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Croustillant
Hors ligne

Coucou amis croustillants,

Ayant beaucoup travaillé sur une analyse plus ou moins complète du Livre V, j'ai récemment pondu ce texte très long, et pas toujours très clair, au risque de passer pour un gros tagazou. J'aimerai partager avec vous ce petit condensé de réflexion sur l'ensemble du Livre, que je considère comme la pièce majeur de l'oeuvre d'Astier. Je viens tout juste d'en terminer la rédaction, et je suis... complètement annihilé de fatigue... mais fort content d'avoir abattu l'arbre. Pardonnez par avance le style un peu académique, que j'ai repris histoire de rester le plus clair possible.

J'ai conscience que beaucoup de choses ont déjà été dites - sur ce forum ou ailleurs - et que d'autres analystes plus fins, et sans doute meilleurs écrivains, ont entrepris de rédiger une relecture de cette saison si riche, mais que diable... Je tenais vraiment à apporter ma pierre à l'édifice, fusse-telle originale par deux ou trois lignes ici et là.

Notez par ailleurs que l'analyse se concentre sur des thèmes généraux mais ne peut pas offrir une lecture exhaustive de la saison, qui est trop complexe pour se contenter d'une seule étude à trois axes.

Bonne lecture et... j'attends vos propres interprétations avec impatience.

En attendant, zou dodo.

***

Souvenez vous de ce jour, où vous avez crucifié le fils de l’homme

C’est en partie ce que l’on retrouve dans la macabre tentative de suicide d’Arthur, qui se taillant les veines dans son bain, répand son sang sur le sol, afin que tous puissent contempler sa dépouille et y voir un crime de leur propre fait. Sur son lit de mort, Arthur concède à Guenièvre que quelque part, il voulait mettre la faute de son suicide sur le dos des autres, devenant ainsi le martyr d’un monde idiot et injuste, dans lequel il ne trouve plus sa place ni de sens à sa vie. En s’infligeant la mort, sans doute voulait-il crier à ses anciens sujets, que ce sont eux qui ont été les artisans de son échec dans la quête du Graal et la préservation du royaume. Sans doute par peur qu’on ne se souvienne de lui que comme du Roi ayant échoué dans sa mission divine, il met fin à ses jours comme pour crier « C’est vous qui m’avez tué ! Ce sang que j’ai versé, il est sur vos mains ! ».

Le Livre V est réellement le récit de l’échec d’Arthur : en tant qu’élu des Dieux chargé d’une mission, en tant que Roi protégeant son royaume, et en tant qu’homme aspirant à prolonger sa lignée. Alors que cette fable sordide s’enfonce doucement dans les tréfonds de l’angoisse humaine, Arthur renie le devoir qui est le sien, abandonne son royaume aux vautours et aux incapables, et part en quête de sa descendance, sans succès. C’est un homme brisé et sans volonté qui revient à Kaamelott pour finir ses jours comme le lui recommande Méléagant… Et alors qu’Arthur plonge dans l’oubli, les vestiges du Kaamelott d’antan, où tout paraissait trivial dans le meilleur des mondes, disparaissent. En cela, le livre V correspond à la fin d’une ère: celle de la noblesse Arthurienne, de la chevalerie et de la table ronde, que Lancelot aura tôt fait d’éradiquer après son arrivée sur le trône – table rase.

Le Livre V a comme particularité d’introduire dans l’œuvre d’Alexandre Astier, jusqu’alors trempée de comédie, le drame existentiel qui s’incarne dans la quête désespérée d’Arthur de redonner un sens à sa vie. Si l’humour n’a pas déserté cette cinquième saison, il cohabite désormais très fréquemment avec la tragédie, empreignant d’un sens poignant du pathétique ce que l’on aurait pu baptiser « la passion d’Arthur ». Car c’est bien Arthur qui est au centre de la tourmente ici, lui qui, plus que jamais, est la clé de voûte sans laquelle Kaamelott, la quête du Graal et le Royaume de Logres s’effondrent inexorablement. Aussi, alors qu’Arthur sombre dans la solitude et perd de vue le sentier qu’il suivait, le royaume s’étiole alors que les régents se succèdent, une jatte sur la tête en guise de couronne. Le royaume sans Arthur c’est, dans les mots de Perceval, le royaume des cons. Arthur au pied du mur, on verra que le Livre V est avant tout une réflexion sur le pouvoir, le devoir, l’échec et l’effondrement d’un homme et de sa « chute sans fin dans une nuit sans fond ».

La question du pouvoir

Depuis ses débuts, Kaamelott a fréquemment représenté les conflits de pouvoir qui agitent – souvent de façon trivial et comique – la noblesse de Logres. Arthur et Léodagan se prennent constamment le bec quant à la façon de gouverner le royaume, et ce dernier nourrit toujours une ambition de devenir roi à la place du roi (cf Le complot, Vox Populi II), tout en chapardant ici et là quelques trésors de guerre, « canalisant le blé du royaume ». Le lent bras de fer qui se met en place entre Arthur et Lancelot sur les fondations de la jalousie, est aussi un exemple très marquant de cette dispute du pouvoir, et sans doute la plus importante, puisqu’elle est au centre des événements du Livre IV et constitue l’amorce du Livre V. Après la trahison de Lancelot – qui constitue un virage vers une atmosphère plus sérieuse pour la trame principale de la série au terme du Livre III – la question du pouvoir devient un thème omniprésent dans l’œuvre d’Astier, et le Livre V le met à l’honneur avec la symbolique de l’épée replantée dans le rocher : la remise en jeu du titre de roi est le point de départ de la désagrégation générale qu’incarne cette cinquième saison.

D’un côté, Arthur replante initialement Excalibur uniquement pour la dimension spectaculaire du geste, qui lui permettrai de réaffirmer sa légitimité en tant que roi de Bretagne, sachant que c’est lui l’élu des Dieux pour la tâche de gouverner le royaume de Logres. De l’autre, ce geste symbolique pousse tout un ensemble de personnages à s’interroger sur sa relation avec le pouvoir (pour paraphraser le Duc d’Aquitaine)… Il y a les traîtres – Loth, Galessin et Dagonnet – qui ayant déjà perdu les bonnes grâces d’Arthur après leur putsch avorté, nourrissent l’ambition de s’accaparer le pouvoir en retirant l’épée, et de s’extirper de la délicate situation dans laquelle ils se sont vautrés. Le récit met particulièrement l’accent sur la dimension très personnelle de cette convoitise du pouvoir – aussi Galessin tente de retirer l’épée une fois son roi parti, quelque part aussi ambitieux que tous ces autres personnages, loyaux ou non à Arthur, qui se ruent vers le rocher pour tenter leur chance. Aussi, Calogrenant, Léodagan, Yvain, Gauvain, Père Blaise, le Maître d’arme, essaient tous de retirer Excalibur de son rocher… Par acquis de conscience et respect pour la tradition, bien entendu. Il y a au fond, une tentation du pouvoir très forte chez la plupart des personnages, qui se mentent à eux même lorsqu’ils nient convoiter la place du roi et prétendent s’apitoyer de son sort. Aussi, Léodagan confie à Élias qu’il tentera de retirer l’épée tout en espérant que ça ne fonctionnera pas, alors qu’il s’empare, quelques temps plus tard, et sans hésiter, de la régence lorsque le jurisconsulte l’informe de pareille possibilité.

Le Livre V laisse ainsi entrevoir, d’un côté, la tentation du pouvoir à travers cette foule de gens venus des quatre coin du monde (à laquelle il ne manque qu’un roi Burgonde) pour s’accaparer le trône, et de l’autre une forme de sagesse – finalement assez exceptionnelle – à travers le renoncement. Perceval refuse obstinément de tenter sa chance, trop respectueux d’Arthur pour lui faire cet affront ; idem pour Bohort, qui semble voir en Arthur l’équilibre du royaume, et le souverain légitime, celui auquel il a juré fidélité. Arthur lui même est représenté comme un homme qui gouverne par devoir, et dont le rôle de roi ne l’enchante pas – c’est un « boulot de seconde zone », une tâche sans avenir, à laquelle il s’attelait jusqu’alors parce qu’il avait au moins le sentiment de faire quelque chose de juste. Mais sans doute poussé à bout par l’exercice de ce grand pouvoir, usé par le temps, déprimé par le sentiment d’abandon qui le hante depuis des années, Arthur renonce lui aussi au pouvoir, prétendant avoir échoué au rocher, et mentant à tous ceux qu’il croise, à leur grand désespoir et exaspération. Il y a certainement dans l’œuvre d’Astier, l’idée Platonicienne selon laquelle seuls ceux qui se méfient du pouvoir sont assez sages pour se le voir confier – d’où le fait que quiconque compte retirer l’épée du rocher par intérêt échoue sans équivoque. Arthur est ce sage, qui d’ordinaire se serait baissé pour ramasser le pouvoir pour le bienfait de tous, mais qui refuse ici d’accomplir son devoir, plus désabusé que jamais, et sans espoir. Alors viennent les autres, ceux qui s’emparent du pouvoir non par le jugement divin et absolu de l’épée, mais par celui de la loi, qui permet aux plus ambitieux de parvenir à leurs fins. Léodagan devient ainsi régent, et jubile de se voir conférer le pouvoir absolu, réalisant brièvement son rêve d’une Bretagne sécuritaire et ultra-autoritariste. Mévanwi, « la morue » manipulatrice, parvient aussi à mettre son mari sur le trône, avec des succès mitigés quant à ses aspirations personnelles. Karadoc roi de Bretagne, c’est certainement le sommet de la farce du pouvoir que tisse ce Livre V, mais il souligne davantage de pathétique que de comique l’ensemble. Astier donne l’idée d’un royaume sans tête, qui désormais gouverné par la loi et non par les dieux, atteint des formes absurdes et ubuesques, où les dirigeants ne sont pas rois mais régents (perdant ainsi le caractère sacré et poétique du roi Arthurien), et gouvernent capricieusement, un bol sur la tête. Le tableau est drôle, mais il fait presque peur, car ce qui autrefois avait du sens, est désormais gouverné par le chaos. L’enfer, dit-on, c’est avant tout quelque chose qui n’a pas de sens. La figure du roi est désacralisée à travers Léodagan le tyran et Karadoc l’affamé, deux personnages que l’on n’aurait jamais recommandé au trône de Logres, et avec qui le royaume agonise. Bohort est ici une voix de sagesse : « Le seigneur Karadoc au pouvoir, c’est la fin du royaume de Bretagne ! »

Le devoir et la quête

Un autre thème très présent et souvent remis en question dans ce livre V, c’est celui du devoir et de façon plus spécifique, de la quête, élément clé de la légende Arthurienne. Le devoir c’est avant tout cette tâche à laquelle l’on a été assigné, et que l’on se doit de réaliser, fut-ce à contrecœur. Si Arthur est certainement la figure la plus notable qui endure ce devoir qui est le sien, on peut très bien élargir cette lutte à un plus grand nombre de personnage. En effet, une des récurrences de la saison, c’est l’aversion qu’un homme a envers son métier, sa profession, qu’il conçoit comme une obligation (un devoir) faute d’avoir un meilleur choix. Guethenoc se plaignant de la « fastidiosité de la condition paysanne » et de ses troupeaux de mouton qu’il n’a jamais pu encadrer, c’est un écho rieur au dilemme d’Arthur, bien pus sérieux, qui n’en peux plus de remplir son devoir de roi… Toujours dans un domaine trivial mais quelque part un peu triste, le pêcheur qui n’aimait pas la mer, sorte de miroir où Arthur n’aperçoit que du malheur – le rêve qu’il lui raconte s’adapte par ailleurs parfaitement à la situation d’Arthur, qui a eu l’opportunité de fuir sa responsabilité, et qui l’a saisit sachant qu’il n’aurait probablement pas d’autre porte de sortie. Lors de son vain périple, Arthur rencontre ainsi toutes ces personnes qui haïssent leur métier, mais qui l’accomplissent tout de même, par devoir et surtout faute de mieux, et qui perpétuent le cycle. Lui, ce cycle, il l’a brisé avec son mensonge – il a pris l’opportunité qui se proposait à lui, et il a abandonné le royaume de Logres à son sort. Arthur renie son devoir de roi, mais aussi son rôle dans la quête du graal, afin d’entamer une quête personnelle qui lui tient davantage à cœur.

Cette nouvelle quête qu’il entame, c’est la quête de sa descendance.

« C’est ça qu’il faut que je fasse. Il faut que je parte. Partout. Il faut que je trouve mes enfants. Il y a plus que ça qui m’intéresse. »

Arthur est un personnage qui, au début du Livre V tout particulièrement, mais aussi depuis les premières saisons de la série, souffre d’une lente dépression – une forme d’anémie presque – qui semble le hanter un peu tout le temps et ne jamais le quitter, tant et si bien qu’il paraît très vite dans les yeux de l’audience, qu’Arthur n’a jamais vraiment été heureux, et que mis à part quelques sautes de joie ici et là, il broie constamment du noir. Cela paraît moins marqué dans les premières saisons, parce qu’on en rit encore, mais on discerne quelques exceptions qui semblent presque paver la voie pour le macabre chemin sur lequel s’engage le roi de Bretagne dans le livre V. L’épisode Legenda du Livre III est particulièrement significatif : on y voit Arthur racontant l’histoire très familière de petit ourson au neveu de Karadoc, digressant de l’histoire de la quête héroïque à celle de sa propre dépression, songeant même au suicide. Cette note d’angoisse très singulière dans le Livre III est au contraire très ambiante dans le Livre V : sur fond hivernal, Arthur sombre dans une dépression rampante qui l’isole petit à petit des autres, le fait dormir la plus belle partie du temps, et le met face à son ennui mais surtout le manque total de sens à sa vie. Jusqu’alors Arthur était Arthur Pendragon, roi de Bretagne, élu des dieux et porteur d’Excalibur ; en renonçant au pouvoir, il abandonne tout ce qui l’a déterminé durant la majeure partie de sa vie : son titre, sa mission, son devoir…. Aussi réalise-t-il, qu’il n’est plus rien.

Le sentiment d’inexistence est certainement ce qui déchire Arthur de part en part – malgré l’assistance de Guenièvre qui ne parvient pas vraiment à cerner ce qu’il aime dans la vie, Arthur dépérit car il ne parvient pas à trouver sa place dans le monde, ayant renié celle que les Dieux lui avaient confié. Lorsque la bergère, amie de Madden, lui demande ce qu’il fait dans la vie, il répond avec hésitation « Bah euh… militaire. », comme s’il peinait à déterminer qui il est vraiment sans sa couronne et son épée. Vient alors la quête de sa progéniture, qui lui vient comme une épiphanie alors qu’il rumine dans son lit. Arthur l’homme cherche alors à redonner un sens à sa vie à travers sa descendance perdue. L’idée en elle même évoque la quête héroïque d’un Godefroy de Montmirail, qui obsédé par l’envie de prolonger sa lignée, s’en va voyager dans le temps… Arthur a le sentiment qu’il ne pourra exister qu’à travers ses enfants, et qu’il trouvera un sens à sa vie, non pas dans le rôle de roi, mais celui de père. Ainsi commence sa quête malheureuse, qui s’apparente davantage à une descente aux enfers. C’est une quête personnelle : Arthur ne cherche plus « la lumière pour tous les peuples », mais plutôt la lumière pour son cœur meurtri. En quelques sortes, Arthur renonce à une quête chevaleresque effectuée au nom de tous, au profit d’une quête personnelle qu’il entreprend pour lui même.

On aurait pu faire de la descendance un thème de la saison, tant il existe une multitude de récurrences qui semblent renvoyer au statut d’Arthur. On remarque comment Astier distille finement à travers tout le récit des interactions entre Arthur et divers personnages, qui sont tous parents.

« Ça devrait être interdit de faire des enfants hein. Ils vous emmerdent quand ils sont là, quand ils sont pas là. Tiens vous qui en avez pas, vous pouvez pas savoir à quoi vous avez échappé… »

L’expression d’Arthur devant cette phrase de Léodagan en dit long sur la question avant qu’elle n’éclate au grand jour. Faute de trouver ses enfants, Arthur ne trouve que des parents affligés, désespérés qui parlent de leurs enfants à l’homme malheureux. Guethenoc parle de Madden ; Léodagan d’Yvain ; le pêcheur de son fils « parti à la pêche » il y a quatorze ans, et de ses filles… Et puis il y a Anton et son fils.

« Je vous souhaite d’en avoir… Parce que là j’rouspète, j’rouspète… Mais c’est quand même pas mal. En tout cas il y a des bons moments. »

On note que tandis qu’Arthur nourrit l’angoisse de ne pas avoir d’enfants, il ne fait que rencontrer des gens qui s’angoissent pour les leurs. Notez que les enfants en question (Madden, le fils et les filles du pêcheur) n’apparaissent pas – d’une certaine façon, il y a une quête de moindre envergure dans leur recherche. Guethenoc part chercher Madden, qui est certainement quelque part dans le près. Le pêcheur sait que les jumelles sont parties, mais il ne sait pas où ; et il attend dans le phare, son fils qui ne reviendra pas. Le personnage du pêcheur est la source d’un immense pathos dans la saison, car il paraît un reflet inversé d’Arthur. Celui là a eu un fils, mais il ne le retrouve plus ; l’autre n’en a pas, et ne parvient pas à en trouver. Alors qu’il arrive au moment déclinant de son voyage (c’est à dire au phare), Arthur voit en le pêcheur un visage trop familier, sans doute le sien un peu vieilli : celui d’un homme qui continue de chercher, alors qu’il n’a plus d’espoir. Ayant fait cette rencontre tragique, l’espoir s’éteint comme la flamme du phare dans son cauchemar, car Arthur commence à craindre que sa quête est un échec : les jumelles ne sont plus là et à priori aucune n’est enceinte, l’enfant de Madden n’était pas le sien… La séquence du pêcheur est certainement une des plus fortes de la saison, puisqu’elle met en scène la misère humaine ; Arthur a l’occasion de se voir de ses propres yeux, dans cet homme malheureux qui a peur pour son fils (qu’on sait probablement mort, déjà à l’époque et avant le Livre VI) et qui lui aussi ne se plait pas dans son rôle de pêcheur.

Le pire dans cette quête de l’enfant perdu, c’est certainement la figure d’Anton qui ressurgit comme un vieux spectre dans la vie déjà cauchemardesque d’Arthur. Les manigances de Méléagant forcent des retrouvailles traumatisantes entre Arthur et son père adoptif ravagé par le chagrin. On note comment la quête d’Arthur s’est renversée : à défaut de trouver des enfants, il a retrouvé son père. Quelque part, c’est aussi lui, l’enfant perdu. Arthur voit aussi dans le vieillard une nouvelle figure de l’angoisse d’un parent qui a perdu son fils (lui), lui faisant perdre tous les quelques repaires qu’il avait conservé jusqu’alors. L’ultime cruauté de Méléagant c’est certainement l’épisode du théâtre fantôme, où perdu dans la forêt, Arthur se retrouve dans un théâtre plein d’enfants comme si la quête qu’il avait entamé devait s’achever sur la trouvaille d’une descendance qui n’est pas la sienne. Méléagant manipule par la suite Prisca, afin de faire croire à l’homme perdu qu’il est infécond, et ainsi lui porter le coup fatal au terme d’une quête moralement épuisante. L’achèvement ironique de la quête d’Arthur est certainement la plus grande réussite d’Astier dans ce Livre V qui joue abondamment de ce ressort afin de saler les plaies du roi malheureux. Incapable de retrouver sa descendance – incapable, même, de retrouver les femmes qu’il a aimé et qui auraient pu lui en donner – Arthur revient à Kaamelott le cœur en miettes, plus abattu que jamais, et convaincu que sa dernière chance d’avoir un sens à sa vie vient de lui échapper.

L’échec et le tourment

L’importance de l’échec comme thème dans la construction du Livre V, est symbolisée – principalement - à travers deux personnages : Arthur et Lancelot. Ces deux personnages, qui sont certainement ceux qui souffrent le plus à travers le récit, échangent de place entre le début et la fin du livre V. Lorsque celui ci débute, en plein hiver, Arthur a gagné sa guerre contre Lancelot, récupéré sa femme, et même mis la main sur les traîtres Orcaniens. Il faut comprendre qu’à ce niveau du récit, le mal n’est pas encore fait, et que si l’hiver est rude et le contexte sombre, c’est seulement pour présager un futur tragique pour le roi de Bretagne qui va commettre une faute avec son mensonge et son renoncement au pouvoir. A l’inverse, Lancelot, déjà tourmenté par Méléagant, s’est retiré dans une grotte glaciale et sordide, abandonné, oublié du monde et des hommes, privé de tout. L’un est aussi au fond du trou, alors que l’autre semble au sommet. Pourtant, alors que le récit progresse, il apparaît très vite qu’Arthur avance vers sa chute, tandis que Lancelot bénéficie d’un surprenant rebond. Ce « voyage des personnages » est presque représenté par Astier, lorsqu’Arthur manque de croiser un Lancelot agonisant alors qu’il part dans sa quête ; une mise en scène très fine, qui semble indiquer que les deux sont engagés sur des sentiers inversés, mais qui mènent pourtant à la triste salle de bain d’Arthur. Ce n’est qu’à la toute fin du récit que les deux se retrouvent, l’un mourant, et l’autre presque ressuscité. Aussi peut-on dire que l’un a échoué, et que l’autre est revenu de l’échec.

On cherche ici à insister sur le fait que l’échec se caractérise par un tourment bourdonnant qui s’incarne dans le personnage de Méléagant. L’aura très mystérieuse qu’Astier a choisi de donner à son adaptation de cet antagoniste légendaire permet difficilement de définir Méléagant de façon catégorique. Un dieu ? Peut-être, sans doute même, puisqu’il paraît certainement surhumain en bien des façons. Un être malfaisant ? D’un point de vue subjectif certainement, puisqu’il torture allégrement les deux êtres au fond du puy. Au delà de ce qu’il est concrètement, Méléagant évoque une présence impossible à disperser qui hante ceux qui sont désespérés comme une mauvaise conscience. C'est l'interprétation par Astier, de la Mort dans le septième sceau (le chef-d'oeuvre de Bergman) qui vient tourmenter sa future victime, et joue aux échecs avec lui (une symbolique on ne peut plus claire). On note qu’il n’apparaît que rarement à d’autres personnages que ses victimes – Anton, son fils, Prisca, la dame du lac, le pêcheur (on suppose) et les membres du théâtre (dont la nature « réelle » reste très douteuse) le voient eux aussi, de façon épisodique. On pourrait sans doute émettre le postulat que Méléagant n’apparaît – ou n’a intérêt à apparaître – qu’aux personnages tourmentés et souffrants. Anton est dévoré par ses souvenirs, tout comme le pêcheur, et le sourire contenté de Méléagant alors que le vieillard entreprend de se « démolir la gueule » en buvant, semble en dire long sur son but. « Saborder les gens », voilà l’intérêt avoué de Méléagant, qui se retrouvera dans le Livre VI, avec le suicide de l’Imperator. Au delà de la possible mission divine du personnage (dont on peut abondement débattre, notamment avec la prophétie découverte dans le Livre IV) et de sa nature vindicative envers ceux qui ont fauté, Méléagant évoque avant tout un cauchemar qui ne s’en va pas (ce dont on peut attester très fortement avec son grinçant retour dans l’ultime épisode du Livre VI) et qui tourmente ceux qui doutent, ceux qui ont échoué. Il est indubitablement lié au rêve, auquel il fait constamment référence, ce qui semble renforcer cette appartenance à un inconscient enfoui. On pourrait ainsi penser à un subconscient enfoui, qui en plus de faire ressurgir le passé, assaille la partie consciente des personnages et les fait douter. Ce passage où Méléagant - voyant Lancelot partir dans sa quête - semble inquiet, est très significatif. Il parait un miroir de l'âme, où se reflète l'inquiétude inavouée de Lancelot alors qu'il entame son périple régicide.

« Voyez-vous, quand vous pleuriez étendu dans votre campement abandonné, et que vous hurliez si fort « Guenièvre » que tous sur terre vous entendaient… J’ai cru que je pouvais vous aider. C’est pour ça que je me suis permis de vous aborder. Sans famille, sans roi, sans pays... Si abandonné de tous, voilà un chevalier qui pourrait écraser ses ennemis dans la paume de sa main, me suis-je dis… »

En choisissant Lancelot comme champion de sa cause qui reste encore très trouble, il apparaît très évidemment que Méléagant est une entité qui utilise le désespoir des gens, pour semer le chaos et provoquer leu effondrement – au début du livre, Lancelot n’a plus rien. Le thème musical qui l’accompagne lors de sa première apparition, s’intitule « Disorder song », comme pour relier le personnage à l’arrivée de l’anarchie, et à l’effondrement du royaume. En fait, on pourrait faire de Méléagant cette incarnation de l’échec, qui nargue ceux qui se sont perdu dans leur quête (celle du Graal pour Lancelot ; celle des enfants pour Arthur), et qui s’accomplit dans leur autodestruction.

On a parlé plus tôt du triple-échec d’Arthur qui signe sa fin : son échec en tant qu’élu, en tant que roi et en tant qu’homme. En effet Arthur renonce à Excalibur, au trône de Bretagne et par la même occasion au graal, chose qui avait été déjà bien entamée avec les événements de la saison 4 qui illustraient la perte de foi d’Arthur, et le début d’un rejet divin avec le bannissement de la dame du lac. Arthur a abandonné la quête du graal parce que, quelque part, il a perdu la foi. Sa vision du monde est plus sombre que jamais, il ne valorise plus la tâche qui lui a été confiée (cf son échange avec Perceval), et dans un élan de désespoir, espérant se débarrasser de la croix qu’il porte, il renonce en mentant. Notez que le poids du mensonge est très mis en avant avec cette récurrence de la fable d’Ésope, « Le garçon qui criait au loup », et qui fait en quelques sortes d’Arthur, ce garçon qui ment au village (au royaume) en disant que le loup est là (que les dieux l’ont abandonné) alors qu’il n’en est rien, jusqu’au jour où le malheur arrive pour de vrai. Notez que le mensonge est constamment pointé du doigt, lorsque tous ceux qu’Arthur rencontre continuent de l’appeler « Sire » à sa grande exaspération, et que les fréquentes retrouvailles avec Venec font l’effet d’une piqûre de rappel quant à son réel statut, qui lui est insupportable. L’effondrement du royaume est rejeté sur les épaules d’Arthur à travers cette fable qu’il est contraint de jouer dans le théâtre fantôme (encore une ironie grinçante) dans cette scène à glacer le sang, où Méléagant affiche clairement son rôle de loup. Au fond, Méléagant est aussi cette « réponse » à l’affront d’Arthur, ce loup envoyé par les cieux, pour punir le roi menteur et son royaume.

Finalement, Arthur échoue aussi en tant qu’homme – du moins il le pense – puisqu’il se croit infécond, et de fait incapable de perpétuer sa lignée, et de trouver une dernière lueur d’espoir dans sa vie rendue vide par le rejet de sa mission. Lorsqu’il revient à Kaamelott, Arthur a conscience d’avoir échoué. Il peut constater la déchéance du royaume, lorsqu’il révèle, exaspéré, devant une tablée interdite, que la couronne des régents est une jatte, et il revoit sa table ronde – l’œuvre de sa vie – avec Karadoc comme président d’audience, et une absurde assemblée de crétins, d’incapable et de démunis comme participants. Dans son dernier discours à ceux rassemblés, on dénote vraiment le point d’orgue de cette saison, peut être même de la série, alors qu’Arthur rappelle sa quête du graal, sa contribution au royaume, et finalement son échec, qu’il admet enfin.

« Moi j’ai bâti une forteresse quand même. Pour le graal. J’ai bâti une forteresse, moi. Kaamelott ça s’appelle. J’ai été chercher des chevaliers dans tout le royaume : en Calédonie, en Carmélide, à Gaunes, à Vannes, au Pays de Galle. J’ai fait construire une grande table, pour que les chevaliers s’assoient ensemble. Je l’ai voulu ronde pour qu’aucun d’entre eux ne se retrouve assis dans un angle ou dans un bout de table. C’était compliqué alors j’ai essayé d’expliquer ce qu’était le graal, pour que tout le monde comprenne. C’était difficile, alors j’ai essayé de rigoler, pour que personne ne s’ennuie. J’ai raté. Mais je veux pas qu’on dise que j’ai rien foutu. Parce que c’est pas vrai. »

Et Perceval de répondre « Nan mais Sire, faut pas prendre ce qu’on dit au sérieux… Vous savez bien qu’on est des cons nous. » Un moment d’anthologie télévisuelle, où toute l’absurdité du royaume de Logres semble se rationnaliser l’espace d’un instant, alors que Perceval déchire le voile. Arthur se remémore son parcours, comme une façon de rappeler son apogée avec l’inexorable déclin. Mais voyant tous ces chevaliers présents à la table ronde, qui continuent d’appeler Arthur « Sire », comme possédés par ce tic de langage révélateur de la nature profonde du personnage à laquelle il ne peut échapper, le véritable échec d’Arthur, c’est de refuser de reprendre les rênes du royaume à ce moment là, tout simplement parce qu’il n’est plus que l’ombre de lui même, brisé par son voyage, démoralisé. Lorsque Bohort vient le trouver devant sa salle de bain en l’implorant de retenter de récupérer l’épée (et de résoudre le problème provoqué par son mensonge), Arthur n’a simplement plus la force de lutter pour mettre un terme au chaos. Et ainsi se scelle son ultime échec, alors qu’il se taille les veines dans sa baignoire, quelque part déjà mort avec sa quête avortée.

Dans le cas de Lancelot, qui tombe au plus bas, avant de se hisser de nouveau vers le haut avec un rebond inattendu grâce à l’usage de la magie blanche, on assiste à sa renaissance dans les eaux (une image intimement liée à celle du baptême), et à l’achèvement de la quête qu’il s’était fixé : tuer Arthur. Aussi, les deux anciens amis se retrouvent dans la salle de bain du château, l’un regardant l’autre mourir, et abandonnant la tâche qu’il s’était fixé de le tuer, l’arrachant plutôt aux griffes de la mort, dans un geste que l’on veut attribuer à sa libération de l’emprise de Méléagant. On découvre, bien entendu, au terme du Livre VI que la réalité est quelque peu plus cruelle, et que ce dernier acte de bonté n’empêchera pas la descente dans l’oblivion pour le royaume de Bretagne, avec l’avènement d’un Lancelot de nouveau manipulé, au pouvoir.

(notez que la scène dans la salle de bain évoque très sensiblement celle du Livre II, où Lancelot fait irruption dans celle ci avec l’intention de tuer le roi sur un coup de sang)

De l’effondrement et de l’espoir

Aussi, on l’a vu, ce Livre V est chant de cygne quelque peu macabre pour toute l’œuvre d’Arthur, qui abandonne sa table ronde, mais aussi la chevalerie toute entière, aux mains des opportunistes et des gens médiocres qui peuplent sa cour. L’utilisation abondante de l’absurde (toujours une récurrence dans Kaamelott) est ici d’une ironie plutôt nouvelle, qui donne un ton grinçant à la saison. Alors qu’Arthur plonge droit vers sa fin, on voit se dérouler « le défilé des glandus » avec Yvain et Gauvain chefs de clan dans leur cahute champêtre, Karadoc et Perceval dirigeants des semis-croustillants, Kadoc à la table ronde, etc… L’avènement de l’absurde comme force gravitationnel du royaume semble indiquer sa chute imminente, et pour cause, on voit bien au terme de l’épisode Dies Irae (une merveilleuse façon pour Astier de clore la boucle artistique qu’il avait entamé avec son court métrage du même nom) que la farce absurde du Livre V débouche sur l’enfer inquisiteur du royaume de Lancelot. Les signes d’une fin annoncée (à commencer avec la prophétie annonçant « la fin d’un monde ») sont innombrables, et l’ambiance hivernale qui résonne à travers la saison donne vraiment la couleur du récit.

L’effondrement du royaume s’opère symétriquement à l’effondrement d’Arthur, qui s’isolant de tous, se retrouve seul à seul avec ses démons (qui sont incarnés par Méléagant) et finit par se résoudre à s’ôter la vie. On pourrait presque rajouter un échec au compte d’Arthur, qui serait son incapacité à accepter l’amour que lui offrent volontiers ceux déjà proches de lui, mais qu’il choisit d’ignorer : Guenièvre, Perceval, Bohort. On peut même imaginer qu’un certains nombres de chevaliers et sujets lui ayant toujours été fidèles seraient prêts à le suivre de nouveau : Calogrenant, le Maître d’Arme, etc…

Dans une interview accordée à Artjuice en Novembre 2014, Astier révélait que ce qui lui plaisait dans l’écriture de Kaamelott (et l’écriture en général), c’était de dessiner les contours de personnages tellement faillibles qu’ils en sont réels. La bêtise, la lâcheté, la naïveté, la suffisance, la médiocrité, la violence, sont aussi autant de tares qui donnent aux personnages une consistance humaine. Ce qu’il aime, c’est illustrer des personnages à leur plus faible. Puis, dans les mots de l’imperator, « rétablir la dignité des faibles » et d’en faire des héros insoupçonnés, qui soudainement exploitent leurs vertus et montrent leur vraie valeur : ce peut être la bonté intérieure de Merlin, la loyauté de Perceval, la noblesse d'esprit de Bohort, la force de Léodagan... Or c’est en partie ce que montre ce Livre V à sa fin, et ce qui semble s’annoncer pour la suite. Ne voit-on Bohort tirer le fer pour son roy sauver, alors que Lancelot vient aux bains pour tuer Arthur ? On peut se plaire à imaginer que ce qu’Astier nous réserve pour la suite, c’est l’évolution vers la noblesse de tous ces personnages jusqu’alors illustrés comme étant très faibles. Avec la résistance qui s’organise contre Lancelot, et la disparition dans la clandestinité (évoquée par les dernières scènes de Dies Irae) de tous nos protagonistes, on s’attend à un bond en avant, du médiocre à la chevalerie qui consacrera leur légende.

Arthur lui même, redeviendra un héros. Après ce livre V qui marque la débâcle, il est sans doute possible de voir les débuts d’une faible lumière, qui marque le début d’un renouveau pour les personnages, qui face à eux même, surmonteront leurs faiblesses.

« Désormais, ils sont prêts pour l’aventure… »

Semi-Croustillant
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J'ai tout lu.
C'est vraiment une analyse très intéressante, très fine, et il me semble que j'aurais dit "tout pareil"... En tant que comédienne, je suis plus sur le jeu des acteurs, et sur leur subtilités. Je revois exactement ce que tu dis, quand par exemple Arthur retourne au rocher récupérer Excalibur, et que la Dame du Lac le retrouve. On peut clairement lire ce qu'on appelle dans le théâtre et le cinéma, son "monologue intérieur" on voit clairement son cheminement de pensée jusqu'à ce qu'il prennent cette décision de dire qu'il n'y arrive pas.
Et ce que tu dis reflète vraiment ça, c'est une très belle analyse. Moi je me suis amusée à analyser plutôt le jeu d'acteur comme je disais, mais là, ça complète parfaitement... Bravo :)

Chevalier Pile Poil
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Habituellement, je dois me forcer pour lire pareil pavé, mais là, ça c'est fait tout seul, j'étais bien dedans, avec la B.O de Kaamelott en fond sonore :D c'était chouettos.
Grâce à ton analyse, j'ai pu comprendre quelques détails que malgré mes trouze mille visionnages je n'avais point compris (la fable d’Ésope notamment).
Rien d'autre à ajouter qu'un grand bravo pour avoir rédiger tout cela, ça du te prendre un temps considérable ^^

Edit : La lecture a été tellement longue que j'ai été déconnecté du forum entre-temps :B

Semi-Croustillant
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Mat a écrit :

Habituellement, je dois me forcer pour lire pareil pavé, mais là, ça c'est fait tout seul

Ah mais trop, en voyant le pavé je me suis dis que je le lirai tranquillement en plusieurs fois, pis paf, j'suis arrivée à la fin... ^^

Croustillant
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Je suis ravi d'entendre que la lecture fut aisée. Je me suis réveillée après une sieste de six heures, et je retrouve encore des fautes ici et là, tant j'étais fatiguée, surtout vers la fin. C'est agréable de penser que son analyse permet aux autres de retrouver quelques infimes détails qu'ils n'avaient pas vus. Moi même, j'ai bien peur d'en avoir oublié quelques uns, mais le gros est - je pense - là.

Je m'y connais moins en théâtre, mais j'aimerai essayer, un jour, de faire une lecture de la saison de cet angle de vue très particulier, et notamment en étudiant la façon de filmer, etc...

C'tune pépite cette saison.

Chevalier Allû Ciné
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J'avais 3/4 d'heure devant moi, donc je me suis lancé dans la lecture de ce passionnant "pavé" ! :D

Que dire si ce n'est qu'un grand et immense BRAVO !

Rien à ajouter, c'est très pertinent et cela a du te prendre un temps considérable.

Bravo Avalon ! :fete:

Chevalier aux Pouces Verts
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Ouep il y a quelques fautes de français et/ou de frappes ici et là, mais sur un écrit de cette longueur là et sans relecture extérieure c'est quand même très propre ^^
(si tu veux une relecture/correction, je veux bien m'y coller)
Par contre, c'est "Sire", et pour tous tes "Sir" tu vas t'faire appeler Geoffrey :P

J'ai mis du temps à me lancer, mais j'ai fini par tout lire :P Et ça valait le coup, je t'adresse mes féloches les plus sincères. C'est très complet, effectivement pour des fans hardcores comme nous autres bourrins ici présents, y'a pas de révélations éclatantes mais plutôt des réflexions bien senties :) Mais le tout est vraiment bien ficelé, bien pensé, bien écrit, et on prend plaisir à la lecture :)

Avalon a écrit :

En fait, on pourrait faire de Méléagant cette incarnation de l’échec

Ce qu'on pourrait appeler... une mise en scène de l'échec.
:D

Pour le lien autour du mensonge entre celui d'Arthur et le garçon qui criait au loup, le parallèle est judicieux, mais on pourrait pousser l'idée plus loin en réfléchissant au fait qu'Arthur y joue le rôle du loup et non du garçon/menteur. Et du coup comparer son interprétation du loup avec celle de Méléagant qui, comme tu le dis, affiche clairement son rôle de loup.

Quant au discours d'Arthur à la table ronde et le fait qu'il admette son échec, je pense qu'on peut aussi y voir Arthur en tant qu'homme acceptant également qu'il ai fait quelque chose. Durant toute sa quête il donne l'impression d'être vide, de ne plus croire en lui, etc, tu en parles très bien, et par son énumération (que tu cites) on peut imaginer qu'il admette en plus de son échec qu'il ait donné un sens à sa vie d'homme (et non uniquement de Roi) durant son règne. Et que ceci en plus de son échec lui donne un sentiment de "mission accomplie, j'ai fait tout ce que je pouvais/devais" qui le pousse encore un peu plus vers la fin.

Croustillant
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Parfaitement - ce dernier discours d'Arthur, c'est un peu un dernier bilan de sa vie, où s'il reconnait son échec, il tient à faire remarquer que sa vie n'a pas été vide, mais plutôt tellement dédiée au graal et au royaume, qu'elle n'a pas de sens en dehors de cette quête qu'il a abandonné. Il comprend aussi, que si l'on commence à dire qu'il a rien foutu, sa vie n'a effectivement plus de sens, puisqu'il y a encore cette envie (très chevaleresque) de survivre dans le regard des autres, et à travers les histoires, les mythes...

Pour ce qui est du rôle du loup, on pourrait sans doute dire qu'Arthur est le loup (celui qui finalement compromet l'équilibre du royaume) et le menteur, qui en cache un autre, autrement plus sinistre, incarné par Méléagant. La fable est complexe, et le rôle d'Arthur est ici ambigüe. Si je ne dis pas de bêtise, Méléagant joue au début un mouton, ce qui renforce le côté insidieux du personnage.

Ayant achevé sa contribution à la quête, et ne concevant plus de retourner en arrière, il met alors fin à ses jours.

Je vais faire une petite relecture pépouze, faut juste que je sorte la tête des choux là xD

Chef de Clan
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Félicitations pour ton analyse, c'est super bien écrit et SURTOUT très pertinent. Comme l'a écrit Mat, moi aussi, après de nombreux visionnages, le parallèle avec la fable d'Esope m'avait échappé...
J'imagine que cela a dû te prendre pas mal de temps pour rédiger tout ça... mais s'il te prend l'envie de disserter sur d'autres points, n'hésite pas, c'était super intéressant !

Chevalière Parodisiaque
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Lu et adoré.
Tatie.





Très belle analyse Avalon. Je pense qu'elle pourrait peut être même avoir une place sur le site OEAG, pour tous ceux qui osent pas se taper nos délires de zinzins sur le forum. :b
Le Livre V est teeeeellement mal compris, tellement déprécié à cause de l'effort intellectuel qu'il demande pour en goûter la profondeur, que ton analyse peut servir de tremplin à un re-visionnage en mode "regard tout neuf".

Kaamelott, c'est pas une histoire de gros cons pour des gros cons et ton texte le prouve. Félicitations, c'est de la belle ouvrage :)

Chevalier aux Pouces Verts
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Tatie a écrit :

Je pense qu'elle pourrait peut être même avoir une place sur le site OEAG

J'me suis dit tout pareil :)

Croustillant
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Merciii :)

Récemment j'ai vu cette vidéo là :

Flash required

Et outre l'analyse des premières saisons - qui est très bien - j'ai abhorré sa vision très simple et négative du Livre V qui m'avait pris aux tripes dès la première fois que je l'ai vu. D'où mon envie d'écrire quelque chose à ce sujet.

L'excès d'analyse cinématographique a sans doute embrumé son jugement.

Chevalier Pile Poil
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Nan mais il est bien le Fossoyeur, mais il a rien bité à Kaamelott, c'est tout :D

Chevalière Nebulis Causa
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Ne rien biter et ne pas aimer, ce sont deux choses différentes ;)
J'entends et je comprends le point de vue du fossoyeur, même si je ne le partage pas concernant le livre V, ayant moi même une opinion mitigée du livre VI (et pourtant j'ai bien biter le truc).

Etant un cinéphile il accorde sans doute une importance plus grande aux choix de réalisation que moi qui n'y comprend pas grand chose.

Tribunus Cohortis Bescherellae
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C'est la première vidéo que j'ai vue de lui. Et la seule... :rolleyes:

Croustillant
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Très belle analyse, chapeau bas Avalon :)

Croustillant
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Bon ben j'ai rien à dire.

C'était bien. En tout cas bravo à toi pour cette analyse =)

Semi-Croustillant
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Je trouve ton analyse très pertinente, Avalon, bien construite, bien étayée, c'est vraiment intéressant. Le livre V est, pour moi, le meilleur, j'ai donc pris beaucoup de plaisir à te lire.


Edit :

Je suis en train de regarder (encore...) le livre V, et je me dis que décidément, Lancelot n'a pas de bol...  ou plutôt, qu'il n'arrive pas à s'attacher la confiance de son entourage.

Il est souvent l'élu: l'élu des Dieux, guidé par la Dame du Lac; le préféré d'Arthur, élu bras-droit (même si c'est pas officiel); l'élu de Mélagant, et à travers ce "guide" d'une espèce très spécial, "l'élu des seuls Dieux qui paient le prix du sang versé" .... Mais il ne le reste jamais. On dirait qu'il est dans une sorte de dynamique de l'abandon.


D'abord Viviane, qui, alors qu'il était pressentit pour prendre la tête du royaume de Logres, entreprend son éducation. Mais ça ne se passe pas bien : il n'arrive pas à retenir une routine magique, il est trop difficile... Les dieux l'abandonnent donc.

Le gars Lancelot ne baisse pas les bras pour autant : il décide de faire de sa vie un exemple de droiture, et s'emploie à venir en aide à son prochain, au travers de quêtes diverses. Et surtout, on sent qu'il a besoin de reconnaissance (sans doute une conséquence du fait qu'il a été rejeté par Viviane et les dieux étant enfant):  lorsqu'il sauve Karadoc, il insiste vivement pour que ce dernier pense bien à dire à qui voudra l'entendre, que c'est Lancelot du Lac qui l'a sauvé.

Ensuite, Arthur. Lancelot se donne beaucoup de mal pour se faire accepter, à travers les quêtes faisant office de sélection pour faire partie de la table ronde, et ensuite auprès de son roi, dont il fait, selon lui, "la moitié du boulot". Patatras, ça ne marche pas.  Si Arthur fait appel à lui, c'est par défaut ("vous êtes un peu le seul qui tient debout"), et non pas parce qu'il est un être exceptionnel, ni parce qu'il bosse deux fois plus dur que les autres. Vexé, trop fier et prétentieux pour suivre davantage Arthur dans son désir d'amener la lumière à tous, il quitte Kaamelott.

Le cas de Guenièvre. Lancelot est amoureux de Guenièvre, depuis le premier jour. Pas de bol, il reste désespérément bloqué dans la friend zone. Jusqu'au jour où la belle finit par ouvrir les yeux, et par tomber amoureuse à son tour, ah que c'est beau... Sauf que non. Si Guenièvre finit par céder aux avances de Lancelot, c'est surtout faute de mieux. Son mari la trompe, elle ne se sent plus à sa place au château, et c'est finalement pour ça qu'elle le rejoint. Pas si romanesque que ça, du coup... Pauvre Lancelot, qui s'était préservé pour elle... et qui ne l'aura jamais, en fin de compte. Son amour est tellement étouffant, il a si peu confiance en lui qu'il finit par la perdre. Une fois de plus, ceux en qui il avait le plus confiance, l'abandonnent.

Au plus profond de sa détresse, il est récupéré par Méléagant. Oui mais là encore, ça ne marche pas fort: l'homme en noir tente par deux fois d'éprouver sa loyauté, sa foi dans la cause (en lui faisant assassiner Lionel de Gaunes, mais comme ça ne marche pas... il se rabat sur la marionnette d'Arthur). Méléagant finira par l'abandonner à son tour, voyant que Lancelot n'est pas l'homme qu'il pensait. Et ça touche Lancelot au plus profond : "vous verrez, vous reviendrez, je vous offrirai la tête d'Arthur ! Vous serez fier de moi, vous me féliciterez!" Pauvre Lancelot, il a tellement besoin de reconnaissance, d'être aimé.

Même la dame du Lac l'abandonne une seconde fois, lorsque, mortellement blessé par une flèche, elle refuse de l'aider, parce qu'elle "déteste voir mourir les gens".


Je le trouve résistant le Lancelot. Finalement , il ressemble un peu à Arthur : noblesse de cœur, intelligence, clairvoyance.... dépression, tentative de suicide....  Ah, s'il avait ne serait-ce qu'une toute petite pointe d'humour....

Chevalier Pile Poil
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La différence flagrante entre Lancelot et Arthur c'est que Lancelot c'est un péteux qui s'estime être au dessus des autres (la liste des cons). Arthur lui compose avec TOUTES les bonnes volontés. Le Chevalier qui visiblement ne sait pas ce qu'il fout là, celui qui passe son temps à boulotter, celui qui panne rien à rien, celui qui hurle à s'en faire péter les cordes vocales ou celui qui préféres organiser les festivités bidons que de se concentrer sur la quête divine.
Lancelot il a eu aussi des branquignoles à son service mais il était bien moins patient avec eux "le prochain qui est pas debout à l'aube je le pends à un arbre" et j'en passe.
Bref Arthur c'est le Roi cool, compréhensif, alors que son "bras-droit" est plutôt le genre élitiste.

Semi-Croustillant
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Oui d'accord avec toi, mais justement, pourquoi est il comme ça? Il dit bien "attention, ya les élus, et pis ya les autres".... et Arthur de répondre "ah ouais, et vous faites partie desquels vous?"

Parce que finalement, Arthur a vécu les rejets qui ont jalonné son existence, avec davantage de flegme que Lancelot, qui fait plus aigri. On sent chez Lancelot un vrai besoin d'être L’Élu, le seul, l'unique, celui qu'on aime (un village assailli de brigands, une femme qui se fait tabasser, une poule qui boite... le mec a un vrai besoin de reconnaissance). Arthur voudrait la jouer plus collectif, avec les autres et pour le groupe (la preuve, il délègue tant qu'il peut, et s'il est finalement obligé de tout faire lui-même, c'est uniquement pour rattraper les bourdes de ses incapables de subordonnés). 
Et ça je trouve qu'on le voit beaucoup, quand Lancelot a son propre clan : il est LE chef, il délègue la basse besogne aux autres (construire le camp, charrier des bouts de bois), mais aucune tâche de premier plan. D'ailleurs, il le vit super mal d’être "commandé" par le roi Loth. Parce que le Graal, il veut le trouver tout seul, pour qu'on reconnaisse que c'est LUI le meilleur, LUI qui est ... digne d'être aimé.

Ce qui m'a le plus touché, c'est quand Méléagant l'abandonne à son triste sort, lui  conseillant de reprendre son suicide là où il l'avait interrompu. La réaction de Lancelot est, je trouve, particulièrement émouvante et révélatrice de son besoin de reconnaissance et d'amour : "vous verrez, vous reviendrez, je vous offrirai la tête d'Arthur ! Vous serez fier de moi, vous me féliciterez!".  Pauvre Lancelot.

Edit : D'ailleurs, il est pas si mauvais que ça, le Lancelot. Ya qu'à voir la tronche qu'il fait quand Méléagant lui ordonne de tuer un voyageur, il a l'air dépité, emmerdé. Et ça se ressent dans le petit laïus qu'il fait à Lionel, sur "le mal le vrai, avec son cortège d'absurdité [...] je suis Lancelot du Lac, je n'ai ni bien ni famille, et je tue sans raison"... "tout ceci n'a aucun sens". Un véritable salaud aurait abattu l'homme sans même lui parler. Mais Lancelot a besoin de se justifier, de se convaincre lui-même qu'il est un "méchant", pour coller à l'image que Méléagant attend le lui. Il n'a fait que ça toute sa vie, cet homme-là, essayer de correspondre au mieux à ce qu'on attendait de lui. Il joue un rôle en permanence, un rôle dans lequel il s'enferme (comme avec son histoire de chevalier errant, de pureté... tout le monde s'en tape, mais pour lui c'est important que les gens sachent qu'il est solitaire et pur, noble de cœur).

De la même façon, quand Méléagant lui propose un défi plus simple que de tuer un homme de ses propres mains, Lancelot démontre une fois de plus qu'il est profondément humain. Tuer indirectement Arthur, via la marionnette supposément enchantée, se révèle un acte beaucoup plus aisé; pourtant Lancelot n'y arrive pas, et ce malgré les encouragements de Mélagant (allez-y frappez, avec le couteau de votre père, la dernière chose que la destinée injuste.... votre rival....). Il finit par balancer la marionnette dans le feu, et semble hypnotisé par la scène. J'imagine que dans sa tête, il doit se dire "ça y est je l'ai tué, bordel....". Et ça se sent dans sa façon de demander, d'une toute petite voix, les yeux rivés sur les flammes dévorant son ami "Arthur est mort?"


C'est mon perso préféré, il est torturé, incompris, j'aimerais bien pousser l'analyse plus loin.

Chevalier Feuletonniste
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J'ai enfin lu toute cette analyse. Je voulais la lire à tête reposée et prendre mon temps, du coup je ne l'ai pas fait à l'époque où elle est parue et puis le temps a passé. Mais voilà, c'est fait ! Et je l'ai même lue une deuxième fois pour discuter point par point.

Je ne suis pas littéraire et je n'aime pas les dissertations, mais d'un autre côté j'aime Kaamelott, donc ça compense ! :)

Comme je trouve l'ensemble très intéressant, sans d'ailleurs être surprenant  (l'analyse ne m'apprend pas grand chose, pour moi son intérêt est surtout de mettre de l'ordre dans les idées, de formuler bien mieux que je ne l'aurais fait ma compréhension de la série), je vais surtout émettre quelques remarques ou même critiques (si on veut débattre, il vaut mieux ne pas être d'accord sur tout...)

Dans l'ordre :

Arthur au pied du mur, on verra que le Livre V est avant tout une réflexion sur le pouvoir, le devoir, l’échec et l’effondrement d’un homme et de sa « chute sans fin dans une nuit sans fond ».

Je ne crois pas que le Livre V soit avant tout une réflexion sur le pouvoir, le devoir, etc. Je crois que c'est avant tout un très bon divertissement, et que ce divertissement utilise pour construire son scénario des éléments permettant de mettre en scène des conflits de pouvoir, des dilemmes de dévoir et ainsi de suite. Il utilise des éléments, c'est tout, je ne vois pas bien où il y aurait une réflexion sur le pouvoir. D'ailleurs le premier paragraphe de l'analyse va dans le sens que je viens de dire, je trouve : il montre que l'utilisation de ces éléments pour construire l'histoire est très bien faite, mais il ne cite aucune question ni aucune réponse en lien avec une quelconque réflexion sur le pouvoir. Ainsi, le fait que les personnages s'interrogent sur leur relation au pouvoir n'est pas, en soi, une réflexion sur le pouvoir. Par contre c'est une bonne idée pour enrichir le scénario.

Pour moi, un texte qui serait une réflexion sur le pouvoir, c'est par exemple un texte qui montrerait un souverain tout puissant et pacifiste mais qui, pour conserver ce pouvoir, se laisserait entraîner à la guerre par la pression de son peuple (genre Napoléon III en 1870). Une telle histoire conduirait à se demander si ce souverain absolu détient le pouvoir : en théorie oui, mais en fin de compte, comme son titre est basé sur des plébiscites, il a cédé son pouvoir au peuple (je sais que Rousseau expose ce problème au début du Contrat social et il en parle mieux que moi). Bref, ce genre de problématique me paraît absente de Kaamelott où les luttes de pouvoir servent, parmi d'autres éléments, plutôt à construire un scénario cohérent et intéressant. Selon moi.

Il y a certainement dans l’œuvre d’Astier, l’idée Platonicienne selon laquelle seuls ceux qui se méfient du pouvoir sont assez sages pour se le voir confier – d’où le fait que quiconque compte retirer l’épée du rocher par intérêt échoue sans équivoque.

Et badaboum, mon argumentaire s'écroule ! Donc oui, il y a bien une réflexion sur le pouvoir. Comme quoi je n'ai pas été assez vigilant en regardant la série (mais je maintiens que ce n'est pas avant tout). D'ailleurs l'analyse souligne que Bohort reste le plus sage, ce qui peut donner l'idée de comparer le pouvoir par Léodagan (le plus fort) et le pouvoir par Bohort (le plus sage) : chacun serait catastrophiques bien sûr puisqu'on a besoin des deux qualités. Quand tout le monde était réuni, Arthur faisait cohabiter la force et la sagesse est là, ça marchait.

Incapable de retrouver sa descendance – incapable, même, de retrouver les femmes qu’il a aimé et qui auraient pu lui en donner – Arthur revient à Kaamelott le cœur en miettes, plus abattu que jamais, et convaincu que sa dernière chance d’avoir un sens à sa vie vient de lui échapper.

Il est même incapable de voir qu'il a une femme qui l'aime et qui peut, elle (jusqu'à preuve du contraire en tout cas), lui donner des enfants. La solution est à côté de lui, il ne la voit pas...

les membres du théâtre (dont la nature « réelle » reste très douteuse) le voient eux aussi

Je ne vois aucune raison de douter de leur nature réelle puisque Prisca est parmi eux est qu'elle existe vraiment. Méléagant est un personne non-humain, pas un dieu mais un envoyé des dieux (de certains), et avec une apparence humaine. Donc il peut très bien vivre parmi les humains, tout en cachant sa vraie identité. Pour prendre une analogie, je le vois comme une sorte de Gandalf, et je trouve qu'on peut très bien supposer qu'il fréquente les saltimbanques, simplement aucun d'entre eux ne connaît la vraie nature du personnage.

On découvre, bien entendu, au terme du Livre VI que la réalité est quelque peu plus cruelle, et que ce dernier acte de bonté n’empêchera pas la descente dans l’oblivion pour le royaume de Bretagne, avec l’avènement d’un Lancelot de nouveau manipulé, au pouvoir.

Je pense qu'il ne faut pas tenir compte de ce qui se passe ensuite dans le Livre VI où Lancelot change d'avis beaucoup trop vite (et sans raison valable) pour que ce soit vraiment crédible. Personnellement, je préfère voir le Livre VI comme une saison bonus pour les fans, sinon ça devient incohérent.

Aussi, on l’a vu, ce Livre V est chant de cygne quelque peu macabre

Un peu comme pour dire que Kaamelott est fini. J'ai peur que ce soit vrai...

Bon, finalement j'ai appris pas mal de choses, surtout des petites observations judicieuses comme le fait qu'Arthur ne rencontre que des gens qui sont déçus pour leur métier et par leurs enfants, par exemple. Voilà l'analyse de quelqu'un qui a le sens de l'observation !

Avalon, j'apprécie beaucoup que tu n'aies pas cherché à surinterpréter les choses, genre chercher une signification cachée à tel ou tel élément, ce qui est assez courant dans ce genre d'analyse. Bref, c'était très intéressant et il ne reste plus qu'à écrire une analyse similaire pour les autres livres... :cool:

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Du coup je viens de regarder la vidéo :

Et outre l'analyse des premières saisons - qui est très bien - j'ai abhorré sa vision très simple et négative du Livre V qui m'avait pris aux tripes dès la première fois que je l'ai vu. D'où mon envie d'écrire quelque chose à ce sujet.

Eh bien je l'aime bien, je suis à peu près d'accord avec toute l'analyse. Pour moi le LIvre V est un chef-d'oeuvre, encore plus que les livres précédents, mais je trouve que les critiques des deux derniers livres se tiennent. Quand il dit que l'humour désamorce le drame et vice-versa, il y a par exemple le tirade d'Arthur expliquant qu'il a peut-être raté, mais au moins il a essayé. Était-il vraiment nécessaire que Perceval ajoute « nan mais on est tous des cons » ? Sans la phrase de Perceval, je crois que ça aurait été encore mieux. Mais bon, pour moi ce sont des détails qui n'empêchent pas le Livre V d'être un sommet du genre.

Croustillant
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J'ai tendance à formaliser les choses lorsque j'analyse ce Livre V, parce que je m'attache à l'idée qu'il s'agit d'une production qui aspire à être "davantage" que du divertissement. Astier a mentionné plusieurs fois dans de nombreuses interviews que ce qu'il voulait faire de Kaamelott dépassait le petit délice comique des premières saisons; sans doute voulait-il quelque chose de plus grandiose, de plus dramatique, de plus pompeux aussi, afin de faire passer un message que les artistes se plaisent à dissimuler dans leurs oeuvres - et le changement de format de la série semble tout à fait confirmer ces ambitions de grandeur. Pour autant, le coup du "avant tout une réflexion du pouvoir", je crois que c'est un tic que j'ai chopé sur les bancs de la fac, avec la pression de l'académisme. Effectivement, Kaamelott ne trouve pas sa fin dans la réflexion qu'elle fournit, mais elle en produit une dans la recherche de sa finalisation. En somme, le livre V se veut un condensé de drame et d'humour sur fond de sérieux, et produit de fait de nombreuses réflexions sur les thèmes abordés ci-dessus et bien d'autres...

Pour ce qui est de Méléagant, je ne pense pas qu'on puisse affirmer à 100% qu'il est un messager des Dieux et non un Dieu, puisque les rares sources d'informations brossant un portrait du bonhomme, divergent : ie "Vient, Dieu des morts solitaire"... L'extrait de la prophétie fait résonner l'idée selon laquelle ce mal qui s'abat sur la Bretagne sous la forme de "l'homme en noir" est divin. Je n'affirmerai pas pour autant sec et net que Méléagant est un dieu, puisque comme tu le rappelle, il fait davantage émissaire que avatar divin. Il parait important de noter que les informations divergentes et les paroles de Méléagant lui même ne renseignent jamais complètement sur qui il est vraiment, car c'est après tout le propre de ce personnage d'être mystérieux, et ces quelques bribes d'indices que nous trouvons ici et là servent davantage à étoffer le mystère plutôt qu'à le percer. Bref, c'est un point de détail - mais je préfère ne jamais être catégorique dans mon approche du travail d'Astier, car comme c'est le cas pour bien de chose, nous ne pouvons bien souvent que spéculer sur le fond de l'objet d'étude.

Pour ce qui est du Livre VI, il est possible qu'il ne soit pas une source d'information sûre. Après tout les projets changent, et dans la tête de l'auteur, de nouvelles directions pour la suite de l'oeuvre germent au fur et à mesure qu'elle avance dans sa phase de création. Comme dit, mes réflexions sont purement spéculatives et n'affirment rien, puisque je pars du postulat que l'analyse que je formule ici n'est qu'une interprétation, potentiellement erronée donc.

Enfin c'est du détail tout ça !

Ce qui m'intéresse davantage c'est ce que tu dit sur le désamorçage du drame dans la saison V, plus particulièrement dans la scène pénultième où Arthur siège une dernière fois à la table ronde. Sur le principe, je suis d'accord : jongler entre l'humour et le drame peut prêter à confusion, et faire le coup du pétard mouillé plutôt que de la catharsis. Mais je trouve qu'Astier est plutôt adroit avec cette alternance dans le Livre V, qui souligne davantage la dimension pathétique du récit. Lorsqu'Arthur entame son - poignant - discours sur sa vie et son échec, il attire l'attention de ces sujets qui contemplent une dernière fois le visage de cet homme qui fut leur roi, et qui n'est désormais plus qu'une ombre se raccrochant, pendant une poignée de secondes, à son passé. Nous autres téléspectateurs avons l'occasion de nous remémorer l'épopée Kaamelottienne qui gît derrière nous. Et lorsque Perceval brise le silence que suscite le lancinant memento d'Arthur, c'est simplement pour rappeler, qu'à cette table ronde, il n'y a que des cons qui regardent silencieusement celui qu'ils suivaient autrefois, l'air de comprendre presque, que la gloire d'antan est révolue, et que désormais, ils sont davantage des enfants jouant aux chevaliers, que de vrais serviteurs du graal et de Dieu. La scène ne m'a pas fait rire du tout. Au contraire, je l'ai trouvé excessivement triste, comme si, au fond du fond, au paroxysme de notre histoire, Perceval (en bon et lucide porte parole des braves benêts) montre qu'il a très bien compris que lui et tous les autres n'étaient que des pauvres âmes errantes sans bien de valeur, loin de la lumière émanant du Arthur d'autrefois. L'homme qui avoue sa médiocrité, qui l'admet, et qui dirait presque "Nan mais sire, on dit ça, c'est pour déconner, hein. Vous voyez bien que c'est pas sérieux ce qu'on fait là... Vous avez bien vu que Karadoc il porte un bol en guise de couronne sur la tête..." C'est un grand moment de dénouement selon moi - le fin fond de la farce macabre qui virevolte autour d'Arthur plongeant en enfer sur une note d'absurde

Chevalière Parodisiaque
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Avalon, je t'avais déjà mis "A" pour l'analyse primitive, mais je te mets A++ pour ça :

Avalon a écrit :

Ce qui m'intéresse davantage c'est ce que tu dit sur le désamorçage du drame dans la saison V, plus particulièrement dans la scène pénultième où Arthur siège une dernière fois à la table ronde. Sur le principe, je suis d'accord : jongler entre l'humour et le drame peut prêter à confusion, et faire le coup du pétard mouillé plutôt que de la catharsis. Mais je trouve qu'Astier est plutôt adroit avec cette alternance dans le Livre V, qui souligne davantage la dimension pathétique du récit. Lorsqu'Arthur entame son - poignant - discours sur sa vie et son échec, il attire l'attention de ces sujets qui contemplent une dernière fois le visage de cet homme qui fut leur roi, et qui n'est désormais plus qu'une ombre se raccrochant, pendant une poignée de secondes, à son passé. Nous autres téléspectateurs avons l'occasion de nous remémorer l'épopée Kaamelottienne qui gît derrière nous. Et lorsque Perceval brise le silence que suscite le lancinant memento d'Arthur, c'est simplement pour rappeler, qu'à cette table ronde, il n'y a que des cons qui regardent silencieusement celui qu'ils suivaient autrefois, l'air de comprendre presque, que la gloire d'antan est révolue, et que désormais, ils sont davantage des enfants jouant aux chevaliers, que de vrais serviteurs du graal et de Dieu. La scène ne m'a pas fait rire du tout. Au contraire, je l'ai trouvé excessivement triste, comme si, au fond du fond, au paroxysme de notre histoire, Perceval (en bon et lucide porte parole des braves benêts) montre qu'il a très bien compris que lui et tous les autres n'étaient que des pauvres âmes errantes sans bien de valeur, loin de la lumière émanant du Arthur d'autrefois. L'homme qui avoue sa médiocrité, qui l'admet, et qui dirait presque "Nan mais sire, on dit ça, c'est pour déconner, hein. Vous voyez bien que c'est pas sérieux ce qu'on fait là... Vous avez bien vu que Karadoc il porte un bol en guise de couronne sur la tête..." C'est un grand moment de dénouement selon moi - le fin fond de la farce macabre qui virevolte autour d'Arthur plongeant en enfer sur une note d'absurde

Et sans l'éclair de lucidité de Perceval, je me serais tiré une balle et j'aurais rejoint le clan des "j'aime pas le Livre V". En l'absence du perpétuel et bienvenu (en ce qui me concerne) désamorçage, la saison V aurait viré au drame pathétique du mec qui creuse sa tombe à chaque pas qu'il fait. Bref, le truc que je déteste genre Braquo "Hé, vous croyez que ça va mal pour moi ? Partez pas, ça va être pire", et là, je crie "aux chiottes !" ;)
C'est vraiment la force du Livre V de ne pas nous donner le temps de nous poser confortablement dans la tristesse ou le rire. Le Livre V est une montagne russe. Merci patron. :D

Chevalier Pile Poil
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J'aime bien quand il cause Avalon, c'est toujours beau :cool:
D'un autre côté, quand tu passes après lui, t'as l'air d'un fenouil quoi.

Tribunus Cohortis Bescherellae
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Enfin toi t'as toujours l'air d'un fenouil, alors... :rolleyes:

Un jour je lirai ce topic. Un jour. :| :b

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