci nous avertissent également si l'apprenti se retrouve face à un Migono. Y'a un peu de chance, mais pas tant que ça, en fait.
- Wolfgang Ulrich est un des leurs. Mais... il a dit ''encore un de tes esclaves'', vous vous connaissez ?
- Il fut autrefois l'un de mes apprentis. Au début du collège, tu l'as connu ronchon à bouder dans un coin dans la cour du collège. J'étais jeune chevalier récemment promu, il fut l'une de mes premières recrues. Il a d'abord été intéressé par l'idée, a suivi mes premiers cours, mais s'est rapidement ennuyé et m'a envoyé balader, disant qu'il pouvait se débrouiller seul. Pas de chance, il fut également l'un des premiers apprentis de Feltro. Aujourd'hui, c'est l'un de ses bras droits, et il fait partie des Migono préférant tuer les Mikava plutôt que d'essayer de les pervertir en premier. Il a déjà manqué de tuer deux de mes apprentis, mais j'étais là à temps pour éviter le désastre.
- Attendez, ça fait cinq ans que vous êtes chevalier, et y'a que quarante de vos élèves qui sont parvenus à votre grade ?
- À raison de deux mois de formation en moyenne pour chaque élève, je trouve que c'est plutôt pas mal. Wolfgang fut mon seul échec. »
C'est bientôt l'heure d'entrer au lycée, Sarantu me laisse sur ces mots avant de retourner à ses occupations.

Pas de trace de Wolfgang Ulrich, ni de Blanche, aujourd'hui. À midi, des rumeurs commencent à circuler au sujet d'un cadavre d'élève du lycée qu'on aurait retrouvé dans une ruelle pas loin d'ici. Le lendemain, un hommage est organisé au lycée, suite à la mort du-dit élève, une minute de silence lui est consacrée. On aurait retrouvé mon cadavre à une minute près dans cette même ruelle, mais on n'aurait pas fait tant de chichis, on n'aurait pas non plus fait d'enquête pour éclaircir ça. Le surlendemain, Blanche et Wolfgang reviennent. Ils ne sont plus ensemble et ne disent pas un mot de la journée.
À midi, je trouve justement Blanche, assise sur un banc, dégustant un sandwich provenant du même commerce où j'achète le mien, ce n'est pas sans me rappeler une mise en situation à laquelle Sarantu m'a confronté. Une jolie demoiselle était isolée dans un coin. En proposant mon aide, j'étais parvenu à la retrouver pour plusieurs rencarts. Il est grand temps d'appliquer les leçons de mon mentor. N'écoutant que mon courage, je m'assieds à côté d'elle. Elle s'écarte. J'ose deux mots.
« Ça va ? »
Elle jette un regard sur moi, voir ses sublimes yeux de près double ma fréquence cardiaque, mais elle ne répond pas. Sarantu disait oser le mensonge si nécessaire. Je n'ai pas réfléchi.
« J'ai vu tout ce qui s'est passé, avant-hier matin.
Stupéfaite, elle me jette un nouveau regard, plus long cette fois-ci, les yeux exorbités, la bouche bée.
- Si tu veux, euh... je suis témoin, c'est euh... s'tu veux intenter un procès à Wolf...
- Y'a pas de faits, je vais pas le traîner au tribunal.
- Voui, ma remarque était nulle. Euh... enfin... si tu veux parler à quelqu'un, je suis là.
- Merci.
- Je sais que euh... tu m'apprécies pas trop. Mais j'veux bien... t'aider, si…
Une envie de vomir magistrale me prend au ventre, une boule de stress énorme se forme, je sens que je peux faire une attaque d'un instant à l'autre.
- Tu sais, je suis encore un peu sous le choc, si tu veux, on reparle de ça demain. Je serai au même endroit, à la même heure, d'accord ?
- D-D'accord. »
Elle finit son sandwich et repart pour le lycée. Pendant ce temps, le silence s'impose.

Le soir, je retourne sur Anuva pour un cours avec Sarantu.
« Tu as très bien agi, Ardamu. C'est normal que tu aies bafouillé, ton rapprochement est un énorme pas en avant ! Des milliers de personnes ne l'auraient pas fait !
- Et des millions d'autres n'auraient même pas hésité et se seraient pointées avec assurance.
- Je te rappelle que tu es sur Anuva, un tel acte fait de toi l'un des apprentis les plus prometteurs ! Tu devrais en profiter pour voir les nouveaux accessoires qui te sont accessibles pour les tournois de ce week-end.
- Je viens de décrocher mon premier rencart, et vous pensez juste aux compétitions de ce week-end ?
- C'était un aparté, voyons. Bon, tu es tendu, ça se comprend. Ça te dit une nouvelle mise en situation, sans clope ni poulet mayonnaise ?
- Mouep... Faudrait pas que je me plante.
- Bien, tu es assis sur ce fameux banc, Blanche à tes côtés, elle commence à te parler de sa relation avec WU, de leur rencontre, de …
- Un message pour Sarantu ! »
Tous les chevaliers et grades supérieurs ont un smartphone anuvien, n'hésitant pas à interrompre leur propriétaire d'une voix horripilante au meilleur moment, comme ici. Une prochaine mise à jour doit fusionner le radar avec cet engin. Mon mentor lit le message alors transmis. L'expression simplifiée de son visage laisse apparaître des traits d'inquiétude. Il me résume ce qu'il lit.
« Voilà une semaine que Garatu a disparu, un nouvel apprenti va m'être assigné. Le cours d'aujourd'hui doit s'interrompre, désolé Ardamu, je dois passer en phase de recrutement.
- Pas grave, je comprends.
- Bon, on remet ça à ce week-end ?
- Si vous voulez, mais je vous préviens, j'ai tournoi. »

Chapitre 12

Toute la matinée, mon cœur bat à un rythme affreux. Même les mélodies horribles de SebastiAn ou de Skrillex, deux artistes de musique électronique particulièrement violente dont Marc écoute les œuvres, que je ne peux personnellement pas supporter sous peine de succomber à une otorragie, n'ont pas un rythme si rapide et violent. Une envie de vomir similaire à celle d'hier me prend, je suis malade toute la matinée et j'ai du mal à respirer. J'ai des fourmis dans le visage. En bref, je suis affreusement malade. Je parviens à oublier la situation deux minutes, puis ça repart de plus belle.
    Enfin, ma tension se relâche une fois assis aux côtés de Blanche sur le banc, à déguster un sandwich au jambon. Je panique toujours, mais le stress s'est minimisé. Elle commence la discussion.
    « Ça faisait deux mois qu'on était ensemble. Je dois avouer qu'au début, j'étais pas vraiment chaude pour me mettre en couple avec lui, mais il a su se montrer très persuasif... Tout cet argent, ces relations, cette influence, cette assurance... Je me disais qu'à ses côtés, je serais protégée quoiqu'il arrive. Il a un fort caractère, et j'ai eu du mal à m'y faire, mais dès lors qu'un de ses amis me taquinait un peu, il le reprenait tout de suite. Je me sentais en sécurité, mais mal à l'aise.
- Tu... n'étais pas heureuse avec lui ?
- Lui-même dit que le bonheur, c'est de la connerie, et que les gens heureux sont naïfs. De la même manière, optimiste et crétin sont des synonymes selon lui. Du coup, j'avais beaucoup de mal à me montrer ravie à ses côtés.
- Et... qu'est-ce qui s'est passé, l'autre jour ?
- J'avais dormi avec lui pendant la nuit. Le matin, il s'est levé avec des pulsions sexuelles monstrueuses. Il m'a proposé une nouvelle expérience et... J'ai refusé, et il a commencé à me battre. J'ai voulu fuir, mais il m'a rattrapé avec deux de ses amis, qu'il avait appelé en renfort pour me rattraper. On avait déjà eu des relations sexuelles, mais jamais de... »
Elle fond alors en larmes. Paniqué, je ne sais trop quoi faire. Improvisant, je pose sa tête contre mon épaule, pour qu'elle puisse y pleurer. Elle se blottit contre moi. La conversation s'interrompt pendant cinq minutes, je la laisse pleurer. Puis elle reprend ses esprits.
« Merci... Merci de m'avoir écoutée, ça fait du bien de se confier. Désolée d'avoir trempé tes habits de mes larmes, je me sens ridicule.
- C'est pas grave.
- Je ne pense pas que ce soit vraiment terminé. Il n'a pas eu ce qu'il voulait, et il cherchera à l'avoir par tous les moyens...
Un silence, puis elle reprend.
- Mais au fait, toi qui as tout vu, tu as aussi vu ce truc bizarre ?
- De ?
- Quand lui et ses amis ont disparu subitement.
- Quand... ah, oui, euh... C'est vrai que... c'est troublant aussi. Je... euh... ne sais pas ce qui à attiré son attention, euh... il parlait dans le vide.
- Puis ce cadavre qu'on a retrouvé dans la même ruelle... Qu'est-ce que ça signifie ? Tu as vu ce qui s'est passé ?
- Non... J'étais parti avant.
Un silence, puis elle reprend.
- Tu as une petite amie, Igor ?
- Qui ? Moi ? Euh... non.
- Oui, ma question était idiote, désolée... euh... non, j'aurais pas du dire ça, quelle conne... Désolée, encore, je suis maladroite.
- C'est pas grave. »
Le temps s'écoule vite, et la pluie s'intensifie. Trop trempés, nous rentrons au lycée pour trouver un abri. Mais Blanche ne veut pas faire le chemin avec moi, embarrassée, elle ne parvient à s'expliquer. Je réponds bêtement un ''C'est pas grave.'', et nous nous séparons.

    Le week-end arrive. Aujourd'hui, Faclastu doit avoir son rendez-vous galant avec Carolia, Sarantu le briefe avant le grand moment. Son nouvel apprenti se nomme Nasartu, et devrait assister aux tournois de ce week-end dans le public. Au programme : qualifications pour le Grand Prix le Samedi matin, Grand Prix entre les huit meilleurs sur quatre circuits l'après-midi ; qualifications pour les combats le Dimanche matin, duels entre les seize meilleurs l'après-midi ; puis joute finale le soir entre les quatre à huit meilleurs de chaque discipline, tout dépend du nombre de concurrents différents dans les deux classements.
    Je suis inscrit aux deux tournois. Pour l'occasion, j'ai pu bidouiller mon motocycle avec quelques décorations. Deux paires d'ailerons sur les côtés, un autre aileron fiché au sommet du véhicule, des améliorations aérodynamiques... On ne peut améliorer les performances de notre véhicule concrètement, car il faut laisser le pilote exprimer son talent au volant, ou au guidon ; autrement, ce serait désavantager l'apprenti moins expérimenté, ayant droit à moins d'options. Les améliorations aérodynamiques permettent un gain minime de performances, mais je trouve qu'elles ont l'air chouette quand même.

    Le moment des qualifications arrive. Chaque inscrit effectue un contre-la-montre sur un circuit en 8. Cinq tours sont à effectuer, sont pris en compte le meilleur temps au tour et le temps global réalisé sur les dix tours. Les huit meilleurs sont ensuite sélectionnés pour le Grand Prix l'après-midi. Les tournois ne concernent que les apprentis, bien que les chevaliers en organisent de temps en temps entre eux, mais ils se permettent tout niveau améliorations et passent le tour sous la barre des trente secondes, alors que peu d'apprentis en sont capables avec leurs véhicules.
    Mon tour vient. Cent vingt places sont disponibles pour les tournois, sont admis à l'inscription en priorité ceux ayant le moins de participations, car on n'a pas le temps de faire passer tout le monde. Je dois me classer au moins quatrième pour avoir une place garantie au Grand Prix. M'étant beaucoup entraîné sur ce circuit, je parviens à faire des temps corrects, à quelques dixièmes de seconde des records. Les feux s'éteignent, je réussis à partir pile au bon moment, sans perdre de temps, sans faire de faux départ. Premier virage sur la droite, je me colle au bord intérieur pour parcourir le moins de distance possible. Le virage terminé, je commence à me décaler progressivement sur la gauche pour adopter la même stratégie au virage suivant, dans la direction opposée, donc. Puis je me décale sur la droite progressivement, terminant mon premier tour, et je garde la même stratégie sur les cinq tours à très grande vitesse. Je reste cependant collé contre la gauche après le dernier virage, encore pour économiser du temps. Mes cinq tours auront été réalisés du mieux possible. Immédiatement, je quitte le circuit, et un autre concurrent part dans la minute.
    Le tableau des scores m'indique un meilleur tour de trente-trois secondes et seize centièmes pour un temps total de deux minutes, quarante-huit secondes et quinze centièmes. Le classement n'est pas encore établi.
    « Pour un début, je trouve que c'est pas mal, tu as tes chances pour courir cet après-midi.
- Sarantu, vous êtes là, finalement ?
- Voui, Nasartu est en train de confectionner son armure, et Faclastu consulte le Grand Livre des Mises en Situations, pour en trouver une que je ne lui aurais pas fait passer. J'en profite pour m'éclipser.
- Au fait, je peux vous parler un instant ?
- Dis toujours.
- Voilà, hier, j'ai parlé un peu avec Blanche. Mais je trouve que j'ai trop souvent répété ''C'est pas grave.'' en guise de réponse. Elle s'excusait d'avoir pleuré sur mon épaule, et de ne pas vouloir retourner au lycée avec moi.
- Wouh, je t'ai pas ''espionné'', hier, je sais pas trop ce qui s'est passé. Tu peux me résumer ça ?
Je m'exécute. Puis il commente.
- Là, c'est vrai que j'aurais pas trop su quoi dire non plus. Je n'aurais peut-être rien dit, en fait, difficile de se projeter dans ce genre de situations. Je planche dessus et je te dis ça une autre fois.
- Ça roule. »
Puis il part.

La matinée se termine, les résultats sont affichés. Je suis classé septième au classement général, qualifié pour le Grand Prix.

Question : est-ce que quelqu'un suit la fic ?

Grand Enchanteur de l'Ouest
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Oui oui ;) Commentaires bientôt.

Doyen
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Chapitre 13

Retour sur le circuit en 8 cet après-midi. Il s'agit en effet du premier circuit du Grand Prix, mais cette fois-ci, sept autres apprentis m'accompagnent sur le circuit. La course se fait toujours sur cinq tours et nous pouvons choisir un bonus par circuit à emporter avec nous, à utiliser quand bon nous semble. Au choix, un objet raclant le circuit derrière nous, créant ainsi une zone de ralentissement pour ceux qui y passeraient : une bombe à lâcher devant ou derrière nous, soufflant les adversaires dans le sens où la physique le permet, explosant trois secondes après largage ; une sorte de nitroglycérine locale permettant une vitesse maximale plus élevée pour trois secondes ; un missile à tête chercheuse pour projeter en l'air un adversaire nous distançant... ou un objet mystère prenant les fonctions de l'un des quatre précédents, que l'on ne peut savoir tant que l'on ne l'a pas utilisé. Aimant les surprises, je choisis ce dernier.
    Nous sommes alignés sur la grille de départ et la course commence. À nouveau, je réussis un bon départ, me permettant de passer rapidement en quatrième position. Mes adversaires méritent leur place, leur niveau est déjà très élevé, la course sera difficile. Dans le deuxième tour, je suis victime d'une piste raclée, et me vois considérablement ralenti, quasiment à l'arrêt. Deux autres adversaires ont été pris au piège comme moi, je me sens moins seul, tant mieux, c'est le but de ce monde. Je parviens finalement à sortir de ce bourbier après quinze secondes de galère. Me voici dans les derniers, et je ne parviendrai hélas pas à me rattraper avant la fin de la course, malgré l'accélérateur que j'obtiens. Je finis cinquième.
    Une heure passe, puis nous arrivons sur le deuxième circuit, déjà plus attractif. Le départ à peine donné, le circuit plonge sous les dunes anuviennes. En moyenne à cinq mètres sous la surface, la vue de la source de lumière d'Anuva est encore plus nette. Le tracé est plutôt complexe, la largeur de la piste se rétrécit de temps en temps, parfois faute d'obstacles obstruant la piste. La vitesse doit se négocier, on ne peut y foncer comme sur le circuit en 8, sous peine de goûter un mur. Une maîtrise du véhicule en virages est indispensable. Le spectacle pour le public est en revanche limité à être présenté sur des écrans géants répartis dans un bâtiment-tribunes voisin. À environ cinq mètres sous terre, il est difficile de voir les coureurs, malgré la transparence du sol laissant entrevoir certains détails. Dépasser est également ardu. Profitant d'une erreur de pilotage d'un de mes adversaires, ayant mal placé une bombe, je parviens à gagner quelques places. Je finis troisième, grâce à une bombe obtenue au hasard, et mieux placée.
    Le troisième circuit est complètement différent. Sur Anuva ont été fabriqués des reliefs impressionnants, dépassant l'Himalaya en hauteur. C'est ici que s'entraînent certains chevaliers et maîtres ayant le goût de l'extrême. Un circuit y a été crée, et peu de tribunes y ont été disposées, faute de place, à la faveur d'un bâtiment-tribunes encore une fois. Pour passer outre cette contrainte, certains anuviens utilisent des capsules de transport lévitant tout autour du circuit, assurant le meilleur spectacle. Le circuit est bien plus long que ses deux prédécesseurs, il faut bien dix minutes pour en faire le tour, côtoyant le vide à chaque instant, grimpant jusqu'à atteindre un sommet d'une dizaine de kilomètres de hauteur. Les objets sont ici presque inutiles, on finit par se retrouver à dix secondes de distance des adversaires les plus proches. Seul racler la piste s'avère vraiment utile, rendant le piège quasiment incontournable... quand on ne tombe pas soi-même dedans en repassant au même endroit au tour suivant. J'ai appris ça par le hasard. Une bonne accélération est également nécessaire, pour limiter le ralentissement quand la piste s'incline à soixante degrés vers les hauteurs interminables. J'y finis deuxième avec beaucoup de chance, et constate, surpris, que je suis premier ex æquo au classement général.
    Le dernier circuit est dans les airs, maintenu en orbite à douze bons kilomètres de la surface de la planète. Possédant son propre champ de gravité, le tracé ose toutes les difficultés et fantaisies. On peut par exemple se retrouver à rouler sur une autre piste, au-dessus de son adversaire, mais dans le sens opposé... je ne sais pas vraiment comment décrire ça, imaginez simplement un truc loufoque... Certains carrefours nous permettent de choisir entre plusieurs tracés différents du circuit ; plus longs, mais exigeant une bonne maîtrise du véhicule à grande vitesse, ou moins longs, mais remplis d'obstacles et de virages demandant une bonne tenue de route ; mais autant de temps est passé sur un chemin comme sur l'autre, il suffit de choisir son programme préféré. Une fois de plus, pas de tribunes permettant un spectacle direct, les spectateurs sont encore marginalisés, et les capsules ne lévitent pas si haut. Le circuit est moyennement long, comparé à ses prédécesseurs.
    Pendant la course, je passe plus près d'Obero. Le satellite à l'air encore plus ténébreux vu d'ici. Rien ne semble perturber sa surface noire, plutôt rocheuse et non lisse. Distrait par cette vision, je ne vois pas une bombe me frapper, me voici éjecté et sonné à dix mètres du point d'impact. Son effet n'est que peu flagrant, je rejoins rapidement la deuxième place. La ligne d'arrivée approche, et je ne suis pas loin du premier, un automobiliste. Je croise les doigts et lâche mon objet aléatoire, c'est un accélérateur, qui me permet de passer premier. Mais mon adversaire a plus d'un tour dans sa poche, et je vois sur les écrans disposés un peu partout autour du circuit qu'il dépose une bombe, alors qu'il est arrêté. Le souffle de l'explosion lui permet de se projeter devant moi, je reviens à son niveau, la ligne d'arrivée est à dix mètres, nous sommes au coude-à-coude. Cinq mètres, je prends la tête !
    La course est finie, je suis deuxième. Je passe deuxième au classement général également, et mon adversaire devient le seul premier au classement. Bah, on ne peut pas gagner à tous les coups. En récompense de ma place, j'obtiens des Crédits Anuviens et une mise à jour de l'interface de création des véhicules, me permettant l'accès à plus d'options et d'accessoires.

    Le soir, je rentre chez moi, ma mère est au lit, elle a encore eu un malaise. Ces accouchements réalisés sans assistance en sont la cause, d'après mon père. Les séquelles sont irréparables depuis des années. Il veille toute la nuit, pour être à disposition en cas d'aggravation de la situation, malgré une journée de travail épuisante.
    Le lendemain, ma mère reste très faible, malgré une grande nuit de repos. Tôt le matin, je reviens de la pharmacie avec du Doliprane, un médicament à base de paracétamol qui m'a été conseillé par le pharmacien, et en rupture de stock sous sa forme générique. Je dois annuler ma participation aux combats, il faut veiller sur ma mère toute la journée. Mon père devant partir au travail, il ne peut le faire. Soudain, quelqu'un frappe à la porte. J'ouvre. C'est Marc.
    « Salut, j'ai su pour ta mère. Elle va mieux ?
- Euh, salut... Non, elle est encore couchée. On vient de lui donner du Doliprane.
- C'est efficace en cas de malaise ?
- Chsais pas, c'est le pharmacien qui nous l'a conseillé.
- Mmh... deux minutes, je reviens. »

Deux minutes plus tard, Marc est revenu, et me tend un sachet de médicaments.
« Tiens, je viens d'acheter ça à la pharmacie.
- Mais... elle est à cinq kilomètres d'ici. Comment t'as fait pour être aussi rapide ?
- Ça n'a pas d'importance, mais ces médicaments devraient être plus efficaces que le Doliprane.
- Bon, bah... merci beaucoup.
- C'est rien, va à ton tournoi, je veillerai sur ta mère.
- Oui, mon... Comment tu sais que j'ai un tournoi ?
- Euh... parce que tu m'en as parlé !
- Ah, euh, peut-être. Non, mais te dérange pas pour moi, je peux m'occuper de ma mère, t'as mieux à faire.
- Justement non, je suis parti pour passer ma journée à me tourner les pouces. Je préfère rendre service à un ami.
- Bon bah... c'est toi qui vois.
- Ne t'en fais pas, elle est en sécurité, parole de Marc !
- Merci beaucoup, je te revaudrai ça. »

Chapitre 14

Étrange, je ne me souviens pas avoir violé la clause de confidentialité, même auprès de mon seul ami. Mais bon, je suis maintenant entré dans une des chambres de combat, où ont lieu les qualifications. Comme pour le Grand Prix, cent vingt places sont disponibles pour les inscriptions, et ceux ayant le moins de participations sont prioritaires pour y accéder.
    J'affronte dix participants. Chaque victoire me donne cinq points, chaque défaite m'en fait perdre cinq autres. Pour l'occasion, nos armes sont réglées pour être aussi puissantes que celles des hologrammes de combat, pour ne tuer personne, mais simplement affaiblir en cas de coup important. Un signal couplé à un radar détectant tout coup pouvant être mortel retentit pour désigner un vainqueur. Un jury de chevaliers observe également le combat et peut attribuer des points si un certain talent est détecté. Un point est également attribué à chaque combattant à chaque minute de combat, mais les tricheries sont détectées par le jury, on ne peut s'arranger avec son adversaire pour rester immobiles une demi-heure.
    De mon côté, j'affronte des adversaires divers et variés, mais tous plutôt coriaces. L'un d'entre eux ne sort pas sa lame, et se contente d'un talent d'esquive exceptionnel pour éviter mes coups, puis se rabat sur l'utilisation des poings et pieds, qui fait également ses preuves. Il remporte ce combat suite à un uppercut dans la mâchoire qui aurait déclenché une explosion du cerveau en temps normal. Un autre préfère le combat au blaster, mais la lame peut encaisser les coups, et la victoire est facile. Je termine la session d'entraînement avec soixante-huit points, ce qui me permet une douzième place.
    Midi arrive, avant de rentrer, je converse avec Sarantu, qui a l'air plutôt inquiet.
    « Bravo pour ta douzième place.
- J'ai eu du bol. Par contre, ça a pas l'air d'aller pour vous.
- Je n'ai pas de nouvelle de Faclastu, c'est étrange...
- Il est peut être encore au lit avec Carolia.
- Ne sois pas optimiste si vite. Il devait passer en salle de cours ce matin à onze heures. S'il avait réussi hier soir, j'aurais demandé à ce qu'on le nomme chevalier auprès du conseil jaune.
- Oui, ce n'est pas négligeable.
- Je passerai plus tard chez lui, on verra bien. »

    Rentrant chez moi, je suis ravi de voir que Marc a tenu sa promesse. Les médicaments semblent avoir fait effet auprès de ma mère, et elle s'est levée. Elle prépare à manger, et Marc reste avec nous, invité en échange de ses services. Le déjeuner est servi, des patates. Le repas se termine dix minutes plus tard, mais avant de repartir pour Anuva, je questionne mon ami, seul à seul.
    « Dis, j'ai beau essayer de me souvenir du moment où je t'ai parlé d'un tournoi, mais il ne me vient pas à l'esprit.
- Sarantu m'a recruté chez les Mikava, et j'y porte désormais le nom de Nasartu. Je t'ai vu passer en courant dans la rue ce matin, profitant de l'armure pour rester discret et garder une bonne endurance, puis te planquer derrière un muret voisin pour reprendre discrètement ton apparence humaine Mais je maintiens que manipuler la téléportation est bien plus pratique pour vite en finir avec les trajets.
- Voilà qui explique bien des choses, mais t'as pas un peu violé la clause de confidentialité ?
- Clause qui dit que l'anonymat peut être malencontreusement brisé, auquel cas celui ayant découvert la véritable identité d'un Mikava doit s'engager à la préserver. Par après, en allant sur Anuva, je t'ai reconnu grâce à ton armure et ai pu coller un pseudonyme sur celui que j'avais vu courir ce matin grâce aux fonctionnalités dont je bénéficie sur cette planète.
- Mais t'étais pas obligé de me révéler que tu es Nasartu.
- J'estime que si je connais ton identité, tu dois aussi connaître la mienne, ça équilibre les parties entre apprentis.
- Et pourquoi je ne t'ai pas remarqué ce matin ?
- Ça, j'en sais rien. T'étais peut-être trop concentré sur ta mission. J'ai entendu que tu demandais des médicaments pour se remettre d'un malaise. J'en ai déduit que ta mère avait fait un malaise, après ces histoires que tu m'as raconté...
- Quel don pour l'espionnage...
- Non, c'est de la curiosité. J'ai toujours voulu être détective, ou un truc comme ça. Allez, ne loupe pas les duels, je serai dans les tribunes pour t'encourager.
- Merci. »

Nous retournons sur Anuva puis allons vers les arènes de combat. Les huitièmes de finale débutent, et j'y défie un bretteur de talent. Maniant une lame plutôt légère, ses coups sont rapides et efficaces, effleurant mon armure par plusieurs fois. Toutefois, il baisse sa garde un instant, et je parviens à lui porter un coup qui l'aurait démembré. Le combat est fini.
Viennent ensuite les quarts de finale, où je défie un adversaire avec une arme à la limite de la réglementation : une lame élastique. Les fouets sont interdits, mais ce type de modification permet d'en reproduire l'effet sur une lame conventionnelle. Elle est malgré tout autorisée, sa portée étant moindre. La violence des coups s'en trouve améliorée, et ma lame est rapidement submergée de coups me déstabilisant. Je perds mon équilibre, et alors que mon adversaire s'apprête à porter le coup fatal, je lui donne un coup de pied par surprise, le faisant tomber au sol, inversant les rôles et me permettant la victoire.
La demi-finale est encore plus ardue. Je retrouve l'amateur des poings et pieds m'ayant donné du fil à retordre en qualifications. Préparé à son style de combat, je pare ses coups de poings et de pieds du mieux possible. Je parviens à lui infliger une légère blessure au poing gauche en le faisant taper sur un bord tranchant de ma lame, mais je finis par faiblir après dix minutes de combat, je brandis mon arme vers moi, et il en profite pour m'écraser le crâne contre elle avec son poing encore parfaitement opérationnel. La finale m'échappe.
En match de troisième place, je défie un combattant doté d'un équipement plutôt semblable au mien. Le combat dure, mais je parviens à lui trancher théoriquement le bras maintenant son bouclier. Je finis donc le tournoi troisième, et assiste à la finale aux côtés de Nasartu, dans les tribunes, et le gymnaste s'incline face à un bretteur, sans arme exotique. Malgré tout, je suis qualifié pour la joute finale, ce soir.

    Sarantu m'attend à la sortie de la cérémonie du podium, l'air visiblement triste.
    « Bah, l'important, c'est de participer.
- Vous en faites pas pour moi, ce n'est que ma première participation aux tournois, je ferai mieux à l'avenir, puis c'est pas mal quand même comme place, non ? Vous avez l'air triste de ce résultat...
- Ce n'est pas ça, c'est... Faclastu, il est mort.

Chapitre 15

''Vos enseignements m'auront été bénéfiques, mais je n'ai su combattre ma timidité au moment le plus critique. En voiture, je l'ai ramenée chez elle. Avant d'en sortir, elle a attendu. Paralysé par le trac, je n'ai pas bougé. Après cinq minutes d'attente, elle sort vexée, me disant qu'elle ne me connaissait pas avec si peu d'assurance, et me demande de l'oublier, et de revenir le jour où j'aurais des couilles.
    Vous m'avez tout appris, mais je n'ai pas mis à profit ces enseignements. Ayez honte de moi, je suis un mauvais élève. Vous étiez mon dernier espoir, mon seul véritable ami et confident mais je suis définitivement un lâche, et je ne mérite ni votre attention, ni votre affection. Pardonnez-moi d'avoir faire perdre votre temps.
    Alors la vie... ne me parlez pas de la vie, comme le disait un grand philosophe, qui avait finalement raison. À quoi bon vivre si on n'est pas capable de surmonter pareils défauts insignifiants ?
    Je ne me relèverai pas d'un tel échec. Adieu.''
    « J'ai retrouvé cette lettre sur son lit. Lui était couché dans sa baignoire remplie d'eau, un sèche-cheveux branché sur le secteur en main, sous l'eau. »
    Nous sommes tous deux sous le choc, je préfère m'enfermer dans ma chambre terrestre pour le moment, couché sur le lit, pour me reposer, et tout repenser. J'annule ma participation à la joute finale, je ne suis pas d'attaque à me battre. Sarantu disait de Faclastu qu'il était un modèle, un exemple de réussite. Excellent élève, il est devenu populaire auprès de ses collègues de travail et des anuviens en l'espace d'un mois, apprécié de tous. Pas très fort au maniement de la lame, ni aux courses, mais il avait presque accompli tous ses objectifs sociaux. Hélas, le plus grand aura chuté face à l'amour.
    J'ai du mal à croire à son échec, il paraissait plein d'assurance, extraverti... Son échec et son geste seraient capables de faire perdre tout espoir à n'importe quel apprenti.

    Pendant la semaine, on enregistre une hausse des démissions d'apprentis, ayant perdu espoir après cet événement. Je reprends mon humeur habituelle rapidement, on se soutient mutuellement avec Marc ; puis je ne connaissais pas vraiment Faclastu, j'étais peu proche de lui, ce qui rend le deuil moins conséquent.
    Quelques jours plus tard, le nouvel apprenti de Sarantu finit par arriver, notre mentor nous le présente lors d'un cours.
    « Ardamu, Nasartu, je vous présente Darnu.
- Salut les mecs ! Il a la classe c't'endroit, faut à tout prix l'faire connaître au max de gens possible ! J'vais faire des flyers, t'vas voir comment ça va marcher après, pis chuis sur que...
    Je ne savais pas que l'humanité pouvait produire un être avec un débit de paroles aussi rapide et avec un accent de banlieue si exagéré. M'enfin, après la disparition de Garatu, l'équipe n'avait plus de membre horripilant, l'équilibre paraît rétabli.
- ...pis un jour, ma mère aussi, elle m'a dit qu'ils étaient cool mes flyers, mais ça marche pas en société, t'rends compte. Personne veut m'approcher, j'ai même fait des flyers pour faire d'la pub pour moi, c'tait encore pire, j'ai même failli...
- Eintausendneunhundertdreiundneunzig.
- Non, pitié, Sarantu, t'sais qu'j'aime pas ça.
- Je recommence si tu te tais pas.
- OK, mec, cool.
Puis Sarantu se tourne vers nous, et fait sortir le petit nouveau de la salle ''pour des raisons vitales, tu comprends ce que je veux dire''.
- Oui, Darnu est hippopotomonstrosesquippedaliophobe, il a peur des mots trop longs.
- D'hein ? réponds-je intelligiblement
- Hippopotomonstrosesquippedaliophobe. Le genre de maladie qui peut le tuer rien qu'à l'idée de lui en parler.
- Et y'a rien de tel que les mots allemands pour lui donner un début d'attaque cardiaque, je présume ? ajoute Nasartu
- Vous aurez remarqué qu'il est très bavard, et en effet, le vocabulaire allemand est riche de ce genre d’atrocités grammaticales qui sont susceptibles de le calmer. Si vous voulez le tuer, vous lui traduisez ''loi sur le transfert des obligations de surveillance de l'étiquetage de la viande bovine'' dans la même langue.
- Rindfleischetikettierungsüberwachungsaufgabenübertragungsgesetz ?
- Bon sang, comment tu fais pour savoir et prononcer ça, Nasartu ?
- Pour amuser la galerie, y'a rien de tel, chevalier. Mais y'a plus long, donaudampfschiffahrtselektrizitaetenhauptbetriebswerkbauunterbeamtengesellschaft par exemple.
- Et t'as rien d'autre à faire de tes journées que d'apprendre à prononcer des horreurs germaniques pareilles ?
- Tu sais Ardamu, y'a pas qu'en allemand qu'il y a des monstruosités pareilles. En anglais, une protéine a un nom tellement long qu'on l'a surnommée ''titin'', pour éviter d'avoir à prononcer son nom, long de 189 819 lettres. J'arrive pas encore à le prononcer celui-là, mais je m'y entraîne. Heureusement, j'ai trouvé un autre Mikava assez fou pour l'avoir retranscrit sur de petits parchemins, dont je me suis procuré un exemplaire, ce qui me permet de le réviser de temps en temps.
Sur ces mots, il matérialise une bande de papier anuvien longue de plusieurs mètres, où une suite de lettres en petits caractères est retranscrite, qui aurait sans doute tué deux mille fois Darnu avant qu'il ait fini de la lire. On se met d'accord pour ne pas lui montrer, puis le faisons revenir et commençons une session de témoignages rébarbative.

    Sur Terre, la situation commence à pencher en ma faveur. L'application de ce que Sarantu m'a enseigné me rend plutôt populaire. Je corrige les professeurs de manière décalée en cours, ce qui fait rire beaucoup de monde. Je profite d'un jeu de fléchettes inoccupé en salle de détente pour montrer ma technique de jeu, ce qui impressionne beaucoup de monde. Il faut dire que je m'entraîne avec des boulettes de papier façonnées de manière aérodynamique sur un dessin de Wolfgang accroché dans ma chambre, ce qui est plutôt stimulant.
    En fin de semaine, mangeant mon habituel sandwich en ville, je retrouve Blanche, s'asseyant sur le même banc que moi.
    « Salut Igor !
- Euh... salut, Blanche.
- C'était marrant, ton intervention ce matin.
- Euh... quoi déjà ?
- Tu sais, quand t'as raconté une blague à Marc ce matin, et que le prof de français l'a entendue.
- Ah oui, mais elle était nulle.
- N'empêche, comment tu connais un mot si long ?
- Je t'expliquerai un jour.
- Je savais pas que t'étais un marrant.
- Je cache beaucoup de choses en moi.
- Hi Hi ! »
Soudain, Wolfgang Ulrich surgit, ébahi en nous voyant côte à côte. Par réflexe, Blanche me prend la main. Je reste tétanisé. La sienne est d'une douceur que je n'avais jamais soupçonné comme existante sur Terre. Elle me transporte dans un autre monde. Pas Anuva, mais quelque chose d'encore plus... beau. Rêvant, j'entends à peine WU hurler dans ma direction.
« HO ! CONNARD ! RÉPONDS QUAND J'TE CAUSE !
- Gueuh... Hein ?
- Qu'est-ce que tu fous avec ma meuf ?
- Je te rappelle que nous sommes séparés, Wolfgang.
- Ta gueule, salope !
Puis il lève le poing pour la frapper, mais je prends le coup à sa place, ayant souhaiter la protéger. Mon nez doit être cassé.
- Ah ! Le connard veut en prendre plein la gueule, et bah il va mourir aujourd'hui, et il saura même pas comment il est mort.
Puis il prend sa forme de Migono, par chance, il n'y a aucun témoin dans la rue.
- WU ! Mais où est-il passé ?
- Fuis Blanche, vite, fais-moi confiance !
Je prends à mon tour ma forme de Mikava. Dans un premier temps surprise de me voir disparaître à mon tour, elle finit par suivre mon conseil et fuit. Belto est surpris à son tour.
- Tiens tiens... Le connard n'est autre que ce putain de Mikava qui a voulu me faire la peau l'autre jour. Et bien, je te garantis que personne ne t'aidera aujourd'hui !
Sur ces mots se matérialise un puits sous mes pieds, me faisant tomber... à la surface d'Obero. Le Migono m'accompagne, mais arrive de manière moins violente.
- Ici, personne ne t'entendra hurler si tu meurs. Vos moyens de téléportation ne fonctionnent pas sur Obero, tu es coincé ici jusqu'à ta mort, dont je me donne la responsabilité ! »
Il dégaine alors deux lames de type ''gros sabre'' et bondit sur moi. Je parviens à parer ses deux lames à temps avant d'être tué.

Chapitre 16

L'ambiance d'Obero est radicalement différente de celle d'Anuva. Le terrain semble fait de cendres, de montagnes ardues de quelques mètres de hauteur. Un léger vent angoissant produisant un bruit de sifflement bourdonne dans mes oreilles.
    Je n'ai guère le temps de m'attarder sur les détails, mon adversaire m'assénant un nombre de coups plutôt considérable. Leur force me fait chuter par plusieurs fois. J'effectue plusieurs roulades sur le côté pour éviter ses armes. J'ai l'impression d'être un steak mouvant, souhaitant échapper désespérément aux haches du boucher. Comparaison foireuse, mais je ne peux trouver mieux.
    Une idée me vient. Je matérialise mon motocycle, puis je profite d'un relief en vague pour faire une cascade grotesque avec celui-ci, et espérer prendre mon adversaire par surprise avec ma lame. Ce n'est guère convaincant, mais je parviens à lui porter un coup à l'épaule. Belto enfourche alors un motocycle de type ''chopper'' et me fonce dessus. Forcé à ranger une de ses lames pour contrôler son véhicule, je respire quelque peu, mais quand je constate qu'il a équipé celui-ci de fusils-blaster commençant à me tirer dessus, je reprends un rythme de respiration accéléré. J'effectue une manœuvre de saut pour éviter la rafale de tirs qu'il m'envoie et espérer lui redonner un coup aérien. Malheureusement, c'est lui qui parvient à frapper. Son coup découpe la paire d'ailerons équipés sur le côté droit de mon engin. Pas grave, si je m'en sors entier, je pourrai réparer ça. En attendant, je préfère désactiver ceux présents sur le côté gauche pour éviter un problème certain d'équilibre.
    Belto se rapproche dangereusement de moi et parvient à érafler une des ailes décoratives de mon casque avec sa lame. Mais dans cette manœuvre, il perd l'un des pots d'échappement orientés vers le ciel dont son motocycle était équipé ; il est en effet passé trop près de l'unique aileron qu'il me restait.
    Le combat continue à la manière des joutes du moyen âge. Il fonce sur moi, je fonce sur lui, nos lames s'entrechoquent, mais son coup étant plus fort que le mien, ma lame s'envole en l'air, et mon adversaire la récupère, s'arrête un instant, puis l'écrase entre ses poings pour la rendre inutilisable, la jette en arrière, avant de charger à nouveau. Je pare désormais ses coups avec mon bouclier, non sans difficulté, mais celui-ci parvient à les encaisser malgré la charge.
    Finalement, l'un de ses tirs parvient à briser l'une des roues de mon motocycle. Inutilisable à son tour, je suis contraint de le quitter. Je suis désormais seul avec mon bouclier, face à un monstre de sauvagerie avec un sabre enfourchant un chopper armé de fusils-blaster, et Sarantu ne peut me venir en aide.

    « STOP !
    Mon don d'improvisation m'aura encore fait hurler au mauvais moment, mais cela s'avère efficace. Belto s'arrête en dérapant, à quelques centimètres de moi.
- Quoi ?
- Tu admets que la situation va a ton avantage ?
- Faudrait être aveugle pour pas le voir.
- Ce n'est pas dans ce genre de cas que le Migono que tu es doit tenter de me pervertir pour rejoindre sa cause ?
- J'ai un compte personnel à régler avec toi. Les Migono attendront. Je veux de toutes façons pas m'associer à toi.
- Ah, voilà autre chose.
- Bon, dans notre règlement, je dois quand même te donner ça, mais c'est uniquement pour faire plaisir à Feltro.
Puis il me tend une documentation, un livret ressemblant atrocement à celui des Mikava, mais avec un ''MIGONO'' gravé à l'avant, et un schéma de l'entrée d'une grotte gravé à l'arrière.
- Et maintenant, meurs !
- Attends un peu, je n'ai même pas le temps de lire ? Je ne pourrai pas le faire après...
- Juste. Je te donne dix minutes.
- Pour lire une centaine de pages ?
- Bon, une heure. Après ça, je te tue.
- Et si je veux vous rejoindre ?
- TA GUEULE ET LIS ! »
Son hurlement provoque une bourrasque de vent.
Bref, son geste me donne droit à une heure de répit. Je me planque derrière un relief, prétextant que sa présence me perturbe. Peut-être fort au combat, mais pas très malin... Bon, je ne peux de toutes façons pas m'échapper d'Obero, il me retrouvera quoiqu'il arrive. Je laisse le livret de côté et commence à rassembler les divers accessoires que je me suis procuré ces derniers jours. Un parapluie, une statuette de Superman, un flyer de Darnu promouvant les bienfaits du thé Twinings, un stylo, une canne à pêche et un couteau suisse.

Je reviens vers Belto dix minutes plus tard. À cinq mètres de lui, il commence alors à s'impatienter.
« T'as fini de lire ? Hop, meurs ! »
Il dégaine ses deux lames et fonce sur moi à l'aide d'un jet-pack pour en finir au plus vite. Je jette alors ma statuette de Superman en direction de son crâne. L'effet escompté est produit, le Migono est assommé. Son jet-pack allumé l'envoie contre un relief, puis le compresse. Quasiment immobile, je profite de l'occasion pour lui arracher l'engin à l'aide du couteau suisse. Il s'effondre alors, sa tête offre un triste spectacle, le choc l'a complètement ratatinée. Belto doit être mort.
J'enfile l'engin, et tente de me diriger vers Anuva. Le contrôle de ce truc n'est guère facile, et après de multiples pirouettes involontaires, je parviens à cibler ma destination, puis à m'écraser lamentablement sur Anuva après un trop long voyage. Sarantu n'est pas là, mais je ne suis pas loin de la salle de cours. Je lui laisse un mot doux sur le flyer, disant de confier le livret Migono aux Mikava qui sauront l'analyser, et que je lui raconterais tout ce qui s'est passé ce soir, puis je repars vers la Terre pour finir ma journée de cours.

    Par chance, je ne suis pas en retard. Blanche me voit et me bondit dessus.
    « Igor ! Par pitié, explique-moi ce qui s'est passé !
- Euh... c'est un peu long à expliquer.
- S'il te plaît, mes nerfs vont lâcher ! J'ai subi trop d'émotions ces derniers jours, tu le sais !
- Je ne peux pas t'en dire plus pour le moment, désolé. Sache simplement qu'il se peut que Wolfgang soit mort accidentellement.
- Et son sbire, il y a quelques jours ? C'était aussi ''accidentel'', où tu y as aussi contribué ?
- Je ne les ai pas tués ! Crois-moi ou pas, mais ils sont tous deux morts accidentellement, et tu es maintenant en sécurité ! Tu n'as plus rien à craindre ! »
Ma voix a pris une assurance que je n'aurais jamais soupçonnée. Blanche se tait, et ne m'approche plus de la journée.

Le soir, je retourne sur Anuva, dans la salle de cours de Sarantu.
« Merci pour ton petit cadeau, grâce à un tel ouvrage, nos recherches pourront progresser de manière drastique. Maintenant, raconte-moi tout ce qui s'est passé.
Je m'exécute.
- Quelle histoire ! Le fait que tu en sois sorti vivant est presque un miracle. Au fait, il n'a pas tenté de te pervertir ?
- Comme je l'ai dit, il ne voulait même pas m'avoir comme allié. Mais maintenant, vu qu'il est peut-être mort, comment raconter ça sur Terre ?
- Chaque jour, des dizaines de personnes disparaissent dans le monde. Une de plus, une de moins...
- Et pour Blanche ? Elle est encore sous le choc. J'ai bien fait de lui dire qu'il était mort ?
- Tu n'avais pas trop le choix. Tu n'as pas violé la clause de confidentialité non plus. Fais en sorte que cette histoire s'oublie.
- Pas facile. On commençait déjà à placarder des affiches avec sa mouille dessus à tous les coins de rue. Ça va jaser un moment au lycée avant qu'on l'oublie. Je ne peux vraiment rien dire à Blanche ?
- Au sein même des chevaliers et maîtres, la clause de confidentialité est un sujet à débats. Elle bougera un jour, mais je ne sais pas lequel.
- Et... que se passe-t-il si je la viole malgré tout ?
- Je ferai de mon mieux pour te couvrir. Mais sache que tu risques d'être radié de l'ordre.
- Mais comment faites-vous pour détecter ces viols ?
- On ne connaît pas les méthodes des maîtres, mais elles marchent. Nasartu est passé devant eux pour avoir violé la clause auprès de toi, mais a réussi à se défendre et à ne pas être sanctionné. Cela a ranimé le débat à ce sujet. Et il y a aussi un risque pour toi, vu que tu as subitement ''disparu'' de la vue de Blanche.
- Et elle ? On ne peut pas la recruter ? Elle est aussi timide que moi, et je la vois rarement avec des amies.
- Ne te base pas sur les préjugés. Si ça se trouve, elle sort le week-end, va aux fêtes... Elle a beaucoup de potentiel pour être invitée. Elle tape dans l’œil de tout le monde et a beaucoup d'influence. Le fait qu'elle t'approche est inimaginable.
- Quoi, vous pensez que elle et moi...
- Si tu parviens à la séduire, ça peut faire un excellent argument pour passer chevalier et donner un exemple de réussite aux générations d'apprentis futures. Sur Terre, le fait qu'elle te choisisse toi et pas un autre peut avoir de grandes conséquences, et les gens peuvent repenser leurs jugements à ton propos, et ton intégration n'en sera que facilitée.
- Je suis l'une des choses les plus laides que Mère Nature ait jamais crée, ça fait déjà un argument pour que je reste célibataire toute ma vie. De plus, j'ai annoncé aujourd'hui que les gens me bizutant mourraient accidentellement pas loin de moi. Va falloir plus qu'un miracle pour qu'elle veuille à nouveau m'approcher.
- Tu dois faire oublier ta laideur, et lui montrer que tu peux être protecteur. Tu as dégommé un Migono, c'est pas rien quand même !
- Oui, mais je peux pas lui dire.
- … Bon, je te tiendrai informé de l'évolution du débat. En attendant, je te propose un cours sur les relations entre sexes opposés.
- Chouette... »

FIN DE LA DEUXIÈME PARTIE

...

Deuxième Transition

À quoi bon ?

    Être un exemple mène aux ennuis, mais le sort peut s'acharner sans pour autant que l'on se soit démarqué. Plonger dans la souffrance est rapide et facile, ne pas être aidé dans l'épreuve l'est encore plus. Inutile d'évoquer aux autres la difficulté à laquelle on fait face, personne ne vous écoutera avec attention. Pascal disait bien que l'humain est un hypocrite, et qu'il n'agit que dans son propre intérêt.
    Quel est l'intérêt d'aider un autre dans la difficulté, ne serait-ce que financièrement ? Cela fait perdre de l'argent, qui ne sera de toutes façons pas remboursé, car l'autre ne parviendra jamais à remonter la pente et à pouvoir vous remercier correctement.
    Quel est l'intérêt d'aider un autre dans la difficulté, ne serait-ce que moralement ? L'optimisme est alors la seule aide possible, ''T'en fais pas, ça ira mieux après.'', mais à moins d'être devin, cette parole n'a aucune valeur. Pire, elle donne de faux espoirs le plus souvent, car l'échec persiste.
    Assister ne sert donc à rien, car il ne favorise pas l'intérêt de celui qui s'y adonne. Alors, l'autre est laissé dans la galère et le malheur. C'est bien trop pour s'en sortir seul.
    Entre alors en scène la solution facile : mourir.
    Regardez autour de vous. Si vous le voulez, vous pouvez vous donner la mort dans la minute, vous avez plusieurs moyens pour y parvenir. Pourquoi attendre plus longtemps ? Ça n'ira pas mieux de toutes façons.
    Personne n'assistera à une possible cérémonie d'incinération ou d'inhumation, la vie est déjà assez difficile comme ça sans encore subir l'épreuve de voir quelqu'un disparaître à jamais alors qu'on peut l'éviter, ça casse encore plus le moral.

    Qui sait ce qu'il se passe après la mort ? Personne. En tous cas, ça ne pourra jamais être pire que ce que vous avez déjà vécu.

    À quoi bon ?

J'envoie la troisième partie, ou vraiment personne ne lit ?

Pécore
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Si si envoie ! Moi j'aime bien =)

Grand Enchanteur de l'Ouest
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Idem, même si je n'ai pas le temps de poster un avis détaillé, je suis ;)

Doyen
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Merci de vous signaler. :B

Chapitre 17

« Preumz !
- Deuz !
    Un temps.
- Troiz ! 'tain, les mecs, comment vous faites pour être si rapides ? Faut faire des Grands Prix de moto sur Terre ! Chuis sur que vous pourrez gagner. J'vais même faire des flyers pour vous faire profs de pilotage, sérieux !
- T'en fais pas, tu débutes seulement aux courses de motocycle, ça ira mieux après.
- Nasartu, tu m'as pas vu quand je me suis pris la zone raclée ? Elle était ptite et facile à éviter, bah je me la suis quand même mangée !
- Moui, j'admets que j'ai un peu merdé en la plaçant celle-là, et je pensais pas que quelqu'un se la prendrait.
- Ah bah, tu vois ? Ardamu m'donne raison, chuis nul ! »
Rien à faire pour réconforter Darnu après sa troisième place sur la petite course amicale qu'on s'est organisé sur le circuit en 8 entre apprentis de Sarantu. Faut dire qu'il n'a pas eu beaucoup de chance, en fait...
Nous descendons de nos motocycles et sortons du circuit, nous disons qu'il faudra remettre ça sur les autres circuits, puis regagnons nos domiciles respectifs.

Non, pas ça.

Ma mère est couchée sur le lit, je ne l'avais jamais vu si pâle.

Raide...

Mon père est assis à côté d'elle, la tête dans les mains.

Immobile...

Morte.

C'est le malaise de trop, les séquelles sont devenues trop importantes pour être subies et rester en vie, la souffrance est devenue insupportable.
Le lycée et Sarantu sont prévenus. Sous le choc, je ne pourrai assister à aucun cours. Il nous faut deux jours avant qu'on ne se décide à l'inhumer. Marc nous offre un cercueil. Il sait qu'on ne pourra pas le rembourser, mais il ne peut laisser un humain enterré sans autre protection que la terre.
La cérémonie est intime, mon père et moi sommes les seuls à creuser dans notre maison, à côté de l'endroit où nous avions enterré Victor. Nous n'avons pas de cour pour l'inhumer dans un endroit plus tranquille. On nous refuse le cimetière, nous ne pouvons payer la parcelle.
Les jours suivants sont douloureux, tout est à l'arrêt. Mon père n'a pas la force d'aller travailler, mais il doit le faire. On lui refuse les congés payés. Je passe des journées entières couché sur mon lit, à me morfondre dans le malheur. Marc passe de temps en temps pour tenter de me réconforter, mais le deuil est difficile à faire. Deux semaines passent, avant que je ne me décide à revenir au lycée et sur Anuva.
Chez les Mikava, le conseil s'est montré tolérant et ne m'a pas sanctionné pour ces absences. C'est bien la seule institution compréhensive... Je suis à présent presque au même niveau que mes deux collègues de cours et tout reprend normalement.
En revanche, au lycée, aucun cadeau ne m'est fait. Je n'ai rattrapé les cours que tard, sans réelle envie de les apprendre, mais les profs sont sévères, stricts, et choisissent la semaine de mon retour pour contrôler nos connaissances à l'écrit sur de gros exercices notés à fort coefficient. Inutile de dire que la semaine est faste et plante mon trimestre entier.

Un midi, je retrouve Blanche.
« Désolée pour ta mère.
- Merci...
- Je peux te comprendre. J'ai perdu un grand-père il y a quelques mois, j'y étais fortement attachée, et sa perte a été très difficile. Il n'y avait pas grand monde pour me soutenir, j'ai pris beaucoup de temps avant d'en faire le deuil. En tous cas, si t'as besoin d'aide, je suis là.
- Merci... »
C'est à son tour de m'enlacer. Sa présence apaisante me fait à nouveau tout oublier. Je parviens à me retenir de pleurer, mais je profite de cet instant de douceur pour ne plus penser à rien.
Trois minutes plus tard, nous commençons à parler de nos défunts proches respectifs, confions ce que nous avons sur le cœur. Je rends hommage à ma mère.
« Malgré la tristesse omniprésente, elle a toujours trouvé la force pour m'élever. Je mangeais peut-être des pommes de terre quasiment tous les jours, car on ne pouvait se payer beaucoup de choses, mais je l'aidais à les éplucher, pour montrer ma gratitude. J'étais là pour elle, elle était là pour moi, pour me réconforter et pour me rassurer, face aux malheurs de tous les jours.
- Je ne te savais pas si malheureux... Je ne te voyais jamais sourire, je pensais qu'en fait tu boudais, mais en fait...
- ...c'est parce que je ne vis pas dans la joie, et que personne n'est là pour me soutenir. Je suis aussi vachement timide, ça n'aide pas forcément à aller vers les autres... Dernièrement, ça allait mieux, avant que ma mère... »
Je m'interromps. Blanche me laisse à mon silence, avant de reprendre.
- Y'a un gars, qui vient de la scène musicale pop de Reims, qui a composé une chanson simple, mais efficace, qui dit ''Tu devrais parler quand la vie est trop dure.''.
- Beaucoup ont écrit ce type de chanson, non ?
- Oui, mais la sienne a une mélodie sympa, c'est pas la pop qu'on entend à la radio, c'est plus... élaboré.
- J'écoute pas de musique. Les factures d'électricité et tout ça... Je parle encore de mes soucis d'argent, c'est ennuyant à la base, et j'y retourne sans cesse... je t'en fais abstraction.
Difficile d'entretenir une conversation entre jeunes aujourd'hui, quand on n'a même pas d'accès Internet.
- Si tu veux, j'ai des places pour le concert du même artiste. Il passe dans trois semaines pas loin d'ici. Je t'invite.
- C'est gentil, mais t'en fais pas pour moi, voyons...
- J'insiste. Tu verras... Enfin, t'écouteras plutôt. C'est franchement chouette comme musique.
- Bon, je veux bien venir, alors.
- Merci, Igor ! »
Elle pose ses lèvres sur ma joue. En l'espace d'une seconde, toute ma vie défile devant mes yeux. Seule une affiche d'appel à témoins pour Wolfgang me tire de mon bref rêve, décrochée d'un mur par le vent, faisant l'effet d'une bombe à eau, trempée par une pluie torrentielle. Je me vois contraint de sortir une serviette de mon sac pour m'éponger. Nous rentrons rapidement au lycée, puis l'après-midi se termine par le dernier contrôle de la semaine.

Chapitre 18

Enfin les vacances. Après cette rude semaine de massacre, je peux enfin me reposer...
    Je rentre chez moi, mon père est déjà là.
    « Mon boss a trouvé un prétexte ignoble pour me renvoyer. Je ne suis pas assez motivé pour travailler, contrairement à ce que dit le roman de motivation que je lui avais laissé il y a quinze ans, au moment d'entrer dans sa boîte. Qu'est-ce qu'on va faire, maintenant ? »
    Trop âgé pour commencer une carrière. Trop détesté par l'administration pour percevoir une quelconque aide ou allocation. Il n'a désormais plus de revenus.
    Je retourne en précipitation au lycée, annonçant ma démission. Je ne peux plus étudier, il va falloir que je trouve un travail au plus vite pour avoir un espoir de toucher un peu d'argent, sans avoir d'expérience, et avec un marché du travail prisé par des millions de chômeurs.

    Coup de chance énorme, un autre ami ''m'embauche'' pour faire ses devoirs à sa place. Il me paie dix euros par devoir-maison. Rapidement, d'autres responsables de clans de mon ancienne classe ont la même idée que lui. Au final, je touche en moyenne une quarantaine d'euros par devoir recopié plusieurs fois, Marc et Blanche me défendent face aux mauvais payeurs qui se manifestent parfois. Sur une classe de trente élèves, on note trois copies différentes, vu que chaque responsable de clan transmet le devoir à ses amis respectifs. Les professeurs risquent de ne pas être dupes, et le conseil de classe ayant lieu après les vacances devrait être électrique avec si peu de différences entre les copies.
    Rien que pour les devoirs de ces ''vacances'', je gagne au total deux cents euros. Pas suffisant pour vivre décemment, mais c'est toujours ça de pris. Mon père est horriblement gêné de me voir arrêter les études pour ça, et passe chaque jour au Pôle Emploi pour tenter d'abréger cet acte, sans succès.

    Un jour, en revenant de chez Marc, je croise un grand homme, haut de deux mètres, entièrement recouvert d'un drap noir, laissant simplement une ouverture au niveau de son visage. Un problème majeur se pose : on ne voit pas le-dit visage, simplement une ombre noire. Il paraît presque fantomatique.
    « Toi !
    Jamais je n'avais entendu une voix si ténébreuse. Je me retourne pour voir s'il ne parle pas à quelqu'un d'autre. En voyant qu'il n'y a personne d'autre dans la rue, j'obtiens ma réponse. Hésitant, je réplique.
- Euh... moi ?
- Oui, toi. Pourquoi exprimes-tu la joie ?
Impossible de deviner des formes humaines, il est immobile.
- Hein ?
- Ce n'est pas compliqué comme question ! À quelles occasions exprimes-tu de la joie ?
- Qui êtes-vous ?
- Réponds à ma question : pourquoi es-tu heureux ?
- Ça fait déjà trois questions différentes, vous savez.
- LEUR SENS EST LE MÊME !
- Wolfgang Ulrich, c'est toi ?
- Tu connaissais le grand Belto ?
- Ah, vous connaissiez son pseudonyme ?
- C'EST MOI QUI POSE LES QUESTIONS ICI !
- Au temps pour moi, continuez.
- Attends un peu, tu sais que Belto est son pseudonyme. Seuls les Mikava et les Migono sont susceptibles de le connaître. Donc, tu es un Mikava, car les Migono dont je fais partie connaissent ma nature, et toi non.
- Donc, je dois te bousiller la gueule ?
- Tu n'as toujours pas répondu à mes questions.
- Franchement, vous pensez qu'en étant heureux, j'aurais été recruté par les Mikava ?
- Ils t'aveuglent, ils te font croire qu'ils peuvent changer ta vie et te rendre heureux. C'est faux.
- Ce n'est pas vrai.
- Je viens de le dire.
- Non, je disais que vous racontez des noises. J'ai déjà des résultats, je me suis fait des amis.
- En jouant aux fléchettes ? Ils t'apprécient juste parce ce que tu joues bien d'après eux, même si tu ne ferais pas le poids en championnat. Tape trois coups à côté de la cible et ils te délaisseront.
- Qu'est-ce qui me le prouve ?
- Les faits, mon jeune ami. Ils n'ont pas besoin de toi. Ils se montrent simplement amicaux parce que tu pourrais leur servir en guise de remplacent pour les tournois.
- Vous venez de dire que je ferais pas le poids.
- L'un n'empêche pas l'autre. Aveuglés par un talent qu'ils n'ont jamais vu, ils te pensent invincible, mais il y aura toujours bon nombre de personnes meilleures que toi.
- Attendez une minute. Vous essayez pas de me pervertir à la cause des Migono en me déprimant, par hasard ?
- Nous te recruterons à ta juste valeur, ne te donnerons pas de faux espoirs. Si tu as une mauvaise opinion du monde, tu pourras l'exprimer librement, sans qu'on te force à être plus joyeux. Mieux, on te permettra de diffuser cette opinion, pour permettre à d'autres d'ouvrir les yeux face aux faits !
J'enfile mon armure Mikava, dégaine ma lame.
- Tu veux me tuer ? Faire triompher la dictature de l'optimisme ? Vas-y seulement, nourris le despotisme ! Répands le bonheur, et le monde courra à sa perte !
Au moment d'abattre un coup fatal au spectre, celui-ci se dissout intégralement. Disparu. Plutôt étrange comme Migono, Sarantu ne m'a jamais parlé d'hommes en noir. Je lui demanderai ce que c'est ce soir.
    Je m'approche de la maison, quand je vois un autre homme en noir, semblable au précédent, fuir en passant par une fenêtre. Il me remarque, mais se dissout également. Que faisait-il chez moi ?

    Une réponse me vient. Horrifié, je me précipite vers mon domicile.

Chapitre 19

Ce type de Migono doit être envoyé pour faire déprimer les gens. Si l'un d'entre eux a vu mon père, déjà abattu...
    Ma crainte se confirme, la situation était déjà difficile, elle est devenue immorale.
    Je retrouve mon père un couteau de cuisine en mains... et la lame du couteau fichée dans sa poitrine.

    Malheureux, pleurant à chaudes larmes, je sors mon nœud coulant, mais en voulant l'installer, une main me retient, venue d'une porte de transition entre deux mondes.
    « Ne fais pas ça.
- Je ne supporte plus cette situation ! Tous mes proches meurent autour de moi ! Je ne veux pas souffrir plus !
- Tu n'es pas devenu mont élève pour que tu te pendes si près du bonheur. Je comprends que tu sois malheureux après la mort de tes parents, mais ce n'est pas une raison pour t'autodétruire ! J'ai déjà perdu assez d'apprentis sans avoir été là pour les sauver à temps. Maintenant que j'arrive au bon moment pour empêcher une mort, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour mener ma volonté à terme !
- Comment peut-on être heureux en étant orphelin si tôt ? Aucun foyer ne m'acceptera, je ferai la manche dans la rue pour rien ! Quitte à crever, autant mettre en application le plan que j'ai depuis  des années !
- Viens sur Anuva, on peut en discuter plus calmement. Lâche cette corde, maintenant !
- Peuh... Anuva. C'est pas un endroit pour vivre.
- Moi, je veux bien t'accepter chez moi. »
Une troisième voix venait de retentir, c'était Marc. Pendant les vacances, il m'apporte des comics. La porte était ouverte, il est brièvement entré pour déposer sa marchandise, mais il a vu mon père mort, m'a entendu pleurer, a tout de suite compris, et est venu dans ma chambre.
« Ma grande sœur est dans la vie active, maintenant. Nous avons une chambre de libre pour te loger, et suffisamment de moyens pour te nourrir.
- Je serai un poids pour vous !
- Mes parents sont plutôt cléments, et ravis quand ils voient qu'un ami vient à la maison. Auprès d'eux, je saurai défendre la situation, compte sur moi. »
Médusé face à la proposition plus que généreuse de mon ami, je prends un temps de réflexion. Pendant ce temps, Marc téléphone à ses parents, demandant si je peux rester dormir chez lui. Ils répondent positivement. En raccrochant, il esquisse un sourire, et se justifie en disant qu'il n'a pas précisé combien de fois j'allais ''rester dormir''. Je le laisse préparer un discours persuasif pour ses parents, et suis Sarantu sur Anuva. Ayant congé, le chevalier choisit de m'accorder une part de son temps libre. Je lui parle de ces Migono en habit noir, et il approuve ma théorie.
« En effet, je n'avais jamais entendu parler de ça jusqu'à présent, mais ton raisonnement se tient. Ces fantômes noirs risquent d'être très dangereux.
- Mais... comment mon père a-t-il pu voir le Migono ?
- Théoriquement, un Mikava peut se rendre visible aux yeux de tous. Un programme spécial le permet, mais il est réservé aux chevaliers chargés de recruter les apprentis, et grades supérieurs. C'est grâce à ce programme que tu as pu me voir le premier jour. Ce ne serait pas étonnant si les Migono avaient trouvé un programme similaire.
- Même un apprenti pourrait coder ce truc, et le transmettre à un Migono qui l'aurait convaincu.
- Impossible, il faut utiliser certains termes de programmation que les apprentis ne doivent pas connaître, en principe.
- Admettons. Mais leur but n'est-il pas de recruter plutôt que de provoquer des suicides ?
- Ce que ce Migono noir t'a raconté aurait pu pousser au suicide des personnes avec moins de répartie, ou moins convaincues de leur bonheur. Ils doivent faire tout leur possible pour faire déprimer un maximum leur interlocuteur, de manière à l’appâter plus facilement, mais cela peut facilement aller trop loin... »
Encore sous le choc, je préfère rapidement rentrer chez moi.

Le soir, ayant rassemblé le peu d'affaires que j'avais, je retrouve Marc chez lui. Ayant expliqué la situation à ses parents, ceux-ci m'accueillent à bras ouverts.
« Bienvenue chez nous, Igor. Tu peux rester ici autant de temps que tu le souhaites.
- Merci, madame. Mais je voudrais pas déranger.
- Du tout. Nous comprenons ton malheur, et sommes prêts à t'héberger jusqu'à ce que la situation s'améliore.
- Merci... Merci beaucoup. »
Je prends place dans l'ancienne chambre de la sœur de Marc. C'est... rose.
« Ne t'en fais pas pour la déco, d'après ma sœur, on s'y habitue. Elle travaille à l'étranger, et on la voit peu. Si jamais elle revient ici passer une ou deux nuits, peut-être plus, on avisera.
- Pas grave pour la déco. C'est déjà super de m'aider, je devrais pas accepter, c'est trop.
- Meuh non, c'est humain. »

Je me couche en pleurant, pensant à mes parents. Ils sont de toutes façons mieux là où ils sont. Mais sachant que j'étais encore en vie, pourquoi mon père s'est suicidé ? Pourquoi m'a-t-il abandonné ?
« Il voulait peut-être pas être un poids pour toi. Il aurait pas retrouvé de boulot, et toi, tu ramenais un peu d'argent. Plutôt que de nourrir deux bouches, dont une condamnée à l'inactivité jusqu'à la fin de ses jours, il a préféré faire en sorte que tu gardes le plus d'argent pour toi.
- Marc, tu lis dans mes pensées ?
- Tu penses à voix haute, et je t'entends parler jusque dans ma chambre.
- Mince, désolé, je pensais pas être si bruyant.
- Pas grave, tu déranges pas.
- Bah si, quand même.
- Meuh non.
- Au fait, merci pour ton explication, ça donne un début d'idée... Mais t'as toujours eu une force de déduction comme ça ?
- Ouep, et c'est un sacré avantage. »

Chapitre 20

Un son étrange se fait entendre, comme sorti d'un instrument de musique. Une mélodie lente au piano suit. Entêtante, facile à mémoriser. Puis des notes électroniques, puis des rythmes. Cela ressemble un peu à la musique qu'écoute Marc, en moins violent.
    Des points de lumière se dessinent dans un fond noir total, sur le rythme des notes jouées, soudainement sourdes, puis revenant à un niveau normal. Ces points forment un planisphère, décrivant les côtes terrestres en rayons lumineux. Puis il commence à défiler devant mes yeux, à se tordre. Les points s'intensifient avec certaines notes.
    Puis la carte se forme en un globe, sur la mélodie jouée au synthétiseur. Les couleurs sombres du monde s'affichent, je crois voir un véritable globe terrestre sans nuages tourner devant moi, la musique devient plus intense. Soudain, je me retrouve à voyager à  quelques kilomètres de la surface de ce globe. Je vois des paysages de nuit, de l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique... comme si je volais.
    La musique change de tonalité, la mélodie se tait, et des notes plus oppressantes se font entendre. Je suis maintenant dans un amas de nuages, toujours en mouvement, comme volant à l'intérieur. Des éclairs se forment avec les notes. J'ai l'impression d'être dans un tourbillon. Les notes sont toujours plus dures, les éclairs sont en rythme et plus nombreux. Je redescends, et constate qu'ils s'abattent par milliers à la seconde sur les paysages vu tout à l'heure.
    La musique est soudain jouée sur un clavecin, je constate un désastre sur Terre, tout s'enflamme au fur et à mesure. Puis la mélodie est rejouée plus calmement, avec plusieurs synthétiseurs l’accompagnant, jouant de manière plus anarchique, mais toujours plus mélodieuse. Je suis à nouveau happé au-dessus des nuages, qui se dispersent peu à peu, comme aspirés sur Terre par les éclairs, se déchaînant au rythme de la musique, encore plus dur. Ils cessent, je revois le globe dans son ensemble, complètement en feu, la musique est stressante.
    Une voix se fait entendre, je n'en comprends pas les mots. Je constate une série d'explosions à la surface de ce globe, toujours en rythme avec la musique, angoissante. Puis je vois la Lune, comme si elle se décrochait de son orbite, et fonçait sur la Terre. Quelques sons persistent de cette musique, avant qu'elle ne reprenne de plus belle, la mélodie presque marginalisée. Une ombre géante se prolifère à la surface de la Terre, celle de la Lune. La musique paraît soudainement ''scratchée'', et le satellite percute sa planète à ce moment. La musique panique. Le globe implose littéralement, certains de ses morceaux ont plongé dans son noyau, maintenant apparent. Je m'éloigne, et la musique s'affaiblit.
    Soudain, je vois Obero. À sa surface jubilent des Migono. J'entends un solo de guitare électrique plutôt puissant accompagner cette fichue mélodie au synthé. L'ensemble est plutôt lent et triste. Les Migono se réjouissent devant la vision d'apocalypse offerte. Puis j'arrive au-dessus d'Anuva, où les Mikava s'affolent devant cette même vision. La musique et tous ses instruments retiennent une même note, et je vois une horde de Migono foncer vers Anuva en jet-pack, lames dégainées. Les Mikava s'arment à leur tour et résistent tant bien que mal à l'assaut surprise. Mais rapidement, il se trouve que les orangés sont bien plus forts que mes collègues. J'assiste à la scène en témoin inactif, à un massacre général de Mikava. Jonchent également des Migono au sol, mais très peu. La musique décrit plutôt bien l'ensemble : épique mais affreux.
    Je vois le sommet de l'académie. Un Mikava blanc défie à la lame un Migono noir, je déduis que c'est un combat entre Maradu et Feltro. Le solo de guitare s'accélère. Les deux bretteurs sont de talent. Les instruments s'emballent, les coups sont donnés à une rapidité démente. Mais Feltro transperce Maradu de part en part à l'aide de son arme, celui-ci chute et s'écrase contre le toit du niveau vert. La musique va crescendo, je suis propulsé hors de la zone, qui n'est plus qu'un point lumineux disparaissant dans l'ombre infinie. Les instruments se taisent. Il n'y a plus rien.

    J'allume brusquement la lumière. Mon lit adoptif est trempé de sueur. Je comprends. C'était un cauchemar, affreusement réaliste.
    Je me lève vers huit heures et me dirige vers mon ancien domicile, pour creuser la tombe de mon père. Toujours en larmes, je peine à l'effort, mais je ne peux le laisser ainsi. Marc arrive, un nouveau cercueil avec lui. Il me laisse seul me recueillir devant les trois membres de ma famille, les seuls que j'aie connu. On ne m'a jamais parlé de possibles oncles, tantes, grands-parents. Sans Marc et sa famille pour m'héberger, je n'ai aucun autre endroit où aller. Je ne peux pourtant pas rester éternellement chez eux, abuser de leur hospitalité. Cela ne les gène peut-être pas, mais moi si. Je n'ai pas d'autre choix que de l'accepter.

    Un jour, Marc se précipite vers moi dans la rue.
    « Tu tombes bien, viens vite, il y a trois Migono qui circulent dans la rue à côté ! Y'a personne en plus, on peut se changer discrètement. »
    En effet, je vois à mon tour deux Migono sombres accompagner un Migono conventionnel. Nous allons à leur rencontre en armure Mikava, lames en évidence. Le Migono conventionnel se dénomme Perebro et paraît surpris de nous voir.
    « Tiens ! Ardamu ! Tu circules par là toi aussi ?
- Euh... on se connaît ?
- … table ! HA HA HA !
- Non, pas toi.
- Si, moi.
- Dis, Ardamu, et si tu m'expliquais ?
- Ce guignol est Garatu, ton prédécesseur parmi les élèves de Sarantu. Porté disparu depuis plusieurs semaines, il semblerait qu'on l'ait retrouvé. Reconnaissable entre mille à cause de blagues idiotes qui lui ont donné une sale réputation.
- Chouette, et les deux fantômes à côté, tu les connais aussi ?
Garatu nous coupe.
- Ce sont deux nouveautés. Après la mort de Belto, Feltro a jugé qu'un Migono seul cumule difficilement les fonctions de guerrier et de recruteur. Mes deux collègues ici présents peuvent se battre, mais sont plutôt spécialisés pour influencer les autres. Ils ne sont pas humains initialement, n'ont pas de pseudonyme de Migono et peuvent se téléporter facilement s'ils sont menacés. Ce sont des créatures de cauchemar produites à la chaîne pouvant apparaître aux yeux de tous les Hommes pour les déprimer et les rallier à notre cause, s'ils ne se donnent pas la mort avant. Mais d'après les rapports, je crois savoir que tu sais déjà ça, Ardamu.
- Je t'emmerde.
- Des insultes ? Intéressant. Je crois que tu voues une haine trop importante envers les Migono pour les rallier. Il faudra donc te tuer. Si ton ami est fidèle, il te rejoindra. »
Les toges noires révèlent des armures aux reflets violets. Les trois Migono dégainent et se tiennent prêts pour le combat.

Après, pas avoir de commentaires, ça angoisse quand même. On se demande toujours si on est lu.

Semi-Croustillant
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En 1 mot : Bravo :) ou en 2 : C'est bien

Doyen
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Merci de me rassurer (encore). :B

Chapitre 21

Perebro a raison : ses deux chiens ne sont absolument pas bâtis pour le combat. Les situant à peu près au niveau ''normal'' des entraînements, nous n'avons aucun mal à en finir rapidement avec eux. Si je parviens à transpercer le premier de part en part au niveau du torse, Nasartu juge bon de frimer un peu, et s'en donne à cœur joie en maniant sa lame par gestes lents du corps, mais avec moulinets rapides de l'arme, tranchant net les membres du second un par un.
    Ces deux victoires faciles ayant laissé le leader de marbre, nous profitons de l'effet de surprise pour porter les premiers coups. Il pare difficilement, mais parvient à reprendre le dessus sur-le-champ. Ses coups sont agiles et rapides. Il peut bloquer nos deux lames et porter un autre coup dans la foulée en moins d'une demi-seconde. Belto favorisait les coups lents mais brutaux, son homologue excelle dans la furtivité. La stratégie s'avère plus efficace, par plusieurs fois, nos armures sont entaillées. Toutefois, nous parvenons finalement à l'acculer dans un coin.
    « À deux contre un, c'est plus facile ! Vous êtes des Mikava, mais vous vous battez comme des traîtres ! hurle notre opposant
- Nous n'avons pas l'intention de te tuer, simplement de te traîner en Justice pour tes faits ! répond Nasartu
- Bien tenté, le coup du cliché, mais c'est manqué, car anonymes il faut nous préserver ! s'essoufle Perebro
- … cette pseudo-poésie est absolument lamentable ! s'interloque mon ami »

    Nasartu, distrait, marque un temps d'attente pour réfléchir avant de répondre, cette distraction lui est fatale. Le Migono puise dans ses dernières forces pour bondir et tenter une attaque en hauteur, que je pare avec ma lame ; mais c'est une feinte, et il dégaine une seconde lame et profite de la réflexion de mon ami pour lui donner un sévère coup de lame dans le dos. L'armure est transpercée, la peau également, … et pire encore.
    Un cri de douleur, atroce, émane de Nasartu. Il se met à genoux, et ne parvient pas à se relever. Les tympans percés par ce cri, Perebro est sonné, et c'est à moi de profiter de cette faiblesse pour trancher ses deux mains d'un coup bref. Désarmé de ses lames, instinctivement, il ouvre une porte vers Obero et s'enfuit, en la refermant.
    Je m'agenouille aux côtés de Nasartu.
    « Igor ! J'ai mal ! Horriblement mal !
- Calme-toi, Marc. On va sur Anuva, et les chirurgiens arrangeront cela.
Oui, les urgences terrestres admettraient un blessé de cette ampleur, mais pour expliquer les circonstances de la blessure, il faudrait trouver quelque chose de mieux que ''Je faisais la cuisine avec un joli couteau, et il m'a glissé des mains.''. Conscients de la haute probabilité que les Mikava puissent souffrir de blessures démesurées suite à un combat contre un Migono sur Terre, les Conseils se sont accordés à ouvrir un service de chirurgie spécialisée sur Anuva pour résoudre ce genre de cas.
- Je... Je ne peux plus bouger !
- Allons, tu ne va pas baisser les bras pour si peu !
- Je plaisante pas, je sens plus mes jambes ! Aide-moi, pitié ! Je ne peux plus marcher ! »
Pas le temps de réfléchir à ce qui est arrivé, je fais confiance à Nasartu, le soulève péniblement, et le transporte sur mon dos vers le service chirurgie d'Anuva.

Les heures passent. J'attends les nouvelles en espérant que rien de grave ne soit arrivé.
Je me trompe. Nasartu arrive devant moi... sur un fauteuil roulant. Son design reste accordé au reste d'Anuva, ce qui rend l'objet agréable à voir, mais cela reste un fauteuil roulant.
« Ardamu, j'ai une grand nouvelle à t'annoncer : ma colonne vertébrale a été sectionnée, je suis paraplégique !
Je marque un temps.
- Alors, ça fait quoi de se dire que plus personne ne te considérera plus jamais comme quelqu'un de ''normal'' ?
- Ça fout un bourdon, tu peux pas savoir. Puis comment je vais annoncer ça sur Terre ?
- Officiellement, tu as glissé sur une peau de banane dans la rue piétonne, et tu es mal tombé.
Cette version nous est donnée par Sarantu, qui nous a rejoint, avec quelques papiers.
- Seul Ardamu était avec toi au moment ou tu es tombé contre un objet particulièrement tranchant qui traînait au sol.
- Et les gens vont croire que j'ai perdu mes jambes après un gag qui a mal tourné ?
- Je sais, c'est difficile à faire croire. Mais cette version à l'avantage de donner une explication à tout le monde, famille comme amis. Puis ton fauteuil peut revêtir une apparence normale sur Terre ; vu que tu n'as passé que cet après-midi aux urgences, tu rentreras chez toi avec lui, tu diras à tes parents que tu n'as pas pu les appeler et tu t'en excuseras.
- ''Salut papa, salut maman ! Vous en faites pas pour moi, je suis juste mal tombé et j'ai perdu l'usage de mes jambes. C'est rien, on a pu me donner un fauteuil tout de suite ! Sinon, je vais bien. Et vous, votre journée était comment ?''
- Je sais que tu peux faire moins cynique que ça. »

    Parmi les papiers que détient Sarantu se trouvent de fausses prises de rendez-vous chez le médecin. Derrière ces documents anodins se trouvent en réalité des inscriptions à des entraînements particuliers dispensés par les chevaliers paraplégiques d'Anuva. Nasartu n'est en effet pas le seul a avoir perdu ses jambes au sein des Mikava, et les gradés handicapés de la sorte ont développé un nouveau style de combat adapté à leur condition, perfectionné pour se défendre. Sarantu nous montre quelques vidéos de ces sessions, et la méthode de combat est en effet impressionnante. Un des maîtres est également paraplégique, et il peut vaincre une horde de Migono à un niveau ''expert'' d'entraînement avec l'aide de deux lames attachées par les poignées, qu'il fait tournoyer autour de lui pour parer les coups à une vitesse impressionnante. Le fait d'être assis fatigue moins, et l'endurance s'en trouve améliorée. Sarantu commente, ne faisant qu'élever mon ébahissement.
    « Parole de chevalier, ce jour-là, il a tenu six heures de combat sans baisse de régime ni de difficulté !
- Ça donne envie de perdre ses jambes.
- …
- Pardon, c'est vrai que c'est con comme réflexion. »

Chapitre 22

Je me permets une petite pause dans mon ''travail'', pour me balader et me changer les idées. Hélas, l'extérieur est toujours aussi moche, la pluie et le ciel gris dominent un Villanbourg morne et peu accueillant. Les journaux font leur une sur l'augmentation du taux de suicides, on dit que d'étranges fantômes noirs auraient été aperçus auprès des...

    …

    C'est bien plus gros que ce que je pensais, alors.
    Je profite de la gratuité de l'un de ces journaux pour m'en procurer un. Je m'abrite pour le lire sans avoir à l’essorer à chaque page, et je constate les faits. On recense des dizaines de milliers de cas tout autour du monde, un corps est retrouvé sans vie, le propriétaire a laissé des indices prouvant qu'il a fait ça tout seul, testaments, évidences... La description des fantômes noirs colle en tout point avec celle des Migono non-humains.
    « C'est inquiétant tous ces morts...
    Brusquement, je me retourne, surpris par la voix m'ayant coupé dans ma lecture.
- Blanche ? … Quelle surprise ! Ça va ?
- Et bien non, je vais pas me réjouir de ça...
- Au temps pour moi, j'avais la tête ailleurs.
- C'est rien. Cette histoire me fait peur. J'espère que je tomberai pas sur un de ces fantômes... Qui dit que ce ne sont pas eux qui tuent et maquillent ça en suicide après ?
- … Faudrait être fort quand même.
- Et bien, je croyais pas aux fantômes avant, et au vu des événements, je crois que je vais modifier la conception de la frontière du raisonnable que je me fais...
- Euh... ouais.
- T'en penses quoi, toi ?
- Pas grand chose. C'est pas chouette, mais peut-être qu'il y a une explication rationnelle.
- Comme ?
- Sais pas, faut demander à un scientifique.
- Ça me rassure vraiment pas... Si ma mère m'avait pas demandé de chercher le pain, je serais pas sortie.
Ça me fait penser à une situation de Sarantu, et à une réplique de Faclastu. Je lui vole pour l'occasion.
- Tu veux que je te raccompagne jusque chez toi ?
Elle me regarde, l'air surpris. Bon sang, quels yeux... Puis elle enchaîne les mots, visiblement gênée. Encore inanimé par l'effet de son regard, je zappe ce qu'elle dit, mais je réponds.
- Alors c'est d'accord. C'est loin d'ici ?
- Pas du tout. »

Nous continuons le dialogue en marchant. Je scrute les alentours, espérant ne trouver aucun Migono Noir, car j'aurais vraiment du mal à expliquer la situation à Blanche. Nous reparlons du concert de l'artiste auquel elle m'a invité, dont je n'ai toujours pas retenu le nom, si ce n'est qu'il ferait gagner n'importe quelle partie de Scrabble, même avec des lettres pourries. Ayant lieu la semaine prochaine, elle m'a prêté son dernier album en CD. J'ai pu réquisitionner le matériel audio de Marc pour lui accorder une heure. C'est vrai que c'est plutôt chouette, et les pistes sont plutôt dynamiques malgré le calme des mélodies. Hâte de voir ce que ça donne en direct, en vrai, avec elle...
Nous arrivons devant sa maison.
« Bien, on est arrivé.
- Déjà ? C'est passé vite...
- On a quand même marché une bonne demi-heure !
- Ah... Bah, une demi-heure, ça passe vite.
- Hi hi ! »
Elle me regarde, je la regarde, elle me sourit, je lui souris, nos sourires deviennent gênés. La situation se tend. Mon rythme cardiaque s'accélère, je déglutis, elle déglutit. Nos visages se rapprochent. Je vois Sarantu se battre péniblement avec un Migono dans la rue d'à côté. Nos visages sont toujours plus proches, elle ferme les yeux...

… ''Je vois Sarantu se battre péniblement avec un Migono dans la rue d'à côté.'' ?

Le temps paraît s'arrêter. Voilà une situation plutôt inconfortable. Un dilemme s'impose. Dois-je abandonner mes lèvres à celles de Blanche, pour que nous échangions un baiser langoureux à en perdre haleine, comme la situation le laisse pressentir, et ainsi terminer ma formation, devenir quelqu'un et enfin trouver l'amour ; où dois-je aller porter secours à mon mentor, qui m'a tant aidé depuis des semaines, qui a permis que ce genre de situation se produise, et qui aura sans doute encore voulu m'espionner discrètement, mais aura croisé le chemin d'une de ces pourritures d'armures orangées ? Dois-je laisser celui m'ayant tout appris courir à sa perte, où dois-je abandonner l'amour de ma vie au moment où je peux le séduire ?

« J-j-j-je p-p-peux p-pas.
Je n'avais pas mieux comme réponse sur le coup.
- Je comprends, il te faut plus de temps.
- P-Pardon, … mille pardons.
- C'est pas grave. Allez, à la prochaine ! »
J'ai été minable, mais elle est rentrée chez elle. D'un côté, j'étais trop paniqué pour l'embrasser. Cela me donne finalement une solution au dilemme. J'enfile mon armure et me précipite vers le chevalier.
Le Migono me voit arriver, mon mentor aussi. Mais l'orange réagit plus vite que le vert et empoigne ce dernier avec ses... pinces ?
« Ha ! Tu arrives trop tard, Mikava. Ton supérieur s'est fait pincer ! HA HA HA ! »
Je n'avais même pas fait attention au nom du Migono affiché sur ma visière, mais je l'ai déduit à la qualité de l'humour de son porteur. Vraisemblablement, les mains qu'il a perdu récemment ont déjà été remplacées par quelque chose de plus anarchique. Le style de ces prothèses correspond au stéréotype de la pince qu'on se fait en voyant un méchant peu crédible au cinéma. À voir la manière dont Sarantu se débat, l'emprise paraît réelle. Le choc a fait tomber la lame de mon mentor, et ses poings et pieds paraissent affaiblis. Alors que je charge, Perebro s'enfuit à nouveau vers Obero, emportant son otage avec lui. J'arrive trop tard pour prendre le même chemin.
Je laisse s'échapper un ''Et merde !'' retentissant sur le coup des nerfs. Sarantu a été fait prisonnier sur Obero.

Chapitre 23

« La situation est critique, c'est le moins qu'on puisse dire !
    Marc a tiré le même constat que moi.
- Ouais, ça va pas trop là, faut placarder des avis de recherche partout, pis moi j'ferai des flyers !
Darnu aussi. Pas de constat vraiment utile, en somme. Puis un des Maîtres, Marfu, nous rejoint à la cafétéria.
(Oui, une cafétéria a été installée au niveau bleu et fait office de lieu de rencontre entre Mikava, cela facilite les discussions, et les boissons y sont excellentes, malgré leur couleur bleutée.)
- Apprentis, comme vous l'avez compris, votre Chevalier est dans une situation critique.
- Voui, c'est ce que je disais voilà une dizaine de secondes. Avez-vous de meilleures remarques à nous offrir après votre ''réunion extraordinaire'' ?
- Calme-toi, je sais que tu es tendu, mais tu ne dois pas laisser aller ta colère, car elle mène à la haine, à la souffrance...
- J'ai déjà entendu ça quelque part... réponds-je
Dans le fond, Nasartu a raison, malgré la tension qui l'a envahi depuis qu'il a appris la nouvelle. Si la seule réponse que peut nous offrir le Conseil des Maîtres, s'étant réuni d'urgence pour discuter de cet événement, est une approbation du caractère alarmiste de cette histoire, c'est que la légitimité de ce Conseil se doit d'être remise en cause.
- Nous avons également décidé de porter un assaut contre Obero. Cela paraît être le seul moyen de sauver Sarantu. Ayant été son mentor autrefois, je me suis porté volontaire pour diriger cette opération. Nous sommes en train de constituer une équipe de gens motivés pour mener à bien cette mission, et pour nous aider à plancher sur les détails.
- 'tendez, comment vous pouvez aller sur Obero sans une porte de téléportation comme celle des Migono ? demande Darnu
- … et bien, cela fait partie des détails sur lesquels nous devons plancher...
- Nous voilà bien avancés... rage Nasartu
- En tant qu'élèves actuels de Sarantu, souhaitez-vous vous joindre à nous ?
- Un peu mon n'veu ! exulte Darnu
- Et m'allier à une bande de bras cassés ? Non merci ! J'irai le chercher moi-même !
Nasartu quitte la table, furieux. J'essaie de le rattraper, après avoir glissé un ''J'en suis aussi.'' au Maître.

    Je rejoins mon ami à l'extérieur, alors que celui-ci tente d'installer des fusées sur son motocycle.
    « Marc, fais pas le con ! T'arriveras à rien tout seul, viens plutôt nous aider !
- Les dégénérés dépressifs auront le temps de tuer Sarantu quarante-deux fois, les administrations sont aussi lentes ici que sur Terre ! À se demander si ce sont pas les mêmes...
- Bah, euh...
- Oui, c'est probable, tu partages mon avis, tu vois !
- C'est pas ce que j'ai dit, je pense simplement qu'il peut aussi y avoir des asociaux dans l'administration, comme dans n'importe quel autre domaine.
- Des asociaux... Elle est belle notre image, quand même...
- Pourquoi on est là, d'après toi ?
- Nous sommes asociaux à la base, comment pouvons-nous nous entendre sur un projet commun ?
- Des gens passés par ce stade supervisent l'opération, et s'ils sont à ce poste, c'est qu'on a jugé que ce stade s'était terminé !
- Ça n'en fait pas des gens compétents pour autant.
Le fauteuil de Marc s'imbrique à merveille dans son motocycle suite à de récents changements. L'installation des fusées étant terminée, il m'en fait la démonstration, puis démarre.
- On ne peut faire confiance qu'à soi-même, c'est ce que nous apprend la loi terrestre.
- La loi anuvienne veut nous prouver le contraire.
- On n'a jamais dit que la loi anuvienne avait raison. »
Nasartu décolle, fonçant en direction d'Obero.

Je retourne aux côtés de Darnu et de Marfu.
« Il est parti, et je n'ai pas pu l'en empêcher...
- Ses talents de codage sont plutôt pas mal. Il a réussi à créer des fusées suffisamment puissantes pour faire voler son fauteuil-cycle... remarque le Maître.
- Reste, qu'on peut le suivre, hein ?
- Obero est inaccessible par ce genre de moyens, Ardamu. Ton ami ne pourra pas se détacher du champ de gravitation d'Anuva. D'autres ont essayé avant lui, ils se sont juste écrasés trois dunes plus loin, sans dégât humain heureusement.
''D'autres ont essayé ?'' »
    Marfu se tait. Darnu est resté spectateur, sans dire un mot, à l'étonnement général ; la situation semble l'avoir laissé sans voix. Il s'excuse rapidement, la situation devenant tendue, et s'en va.
    Je scrute l'horizon, pas de trace de mon ami.
    « Comme les autres, il finira sans doute par se téléporter à sa chambre après sa tentative. Ça aura lieu d'ici à la fin de la journée.
- Si je résume, on ne peut rien faire de plus pour Sarantu pour le moment ?
- Une autre session extraordinaire doit avoir lieu d'ici à dix minutes. Je dois te laisser, désolé. »
Je me téléporte dans ma chambre, préférant réfléchir à un plan concret pour sauver mon mentor. Les Maîtres sont impuissants, et en y réfléchissant, je me rends compte qu'élaborer un plan n'est pas si simple. Comment accéder à Obero de son plein gré sans être Migono ?

Je quitte Anuva, et en sortant pour retrouver Blanche, la solution au problème me vient... involontairement, et par surprise.

FIN DE LA TROISIÈME PARTIE

Troisième Transition

À quoi bon ?

    L'échec est tellement facile, mais on n'envisage pas qu'il puisse se produire sur quelque chose de conventionnel, de tellement banal, qu'on peine à croire qu'il puisse exister. Terrible, cette douleur qui vous hante, quand vous vous rendez compte que l'humanité toute entière possède une capacité dont vous n'avez pas été doté.
    Horrible, ce sentiment de solitude qui vous emplit quand l'ensemble de l'humanité vit quelque chose que vous seul n'êtes pas capable de percevoir. Marginalisé, décrié, vous êtes différent, car vous ne possédez pas l'essentiel, et n'êtes pas capable de l'obtenir.
    Pourtant, les efforts pour parvenir à combler cette différence ne manquent pas. Vous admettez aussi qu'il est essentiel pour vous de vivre cette chose dont on vous parle tant. Cela semble accessible aux autres, une incontournable étape de l'existence, une convention à laquelle personne n'échappe, un fait de la normalité humaine...

    Et pourtant... elle vous est interdite. Vos efforts sont vains, jamais vous ne parvenez à entrer dans la normalité humaine, car vous ne parvenez pas à vivre quelque chose d'anodin pour tous.
    Alors, vous essayez de faire sans, mais en plus de ne plus être considéré comme humain conventionnel, vous commencez à ressentir une gène encore plus grande, un besoin vital. Vous savez que vous ne pourrez vivre s'il vous manque ce stade de normalité.
    On vous donne ensuite une opportunité pour y accéder. Vous ne savez pas comment, mais vous la gâchez. Il y a une réelle envie de réussir, mais vous n'y parvenez pas. Une sorte d'acharnement s'abat sur vous, et refuse que vous ayez accès à ce bonheur.

    Et puis... vous n'êtes pas heureux. Vous dépérissez, vous avez des envies suicidaires, vous ressentez un vide que vous savez impossible à combler.
    Enfin, plus rien n'est là pour vous sauver, vous soutenir dans l'épreuve. Et c'est l'ennui... voire pire.

    À quoi bon ?

Grand Enchanteur de l'Ouest
En ligne

Bon je ne vais pas faire une tartine comme la dernière fois, la plupart des remarques que j'avais faites sont encore valables je crois. Globalement j'aime bien l'évolution et l'histoire, la qualité reste la même ; par contre, comme l'autre fois, je trouve ça décidément beaucoup trop court. J'ai cette impression gênante de ne faire que survoler l'histoire, d'en lire un résumé, un condensé qui ne s'attarde volontairement pas sur le détail.

Maintenant je ne sais pas si ce n'est pas tout simplement moi qui ai un problème avec ça : j'aime les histoires bien longues. Mon œuvre de référence est et reste le cycle de l'Assassin Royal de Robin Hobb, il correspond de A à Z à ce que j'attends d'une histoire, d'un personnage, d'un monde et d'un roman. Le cycle est constitué de deux trilogies dont les tomes ont une moyenne de 500 à 800 pages, pour des chapitres d'une vingtaine de pages en moyenne. Ce type d'écriture permet de très largement décrire un tas de chose, de laisser beaucoup de place aux réflexions des personnages, à la description des personnages, à l'évolution des choses ou au contraire la non-évolution d'autres choses… Bref, on a l'impression d'être totalement englouti dans l'histoire, on est dans la peau du personnage (c'est écrit à la première personne, comme ton texte), on comprend les situations en même temps que lui, on réalise les choses de son point de vue, etc etc. Très très immergeant comme récit, et c'est ce que j'aimerais voir dans ton texte, malheureusement on a l'impression de rester loin des choses, de ne pas avoir la possibilité de s'y plonger…

C'est vraiment le point négatif qui domine je crois. À mon avis, le plus gros du travail est à faire là-dessus : reprendre les chapitres un par un, et étoffer ; ajouter des détails, des descriptions, des éléments qui n'ont pas nécessairement d'importance mais qui permettent de se plonger dans le décor et dans l'histoire. Le fait est qu'il y a beaucoup de dialogues, ce qui dynamise énormément le récit, mais peut-être trop justement : on a parfois la sensation de vivre une suite de scénettes et échanges de paroles plus qu'un récit cohérent et sur la durée…

Bon après, il y a évidemment un côté très subjectif dans tout ce que je dis dans le sens ou je préfère les récits plus descriptifs que ceux essentiellement basés sur l'action et le dialogue ; ça ne change pas vraiment la qualité du texte, juste le plaisir que j'éprouve en le lisant.

Doyen
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Étoffer le récit est justement l'un de mes objectifs une fois que j'aurai terminé le premier jet (une fois l'Épilogue publié, après le Chapitre 30). J'ai essayé de faire court pour que ce ne soit pas trop désagréable à lire en ligne, mais je vais au moins essayer de doubler la taille de la plupart des chapitres (vu que l'intrigue principale restera la même, j'aimerais éviter d'ajouter trop de choses qui pourraient paraître inutiles, vu qu'on pourrait lire une version "condensée" de la même histoire), je pense pas atteindre les 500 pages, vu que le récit actuel en fait environ 150 au format "Roman Folio", mais je vais quand même voir pour ajouter des détails.

Merci d'avoir pris le temps de faire un commentaire étoffé et critique, tu es l'un des seuls à en faire (les "Bravo ! C'est super !" que j'ai un peu partout, c'est gentil aussi et ça me fait plaisir ; mais je préfère qu'on souligne les points à améliorer dans mon récit, car je sais qu'il y a du progrès à faire). :B

Chapitre 24

J'ai ressenti du vide sous mes pieds, comme si j'avais marché sur une bouche d’égout à laquelle il manque le couvercle. Bien entendu, j'ai fait une jolie chute, puis j'ai atterri sur des cendres. C'est ce que je déduis en me relevant. Je ne reconnais que trop bien l'endroit : je suis sur Obero. Le lieu ressemble à celui où mon combat contre Wolfgang Ulrich s'est déroulé, sauf que l'entrée d'une caverne se trouve devant moi. Le vent siffle, il vient de l'intérieur. Tendu, j'enfile mon armure et entre, non sans avoir dégluti.
    L'endroit paraît être une grotte conventionnelle, si on excepte les motifs lumineux oranges qui ornent ses parois sombres, suffisants pour éclairer le chemin. Il fait très chaud. Il ne faut pas longtemps avant de constater que le chemin descend, ce qui me donne l'impression d'entrer en enfer.
    Les parois se font de moins en moins irrégulières, comme si les formes d'un couloir construit de la main de l'Homme commençaient à s'y loger. J'entends du bruit au loin, et il ne fait que s'amplifier au fur et à mesure de mon avancée. Puis trois chemins s'offrent à moi, le premier est sur la gauche, le deuxième sur la droite, le dernier ne me ferait pas changer de direction, mais se distingue des deux autres du fait que la grotte semble s'y terminer pour laisser place à une construction (du moins, c'est ce que j'en déduis car la paroi y est presque lisse), d'où provient le bruit que j'entends. Courageux mais pas téméraire, je préfère d'abord m'engager dans les chemins de la grotte.
    Au hasard, je pars à gauche. Le chemin se mue en une sorte d'escalier en colimaçon descendant profondément sous terre. Après avoir descendu une bonne centaine de marches, j'arrive dans... une prison. Elle s'étale sur un niveau, et ne paraît pas bien grande, et beaucoup de cellules sont vides, jusqu'à ce que j'y trouve une vielle connaissance.
    « Chevalier, c'est vous ?
- Ah, Ardamu ! Tu m'as retrouvé ! Bon sang, regarde le pétrin dans lequel je me suis fourré, tout ça pour avoir voulu te voir accomplir ton destin...
- Vraiment désolé, Sarantu.
- Ce n'est rien, ça m'apprendra à vouloir épier mes élèves. Au fait, pas bien joué pour ton entrevue avec Blanche, tu es passé à ça de l'embrasser !
- Il fallait que je vous sauve !
- Rah, mais ton avenir est plus important que le mien, voyons ! Je suis déjà âgé, ne te préoccupe pas de ma situation !
- Mais... je n'allais pas vous laisser crever dans les bras... euh... membres de Garatu !
- Garatu n'existe plus, Perebro l'a dévoré. Puis tu vois bien que je suis pas mort, voyons !
- Je ne sais plus quoi pen...
- Planque-toi ! Un garde arrive ! »
En effet, des bruits de pas se font entendre depuis l'escalier. Rapidement, j'ouvre une cellule vide, et m'y glisse discrètement, me tapissant dans un coin, tourné vers le mur. Pas la meilleure cachette, mais il n'y a visiblement pas mieux dans le coin. J'entends un Migono ouvrir ma cellule, puis quelque chose glisse vers moi et me percute.
« Ne t'en fais pas, tu devrais sortir dans pas longtemps. Attends encore une heure, et je te confirmerai la situation. »
Il me semble que c'est un Migono qui prononce ces mots, avant de refermer la cellule, puis de repartir.
« Igor ? Mais qu'est-ce que tu fiches ici ?
Je me retourne, et je reconnais alors ce qui m'a percuté.
- Marc ? Mais qu'est-ce que tu fiches ici ?
- Peu après mon décollage, j'ai percuté un truc qui m'a assommé. Quand je me suis réveillé, j'étais ici, face à un Conseil de Migono, qui m'a présenté leur organisation. En fait, on les diabolise, ils ne sont pas si mauvais, dans le ...
- Arrête Nasartu, tu as été drogué. Repose-toi un peu.
- Je t'assure que non. Mais toi, qu'est-ce que tu fiches ici ?
- Je t'expliquerai plus tard. En attendant, il faut trouver un moyen de sortir d'ici.
- Pourquoi ?
- Quoi, pourquoi ?
- Les Mikava nous ont menti depuis le début ! Trouve un Migono dans le couloir et demande-lui de tout expliquer, tu... »
Je n'écoute plus mon ami, m'étant rendu compte que la porte de la cellule n'est pas verrouillée, je sors de ma cage. Je lance un regard vers Sarantu, il souffle, grommelant dans sa barbe des mots à peine audibles, mais je parviens à entendre un ''Comment lutter ?''. Commençant à prendre peur, je promets de revenir et quitte la prison, pour tenter d'explorer les autres chemins.

Je prends alors l'autre chemin de grotte. Celui-ci est l'opposé du précédent, je grimpe bon nombre de marches. Espérant trouver une sortie au terme de cet escalier, je tombe dans une salle plutôt large, abritant une sorte de laboratoire. Des liquides verdâtres baignent dans des sortes de cuves. Une silhouette massive et inerte baigne dans l'une d'entre elles, je reconnais Wolfgang Ulrich, défiguré, auquel il manque une bonne partie du sommet de la tête, il n'a plus d'yeux, de nez, d'oreilles, de crâne. Une batterie de câbles est branchée à son corps. D'autres corps baignent dans ces cuves, intégraux ou non. Parfois, on n'y trouve que certains membres. Ce n'est plus un laboratoire, c'est une galerie de conservation de membres et de cadavres. Dépité face à la situation, je ne sais trop comment réagir.
Une porte se trouve au fond de cette salle. Je me risque à ouvrir, et j'y trouve une table d'opération plutôt futuriste, avec des instruments que je n'avais encore jamais vu jusqu'alors dans un bloc chirurgical : des fers à souder, des membres artificiels, des sécateurs, des scies...
« Bienvenue dans notre joyeux bloc chirurgical, ou devrais-je dire bloc ''charcutal'' ? HA HA HA ! »

Chapitre 25

Je me retourne brusquement, Perebro m'a surpris. Revêtu d'une toge Migono, semblable à celle des Mikava, mais en orange, il semble furieux. Il me montre ses pinces.
    « C'est à cause de toi que je suis dans cet état ! Encore heureux que les Migono disposent d'une technologie assez avancée pour me permettre de récupérer mes mains !
- Ça ne te serait pas arrivé si tu étais resté parmi nous !
- Ça reste à démontrer ! Nos deux clans sont en guerre, et le tien comme le mien sont capables de mutiler l'ennemi.
- Pourquoi as-tu rejoint les Migono ? Ils ne veulent que le malheur et la misère !
- Ils veulent nous sauver ! Les Mikava sont des idéalistes, mais ils ne délivrent pas de message réaliste ! Le monde, c'est de la merde, les Migono l'ont compris, leur point de vue respecte cette compréhension, et ouvre les yeux des Hommes face à cette réalité ! La seule solution pour en échapper n'est en aucun cas le bonheur !
- Mais... vous vous appuyez sur quoi pour dire ça ?
- Feltro, le leader des Migono, dispose de nombreux arguments, et n'hésite pas à chercher les nouvelles recrues lui-même, pour améliorer la proximité, contrairement à votre Maradu, qui a délégué tout ses pouvoirs et qui ne fout plus rien aujourd'hui, si ce n'est alimenter la propagande et le culte de sa personnalité. Vous l'appelez ''Créateur'' par respect, mais ça lui donne un aspect divin !
- Je, … je ne sais pas quoi dire.
- En temps normal, je t'aurais mené à Feltro pour qu'il t'explique mieux notre point de vue. Mais vu que j'ai une greffe dans une heure et que je n'ai aucune envie de m'allier à toi, au vu de ce que tu m'as fait, j'ai envie de me servir de ces choses que j'appelle ''mainces'' une dernière fois.
Il me saisit à la gorge, son étreinte est intense, je peux à peine respirer, parler.
- C'est à cause de gens comme toi que le monde est plein d'imbéciles. Tu es un soldat de l'ignorance, et vouloir un monde optimiste, c'est vouloir un monde naïf et complètement abruti par ses élites. »
Par réflexe de défense, je donne un coup de pied à Perebro, ce qui le fait chuter. C'est vrai que mes membres sont surpuissants, je l'avais oublié. Je dégaine ma lame. Il se relève, la saisit, et la détruit grâce à ses pinces. Le combat doit se faire à mains nues. Il me saisit au bras, compresse mon armure, et décrit un mouvement de rotation avec son ''poignet'', qui n'aurait pas pu se faire avec une main normale. L'afflux sanguin de mon bras est rapidement coupé, et le membre risque d'être écrasé.
« STOP ! »
Un cri puissant s'est fait entendre depuis l'entrée. La pression se relâche, je me retourne, et je vois une silhouette plus noire que noire. Je devine les contours d'une toge semblable aux nôtres, exception faite que tous les motifs et reflets sont d'un noir si intense qu'on croirait qu'une aura, qu'un éclairage sombre s'en échappe.
« PEREBRO ! Je t'avais pourtant dit de m'apporter tous les Mikava que tu trouverais !
Quelle voix caverneuse. D'apparence, le nouvel arrivant a tout d'un super-méchant stéréotypé. J'ai ensuite l'idée de jeter un œil au nom apparaissant sur ma visière, je comprends, puis mon rythme cardiaque s'accélère.
- Mais... chef ! C'est Ardamu, le Mikava dont je vous ai parlé, qui m'a tranché les mains !
- Qu'importe qu'il t'ait tranché quoique ce soit ! Je t'ai déjà dit qu'on peut recréer les pièces d'origine avec ton ADN, ici – tout ça sans frais - . C'est une blessure légère qui ne mérite pas une telle vengeance – car les dégâts sont réparables - !
- On croirait entendre un garagiste...
- Boucle-la, Ardamu ! C'est Feltro, et pas Jo le Rigolo ! HA HA HA !
- Par moments, je me demande si j'ai bien fait de le récupérer, en fait...
- Alors, c'est vous le créateur d'Obero ? Le fameux apprenti raté contre qui on se bat ?
- Je vois qu'on a beaucoup de choses à se dire... suis-moi. »

Nous quittons la salle d'opération et Perebro, puis nous rejoignons la dernière voie que je n'avais encore osé prendre. Je tente de poser plusieurs questions à Feltro, celui-ci les esquive toutes, m'invitant à patienter. Je ne sais pas pourquoi je le suis, ça m'a l'air d'être un affreux traquenard. Étrangement, il ne m'a pas l'air agressif, il n'a pas l'air de vouloir m'attaquer. Curieux, j'attends de voir ce qu'il va se passer.
Le couloir est court et débouche sur une salle gigantesque, d'une forme semblable au premier niveau de l'Académie Mikava, mais ''retournée''. Nous sommes à son sommet, une multitude d'escaliers descendent vers le cœur de la salle, un petit dôme. Des Migono par centaines circulent dans les innombrables couloirs reliant ces escaliers avec une multitude de petits appartements, leurs conversations sont sans doute la source du bruit que j'entendais tout à l'heure. Je peux apercevoir d'autres couloirs à notre niveau, me faisant penser que beaucoup de choses restent à voir.
« Voici l'Académie Migono. Comme tu peux le voir, je me suis légèrement inspiré du design de votre académie pour façonner la mienne.
- C'est carrément du plagiat, en fait.
- Faut dire que l'architecte à vu juste sur ce point-là. La structure permet une communication idéale entre les parties, et un petit bureau au milieu de cette salle me suffit pour superviser l'ensemble. Oui, c'est à la limite du plagiat, mais ce cher cousin n'avait qu'à pas laisser traîner ses plans.
- Votre ''cher cousin'' ?
- Maradu. »

Chapitre 26

La surprise est de taille, et me laisse bouche bée cinq bonnes secondes.
    « … quoi ? Il vous l'a pas dit ? S'il commence à avoir honte de sa famille, la paix sera jamais signée entre nous, c'est garanti.
- Vous, l'apprenti récalcitrant, le créateur des Migono, vous êtes le cousin de Maradu, du créateur des Mikava ?
- Faut dire qu'on est pas vernis dans notre famille, asociaux, timides, marginaux, on trouve de tout... T'aurais dû le voir, ton chef, quand il m'a montré son invention. ''Regarde, grâce à moi, on ne sera plus jamais seul ! Même les pires cas sociaux pourront enfin trouver le bonheur ! Viens, essaie !'' Faut dire que j'étais pas convaincu, à l'idée de me téléporter sur une autre planète juste pour être plus en phase avec la société. J'ai pris le temps pour me décider, puis je l'ai finalement rejoint, quelques années après.
- Cinq ans.
- Ah, on vous raconte quand même mon histoire ?
- Rapidement.
- Cacher les faits historiques, c'est comme ça qu'on dirige les meilleures dictatures, je manquerai pas de féliciter le cousin si je le revois un jour, … Bref, reste que son programme éducatif marchait pas à tous les coups. Aveuglé par la confiance que j'avais envers lui, je croyais qu'elle me mènerait à une vie meilleure... Je me trompais. Non seulement ses méthodes merdaient, mais en plus, ma situation empirait sur Terre. C'est là que j'avais compris la terrible réalité : on ne peut pas tous s'en sortir, et il n'y a pas de programme parfait pour se socialiser, et toutes les promesses qu'on fait aux nouveaux Mikava ne sont que des paroles en l'air, et en aucun cas de véritables garanties. Maradu n'avait en fait inventé qu'une arnaque géante aux proportions grotesques, promettant le bonheur aux gens sans leur garantir. Je n'ai pas voulu que tant de personnes soient aveuglées par ses belles paroles. Dans le monde réel, j'ai pu facilement retrouver les plans de conception d'Anuva, et après plusieurs essais, je suis parvenu à créer Obero, en orbite autour de sa grande sœur. C'était suffisant pour créer les Migono, organisation ayant pour but de sensibiliser les gens à l'injustice et au fait que le bonheur n'est qu'une illusion.
- Et... comment a réagi Maradu ?
- Dans un premier temps, il a simplement été surpris, et n'a pas pensé que mon projet donnerait quelque chose de concret. C'est vrai, pourquoi les gens iraient défendre une organisation visant à répandre une idéologie méprisant le bonheur ? Mais voyant peu à peu les Mikava déçus quitter l'Académie pour nous rejoindre, il n'a pas apprécié que les produits de sa création le quittent, et il nous a déclaré la guerre. Voilà un de ses nombreux défauts : à vouloir imposer le bonheur à tous, il n'a pas supporté le fait qu'autant de personnes mettent à mal ses théories ; son idée doit triompher, et écraser la concurrence. Il nous a vu comme un ennemi mortel, et il est venu ici, avec des armes, dans le but de me tuer. Il m'a attaqué, alors que j'étais sans défense. Je ne pouvais que fuir. Par après, j'ai pu retrouver ses plans d'armement chez lui, puis j'ai fait une copie de ce qu'il avait utilisé contre moi, et j'ai équipé tous les Migono d'armes, dans le but de mieux nous défendre face aux Mikava, qui s'armaient eux aussi.
- On ne m'a pas dit tout ça...
- Si un dirigeant commence à mettre en avant ses mauvais faits, il est peut-être sincère et transparent, mais il est surtout très con. Qui voudrait d'un salopard au pouvoir ? Le mieux est de mettre en avant un faux sentiment d'insécurité. ''Attention ! De méchants bonshommes oranges veulent voler notre bonheur et nous tuer ! Défendons-nous !'' Il a suffi de désinformation de votre côté pour que nos deux camps soient en conflit et soient obligés de se battre à chacune de leurs rencontres. De mon côté, je préfère préconiser la sensibilisation au combat, pour éviter des morts inutiles, mais vous nous voyez comme le mal incarné, ce n'est pas facile de vous parler en esquivant vos coups d'épées automatiques.
- Mais... qui me dit que ce que vous racontez est vrai ?
- Demande une audition à Maradu, s'il n'est pas totalement fermé, demande-lui la vérité s'il a le courage de la dire !
- Et si la vérité est de son côté ?
Feltro paraît réfléchir, une dizaine de secondes.
- D'un côté, ce conflit n'a que trop duré. C'est bien toi qui as vaincu notre champion, Belto, c'est ça ?
- Euh... oui.
- Dans ce cas, tu dois être un guerrier prometteur, qui peut faire bouger les lignes. Au moment de demander ton audience, précise que je n'ai pas oublié l'Affaire 99-42Z.
- C'est quoi ?
- Pas besoin que tu en saches plus pour le moment. Tu dois juste savoir que si tu suis mon conseil, tu mettras Maradu face à un ultimatum de poids, et la guerre pourrait bien se terminer.
- Cela donnerait un avantage aux Migono ?
- Nos deux organisations n'auraient même plus à exister, nous serions inutiles. »

Je reste sidéré face à cette offre, et en même temps exposé à un cruel dilemme. Si je n'évoque pas l'Affaire 99-42Z, la guerre entre les deux organisations continuera de plus belle ; si je l'évoque, je ne sais pas à quoi m'attendre, mais Mikava et Migono n'existeraient plus. Quelle est la meilleure solution ?
« Ça ne répond pas à ma question, et si la vérité est du côté de Maradu et de la version des Mikava ?
- Je peux te jurer qu'elle ne l'est pas. Avec 99-42Z, tu détiens de quoi lui faire admettre notre réalité.
- J'ai déjà vécu des situations plus rassurantes, vous savez...
- Ce n'est une sinécure pour personne. Maradu reste mon cousin, et cela ne me fait pas plaisir de ramener ce sujet. Mais sans ton action, le conflit continuera et fera des morts chaque jour.
- Donc, si vous détenez la vérité, que notre chef est réellement un escroc impérialiste, et que nous défendons un mauvais point de vue, ça veut dire que...
- … c'est vous les méchants. »

Chapitre 27

« B-bon, admettons, nous défendons la mauvaise personne. Ça ne met pas pour autant à mal les Mikava. Nous ne voulons que le bonheur des gens. Notre chef n'est peut-être pas recommandable, mais d'un point de vue idéologique, vous êtes perdants.
- Pas pour longtemps. Pose-moi toutes les colles que tu voudras, je ferai de mon mieux pour te répondre et essayer de te convaincre.
- Et ben, euh... ces nouveaux Migono violets, les recruteurs qui poussent au suicide, euh... pourquoi les avoir fait faire ce que vous...
- Ne sont-ils pas merveilleux ? Ils sont produits à la chaîne dans la pièce d'à côté. En poussant les limites des plans de Maradu plus loin, je me suis rendu compte qu'il était possible de créer des entités vivantes à partir de rien. À la base, un Migono se doit d'être à la fois un bon guerrier et un bon négociateur, le fait est que la plupart de mes recrues privilégie un aspect sur l'autre. Je suis encore en train de travailler sur une version guerrière de ces nouveaux Migono, mais les négociateurs sont au point.
- Pourquoi pousser les gens au suicide ?
- Ce n'est pas leur but ! Ils doivent simplement sensibiliser les gens à la réalité du malheur. Le problème, c'est que la société bouffe déjà pas mal leur moral, et qu'en entendant notre discours, près de la moitié d'entre eux se suicide plutôt que de nous rejoindre ou d'admettre leur vie de merde sans en finir avec elle. D'un côté, ils ont raison, plus aucune motivation ne nous pousse à vouloir vivre, si ce n'est une certaine forme de masochisme. Ou alors, on peut rejoindre les Migono, et répandre notre message à travers le monde, pour que moins de gens soient aveuglés par des pseudo-promesses de bonheur futur qui de toutes façons n'existe pas. Tant pis s'ils ne nous croient pas et restent enfermés dans leur vision optimiste et fermée, on a fait connaître notre message.
- J'avais ces mêmes idées sombres avant d'entrer chez les Mikava, je vais plutôt mieux dernièrement. Je traverse une passe difficile, mais on dirait que ça s'arrange peu à peu.
- Que tu crois. Raconte-moi ta vie, je te dirai où tu vas.
- Disons que j'ai quelques problèmes d'hébergement, et un ami a accepté de m'aider.
- Ah, la pitié, … J'espère que tu as préparé quelque chose pour lui rendre la pareille. Si quelqu'un vous rend service, c'est qu'il s'attend à ce que vous donniez quelque chose en échange.
- J'aimerais le remercier, mais je suis à court niveau finances...
- Alors attends-toi à ce qu'il te jette. Les gens ne rendent pas service pour du vent. Pense à l'intérêt personnel, les gens ne font rien sans lui, et c'est parfaitement humain.
- Il a le cœur sur la main ! Il n'attend rien de moi ! Il a vu que j'étais dans la misère et m'a aidé du mieux qu'il pouvait, c'est quelqu'un de formidable !
- Foutaises. On donne aux miséreux pour se donner bonne conscience et pour bien paraître auprès des gens, être aimé, rien de plus. Si vous êtes aimé, vous pouvez demander n'importe quoi aux autres, vous l'aurez.
- Il ne m'a jamais rien demandé. Il m'a sauvé sans rien vouloir en retour.
- Pour l'instant. S'il l'a fait sans motivation personnelle, c'est qu'il est complètement crétin. Les chances d'aboutir à une belle vie sont déjà très faibles, et ce genre d'attitude ne ferait que réduire encore les chances. Dans ton cas, attends-toi à payer un loyer très prochainement...
- Pourquoi il me demanderait un loyer ?
- Pourquoi il ne le demanderait pas ? Loger quelqu'un à l’œil, ça va cinq minutes. Il te prête un logis, il va bien falloir le payer un jour, c'est parfaitement normal.
- Et si je n'y parviens pas ?
- Alors il ne te gardera pas chez lui, ce n'est pas rentable...
- Il ne pense pas qu'à l'argent !
- Les gens changent. Il n'y a que les gamins pour voir le monde tout beau et tout rose, où les gens ne pensent pas qu'au pognon. Ton ami finira par réclamer son dû, parce que le besoin d'argent se fera ressentir.
- … bon, oublions mes problèmes de logement...
- Au passage, ''ami'', … c'est un terme vite choisi. Dans une société où l'argent est roi, il n'y a pas d'amis, que des acheteurs et des vendeurs. Les gens ne vous sont sympathiques que quand ils peuvent tirer un profit de vous.
- … j'ai dû arrêter mes études par manque de moyens financiers.
- … et ?
- Quoi, ''et ?'' ?
- Non, je ne vois pas ce qu'il y a d'anormal. La connaissance,  ça se monnaie. Des tas de gens qui guettent avec impatience la privatisation de l'éducation nationale pour tirer profit de ce gouffre financier.
- … c'est pas la question. Je n'avais plus d'argent et j'ai dû commencer à bosser pour espérer gagner assez pour manger.
- C'est ton droit. De toutes façons, les études ne t'auraient servi à rien. Avec ou sans diplôme, tu te serais retrouvé au chômage. Un petit boulot permet une survie temporaire, si tu as la chance d'en trouver un.
- C'est vite dit, encore une fois, je dois tout à mon ami.
- Je répéterai pas ce que je viens de dire. Au moins, si tu lui ramènes un peu d'argent, il ne te jettera pas. Du moins... pas tout de suite. Quand tu auras perdu ton boulot, ce sera autre chose.
- … puis en ce moment, j'essaie de séduire une fille...
- Ah... Le sujet sensible par excellence.
- On doit aller voir un concert ensemble la semaine prochaine. Je sais pas si je serai à la hauteur, je suis timide, et séduire une fille, c'est nouveau pour moi. Mais je suis plutôt bien préparé par les Mikava...
- Je te rassure tout de suite, le risque de plantage est élevé. Si tu es timide et que tu n'as jamais séduit de fille avant, tu te retrouveras comme un con à la sortie du concert, sachant pas quoi faire, et tu te feras plaquer. Ça arrive à plein de gens.
- Je sais, oui...
- Alors, pourquoi ? Pourquoi tu prends le risque d'aller voir un concert avec elle, si tu sais que tu peux te planter à la fin ? Y aller, c'est déjà vouloir faire preuve d'optimisme en espérant que ça se passe bien ; mais il y a un nombre incommensurable de faits qui peuvent se produire, saboter l'instant, et te déprimer à tout jamais. Tu rentreras déçu.
- Mais...
- Il n'y a pas de ''Mais...''. L'optimisme est le point de vue le plus stupide que l'humanité ait jamais produit. Tu vas au concert en espérant que ça se passe comme dans les films, que tu embrasses la fille à la fin, mais la vie n'est pas un film ! Si tu ne l'embrasses pas, tu ne t'en relèveras pas ! On déconne pas avec les sentiments !
- MAIS QU'EST-CE QUE JE DOIS FAIRE, ALORS ? »
La pression est trop forte, j'en perds tout mon sang-froid. Je prends la fuite, totalement paniqué, abattu, voulant m'éloigner de cette source de malheur, en larmes. Je trébuche et je passe à travers une porte qui n'était pas là tout à l'heure. Elle m'envoie sur  Terre, puis se referme. Je tombe, et je reste face contre terre une bonne dizaine de minutes, hurlant de désespoir. J'ai craqué.
Quand je me relève, je suis face à un banc. Marc, son fauteuil à côté de lui, sans son armure, et une autre personne sont assis dessus. L'autre personne porte un sac sur ses épaules, mais ce qui me choque le plus est le fait qu'elle soit complètement défigurée. Tout le bas de son visage a triplé de volume. Son nez, ses joues et sa bouche sont énormes et asymétriques. Cela doit être dû à une maladie.
« Désolé d'avoir montré une scène aussi pitoyable. C'est pas dans mes habitudes de m'effondrer aussi facilement.
- T'en fais pas Igor, c'est déjà oublié. Puis au moins, Feltro nous a relâché. Seulement, il l'avait fait moins... brutalement avec nous deux.
- Vous deux ?
Je me tourne vers l'inconnu.
- Mais alors, vous êtes, …
Il répond d'une voix également déformée.
- Sarantu, mais tu peux m'appeler Thierry. »

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