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Prologue

Mot de l’auteur : Ce chapitre commence après qu’Aconia ait refusé d’épouser Arthur — livre 6, épisode 5 —.
À peine, l’amoureux éconduit fut-il sorti de la superbe demeure qu’on frappa à la porte. Drusilla la gouvernante alla l’ouvrir d’un pas excédé, estimant à tort qu’Arthur avait dû oublier quelque chose.
― Qu’est-ce qu’il y a encore ? dit-elle d’une voix blasée. Vous êtes décidément aussi con que ce que je pens...
La domestique ne finit cependant pas sa complainte en s’apercevant que ce n’était pas Arthur qui se tenait devant elle, mais un homme encapuchonné et au regard farouche : Méléagant. Celui-ci pencha la tête sur le côté, avant de s’exprimer.
― Belle de nuit.
― Pardon ?
― Ce sont de petites fleurs rouges, qui ont la particularité de se fermer le jour, afin de se protéger du soleil et ne s’ouvrent que dans l’obscurité. Mais, je conçois que vous ne les connaissiez pas, car elles proviennent de pays lointains.
― Je sais ce que c’est, vous voulez en vendre. C’est ça ?
― Allez dire les trois mots « belle de nuit » à votre maîtresse… rien de plus, rien de moins. Pendant ce temps, je vous attendrai ici.
― Ben voyons, encore heureux. Je ne vais pas vous laisser entrer pour que vous piquiez un truc ! D’ailleurs monsieur « je sais tout », apprenez que cette demeure est celle des Aconii et que la maîtresse de maison s’appelle Aconia Minor — mineur — ; or son frère jumeau Aconius Maior — majeur — fut un grand général et c’est lui qui rapporta les belles de nuit à Rome, il y a treize ans. Ça t’en bouche un coin… Hein, mon gars !
― C’est à croire qu’on en apprend tous les jours, indiqua Méléagant en souriant de manière un peu forcée. Et pour ma requête ?
― On n’en veut pas de tes fleurs. Si tu en avais une charrette entière, on pourrait s’en servir pour donner une teinte rouge à des vêtements, ce qui est très recherché. Mais manifestement, tu n’en possèdes pas, déclara Drusilla en examinant la rue à la recherche d’un éventuel véhicule rempli de fleurs.
― Faites ce que je vous ai demandé et dites simplement les trois mots « belle de nuit » à vous maîtresse ? Elle comprendra.
La domestique haussa les épaules, ferma la porte au nez du visiteur, puis s’exécuta en ronchonnant. Mais contrairement à ce qu’elle avait anticipé, Aconia se présenta immédiatement et seule à son « invité surprise ».
― Il n’y a que mon mari qui me surnomme ainsi. Vous le connaissez ? C’est lui qui vous envoie ?
― En quelque sorte.
― Et qui êtes-vous ?
― La réponse à vos longues nuits.
― C’est à dire ? demanda Aconia avec un soupçon d’inquiétude.
― Pour les fleurs désavouées qui craignent la lumière, les ténèbres sont une bénédiction et le seul moyen de forcer leur funeste destin. Dans votre cas, il s’agit d’un événement que vous attendez depuis longtemps et qui est maintenant à votre portée, je parle de celui qui vous permettrait d’enfanter, étant donné que je suis en mesure de vous faire revenir votre mari : le naïf, mais fidèle Manius.
Immédiatement après ces propos, une vingtaine de garçons et de filles d’environ cinq ans et à l’aspect fantomatique apparurent dans la pièce. Ils se mirent à rire et jouer sans s’apercevoir de la présence des deux adultes. Aconia les appela, mais aucun ne lui répondit, puis ils prirent ensemble un air mélancolique, avant de disparaître dans un brouillard orangé. La maîtresse de maison resta bouche bée face à cette apparition, comprenant que le sorcier en face d’elle avait d’immenses pouvoirs.
Il y eut un moment de silence où les deux protagonistes se toisèrent d’un regard noir. Finalement, Aconia demanda à Méléagant de la suivre dans le salon où ils purent s’asseoir et s’exprimer plus à leur aise. « Enfin, une solution à mon problème. Mais si ce sorcier est la réponse à mes prières, il semble en savoir beaucoup sur moi, peut-être trop » estima à juste titre la femme du Monde.
― Combien ?
― L’argent ne m’intéresse pas.
― Alors, que voulez-vous ?
― Un service. Pour fédérer la Bretagne, Arthur devra trahir Rome, mais surtout se marier avec la fille du roi de Carmélide, une nommée Guenièvre ; or je désire qu’ils ne consomment jamais cette union.
― Et en quoi puis-je vous aider à atteindre cet objectif ?
― Je voudrais que vous fassiez simplement promettre à Arthur de ne jamais coucher avec elle ?
― Une promesse de sa part ? C’est tout ce que vous me demandez ?
― Mais oui, ma chère... Si vous vous en sentez évidemment capable.
La remarque insidieuse du sorcier toucha l’orgueil de la maîtresse de maison, ce qui lui fit hausser le ton.
― Apprenez que dans ma jeunesse, les hommes venaient s’entretuer dans l’espoir de m’impressionner, jusque sous mes fenêtres. Alors une promesse !
― Je le sais bien, répondit Méléagant avant de regarder négligemment sur sa droite, puis sa gauche et de n’y trouver personne pour obéir à ses caprices. Aconia ne put nier être maintenant seule, mais heureusement pour elle, son esprit était toujours aussi vif.
― Pour que je fasse promettre à Arthur de ne jamais coucher avec cette Guenièvre, je vais devoir revenir sur ma parole et accepter sa proposition de mariage ; or j’ai déjà un époux et Rome n’autorise pas la polygamie. Si je m’unissais avec Arthur, ce serait secrètement, mais même dans ce cas, cela me ferait prendre certains risques. Si cela s’ébruitait, Manius ou n’importe quelle grande famille serait en droit de me mettre au ban de la bonne société, ou pire.
Méléagant haussa les épaules, puis s’exprima avec un air rassurant.
― Sur ce point, vous n’aurez qu’à dire à Arthur la vérité : votre mariage avec lui devra être secret, sans quoi votre réputation, voire votre vie, pourrait être mise en danger. Mais ne vous inquiétez pas pour ces détails, car ce petit jeu ne devrait durer que quelques jours, le temps que votre ancien élève soit nommé Dux Bellorum ― chef de guerre ― et muté en Bretagne… pour remplacer Manius.
― Pardon ?
― Quoi ? Vous ignoriez ce détail ? Sallustius, l’éminence grise de César avait gardé cet argument en réserve, au cas où vous auriez refusé de former Arthur à devenir officier. Je m’étonne qu’il ne vous ait rien avoué, quand vous avez accepté de lui obéir, dit le sorcier avec un air malicieux.
― Peu importe, indiqua la maîtresse de maison, avant de se mordre les lèvres afin de ne pas montrer son désarroi. Après quelques secondes de réflexion, la belle Romaine se recoiffa et prit une grosse inspiration, ce qui mit en avant sa poitrine.
― Donc, vous voulez que je me marie secrètement avec Arthur, en échange de la promesse qu’il ne couche jamais avec cette Guenièvre, sa future épouse publique. En échange, Manius, coincé en Bretagne, me sera rendu. C’est bien ça ?
― Vous êtes une vraie Aconii, dit Méléagant en comprenant que son interlocutrice avait assimilé les principaux paramètres de sa proposition.
― J’ai l’impression de ne pas avoir le choix, dit la maîtresse de maison sur un ton langoureux.
Aconia avait l’habitude de faire semblant de se poser en victime, afin de mieux négocier dans un second temps ― quitte à user de ses charmes ―, mais son invité ne tomba pas dans le piège.
― Ma chère, je suis aveugle à vos gesticulations inutiles, alors évitez de me faire perdre mon temps. Vous êtes à la croisée des chemins et deux possibilités s’offrent à vous… tant que je me trouverais entre ces murs. Soit vous me rendez ce service, vivrez avec Manius et vos éventuels enfants, soit vous mourrez seule dans votre palais, avec l’autre cerbère pour vous tenir compagnie. À vous de choisir aussi judicieusement que rapidement.
Aconia accusa le coup, puis se leva et marcha un peu, afin de mieux recentrer sa pensée, car même si la proposition était tentante, elle paraissait aussi suspecte que dangereuse. Il fallut plusieurs minutes à la maîtresse de maison pour se décider et un élément clé fit pencher la balance : Manius étant parti pour la Bretagne il y a treize ans, elle était maintenant une femme d’âge mûr, d’où le fait qu’elle ne pouvait attendre plus longtemps pour enfanter.
La Romaine allait accepter, quand Drusilla entra dans la pièce et déposa sans manières un plateau de fruits, entouré de petites fleurs rouges... Les biens nommées belles de nuit.
― Tenez. Comme vous semblez être de vieux amis, j’ai pensé que cela vous ferait plaisir.
― Merci, Drusilla, tu peux nous laisser, indiqua Aconia sur un ton sec.
― Au contraire, répondit Méléagant en riant et en tapant des mains. Je suis sûr que cette brave gouvernante voudrait savoir pourquoi sa parfaite maîtresse romaine est sur le point de trahir ses principes.
― Drusilla, sors de cette pièce... C’est un ordre.
Comprenant que les négociations étaient beaucoup plus importantes que ce qu’elle avait imaginé, la domestique s’exécuta sans dire un mot. Une fois seule avec son invité, Aconia s’exprima sur un ton plus apaisé.
― Manius vous a-t-il parlé de mon passé ? De mon éducation, la plus rude et la plus complète du monde romain. Sachez que j’ai été formée à ne jamais montrer mes émotions, même quand l’Empire m’a enlevé mon mari ou que mon frère jumeau est mort.
En entendant cela, Méléagant prit un air songeur, mais laissa Aconia s’exprimer.
― Je vais vous dire un secret : je suis fatiguée d’être forte. J’ai enduré plus que ma part de souffrance dans ce monde et tout cela pour quel résultat ? Ne jamais avoir d’enfant... la grandeur de Rome ? Non, je préfère encore mourir. Bénis soient les empereurs qui se suicident aux bains, car ils ont compris que la vie n’avait pratiquement pas d’utilité, une descendance peut-être, un petit bout d’éternité.
― Je compatis à votre douleur, mais il me faut une réponse. Acceptez-vous mon marché ? demanda Méléagant de sa voix aussi douce qu’inquiétante.
C’en fut trop pour Aconia, qui ne put résister à la proposition de Méléagant plus longtemps.
― Oui, finit-elle par balbutier.
Le sorcier sourit et s’accorda quelques secondes avant de s’exprimer.
― Évidemment, à l’instant où Arthur consommera son union avec Guenièvre, notre pacte sera rompu et Manius vous sera repris, ainsi que les enfants que vous pourriez avoir avec lui… ou d’autres.
― Quoi ? Il n’en est pas question ! indiqua Aconia.
Méléagant tendit la main vers le plateau de fruits, comme pour prendre une pomme, mais préféra au dernier moment se saisir d’une belle de nuit.
― Parce que tu crois être en mesure de t’opposer à ma volonté ?
À peine le sorcier avait-il prononcé ces paroles, que la petite fleur aussi rouge que fermée qu’il tenait entre ses doigts noueux se fana instantanément. Aucun mot ne sortit de la bouche d’Aconia et seule la possibilité de glaner quelques informations sur son dangereux interlocuteur lui permit de s’exprimer.
― Nous avons un accord et je le respecterai… Mais comme preuve que l’éducation romaine est la plus complète du Monde connu, je voudrais vous poser une question.
Méléagant se redressa sur son siège, car sa sagacité intellectuelle n’avait pas été ainsi stimulée depuis fort longtemps et il invita Aconia à s’exprimer, par un geste vif de la main.
― Vous souhaitez qu’Arthur ne consomme jamais son mariage avec cette Guenièvre, mais est-ce afin qu’il n’ait jamais d’héritier ou qu’il en ait un avec une autre femme ?
― Oui, je perçois à travers votre réflexion, les raisons pour lesquelles Rome a su étendre son Empire si loin, car vous avez été manifestement bien formée. Mais jeune prométhéenne, je ne vous répondrai pas, sans quoi il me faudrait rompre notre accord… et vous tuer.
Il fallut un effort presque surhumain à Aconia pour qu’elle se retienne de poser une autre question, liée à la possibilité que cet étranger soit le responsable de la nomination de Manius en Bretagne, réalisée il y a treize ans. Il y eut un long moment de silence où la maîtresse de maison eut le temps de se calmer et de mesurer les risques inconsidérés que le sentiment d’injustice dont elle était victime pourrait la forcer à prendre.
― Avez-vous d’autres questions ? demanda Méléagant.
La « parfaite épouse romaine » baissa la tête et le sorcier se permit quelques remarques.
― Avant de partir, j’aurais deux choses à vous dire. Sachez d’abord que, si vous aviez refusé ma proposition, je vous aurais éliminée avec votre servante… pour qui j’ai le plus grand respect, indiqua Méléagant juste assez fort pour que celle-ci ― cachée derrière un mur ― puisse l’entendre.
― Je comprends, répondit Aconia.
― Et surtout, n’oubliez pas que la confiance n’exclut pas le contrôle.
― Je m’en souviendrais aussi sûrement que votre nom, si vous me l’aviez indiqué.
― Vous pouvez m’appeler Némésis, comme la déesse de la vengeance... celle à laquelle on ne peut échapper.
Sur ces mots, Méléagant fixa intensément la malheureuse, puis se leva et allait partir quand il s’adressa à elle de sa voix aussi douce qu’inquiétante.
― Un dernier détail. Il existe une chance qu’une fois qu’Arthur soit couronné, il veuille vous contacter, voire essaie de vous ramener en Bretagne. Je crains qu’à cette occasion, il ait connaissance de mon existence ou de notre pacte. Cela également, romprait notre accord.
― Vous m’avez indiqué que pour devenir roi de Bretagne, Arthur devrait trahir Rome. Dans ces conditions, je doute qu’il prenne ce genre de risques.
― J’ai peur que vous sous-estimiez les sentiments qu’il vous porte. Le mieux serait que vous quittiez la ville.
― Je vois, déclara Aconia avant de réfléchir quelques instants. Mon mari est d’origine macédonienne et il a toujours voulu que nous allions vivre là-bas. Dès son retour, nous partirons aussi secrètement que définitivement pour cette région… où, parait-il, l’obscurité est si profonde, que les belles de nuit ne s’y ferment jamais, même en plein jour.
― Soit, indiqua Méléagant, avant de sortir de la résidence d’un pas traînassant.
Une fois seule, Aconia trembla de tout son corps pendant plusieurs secondes, avant de pouvoir enfin s’exprimer.
― Drusilla, viens vite puisque tu nous as entendus. Il faudra que la maison soit propre pour mon mariage secret avec Arthur.
― Ne vous inquiétez pas pour cela, mais allez donc vous reposer un peu, car il est évident que ce visiteur vous a nerveusement épuisé.
― J’essayerai de dormir, mais je veux ta parole que les préparatifs seront finis avant que les belles de nuit ne se ferment. Le moindre détail pourrait permettre à Arthur de se douter de quelque chose.
― Pour cela, vous pouvez me faire confiance. Au fait, qui est ce Némesis exactement ?
― Un être qu’il te faudra oublier dès ce soir.
― C’est à dire, insista la servante ?
N’importe qui d’autre à la place de Drusilla aurait obtenu une fin de non-recevoir, mais les liens de fidélité qui unissaient la gouvernante à sa maîtresse obligèrent cette dernière à une réponse sans détour.
― Soit, je vais te l’expliquer. Ce puissant sorcier est responsable de la mutation de Manius en Bretagne et il tient en son pouvoir Sallustius et peut-être César, qu’ils en aient conscience ou non. Arthur est la victime d’un complot qui est lié à sa descendance et à la Bretagne, même si j’en ignore la raison ou les détails. J’ai passé un accord secret avec Némesis, consistant à faire promettre à Arthur de ne jamais coucher avec sa future épouse bretonne. En échange de ce service, Arthur remplacera Manius au mur d’Adrien et nous irons tous vivre cachés en Macédoine.
― Incroyable, moi qui ai pris ce visiteur pour un clodo. Je l’ai traité comme, comme…
Aconia attendit en vain que Drusilla finisse sa phrase. Finalement excédée, la maîtresse de maison continua ses explications d’une voix monocorde.
― J’ai honte d’avoir cédé à son chantage, mais dans le cas contraire il nous aurait éliminées. Je dois partir du principe que ce sorcier peut revenir pour nous assassiner n’importe quand, mais c’est le genre d’exercice où nous autres Aconii excellons ? Si seulement j’avais eu plus de temps pour réfléchir à une stratégie, ragea Aconia.
― Donc, vous allez lui obéir sans rechigner ?
― Hélas, je n’ai aucun moyen de m’opposer à ses pouvoirs magiques.
― Mais qui est-il en réalité ?
― Je l’ignore. La réponse à mes longues nuits et c’est tout ce que j’ai besoin de savoir.
La gouvernante fixa sa maîtresse dans les yeux quelques secondes, car le principe de la supériorité de Rome sur le reste du Monde venait dans son esprit de s’effondrer.
― Les Aconii sont l’orgueil de la cité et c’est la raison de ma fidélité envers votre famille ; or je suis choquée que vous cédiez si facilement.
― Et ?
― Je n’apprécie pas Arthur plus que ça, mais j’ignore si je pourrais me taire, maintenant que j’ai appris que ce Némésis complotait contre lui. À peine sera-t-il nommé roi de Bretagne, qu’il mettra enceinte une autre femme, ce qui causera sa perte.
― Tu ne vois pas l’avenir que je sache. Beaucoup de choses pourraient ralentir ou faire échouer ce Némésis, car Arthur est un chef très capable, c’est moi qui l’ai formé et il percevra le piège. Mais au fait, tu serais prête à tout sacrifier pour le prévenir ? À me trahir ? Parce que le sorcier nous exterminera sûrement pour cela et attendre le retour de Manius n’aura servi à rien.
― Je tiendrai ma langue le plus longtemps possible, mais…
― Cela me suffira. De toute manière, je n’ai plus le choix, indiqua Aconia en lui coupant la parole.
Sur ces mots, les deux femmes se séparèrent ― afin de préparer la venue d’Arthur ―, conscientes l’une comme l’autre que leurs rapports ne seraient plus jamais les mêmes.


Chapitre 1

Mot de l’auteur : Le reste de l’œuvre commence après le livre 6, dans la villa de Manius en Macédoine, alors qu’Arthur se cache à Rome.
— J’ai demandé la demeure qui respirait le plus la joie de vivre et on m’a indiqué aussitôt votre palais.
C’est par ces mots que se présenta Méléagant à Aconia, qui malgré les années était restée très belle. Immédiatement, cette mère se précipita vers l’une des fenêtres de sa grande demeure, puis appela ses trois garçons et Manius, qui la rassurèrent aussitôt en lui expliquant qu’ils ne faisaient que jouer tranquillement. Ensuite seulement, elle approcha d’un pas hésitant vers cet étrange pèlerin, puis l’invita à entrer dans sa villa macédonienne.
— La cerbère n’est pas là ?
— Non, répondit Aconia en plissant les yeux. Elle a disparu le jour où mon mari est revenu de Bretagne.
— La morale peut faire réaliser des choses bien stupides aux personnes qui en sont dotées.
Ces propos confirmaient les pires déductions d’Aconia : Drusilla avait jadis voulu prévenir Arthur, mais Méléagant l’en avait empêchée.
Il fallut quelques secondes à la maîtresse de maison pour se ressaisir, mais celle-ci ne poussa pas un cri et ne versa aucune larme, car l’ancienne Romaine savait que montrer le moindre signe de faiblesse la ferait passer pour une interlocutrice pathétique, ce qui lui serait fatal… comme à ses proches.
— Que voulez-vous, la fidélité à ses limites. Vous ne souhaitez toujours pas me donner votre nom ?
À ce moment, il y eut un flottement dans la conversation et le regard insistant du sorcier força Aconia à baisser les yeux.
— Je continuerai donc à vous appeler Némésis… Au fait, Arthur ne m’a jamais contactée.
— Nous savons cela, le fait que vous soyez en vie en est d’ailleurs la preuve.
— Dans ce cas, puis-je humblement connaître la raison de votre venue ? dit cette mère d’une voix douce, tout en cherchant discrètement ses enfants du coin de l’œil.
— Simple visite de courtoisie.
Aconia pencha la tête sur le côté, en s’apercevant que son invité lui mentait effrontément. Puis s’estimant perdue, elle se laissa tomber sur une chaise.
— J’ai finalement échoué, n’est-ce pas ? Arthur a couché avec Guenièvre et vous allez m’exécuter avec toute ma famille.
— Allons, calmez-vous. Si j’avais voulu vous tuer, je n’aurais pas pris la peine de vous parler.
« Il aurait tenu sa parole pendant tant d’années, j’en doute », estima à tort Aconia. Celle-ci but un peu d’eau, puis ayant conscience qu’elle pourrait être surprise par son mari ou ses enfants voulut savoir pourquoi ce sorcier était venu la voir, pour qu’il parte au plus vite — ou la tue —. Dans ce but, elle élabora instinctivement une stratégie, basée sur l’humour afin de tenter de le déstabiliser.
— J’ai eu la peur de ma vie.
— À cause de moi ?
— Non, à l’époque… quand j’ai vu Arthur passer la porte de mon ancienne demeure romaine et qu’il a appris qui était Manius, mon cœur a failli lâcher. L’explication qui en aurait découlé serait entrée dans les annales.
— Oui, cela n’aurait pas manqué de piquant, indiqua Méléagant sur un ton amusé. Heureusement qu’Arthur était prêt à tout pour vous...
— Et qu’il l’est toujours, déclara Aconia en coupant la parole à son interlocuteur et en se forçant à prendre un air narquois. Mais faisons un petit jeu et laissez-moi deviner la véritable raison de votre présence ici ?
— Pourquoi pas, répondit Méléagant qui retrouva son calme en un instant.
— Le sénateur Sallustius a appris que vous l’aviez manipulé et il arrive pour me tuer ?
— Cela lui serait difficile. Certains Prétoriens n’ont pas du tout apprécié la perte du territoire breton et il fut discrètement assassiné avec son homme de confiance, dès son retour à Rome. Vous l’ignoriez ?
— Je suis désolée, mais mon mari et moi-même détestons l’Empire et faisons ce que nous pouvons pour nous en éloigner.
— Nous savons cela et permettez-moi de vous dire que c’est un choix judicieux.
Après un moment de réflexion, cette icône de la parfaite épouse osa formuler une autre possibilité.
— Arthur ne me cherche pas forcément, mais il est peut-être en visite à Rome ?
— Oui, répondit Méléagant en souriant, satisfait de constater que son interlocutrice n’avait rien perdu de sa vivacité d’esprit. Notre accord aussi simple que secret est donc toujours d’actualité : le retour de votre premier mari, le général Manius, contre le fait qu’Arthur ne couche jamais avec son épouse appelée Guenièvre. Le problème n’est pas là.
À ces mots, Aconia remercia à voix basse les Dieux et se sentit beaucoup plus à l’aise, peut-être même trop, car son désir de connaître les motivations de Méléagant en faisant appel à sa sagacité intellectuelle allait lui faire prendre des risques inconsidérés.
— J’ai toujours pensé que vous étiez le responsable d’une sorte de complot seulement contre Arthur, mais j’en suis moins sûre à présent.
— Vous ne m’en croyez pas capable ?
— Si, justement. De toutes évidences, vous le haïssez, mais à votre place je l’aurais tué il y a longtemps.
— Et qu’en déduisez-vous ?
— À la lumière de notre conversation, je m’aperçois que vous avez rencontré certains problèmes. Pour votre projet, il fallait qu’Arthur couche avec une autre femme que Guenièvre et tombe enceinte, mais quelque chose vous a retardé. Peut-être fallait-il l’affaiblir psychologiquement afin qu’il ne se doute de rien, à moins que cette mystérieuse génitrice ait refusé de vous obéir. Quoi qu’il en soit, cet obstacle a été levé récemment et votre complot arrive dans sa phase finale, d’où votre désir de vous assurer que je resterais sagement dans l’ombre, à moins que ce soit une sorte de caprice de votre part. Le plaisir sadique de prouver votre supériorité sur une Aconii ?
— Un mot de plus et je massacre ton mari et tes enfants sous tes yeux, dit le sorcier d’une voix impérative.
Comprenant qu’elle avait vu trop juste dans le jeu de son dangereux interlocuteur et se sentant perdu, son sang ne fit qu’un tour et Aconia se tut immédiatement. Après un long silence et constatant que Méléagant s’impatientait, elle l’invita à s’exprimer par un geste docile de la main.
— Si je suis venu, c’est parce qu’Arthur a perdu son trône et effectivement il est revenu à Rome en tant que clochard.
— Au nom de tous les Dieux, en quoi cela me concerne ? dit Aconia qui aurait donné n’importe quoi pour que cesse cette conversation.
— Faute de mieux ou par nostalgie, il dort parfois, dans votre ancienne demeure.
— Et ?
— La curiosité ou la faim pourrait le pousser à venir jusqu’ici. Dans ce cas, vous devrez vous suicider, faute de quoi je vous massacrerais tous.
— Oui, bien sûr répondit la maîtresse de maison au bord de la crise de nerf.
— Je vous trouve émotive pour une Aconii. Au fait, il est inutile de vous inquiéter par rapport au fait que nous puissions être surpris, car votre famille est en mon pouvoir et continuera à jouer gentiment, sans risque de nous déranger.
— Vous auriez pu le dire plus tôt ! déclara Aconia qui commençait déjà à se calmer.
— J’ai oublié, mentit Méléagant… Je crois que je vais partir à présent. Avez-vous des questions ?
Une fois rétablie de ses émotions, une possibilité traversa l’esprit d’Aconia.
— Et si ce n’était pas Arthur qui venait à moi, mais Guenièvre ou un de ses enfants ?
Méléagant sourit à la formulation pleine de sous-entendus de son interlocutrice, ce qui — pour prouver sa supériorité — le força à lui répondre.
— Les conséquences seraient identiques, je devrais vous exterminer. Est-ce clair ?
— Limpide, Némésis.
Le sorcier fixa quelques instants la maîtresse de maison avant de se lever et de partir de son pas traînassant.
Immédiatement après, Aconia rejoignit son mari et ses enfants qu’elle sera fort contre son cœur, alors qu’ils retrouvaient leur esprit. Une seule question la tracassait déjà « quand j’étais à Rome, avais-je pris la bonne décision en obéissant à mon pire ennemi » ?

Chapitre 2

« Libre, je suis maintenant le maître de ma destinée » aimait à se rappeler Arthur, car paradoxalement, il appréciait sa situation. Rome, cette ville qui s’enfonçait chaque jour un peu plus dans la déchéance et la violence reflétait son état d’esprit. L’ancien souverain estimait avoir suffisamment et servilement servi les divinités invisibles, qui pour tout remerciement l’avaient empêché d’engendrer une descendance — idéalement avec Aconia —. N’importe qui aurait regretté de ne plus être un élu des Dieux ou diriger la quête du Graal, mais pas lui. Le sentiment d’injustice dont il avait été victime tout au long de son existence était resté en Bretagne et maintenant, il aspirait à finir son existence en vivant au jour le jour. Le seul travail permettant de subvenir à ses besoins de logement ou de nourriture consistait à vider les latrines ou nettoyer les rues pour quelques pièces, mais Arthur, qui se faisait appeler Cinghiale — sanglier en romain — s’en moquait.
Un détail cependant le harcelait depuis quelque temps : un rêve récurrent. Dans celui-ci, il se voyait debout et avec deux Excalibur flamboyantes, une dans chaque main et les observait à tour de rôle. Au bout d’un moment, il réfléchit aux différentes interprétations de cet encombrant compagnon de son sommeil, mais n’en trouva aucune.
Les jours passaient ainsi et seul Vénec, qui connaissait la véritable identité de Cinghiale venait le voir régulièrement et avait conscience de la déchéance de son ami. Arthur se lassait d’ailleurs de plus en plus de ses insistantes demandes : « non », il ne cherchera pas de l’aide auprès de ses anciens compagnons d’armes, de Guenièvre ou d’Aconia, son orgueil le lui interdisant. Il ne voulait même pas savoir ce qu’ils devenaient.
C’est lors d’une de ces visites que les deux amis allèrent étancher leur soif dans une taverne, avec la ferme intention de finir la soirée avec quelques filles faciles. C’est en entrant dans un de ces tripots, qu’Arthur crut reconnaître Aconia, mais comme il ne l’avait pas vu depuis des années, il voulut s’en assurer.
— Toi ?
— Excusez-moi, mais qui êtes-vous ? répondit la prostituée.
— Cinghiale, pardon Arth...
— Vous en avez également l’odeur, si je peux me permettre, lui indiqua la jeune femme en lui coupant la parole.
Arthur dut admettre sa méprise — ce n’était pas Aconia —, mais le simple fait de percevoir ses traits donna un peu de répit à son esprit tourmenté.
— Excusez-moi, je me suis trompé.
— Ce n’est pas grave, mon mignon déclara celle qui avait une belle de nuit dans les cheveux. Au fait, vous n’avez pas le regard vide des habitués, dit-elle en fixant son interlocuteur d’un air observateur.
— C’est parce que je suis heureux.
— À cause de moi ?
— Entre autres raisons, indiqua Arthur avec un léger sourire.
— Un conseil : je ne connais aucune crasse qui ne s’enlève ou d’odeur qui ne disparaisse avec un bon bain.
— Surtout pas, ce sont mes meilleurs alliés. Je dirais même qu’elles font partie de moi et me protègent, contre mes invisibles ennemis : la beauté, la noblesse, voire la chevalerie.
— Je vois, vous seriez plutôt du genre à culbuter les filles entre deux caniveaux sans vous poser de questions ?
— Exactement, répondit le sanglier, comme si cette révélation fut le but de son existence.
— Pour trois pièces de cuivre et quelques verres, je pourrais presque me laisser tenter par l’expérience.
Une fois la libido de l’homme assouvie et la transaction financière effectuée, ils se séparèrent et ce fut à ce moment-là qu’Anna de Tintagel — demi-sœur d’Arthur — reprit sa véritable apparence, avant de durcir son regard. « Cette potion de polymorphisme est très efficace, nul doute que celle de fécondité le sera tout autant. Quel dommage que Méléagant ait refusé que je tue le bâtard, mais au fond ma victoire ne sera que plus complète, lorsque je me serai délectée jusqu’à la dernière goutte de sa déchéance ! Arthur, je t’avais bien dit que nous coucherions ensemble, malgré le fait que je te déteste jusqu’à la dernière parcelle de mon âme. Béni soit Méléagant et l’être divin que je porte en moi et tant pis s’il me faudra prier, afin qu’en temps voulu, il les surpasse tous. »

Chapitre 3

Quinze années avaient passé et avec elles, la jeunesse et la santé d’Arthur, mais celui-ci continuait à s’en moquer. Parfois, il entendait quelques rumeurs, liées à différents chefs de guerre s’alliant ou se combattant dans le royaume de Logres, mais il n’y prêtait même plus attention. Trop occupé à chercher de quoi survivre depuis les dernières invasions barbares, Arthur s’était mis à vivre au jour le jour et ne travaillait plus. Toussant du sang de plus en plus régulièrement, tous avaient conscience qu’il n’en avait plus pour longtemps.
Ce fut cependant une visite inattendue de Vénec, dans la grosse jarre qui servait de domicile à l’ancien possesseur d’Excalibur, qui déjoua tous les pronostics quant à la date de son décès.
— Non, je ne veux rien savoir, commença par déclarer le mendiant.
— Comme à chaque fois, mais aujourd’hui, c’est différent.
— Si j’en avais encore la force, j’en rirais.
— Vous ne comprenez pas, Merlin m’a rencontré et il est au courant de votre présence à Rome. Il m’a même remis une lettre pour vous.
— Et alors, brûlez-la, dit Arthur avec mépris.
— Je refuse, soit je vous la lis, soit je vous abandonne.
— Partez, laissez-moi mourir.
— Non.
Une dispute éclata où le mendiant n’eut pas l’avantage physique. Une fois ligoté à sa jarre, Arthur n’eut d’autre choix que d’écouter son interlocuteur lire le mot de Merlin. « Si je vous fais parvenir cette lettre, c’est pour vous demander pardon, car j’ai joué le rôle d’un enchanteur incompétent. Je souhaite en profiter pour vous fournir quelques explications vis-à-vis du destin que les Dieux vous ont façonné, libre à vous d’en faire ce que bon vous semblera. »
— Je ne te crois pas, Vénec. Merlin est un incapable.
— Non, il nous a manipulés, en jouant les magiciens maladroits. Je l’ai tout de suite perçu quand il m’a donné la lettre, car il est en réalité très différent et sûr de lui. De plus, vous ne savez pas combien d’innocents sont morts depuis votre départ. Non, je ne me tairai pas.
Il y eut un moment de silence, puis le bandit continua sa lecture.
« Si les Dieux vous ont confié Excalibur, afin de chasser les Romains de Bretagne, sachez que selon eux, vous n’auriez dû réussir cet exploit qu’au crépuscule de votre vie. Votre victoire prématurée représentait pour moi, tous les signes avant-coureurs d’une catastrophe, car un élément aussi important que secret vis-à-vis d’Excalibur est à savoir : elle peut faire de son possesseur un Dieu. Or, au fil des années et de vos progrès spirituels, j’ai acquis la certitude que vous pourriez réussir cet exploit, ce qui représente un danger pour certaines divinités. Celles-ci n’auraient eu aucun remords à exterminer l’humanité, pour être sûres que vous ne puissiez devenir leurs égales, voire essayer de les vaincre pour prendre leur place. J’allais vous révéler cette information et récupérer Excalibur, quand vous vous êtes rendu compte plus ou moins consciemment de la dangerosité de cet objet, ce qui paradoxalement m’a conforté dans mes déductions. Vous aviez replanté l’épée et alors que tout vous y poussait, pourquoi avez-vous refusé de la retirer ? La raison est simple : Excalibur vous avait déjà fourni un pouvoir de clairvoyance, capable de vous faire ressentir que les Dieux commençaient à vous voir comme une menace. La responsabilité de l’inévitable anéantissement de l’humanité, plus votre paternité impossible à assouvir ont entraîné votre dépression, votre tentative de suicide et d’une manière générale, votre déchéance ».
Arthur ne prononça plus un mot, conscient que ces révélations représentaient les réponses qu’ils espéraient depuis son enfance. Vénec continua donc sa lecture sur un ton plus serein. « Après que vous ayez replanté Excalibur, j’ai estimé que vos capacités divines ne pouvaient que péricliter et il m’a suffi de profiter d’une énième dispute avec Élias, pour partir de Camelot. J’avais raison et attendais votre décès, naturel ou non, à Rome, mais un élément extérieur allait, sans que je m’en aperçoive à temps, tout changer : Méléagant. Ce sorcier s’est secrètement associé à votre demi-sœur Anna de Tintagel, qui vous a sûrement séduite à Rome, il y a une quinzaine d’années, ce qui eut comme conséquence qu’elle puisse engendrer votre fils : Mordred. C’est là que les véritables problèmes ont commencé, étant donné que ce prétendant au trône a été secrètement élevé dans les règles inverses de la chevalerie, jusqu’à la révélation de son existence, survenue il y a quelques semaines. Cependant il y a pire, car il a également hérité d’une partie de vos capacités liées à Excalibur et il pourrait théoriquement retirer l’épée du rocher, ce qui entraînerait l’extermination de l’humanité par les Dieux. Vous devez empêcher cela, mais vous n’aurez pas à tuer votre enfant : reprenez votre arme et jetez-la dans le lac de Diane, situé à Avalon, les fées la mettront hors de la portée des hommes et donc de Mordred, car il n’est pas encore un Dieu. Si vous réussissez, le lien magique qui vous unit à votre fils grâce à l’épée sera rompu et vous perdrez tous les deux vos pouvoirs divins. Autre chose, si le chef de ce complot fut à l’origine Méléagant, Mordred l’a récemment surpassé et l’a même pris à son service en tant que sorcier. J’aurais aimé vous expliquer tout cela de vive voix, mais votre fils est sur ma piste et je doute de pouvoir lui échapper, d’où cette lettre. Méfiez-vous particulièrement de Méléagant, car si je suis spécialisé dans l’infiltration et la diversion, il excelle en stratégie et manipulation. Croyez-le ou non, mais jadis nous étions en concurrence pour recevoir la mission de chasser les Romains de Bretagne ; or il a perçu ma nomination comme une injustice, d’où sa trahison envers des Dieux. Si tout se passe comme je l’espère, le porteur de ce message vous expliquera les détails liés aux derniers événements du royaume de Logres et éventuellement vous épaulera dans votre mission. J’aurais voulu vous faire parvenir une fiole de régénération, afin d’aider à votre rétablissement, mais connaissant le niveau d’honnêteté du messager, j’ai préféré m’abstenir. Allez voir mon homologue Arcana, enchanteur de Lombardie et demandez lui en une, en disant les trois lettres PRS, c’est un mot de passe. Il vous en confectionnera une sans discuter. Je suis désolé de vous avoir caché tant de choses, mais maintenant que vous connaissez la vérité, je vous demande de sauver l’humanité, même si cela vous oblige à redevenir un héros ou un roi, ce que vous voulez de toutes évidences ne plus être ».
La lettre lue, Vénec toisa son interlocuteur et une certitude s’imposa à lui : si Arthur en avait eu la force, il aurait hurlé sa haine de ce monde aussi cruel qu’injuste, à s’en faire crever les tympans.

Chapitre 4

Pas un mot, pas un cri ne sortant de la bouche d’Arthur, Vénec s’approcha de lui pour vérifier s’il vivait encore et c’est à ce moment que l’ancien souverain vomit du sang.
Le messager, ayant effectué sa mission, détacha le prisonnier et celui-ci se tordit de douleur avant de trouver la force d’entrer dans sa jarre, de s’y asseoir et de… rire. Arthur était envahi par une hilarité qui choqua même certains passants, estimant que cet homme avait perdu la raison.
Après plusieurs minutes, Cinghiale retrouva un peu ses esprits et fit le point sur sa situation : « Suis-je mort ? Possédé ? Les deux peut-être, oui les deux ». Cette certitude l’aurait enfoncé jusque dans la tombe si sa curiosité ne l’avait pas poussé vers une ultime circonvolution : récapituler les signes divins qui auraient pu lui faire percevoir les révélations de Merlin.
L’exercice faillit être fatal à Arthur à plusieurs reprises, que ce soit en l’enfonçant dans la folie ou en le poussant à se trancher les veines. Cependant, cette étrange épreuve se transforma au fil des heures en une sorte d’œuvre d’art ou de jeu de piste où tous les éléments de sa destinée s’encastraient bientôt comme pour un puzzle. Méléagant le marionnettiste, Anna l’incestueuse et surtout ce fils Mordred dont il avait toujours perçu l’inéluctabilité de l’existence, sans jamais réussir à en avoir la preuve.
« Si je me relève, ce ne sera pas par obéissance aux Dieux, mais par orgueil personnel. Je veux bien mourir, mais je refuse d’abandonner l’être que j’ai toujours souhaité engendrer. Le néant devra attendre, car la bonne poire va se rebiffer une ultime fois. »
Ce n’est qu’à la nuit tombée, que le sanglier ressortit de sa jarre et que Vénec crut qu’un phœnix venait de renaître de ses cendres. De toute évidence, le « Arthur autodestructeur » avait disparu, remplacé par un être à l’esprit maintenant clair, mais au sentiment d’injustice à fleur de peau.
— Comment a-t-il osé bafouer toutes les règles ?
— Qui ? demanda le bandit au grand cœur.
— Méléagant, il veut détruire l’humanité en se basant sur le pouvoir divin de Mordred, qu’il a obtenu grâce à moi. Pour arriver à ses fins, ce sorcier s’est associé à ma demi-sœur Anna qui a vu dans ce fils consanguin et élevé dans la haine de son père, une vengeance idéale.
— Un instant, je ne devrais peut-être pas dire cela, mais Merlin a pu vous mentir pour vous inciter à redevenir roi et sauver le peuple breton.
— Non, dans ce monde, seule la magie est sûre ; or il m’arrive de faire des rêves et ils ne m’ont jamais abusé. J’ai jadis vu une femme changer de forme et prendre l’apparence d’Aconia, ma première épouse. Cette vision issue de mon pouvoir divin voulait me prévenir, comment ai-je pu être si aveugle ?
— Vous êtes sûr ?
— Oui, le pire c’est que j’ai souvent rêvé de mon fils, alors que nous marchions dans un champ. Mon envie de paternité, idéalement avec Aconia, a altéré mon jugement et Méléagant s’en est servi. D’abord il m’a fait croire que je ne pouvais enfanter, ce qui m’a conduit à une tentative de suicide, puis à perdre mon royaume. Ensuite, ma demi-sœur Anna m’a séduite afin de tomber enceinte. Je ne me maudirai jamais assez, pour avoir cédé à cette vipère si facilement.
À cet instant, Arthur cracha du sang. Vénec lui proposa un gobelet de vin, mais son interlocuteur lui préféra de l’eau.
— Et maintenant ? déclara le visiteur.
— Je vais partir du principe que Merlin m’a dit la vérité et lui obéir, tout en me gardant le droit de lui demander ultérieurement des comptes. Il est temps de lester le lac d’Avalon d’une épée, dont la caractéristique est de reconnaître le destin exceptionnel de son utilisateur, en bien évidemment, mais je ne le comprends que maintenant, également en mal. Une fois le lien entre moi, mon fils et Excalibur brisé, j’espère que cela sera suffisant pour rompre la malédiction dont les Dieux m’ont affligé, afin de sauver mon âme et celle de Mordred.
— Merlin n’a pas indiqué qu’en faisant cela, votre enfant ferait la différence entre le bien et le mal. J’ai entendu parler de lui, il est souvent cruel et certains disent qu’il est même pire que Méléagant ou sa marionnette Lancelot.
Il y eut un instant de silence et Arthur fixa son interlocuteur d’un regard noir.
— Écoute-moi bien. Je refuse que mon fils souffre à cause de mes faiblesses passées. Ce sera mon ultime désir. Au fait, veux-tu m’aider dans ma quête ?
Vénec fit la moue, puis haussa les épaules.
— La région Romaine est infestée de barbares et si vous revenez aux affaires en Bretagne, ça me permettrait facilement de me remplir les poches.
— Je ne souhaite pas retourner sur le trône.
— En retirant l’épée des Dieux, vous le redeviendrez forcément.
— Ce n’est pas faux. Qu’importe les conséquences, je ferais l’impossible pour sauver mon fils. Commençons par chercher cet Arcana de Lombardie, afin qu’il me concocte une fiole de régénération.
— Non, répondit Vénec.
— Tu me crois trop faible pour faire ce voyage.
— Le problème n’est pas là. J’ai accidentellement ouvert la lettre de Merlin quand j’étais sur la route et rencontré par hasard le magicien lombard, qui m’a… vendu la potion. Au fait, vous me devez cent pièces d’or, dit Vénec en lui tendant un flacon.
« Il me ment, pensa à juste titre Arthur. Le prix pour une fiole de régénération est de cent mille pièces et Merlin n’a pas indiqué dans sa lettre que je devrais la payer. Peu importe, un petit mensonge vaut mieux qu’une trahison ».
— Et si j’étais mort ou avais refusé d’obéir à Merlin, demanda Arthur en commençant à boire le liquide au goût doux-amer.
— Inutile de vous en faire pour cela Sire, je l’aurais revendu le double au marché noir.
— Évidemment, répondit Arthur, alors qu’il sentait déjà ses forces revenir.

Chapitre 5

— Maudite sorcière, je vais te tuer.
C’est par ces mots que Mordred réveilla sa maîtresse qui était également sa mère : Anna de Tintagel. Le couteau du jeune homme, appuyé contre sa carotide parut froid et tranchant à cette femme, à moins que cela soit dû au mortel poison qui en imprégnait la lame. Dans les deux cas, cela ne fut pas suffisant pour la décontenancer.
— Que se passe-t-il ? Encore un de vos cauchemars ?
— Excalibur, quelqu’un l’a retiré du rocher. Mes pouvoirs divins me l’ont fait clairement ressentir.
— Il n’y a qu’Arthur qui aurait pu faire cela. Je savais que j’aurais dû le tuer quand j’en avais eu l’occasion, dit-elle avec rage.
Mordred plissa les yeux avant de la questionner sans ménagement.
— Qui vous en a empêché à l’époque ?
— Méléagant, j’ai été obligée de satisfaire à ce fantasme de sa part, afin que tu sois créé.
— Pourquoi ne pas m’avoir dit cela plus tôt, surtout que ce sorcier est sous mes ordres à présent ?
— Je pensais qu’Arthur était mort et que cela n’avait plus d’importance.
Mordred ne tua pas sa mère, mais se contenta de la gifler. Celle-ci accusa le coup sans dire un mot, car ce fils représentait — d’un point de vue maléfique — la quintessence de ce qu’elle aurait pu espérer. Anna s’était juré de venger la mort de son père, le duc de Gorlais, lâchement assassiné par Uther Pendragon. Celui-ci avait ensuite couché par ruse avec sa mère Ygerne de Tintagel, ce qui eut pour conséquence d’engendrer un fils : Arthur. Anna était persuadée que ce « bâtard de Pendragon », comme elle aimait à le surnommer était mort à Rome d’une manière ou d’une autre, mais après réflexion, être tué par son fils représenterait une vengeance bien plus cruelle.
— D’après vous, pourquoi a-t-il récupéré Excalibur ? demanda Mordred.
— C’est sûrement lié à la révélation récente de votre existence. Mais même si Lancelot règne, vous pouvez vous faire nommer à sa place à n’importe quel moment, en tant qu’unique héritier d’Athur. Peut-être faudrait-il commencer par cela ?
— Le titre m’indiffère, seul Excalibur est réellement important.
Il y eut un instant de silence, finalement brisé par Anna.
— J’ai une idée, cherchez au fond de votre âme, mon fils. Utilisez votre pouvoir divin, pour percevoir les desseins de celui qu’il vous faudra vaincre, à un moment ou un autre.
Mordred se concentra quelques secondes, puis ferma les yeux. Juste après, son couteau empoisonné lui échappa des mains et tomba à quelques centimètres de son pied nu. À cet instant précis, il décela une information vitale.
— Merlin a prévenu Arthur quant à mon existence et il veut jeter Excalibur dans le lac d’Avalon, afin de détruire le lien qui m’unit à l’épée et aux Dieux.
— Bravo, mon fils, vous avez réussi !
Mais contrairement à ce qu’Anna aurait souhaité, Mordred la toisa avec mépris.
— Maudite mère, vous m’avez jadis persuadé de ne pas tenter de la retirer du rocher, voyez le résultat !
— À ce moment-là, rien ne pressait et Méléagant avait besoin de temps pour étudier le meilleur moyen d’extraire Excalibur. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il interroge chaque jour Merlin.
— L’épée ayant été libérée, il est donc inutile qu’il continue dans cette direction.
À ce moment, Anna s’assit au bord du lit.
— Ici, à la citadelle de Tintagel, nous avons fait amener pieds et poings liés tous les anciens chevaliers ou amis d’Arthur, ma mère comprit, afin qu’ils assistent à la destruction de tout ce que votre géniteur a bâti. Les avoir au même endroit serait un moyen de pression idéal, pour le forcer à se dévoiler.
— Pourquoi pas, mais son objectif est d’abord de jeter Excalibur dans le lac des fées, or nous ne sommes pas loin de ce lieu. Je vais immédiatement me rendre à Avalon pour l’y attendre avec la plupart des hommes disponibles. Je récupérerai l’épée des Dieux et deviendrai à terme leur égal.
— Pendant ce temps, je resterai à Tintagel, car si le bâtard s’aperçoit que le lac de Diane est sécurisé, il pourrait venir jusqu’ici afin de libérer ses anciens chevaliers.
— Oui, c’est une bonne idée. Une fois Avalon rendue impénétrable, j’irai si possible au repère de Méléagant, car j’aimerais qu’il me révèle tous les secrets des Dieux à sa disposition.
— Comment cela ?
— Excalibur est bien plus qu’une arme, c’est une clé, déclara Mordred. Peut-être même le Graal. Cela expliquerait bien des choses.
— Mais quelle serait sa véritable fonction ?
— Je n’en suis pas sûr. Au minium, c’est soit un moyen de communication, soit de transport pour rencontrer des Dieux, mais dans les deux cas, cet outil me sera indispensable afin d’atteindre un nouveau stade de mon évolution.
Immédiatement après cette discussion, Mordred rassembla ses hommes et partit prestement pour Avalon, persuadé d’y retrouver à un moment ou un autre son « bâtard de géniteur ».
Or, ce que le fils d’Anna ignorait, c’était que ce qui caractérisait Arthur était autant son esprit chevaleresque que son imprévisibilité vis-à-vis de ses adversaires.

Chapitre 6

Le mot « espoir » avait été rayé depuis longtemps du vocabulaire de Lancelot. Malgré ses compétences de guerrier ou sa grande spiritualité, le chevalier errant n’avait pas pu résister à l’influence du sorcier Méléagant. Celui-ci s’était adapté à sa personnalité rigide en orientant ses décisions politiques vers un jusqu’au-boutisme qui en réalité servait un autre projet : Engendrer Mordred, un être capable de contrôler Excalibur et à terme soit de vaincre les Dieux, soit de les forcer à exterminer l’humanité.
La marionnette de Méléagant aimait se comparer à un marin perdu en mer et dont le navire serait sur le point de sombrer. Sa seule chance résiderait dans un phare, qui lui permettrait de se repérer, mais le problème provenait du fait que le chevalier errant le cherchait depuis déjà quinze longues années.
Cette lumière — idéalement pour tous les hommes —, Lancelot la revit en pleine nuit et dans sa chambre du château de Camelot. Lorsqu’Excalibur éclaira la pièce, l’épée flamboyante des Dieux lui sembla même réclamer vengeance. Arthur, qui connaissait les passages secrets pour arriver en toutes discrétions jusqu’à son « ami », le regarda d’un air mélancolique avant de s’exprimer.
— Vous avez toujours apprécié le blanc, déclara le fils de Pendragon en constatant que les murs, sols et draps étaient de cette couleur.
— J’aime bien ce qui est pur, car il me semble en réalité ne demander qu’à être taché…
— De sang ?
— Oui, c’est exactement cela. Je suis près et ne me défendrais pas, déclara Lancelot en fermant doucement les yeux, comme s’il allait être exécuté.
— Je ne suis pas venu pour vous tuer... mais pour m’excuser.
— Pardon ?
— Écoutez-moi bien Seigneur Lancelot. Les Dieux avaient jadis donné une mission à Merlin : délivrer la Bretagne de Rome, ce que nous avons réussi grâce à Excalibur, mais apparemment trop tôt. Selon notre ancien enchanteur, l’épée me fournirait une sorte d’énergie pouvant me faire devenir un Dieu.
— Mais ce serait le but de l’existence de chacun de nous, non ? C’est un honneur…
— Si les divinités étaient bienveillantes oui, mais elles semblent parfois jalouses ou avoir peur, dit Arthur en lui coupant la parole. Du coup, elles pourraient détruire l’humanité si elles se sentaient menacées.
— Ce serait terrible, mais est-ce le cas ?
— Cela se pourrait sous peu à cause de Méléagant. Il a fomenté une conspiration afin que mon fils Mordred, qui a hérité des énergies divines d’Excalibur devienne un Dieu et éventuellement tente de les détruire. Il lui suffirait pour cela de toucher mon épée.
— Dans ce cas, que comptez-vous faire ?
— Je ne le tuerai pas. Il faut simplement que je jette Excalibur dans le lac d’Avalon, où elle sera hors de sa portée. Cela anéantira mes capacités divines, comme celle de mon enfant.
— Je comprends tout à présent. Mordred a fait partir pour cette région une grande partie de l’armée, d’ailleurs sans même me demander mon avis.
— Vous n’avez aucun pouvoir ?
— Sans Excalibur, comment en aurais-je ? Vous devez apprendre qu’il est le véritable roi, Anna à la fois sa mère et sa compagne et Méléagant son enchanteur maléfique. Quant à moi, je ne suis qu’un chef pour faire plaisir à la galerie et au peuple.
Arthur rengaina son épée, fit quelques pas, puis parla d’une voix sincère.
— Je suis désolé d’avoir dû vous faire souffrir de la sorte. Vous êtes un bras droit exceptionnel, mais il est évident que votre intransigeance a permis à un être rusé comme Méléagant d’abuser de votre esprit chevaleresque.
— J’ai maintenant compris que ma place était à vos côtés. Un mot de vous et je…
— Oui, mon ami, mon frère. J’accepte votre aide.
— Sire, quelle est votre stratégie ?
— J’avais espéré jeter Excalibur dans le lac vite fait, bien fait, mais apparemment mon fils a deviné mes projets et la zone est entièrement bouclée. Vénec a failli y laisser sa peau.
— Vous avez pris ce traîne-savate dans ce noble projet ?
— Voulez-vous que nous nous disputions ? répondit Arthur.
— Non, bien sûr, Sire, continuez.
— J’estime que la surveillance du lac a vidé les châteaux de ses soldats de manière excessive. C’est l’occasion idéale de reprendre le pays et avec Excalibur, je pense cela facilement faisable. Quand Mordred n’aura d’autre choix que de se lancer à ma poursuite, vous ou moi jetterons discrètement Excalibur dans le lac d’Avalon.
— Et s’il ne tombe pas dans le piège et s’obstine à rester là-bas ?
— Nous devrions être supérieurs en nombre à ce moment-là et le vaincrons donc facilement, mais il faudra tout faire pour éviter de le tuer.
— Un plan simple et efficace, comme toujours.
— Nos compagnons sont-ils vivants ? demanda Arthur.
— Oui, Mordred les a faits tous prisonniers à la citadelle de Tintagel, sauf Merlin qui est interrogé par Méléagant dans son repère, situé dans la grotte du lapin blanc. Le but de votre fils était qu’ils assistent tous au retrait d’Excalibur du rocher.
— Je vois. Je vais maintenant vous expliquer la première partie de mon plan. Nous allons devoir nous séparer et attaquer les deux cibles en même temps : vous irez avec Vénec délivrer nos compagnons à Tintagel, pendant que je m’occuperai de Méléagant. Prenez mon médaillon du Dieu Ogma — il le lui donna —, son éloquence vous portera chance.
— Je ne suis pas sûr…
— Si, j’insiste. Surtout que si mon beau-père est vivant, vous pourriez en avoir drôlement besoin.
— Bien Sire, j’accepte.
— Rendez-vous à la taverne de Camelot et essayez en chemin de ramener le plus d’hommes possible. Sommes-nous d’accord ?
— Sur Excalibur, je jure de vous obéir, déclara Lancelot d’un cœur vaillant, dont il ne se serait jamais senti capable une heure plus tôt.
Après quelques instants, le chevalier se permit cependant une remarque.
— Pour Vénec, vous êtes sûr que…
— Oui, Seigneur Lancelot, vous irez avec lui. Je me le suis trimbalé depuis Rome, c’est un peu à votre tour.

Chapitre 7

— Plus vite Vénec, la bataille nous attend, déclarait sans cesse Lancelot.
— Ben voyons, mais qui c’est qui porte la plus grosse partie de votre armure ? C’est bibi !
— Cela me semble un minimum. À moins que vous comptiez prendre d’assaut la forteresse de Tintagel avec moi ?
— Pardon ? Non merci, mais êtes-vous fou ? Ils doivent être au moins une centaine là-dedans, plus la mère de Mordred. Au fait, vous allez les attaquer bille en tête ?
— Vous croyez que cela me fait peur. Arthur m’a donné le courage de tous les affronter, qu’importe vos pleurnicheries.
— Mais bien sûr ! Vous pensez vraiment que votre foi vous protégera des flèches et des épées ?
— Oui, elle les fera choir.
— C’est là où vous vous trompez, Seigneur Lancelot, dit Vénec en s’arrêtant et en jetant à terre l’armure. Désolé de vous dire cela, mais pour moi, la ruse est une arme aussi noble qu’une autre.
Le chevalier errant haussa les épaules, mais s’immobilisa à son tour. Finalement, ils s’assirent tous les deux pour boire et se reposer un instant, puis Lancelot s’exprima.
— C’est une logique de lâche, ça.
— Ha bon ! Imaginons que lors d’un combat, vous fassiez semblant de frapper votre adversaire avec votre épée, mais lui donnez au dernier moment un marron, ce qui vous fait gagner. Vous avez rusé, mais êtes-vous une gonzesse ?
— Non, à la guerre tous les coups sont permis.
— Et l’esprit de chevalerie ? Le refus de tromper son ennemi ? Le fait qu’un preux seigneur comme vous dise cela me choque, indiqua Vénec en prenant un air faussement offusqué.
— Je… Eh… Vous chipotez là !
— Que vous le vouliez ou non, nous sommes aux deux extrémités d’une même échelle, sauf que vous êtes courageux, mais n’avez aucune malice et que je suis l’exact opposé. La seule différence entre vous et moi provient du fait que je suis conscient de ce paradoxe et pas vous… enfin jusqu’à présent.
— C’est un point de vue qui se défend, déclara Lancelot avec un air dubitatif.
À ce moment, Vénec pointa du doigt le médaillon du chevalier errant.
— Le Dieu Ogma de l’éloquence, vous croyez réellement qu’il était utile à Arthur ? Non, il attendait simplement de trouver celui qui en aurait vraiment eu besoin un jour, vous en l’occurrence, « puisque son fils ne pourra apparemment pas être cette personne » pensa-t-il.
— Comment ça ?
— Seigneur Lancelot, je ne peux le prouver, mais si les Dieux ont désigné Arthur comme roi de Bretagne et pas vous, quelque chose me dit qu’ils savaient ce qu’ils faisaient.
— Hier encore, je vous aurais tué pour ces mots. Laissez-moi avec ma malédiction de l’éternel second, voulez-vous.
Il y eut un long silence, puis le bandit au grand cœur s’exprima, tout en se relevant.
— Allez, il faut partir si vous souhaitez les attaquer avant la nuit.
Lorsque les geôles de Tintagel résonnèrent de cris d’agonie et de coups d’épée, tous les prisonniers se demandèrent ce qui se passait. C’est quand le silence cessa que la crainte s’empara de la plupart d’entre eux, jusqu’à ce qu’un chevalier se présente face aux cellules, avec son épée à la main droite et la tête tranchée d’Anna dans la gauche.
— C’est Arthur, dit Guenièvre. Je reconnais son médaillon.
Ils étaient tous là et en relative bonne santé, au vu des circonstances.
— Ce n’est que moi, indiqua Lancelot en relevant la visière de son heaume.
— Oh non ! déclarèrent en cœur les prisonniers.
— Arthur est vivant, c’est lui qui m’envoie. Il est parti libérer Merlin et nous demande de lever une armée pour vaincre Mordred, bloqué à Avalon.
Pendant une seconde, il y eut un profond silence, puis une joie immense s’empara du bâtiment. Lancelot ouvrit les cellules et tous regagnèrent l’air libre.
— Je suis désolé pour votre fille, déclara le chevalier à Ygerne — mère d’Arthur et Anna —, alors qu’elle passait devant lui.
— Vous pouvez. Je lui aurai bien fait la morale à celle-là : jeter sa mère au cachot ! Non, mais quelle honte. Ensuite seulement, vous l’auriez décapité mon garçon... ensuite seulement.

Chapitre 8

— Bonjour Arthur.
C’est par ces mots que le Méléagant souhaita la bienvenue, à son invité surprise, qui venait d’échouer à s’introduire discrètement dans son repère. Enfermé dans la même pièce, mais avec une lourde table carrée pour les séparer, une conversation s’engagea, entre Arthur d’un côté, et Méléagant — avec Merlin attaché et bâillonné à une chaise — de l’autre.
Le possesseur de la flamboyante épée fut surpris par le sang froid de son hôte, mais il lui en aurait fallu plus, pour l’empêcher d’exprimer ce qu’il avait sur le cœur.
— Je suis ici pour vous tuer — en désignant son interlocuteur du doigt — et demander quelques explications à votre prisonnier.
— Vraiment ! Mais êtes-vous sûr d’être en position pour faire de telles menaces ? Par exemple, le morceau de métal que vous tenez ne me semble pas bien solide ?
— Mon épée recèle bien des secrets, c’est d’ailleurs le genre de détails que votre invité aurait pu vous expliquer.
— Ça tombe bien, je le questionne depuis des semaines sur ce sujet, mais il reste silencieux. Au fait, savez-vous qui est vraiment Merlin ?
— Je l’ignore, mais une chose est sûre : si vous l’avez torturé, il a dû parler.
— Justement pas et je vous assure que je me suis montré appliqué. Il a joué les magiciens maladroits et peureux toutes ces années, parce qu’il avait besoin de cela pour sa véritable mission...
— Des Dieux, je sais, indiqua Arthur en coupant la parole à son ennemi. Il a reçu comme instruction de m’aider à chasser les Romains de Bretagne, merci pour l’information !
— Oui, Cinghiale dit Méléagant avec un parfait accent italien.
Le sorcier pencha ensuite la tête sur le côté en souriant et ses deux interlocuteurs comprirent immédiatement la mésentente.
— Merlin s’est trompé, dit le chevalier. Les Dieux désignaient n’importe quel Romain et pas uniquement son armée, et comme vous devez être originaire de cette région, l’ordre divin s’applique également à vous.
— Exactement et étant donné que je suis ce qui se rapproche le plus d’un père pour votre fils, il est donc Romain et il faudra qu’il meure pour que la volonté des Dieux soit respectée.
Il y eut un moment de silence, puis Arthur posa une question aussi simple qu’importante à Merlin.
— Si je le tue, est-ce que votre mission sera réussie ?
Le magicien fit un signe de la tête de haut en bas et alors que Méléagant se retournait pour connaître la réponse de son otage, Arthur tenta sa chance. Il lança violemment Excalibur — comme une lance — sur le sorcier, qui n’était qu’à quelques mètres de lui, dans l’intention de le tuer. L’épée le traversa de part en part, mais contre toute attente, sans le blesser, car il s’agissait d’une illusion. Excalibur finit sa course en frappant violemment le mur derrière Méléagant, avant de tomber au sol.
Sans la protection magique d’Excalibur, Arthur fut immédiatement victime d’un sort de pétrification, l’empêchant de se mouvoir à chaque instant un peu plus. Cette immobilisation autorisa le marionnettiste à sortir de derrière une tapisserie, où il se cachait depuis le début et à ramasser l’épée. Le sorcier examina avec mépris l’objet pendant plusieurs secondes, avant de poser son regard sur Cinghiale, déjà dans l’incapacité de se déplacer.
— Le jeu est fini, avez-vous quelque chose à dire avant de mourir ?
— Mais qui êtes-vous donc ? demanda Arthur avec les forces qui lui restaient.
— Mon identité n’a pas d’importance, mais est-ce la bonne question ? Comment j’ai créé Mordred me semble plus judicieux, à ce moment critique de votre existence. Par exemple, vous n’avez jamais trouvé étrange qu’Aconia vous fasse promettre de ne jamais coucher avec votre épouse Guenièvre ? Ce n’était pas un caprice de femme, mais un élément essentiel de mon plan, pour que votre héritier unique soit conçu avec Anna.
— J’ai envoyé Lancelot pour la détruire et nul doute qu’elle est sûrement morte à l’heure qui l’est.
— Tant mieux, car infléchir sa volonté afin qu’elle accepte de coucher avec vous, puis d’élever Mordred dans la haine de son géniteur et de la chevalerie n’a pas été facile.
— Juste pour savoir, elle a été plus difficile que moi à manipuler ?
— Oui et non. Dans votre cas, mon principal problème provenait de votre pouvoir de clairvoyance, surtout à travers vos rêves, qui aurait pu vous faire percevoir le complot que je fomentais contre vous. Pour annuler cette menace et paradoxalement, j’ai dû attendre que vos capacités divines croissent et que vous sentiez que vous deveniez un danger pour les Dieux. C’est alors que vous avez logiquement replanté l’épée et que le loup a pu sortir du bois. À partir de ce moment, je vous ai manipulé, d’abord à travers l’idée que vous étiez infécond et une fois que vous y avez cru, le reste a été un jeu d’enfant... pour vous comme Lancelot ou d’autres.
— Il y en a eu beaucoup ?
— Tous, depuis un certain événement qui vit la victoire de Merlin sur moi-même. D’ailleurs, sachez que c’est moi qui ai fait nommer Manius en Bretagne ou poussé César au suicide. Le plus drôle dans cette affaire, c’est que depuis votre couronnement, j’étais un des seuls à percevoir votre bienveillance et votre désir d’arriver systématiquement à un compromis acceptable, quand vos collaborateurs n’étaient que des profiteurs ou des incompétents. Tout l’amour que vous aviez pour vos proches, j’ai fait en sorte qu’elle se transforme en haine à éprouver par votre fils, car ces sentiments sont extrêmes et Excalibur a du mal à les différencier. De là à ce que Mordred puisse se servir de cette forme du Graal pour se façonner une divine destinée, il n’y avait qu’un pas. Quel plaisir j’ai pris à effectuer cet exercice, vous ne pouvez pas savoir.
— Mais dans quel but ? demanda Arthur.
— Parce que j’ai un vieux compte à régler avec les Dieux et c’est le seul point faible que je leur ai trouvé : faire en sorte qu’une de leur création — dit-il en montrant Excalibur — se retourne contre eux, grâce à Mordred. Pour cela, il suffira que votre fils touche cette épée et soyez sûrs que dès que vous serez morts, je la lui apporterai.
— Ils ne le permettront pas !
— Vraiment ? Mais, je ne vous demande pas de me croire sur parole et faisons une petite expérience. Concentrez-vous et voyez l’avenir grâce à votre pouvoir de clairvoyance. Découvrez comment Mordred, devenant une menace trop importante pour les Dieux, les forcera à exterminer l’humanité ou à être détruit. Pendant ce temps, je vais vérifier le tranchant d’Excalibur sur Merlin, dit le sorcier maléfique en se rapprochant de son prisonnier. J’espère que le spectacle vous plaira, mais ne vous inquiétez pas trop, car vous êtes le prochain sur ma liste.
S’estimant perdu, Arthur vit sa vie défiler devant ses yeux, mais ce qu’il perçut le plus distinctement fut son ultime rencontre avec César et une question lui apparut comme évidente. « Ai-je réussi à rendre leur dignité aux plus faibles ? Peut-être pas, mais le fait d’avoir essayé représente la chevalerie dans ce qu’elle a de plus noble ». Paradoxalement, cette déduction en entraîna une seconde, cette fois liée au cadeau que l’empereur romain lui avait jadis fait, sa bague de contrôle des lames.
Alors que Méléagant allait frapper Merlin, Arthur réussit à activer son anneau, avec ses ultimes forces. Aussitôt, le sorcier fut projeté de droite à gauche et après quelques secondes, il tomba lourdement sur le sol et lâcha Excalibur. Méléagant reprit ses esprits en quelques secondes et tendit la main vers l’épée, afin de la ramasser… mais celle-ci lui échappa. L’élu des Dieux venait de rappeler à lui son objet fétiche — grâce au lien magique qui les unit —, qui se traîna au sol sur plusieurs mètres, avant qu’Arthur s’en saisisse.
Aussitôt, le chevalier retrouva l’usage de son corps et la première chose qu’il fit, consista à décapiter Méléagant par un geste vif, grâce à sa flamboyante épée. Le héros regarda la dépouille de son pire ennemi pendant plusieurs secondes, alors que celle-ci disparaissait dans de petites flammes orangées. Ensuite, Arthur s’approcha de son ancien enchanteur officiel, tout en gardant son arme à la main.
— C’est fini Merlin, je vais vous détacher et vous serez libre dans quelques instants.
— Est-ce que vous avez toujours vos pouvoirs de clairvoyance ? demanda le magicien, dès qu’il put s’exprimer.
Le souverain fut surpris par la voix posée de son interlocuteur et comprit que ce dernier avait joué le rôle d’un enchanteur raté pendant des décennies. Il décida cependant de lui obéir et se concentra quelques instants.
— Je crois que oui.
— Si le lien qui vous unit aux Dieux existe toujours, cela signifie que ma mission n’est pas terminée, parce qu’ils continuent à considérer Mordred comme Romain. Attendez un moment, je peux tenter quelque chose grâce à Excalibur, car en tant que forme du Graal, c’est un moyen de les rencontrer. Vite, touchons l’épée ensemble, il est possible que je les fasse changer d’avis.
S’étant saisi d’Excalibur tous les deux, merlin sans prononcer la moindre formule ouvrit un portail dimensionnel de couleur doré. Ils le traversèrent, même si avant cela, Arthur demanda au magicien de lui rendre son « arme ».

Chapitre 9

Les deux voyageurs ne prononcèrent pas un mot pendant plusieurs minutes, alors qu’ils étaient en route pour voir les Dieux, quand Merlin brisa le silence d’une voix assurée.
— Nous avons fait la moitié du chemin, ce ne sera plus très long à présent.
— Je peux vous poser quelques questions ? demanda Arthur après quelques secondes d’hésitation.
— Pourquoi pas, je pense vous devoir bien cela. Mais sachez d’abord que ce nom n’est pas le mien et ce corps ne représente pas ma réelle apparence — il en changea pendant quelques secondes pour prendre celle d’Anton, père adoptif d’Arthur —.
— Mais vous êtes qui ou quoi au fond.
— Méléagant ou moi-même sommes des émanations des Dieux et nous servons généralement d’intermédiaires entre eux et les êtres ordinaires, comme les hommes. Hélas, il arrive que certains d’entre nous dépassent le cadre de leur mission, quitte à désobéir ou trahir.
— Et quelle est votre véritable apparence ?
— Nous sommes plus proches d’une source d’énergie, ressemblant au halo de couleur doré qui entoure Excalibur.
— Je vois. Au fait, je vous félicite pour avoir su conserver votre couverture d’enchanteur nullard durant tant d’années.
— Je me doutais que vous alliez me parler de cela. Voulez-vous que je vous renouvelle mes excuses ?
— Non, ça ira… merci bien, votre divine illumination, répondit Arthur en prenant un air agacé.
— J’aurai de quoi me plaindre, vous savez. J’ai dû faire semblant d’être un incompétent, alors que je suis un des plus grands professionnels dans ma spécialité.
— Sans rire ?
— Je ne connais pas les projets précis des Dieux, mais ils avaient d’autres enchanteurs — même plus puissant que moi — à leur disposition, comme Méléagant.
— Vous avez donc joué un double rôle, dû admettre Arthur. Au fait, je me suis toujours demandé comment fonctionnaient ces portes dimensionnelles.
— Par magie évidemment, mais je ne pense pas avoir le temps de vous expliquer les détails de ce procédé. Apprenez que la plupart servent à emmener des personnes d’un endroit à un autre sur une même planète, mais que cette porte est spéciale, car elle nous fait traverser les galaxies plus vite qu’un éclair. Voyez-vous les étoiles à travers les parois ?
— Oui, répondit Arthur en plissant les yeux afin de mieux les percevoir.
— Ce sont des soleils, mais ils sont très éloignés. J’aurai bien des informations à vous révéler sur les forces qui régissent l’univers, mais nous sommes sur le point d’arriver. Au fait, attention à la marche, elle est traîtresse. Un dernier conseil, les Dieux peuvent prendre différentes apparences ou les lieux pourront vous être familier, dans tous les cas, évitez de paraître surpris ou de vous montrer maladroit, vous perdriez en crédibilité.
À peine arrivé, Arthur reconnut immédiatement la salle de la table ronde, tel qu’il l’avait vue la dernière fois et il n’y manquait aucun meuble. Sur les chaises étaient assis Léodagan, Perceval, Karadoc et Lancelot, mais aussi César, Aconia et Manilius. Le souverain ne parut pas particulièrement surpris, mais plutôt nostalgique en pensant à toutes les décisions qui y avaient été prises par le passé.
— Prenez place, nous vous avons laissé deux chaises vides, déclara celui qui ressemblait au chevalier errant et les deux invités s’exécutèrent aussitôt.
— Si je suis venu jusqu’à vous, c’est que j’estime avoir rempli la tâche que vous m’aviez confiée : détruire les forces de Rome présente en Bretagne, déclara Merlin.
— Il en reste une, je crois : Mordred, dit celui qui ressemblait à Léodagan.
— Non, il est l’enfant naturel d’Arthur et Anna. Il n’a donc pas une goutte de sang romain.
— Tu te trompes. Il est plus le fils de Méléagant par l’esprit, que celui d’Arthur et c’est prioritairement, ce qui nous importe, indiqua celui qui avait l’apparence de Manilius.
L’enchanteur aurait voulu que le possesseur d’Excalibur argumente à son tour, mais celui-ci ne pouvait s’empêcher de fixer béatement la forme énergétique qui ressemblait à Aconia.
— J’estime que nous devrions prendre un autre aspect, car Arthur semble mal à l’aise, indiqua l’intéressée.
Sur ces mots, les corps disparurent en un instant et furent remplacés par un seul être de forme humanoïde, mais entouré de flammes orangées.
— Arthur, écoute-moi. Méléagant a trouvé une faille dans mes pouvoirs : faire passer Mordred pour toi auprès d’Excalibur, car il est possible de la tromper. S’il avait réussi, j’aurais dû exterminer l’humanité, sinon cet enfant prodige serait devenu mon égal et aurait pu m’attaquer physiquement.
— Dans ce cas, reprenez cette épée — et il la posa sans manière sur la table ronde —.
— Ce n’est pas si simple. Je me suis engagé, pour une raison que je ne peux te révéler, à chasser les Romains de Bretagne. Si je récupérais Excalibur de la sorte, Mordred pourrait, même après sa mort physique, m’accuser de tricherie envers l’ordre universel, ce qui créerait un précèdent. Non, je ne peux faire cela.
— Un instant, déclara Arthur. Le fond du lac d’Avalon est-il toujours un lieu sacré où Mordred ne pourra atteindre Excalibur ?
— Oui, répondit Dieu. Mais vous n’êtes pas sans savoir que vous ne pourrez vous en approcher, sans vous faire repérer. De là à ce qu’il vous tue et récupère Excalibur, il n’y a qu’un pas.
— J’ai un plan et suis prêt à prendre le risque, mentit à ce moment-là Arthur. Soit cette épée finira au fond du lac, soit vous me considérerez comme le père de Mordred. Cependant, lors de mon affrontement avec mon fils, si vous estimez qu’il était sur le point de toucher Excalibur, vous le tuerez ou au pire exterminerez l’humanité.
— Non Arthur, le risque est trop grand, déclara l’enchanteur.
— D’accord, j’accepte le marché, dit Dieu. Je vais ouvrir un portail, afin que vous arriviez en même temps que vos trompes à la taverne de Camelot. Merlin, vous resterez avec moi.
— Puis-je en connaître la cause ? demanda l’intéressé.
— Vous avez révélé votre vraie nature, ce que je vous avais interdit, même si c’était pendant le voyage dans le portail. De plus, n’avez-vous pas déclaré que votre mission était terminée ? À moins que vous vouliez encore contester mes décisions ?
— Je comprends. Puis-je savoir ce que vous allez faire de moi à présent ?
— Après cette rencontre, je vous renverrai à la maison mère. La vie éternelle et tout ça ! Félicitations.
— Pour le tête-à-tête entre Arthur et Mordred, vous êtes sûr que…
— Tout à fait sûr, indiqua Dieu en lui coupant la parole.
— Soit. Je suis désolé, dit Merlin en s’adressant à Arthur.
— Je comprends, il y a des chemins qu’un homme doit prendre seul. Au fait Dieu, qui êtes-vous ?
— Je suis unique et multiple, ici et partout à la fois... et il est très rare qu’on me fasse perdre mon temps. Le portail est ouvert à présent, franchissez-le.
Au moment de partir, le possesseur d’Excalibur se permit une dernière remarque.
— Est-ce que Perceval est l’un d’entre vous ?
— Oui et non. Disons qu’il est une partie de moi, dont j’ai voulu me séparer, à la suite de quelques « problèmes ». Si vous êtes comme moi, similaires au Titan Prométhée, Perceval ressemble plus à son frère jumeau Épiméthée, les deux se complétant. Pourquoi cette question ?
— Pour rien, mais je crois que cela lui ferait plaisir que vous le rencontriez à l’occasion. Il est spécial, vous savez… ou, disons que son imprévisibilité le rend exceptionnel !
— Je vais y réfléchir.
Sur ces mots, Arthur traversa seul le portail, laissant Dieu et Merlin en tête à tête.
— Je comprends mieux à présent pourquoi vous avez donné au Graal, la forme d’une épée. Au fait, êtes-vous sûr que Mordred ne pourra pas la toucher ? demanda le magicien.
— Cette probabilité est négligeable. De toute manière à mon niveau d’évolution, la plus grosse difficulté consiste à stimuler mon esprit afin de tromper mon ennui, quitte à prendre quelques risques inutiles.
— Je comprends, mais à force de jouer avec le feu, on se brûle dit Merlin en toisant de haut en bas Dieu qui continuait à se consommer dans des flammèches orangées.
— Vous doutez de moi ?
— Non, mais au crépuscule de mon existence, je me demandais simplement par quel mécanisme, vous alliez vaincre la créature de Méléagant.
En entendant cela, Dieu se tut quelques secondes, avant de prendre un air mélancolique.
— À l’époque de désigner un candidat pour chasser les Romains de Bretagne, j’ai écarté Méléagant à votre profit. Voulez-vous en connaître la cause ?
— Cette question me taraude depuis des décennies.
— Si votre champion était Arthur, le sien fut Aconius Maior, frère jumeau d’Aconia Minor.
— Quel idiot j’ai été de ne pas y avoir pensé, jura Merlin.
— Ils étaient très liés à l’époque et c’est la raison pour laquelle Méléagant est allé jusqu’en Macédoine pour revoir Aconia, avant que son projet de création de Mordred n’entre dans sa phase finale. Il voulait retrouver en cette jumelle, les traits de son apprenti décédé et se rappeler sa promesse de me détruire. Je dois avouer que le destin que Méléagant avait imaginé pour Aconius était si digne de moi, que j’en ai été quelque part jaloux. Cette faiblesse a entraîné chez mon ancien favori un sentiment d’injustice si fort, qu’il provoqua son émancipation, puis un complot à mon encontre à travers la création de Mordred.
— Vous l’admirez pour cela ?
— Je respecte son évolution. Si la plupart des fleurs s’épanouissent au soleil comme les roses, d’autres ne se révèlent que dans la pénombre… comme les belles de nuit.
— Vous les estimez contre nature et donc à détruire ?
— Non, je les considère plutôt comme une imprévisible amélioration, un peu comme les pingouins, qui bien qu’étant des oiseaux ne volent pas.
— Mais vous êtes quelque part content de la trahison de Méléagant ?
— Même si sa conspiration était vouée à l’échec, je dois avouer qu’il a su s’adapter à la situation et montrer une certaine subtilité, et c’est cela je le respecte. Quel dommage que vous ne réussissiez pas concevoir la beauté de la chose ?
« C’est un piège. Il me teste, pensa Merlin. Il vaudrait mieux que je n’emprunte pas la même voie que Méléagant, sans quoi je risquerais de finir comme lui. Je dois me montrer digne de Dieu, tout en sachant rester à ma place ».
— Je n’ose pas m’y essayer, je l’avoue, mais j’aurai une dernière question.
— Allez-y.
— Est-ce qu’Arthur a conscience que même s’il réussissait à jeter Excalibur dans le lac, son fils resterait un être abject et dépourvu de compassion ?
— S’il avait vraiment eu besoin de le savoir, ne pensez-vous pas qu’il aurait posé la question ?
En entendant cela, Merlin se tut, car il venait de prendre conscience de la supériorité intellectuelle de son tout puissant interlocuteur. Celui-ci regarda l’enchanteur de haut en bas, puis le dissout, avant de disparaître lui-même de la même manière.



Chapitre 10

Une fois les retrouvailles célébrées entre Arthur et ses compagnons, l’ordre chevaleresque de la table ronde fut restauré. Ensuite, le souverain entama une grande campagne de reconquête des terres bretonnes, ce qui ne prit que quelques mois, car Mordred et le gros de son armée s’obstinaient à rester à Avalon. Lorsqu’il n’eut plus que la zone du lac à envahir, le possesseur d’Excalibur donna les instructions à son camp de base.
— Nous attaquerons demain tous ensemble par le Nord, indiqua Arthur.
— Pour qu’ils s’enfuient par le Sud, se regroupent et nous assaillent ensuite ? interrogea Léodagan.
— Mais pourquoi est-ce qu’il faut toujours qu’on me contredise ?
— Moi, je m’en moque : je n’y mettrai pas les pieds au lac, Karadoc a dit qu’il était hanté, interrompit Perceval.
— Hanté ! répéta Bohort. Nous n’allons pas nous jeter dans la gueule du loup, tout de même. Au pire, Elias trouvera une solution, c’est un magicien lui.
— Il est parti, indiqua Lancelot en haussant les épaules. Il a déclaré : moi, je ne mettrais pas un pied là-bas, tant que Mordred y sera.
— Allons, ce n’est pas parce que les éclaireurs ne sont pas revenus et qu’on n’a jamais aperçu un gars entrer ou sortir d’Avalon, qu’il faut s’inquiéter, dit Léodagan. Moi je dis : on fonce et on verra bien… Autant, ils ont tous déjà cané depuis le temps.
— Bon, on ne va pas tergiverser trois plombes, trancha Arthur. Le plan est établi, vous le connaissez — Perceval et Karadoc se regardèrent d’un air niais, mais ne dirent pas un mot — et si jamais… on avisera.
Le soir venu, Arthur, ne pouvant fermer l’œil, sortit de sa tente un instant. Il se croyait seul, mais avait tort.
— Vous l’avez vu, celui qui est unique et tout à la fois ? demanda Viviane, la dame du lac.
— Oui.
— Et alors ?
— Il n’est pas si différent de nous. Il a des responsabilités et ses subordonnés ne lui obéissent pas forcément.
— Au fait, vous savez ce qui se passerait si Mordred touchait Excalibur... Si votre fils se montrait plus malin ou fort que son père ou Dieu.
— En théorie cela ne pourra se faire. Au pire, il exterminera l’humanité juste avant.
— Je vais vous dire un secret : personne n’est à l’abri d’un imprévu, même pas lui.
— Nous verrons bien.
Cette remarque exaspéra Viviane, mais elle se ressaisit après un moment.
— Vous croyez que je ne sais pas que vous souhaitez ramener Mordred vers la lumière ou qu’il vous considère comme un père. Tout le monde s’en est rendu compte ici !
— N’est-ce pas ce que je suis ?
— Difficile d’être formel, mais n’ayez pas trop d’espoir, je l’ai vu à l’œuvre.
— Je veux juste prendre mon enfant par la main et lui dire que je l’aime. Est-ce trop demandé ?
— Peut-être... De toute façon, nous aurons la réponse demain. Et Guenièvre, dans tout ça ?
— Pourquoi me parlez-vous d’elle ?
— Maintenant que vous n’êtes plus tenu par la promesse d’Aconia, vous pourriez lui faire un enfant, un héritier quoi ! Elle l’a mérité, non ? Cela prouverait que Méléagant a définitivement échoué.
— Oui… bien sûr. Décidément, vous ne voulez pas que je meure demain, vous non plus !
— Exactement, avec ce que vous avez fait dans le passé, on ne sait jamais. Au fait, si vous arrivez à jeter Excalibur dans le lac, ça pourrait m’aider à redevenir une fée.
— Ah bon ? Je n’y avais pas pensé ! Finalement, je comprends mieux pourquoi vous êtes ici. Bon, je vais aller me coucher : la bataille de demain sera décisive.
Au lever du soleil, il pleuvait un peu, ce qui n’empêcha pas l’armée d’Arthur de se disposer au Nord et de commencer à avancer. Celle-ci s’attendait en permanence à trouver celle de Mordred, mais ne rencontra aucune résistance. Quand le lac ne fut qu’à une centaine de mètres et contrairement à ce qui avait été imaginé, un unique chevalier à pied leur barrait la route.
Arthur, sans arme ni armure, mais vêtu d’un grand manteau rouge, s’approcha seul de l’être qu’il considérait comme son fils. Celui-ci retira son heaume et une chose était sûre : il était identique à son interlocuteur au même âge.
— Bonjour mon garçon.
— Bonjour… père. J’ai eu le temps de réfléchir à cette rencontre et voulez-vous que je vous dise ce qui nous différencie ? Vous n’avez jamais essayé d’utiliser Excalibur, pour satisfaire une ambition personnelle, mais pour aider les faibles, ce qui est tout à votre honneur, mais était-ce la meilleure chose à faire ? Excalibur est le Graal ; or elle peut donner la lumière à tous les hommes, pour peu qu’on accepte de s’émanciper des Dieux qui affament, rendent malades ou tuent les femmes et les enfants. Cette ultime évolution que vous vous êtes toujours refusé à envisager, je souhaite la réaliser, aussi prétentieuse que ma démarche puisse vous paraître. J’ignore ce que les Dieux vous ont dit, mais sachez que si vous me remettez Excalibur, je serai en mesure de les vaincre en un instant. Une fois cet exploit effectué, je vous offrirai l’existence que vous souhaitez… par exemple celle du général Manius, marié à Aconia... avoir de beaux enfants et vivre heureux.
— Est-ce que ce serait illusion ?
— Absolument pas et vous ne vous souviendrez même pas de votre ancienne vie. Je n’ai pas pour habitude de me montrer magnanime, car je trouve la plupart des gens sans intérêt, mais au vu des liens qui nous unissent, je ferai une exception.
— J’ai jadis rêvé de ce genre de moment.
— Je le sais et pour finir mon argumentation, puis-je vous poser une question : Qu’est-ce qui pourrait rendre plus fier un père, que d’avoir engendré un Dieu ?
Arthur parut songeur à cette singulière déclaration. Celui-ci fit quelques pas en regardant ses hommes au loin, quand il interrogea à son tour son interlocuteur.
— Où sont tes chevaliers ?
— Ah ça ! Je leur avais ordonné de rester, mais ils ont tenté chacun à leur tour de fuir, cela leur a été fatal... et ils dorment à présent au fond du lac.
— Comptes-tu y jeter jusqu’à la dernière personne qui te désobéirait ?
— Pas vraiment, j’avais simplement l’idée de le remplir de cadavre afin que sans eau, il fût impossible d’y déposer Excalibur… hélas, j’ai manqué de matière première. Mais n’est-ce pas le genre de choix en apparence cruel que seul un Dieu pourrait faire ?
Arthur ne pouvait nier que ce jeune homme lui ressemblait tant physiquement que psychologiquement, l’ambition en plus. Ce père hésita, jusqu’à ce que son regard se pose sur le lac de forme sphérique — certains diraient qu’il pouvait s’apparenter à une coupe ou une cuillère remplie d’eau — et ne put s’empêcher de verser une larme. Il venait de se souvenir d’un rêve, où Dieu lui expliquait que toutes les baignoires étaient symboliquement le Graal, car elles pouvaient servir à recueillir le sang du Christ. Arthur percevait enfin le message caché de ce rêve, qui lui indiquait que le lac d’Avalon s’apprêtait à être le lieu d’extermination de l’humanité, grâce aux millions de litres de sang qu’il semblait pouvoir contenir, une fois vidé de son eau.
De ce fait, il ne pouvait nier que la vision récurrente de lui marchant dans un champ en tenant par la main un enfant était une utopie. Par extrapolation, ce « fils » représentait donc un risque inacceptable pour les hommes et devait être traité comme tel… le plus tôt étant le mieux.

Chapitre 11

— Mordred, je me suis trompé. Bien que je sois ton géniteur, tu es trop éloigné de l’esprit de la chevalerie et donc un trop grand danger pour que je te laisse libre.
— Vous vouliez sûrement dire vivre père, mais qu’importe, je suis déjà au-dessus de tout cela. Au fait, j’aurai une question : pensez-vous que ce lac ait un fond ? Personnellement je le crois, mais pour m’en assurer, j’estime que la meilleure chose à faire serait que vous et vos hommes tentiez de le remplir.
— Histoire également qu’on ne puisse y jeter Excalibur, quand tu te seras lancé à sa recherche, je suppose ?
— Exactement, répondit Mordred en remettant son heaume.
Immédiatement, Arthur leva son bras droit et les chevaliers à cheval commencèrent à charger.
— À un contre dix, tu n’as aucune chance, surtout que tu es à pied. Rends-toi, ils dévalent déjà la colline.
Mais contrairement à ce qu’Arthur aurait souhaité, le jeune homme ne fut nullement décontenancé par ces propos.
— Que vous le vouliez ou non, je suis doté comme vous d’un pouvoir divin et je sais exactement à qui vous avez confié l’épée des Dieux, dit Mordred en regardant au sud du lac. En effet, Lancelot s’y trouvait et était sur le point de balancer Excalibur à l’eau, depuis un promontoire.
Aussitôt, Arthur se précipita en levant les bras au ciel en direction de son ami, afin qu’il retienne son geste. Cependant, ce dernier bien qu’ayant compris les ordres de son souverain, décida de lui désobéir et de jeter Excalibur dans le lac.
Profitant du fait qu’Arthur lui tournait le dos, Mordred le blessa de la pointe de son épée, imprégnée comme à son habitude d’un mortel poison. Mais, l’enfant « prodige » ne s’attarda pas sur cette action déshonorante, car son attention se devait déjà d’être dirigée vers un objectif plus immédiat.
À peine Excalibur avait-elle quitté la main de Lancelot, que Mordred créa deux petites portes dimensionnelles : une à sa gauche, l’autre au point d’arrivée qu’il estima qu’Excalibur devait atteindre. Si son corps resta sur la rive, son bras gauche traversa le passage magique et attrapa l’épée au moment où elle allait toucher l’eau. Le temps qu’un éclair zèbre le ciel et tous les chevaliers furent stupéfaits par les extraordinaires capacités du fils d’Arthur, qui venait de réaliser un exploit encore jamais décrit.
Juste après, Mordred refit passer son bras à travers le portail et brandit haut les deux épées, Excalibur et la sienne, alors que les cavaliers n’étaient qu’à quelques mètres de lui… L’élève de Méléagant lâcha son arme empoisonnée et s’attendait à être envahi immédiatement d’un pouvoir infini le rendant immortel, mais rien de magique ne se passa, pour une simple raison : ce n’était pas Excalibur.
Face à cette déconvenue, Mordred extrapola instinctivement les causes de cet échec, ce qui le déconcentra quelques secondes ; or ce laps de temps fut suffisant pour qu’une nuée de lances le transperce de part en part, le tuant sur le coup.
Arthur fut horrifié par la mort violente de ce fils si longtemps désiré, mais déjà le poison faisait son œuvre. Le roi s’effondra en quelques secondes et tous les chevaliers se précipitèrent vers lui afin de le secourir, en vain. On lui conseilla de garder ses dernières forces, mais Arthur préféra les utiliser pour s’adresser à Lancelot.
— Que s’est-il passé ?
— Vénec avait raison, Sire : la ruse est une arme aussi noble qu’une autre. Bien que vous m’ayez confié Excalibur, afin que je la jette dans le lac quand les cavaliers devaient charger, je vous ai en partie désobéi. Sachant que Mordred pouvait lire dans votre esprit, j’ai offert notre destin au hasard en effectuant un acte que même votre fils ne pouvait anticiper. J’ai interverti votre épée avec celle d’un autre chevalier, celui qui me paraissait le plus apte à lui résister, grâce à son esprit aussi illogique qu’imprévisible : Perceval.
— N’est-ce pas plutôt parce qu’il est généralement le plus prompt avec Karadoc à fuir en cas de danger ?
— Je comptai un peu sur cela également, finit par avouer Lancelot du bout des lèvres.
— Et s’il nous avait tous vaincus et récupéré Excalibur après avec tué Perceval ?
— Je l’ignore, Sire. Je n’y avais simplement pas réfléchi.
— Ce n’est pas grave Lancelot, vous avez bien fait, répondit Arthur en levant les yeux au ciel et en prenant un air dépité.
— Vous vous rendez bien sûr compte que le père Blaize ne pourra jamais écrire une telle chose dans ses mémoires, indiqua Léodagan.
Tous regardèrent le chevalier d’un œil désapprobateur, mais aucun n’osa dire un mot, car le roi se mourait.
— Excusez-moi auprès de Guenièvre, je ne m’en aperçois que maintenant, mais j’ai été injuste envers elle. Je vais vous donner un dernier ordre : jetez l’épée, je veux la voir s’enfoncer au fond du lac avant de mourir, au cas où Mordred eut un frère jumeau.
Il y eut un moment de silence, qui fut interrompu par l’arrivée de Perceval.
— J’me disais bien que ce n’était pas mon épée celle-là, car la mienne est bien huilée, vu que je m’en sers comme pic, pour faire cuire des trucs. C’est Karadoc qui m’a montré comment faire.
— Exactement, même que ça donne un bon goût, spécifia l’expert gastronomique.
— Vous vous rendez compte que si vous aviez dégainé Excalibur, Mordred se serait aperçu que vous l’aviez et vous l’aurait prise en un instant, grâce à ses portails ? demanda Arthur.
— Moi, tout ce qui est magique, j’y ai jamais rien compris, indiqua le chevalier du pays de Galles. Mais une épée qui chauffe, ça pourrait faire cuire des saucisses tout seul, non ?
— Taisez-vous, dit Lancelot. Nous pouvons peut-être encore amener Arthur à Elias.
— Non, déclara le souverain. Je veux mourir parmi vous et surtout ne pas survivre au décès de mon unique enfant. Je ne l’aurais connu que quelques instants et il m’a tué en m’empoisonnant, mais il me ressemblait tellement, que je me dois d’avouer que je l’aimai et qu’il me manque déjà. Je m’en vais le rejoindre là où je pourrais peut-être le ramener vers la lumière.
Aucun soldat n’alla contre les ordres de son chef. Les premières larmes commençaient à couler quand les chevaliers virent une forme bleuâtre approcher : c’était la dame du lac qui venait de récupérer ses pouvoirs.
— Puis-je, demanda-t-elle en se saisissant d’Excalibur ?
— Faites, indiqua Arthur, qui avait eu peur qu’elle veuille le sauver contre sa volonté.
Viviane sortit délicatement l’épée de son fourreau, puis la pointa contre son front. Ensuite, elle s’enfonça dans le lac jusqu’à disparaître et juste après, le roi mourut.
Après ces événements, un autre souverain fut désigné pour régner, mais les règles de la chevalerie forgée par Arthur et les chevaliers de la Table ronde devinrent le socle de la civilisation bretonne.
Une ultime péripétie est à noter. Un jour, les Dieux rendirent visite à Perceval afin de lui expliquer qu’ils avaient exceptionnellement accordé un cadeau à Arthur : être heureux, se marier avec Aconia, vivre à Rome et avoir un garçon en bonne santé. Cependant, à peine voulurent-ils s’approcher du chevalier, que celui-ci prit peur et retourna chez sa grand-mère au pays de Galles au triple galop, et on ne le revit jamais.
Les invités surprises n’insistèrent pas et Perceval ignora donc jusqu’à sa mort terrestre, la vie simple et heureuse que les divinités avaient exceptionnellement accordé à son ami Arthur. Celui-ci ne vécut qu’un événement particulier : alors que son fils appelé Lagos était enfant, il resta une journée entière avec l’empereur, celui-ci ayant eu le plus grand mal à lui faire admettre son identité.

Épilogue

Dans le lieu créé par Dieu, Arthur vécut une vie idyllique, où il ne manqua d’amour ni auprès d’Aconia ni de son garçon Lagos.
Par une fausse coïncidence, les époux décédèrent fort âgés et le même jour. À la nuit tombée, seul leur fils les veilla, alors que le lendemain, ils seraient inhumés et ce monde artificiel n’ayant plus d’utilité serait dissous. C’est le moment où on frappa à la porte de la modeste demeure et son ultime hôte alla l’ouvrir d’un pas lent.
― Bonsoir étranger, qui êtes-vous ?
― Vous ne me connaissez pas, je m’appelle Mordred.
― Je trouve que nous nous ressemblons beaucoup, presque comme des jumeaux. Vous êtes de la famille ?
― En quelque sorte. D’abord, sachez que même si vous n’en avez pas conscience, vous vivez dans un monde artificiel, un peu comme dans un rêve. Les Dieux ont accordé un cadeau à Arthur, que vous appelez Arthurus : une existence heureuse dans cette utopique Rome… pour service rendu et accessoirement ma mort. Dès demain, tout ceci disparaîtra.
― Allez donc prier Mania, déesse de la folie au temple voisin, afin qu’elle vous libère de son emprise. Je crois que vous en avez grand besoin.
― Prier les Dieux serait bien mal me connaître, surtout que j’ai failli les vaincre.
Le temps que Lagos esquisse un sourire et Mordred transforma la modeste demeure en un somptueux mausolée constitué d’or, les cercueils étant recouverts de belles de nuit.
― En plus de m’avoir redonné la vie dans ce lieu imaginaire, les Dieux m’ont accordé l’ensemble de leur pouvoir, afin de m’humilier un peu plus. Évidemment, ils ne s’appliqueront pas dans le monde réel.
Lagos dut admettre que son invité lui disait la vérité et en digne copie de Mordred se ressaisit en quelques instants.
― Mon père Arthurus ne m’a jamais parlé de cela ni de vous.
― Il n’en avait pas conscience. Les ignorants sont bénis, que voulez-vous ?
― Expliquez-moi de ce qui s’est passé dans le monde réel, demanda Lagos.
Grâce à ses pouvoirs, Mordred apprit en un instant à son hôte toutes les péripéties que son père et lui-même vécurent. Cet enseignement eut cependant des effets secondaires, car le naïf Lagos restait impassible à l’ensemble des informations auxquelles il venait d’avoir accès et ce fut l’étranger qui s’exprima d’une voix posée.
― Les Dieux m’ont ramené à la vie et ajouté à ce monde artificiel, afin que nous confrontions nos esprits.
― Pourquoi ? demanda le fils idéal.
― Vous êtes une version de moi, telle que mon père naturel l’aurait voulu. Nous sommes identiques du point de vue physique et de la personnalité, sauf que vous possédez une âme chevaleresque, ce que je considère comme une faiblesse. À vous de me prouver que j’ai tort.
― Je vois. Les Dieux souhaiteraient que vous me ressembliez, avant que nous disparaissions.
― Tout à fait. Ce sera l’ultime présent fait à Arthur : tenter de me ramener vers ce qu’il appelait la lumière.
― Je perçois une certaine dualité en vous, indiqua Lagos après une brève hésitation.
― En effet, vous êtes plus perspicace, que ce que je pensais. J’estime avoir deux pères : Méléagant et Arthur, mais je vais devoir en choisir un seul. Le premier m’a appris tout ce qui est lié à la magie et aux Dieux, ainsi qu’à faire preuve d’ambition, mais il pouvait se montrer cruel et manipulateur. Le second, que je n’ai pratiquement pas connu avait l’esprit chevaleresque, mais il était trop magnanime, voire faible et a souffert toute sa vie de trahison. J’avoue avoir une préférence pour le premier, ai-je raison ?
N’importe qui aurait été paniqué ou tout du moins surpris par ces révélations, mais à l’inverse du commun des mortels, plus les informations importantes lui parvenaient et plus Lagos se calmait. Ce monde utopique lui apparaissait comme l’illusion niaise et sans profondeur qu’il avait toujours été, jusqu’à ce que son regard tombe sur une belle de nuit et qu’une évidence éclose : le temps jouait contre lui. Le fils idéal dut recentrer sa pensée au travers d’une lumineuse argumentation, car son invité commençait déjà à montrer des signes d’agacements.
― Selon moi, il convient de séparer les hommes en deux catégories. Il y a ceux qui placent les Dieux ou eux même au centre de toutes choses. Dans le premier cas, toute votre existence est dirigée prioritairement par eux, c’est-à-dire le choix de votre épouse, le nombre d’enfants, votre métier, etc. Vous êtes à leur service et leur confiez votre destin, mais en échange, ils vous « protègent ». Dans le second, vous pouvez faire preuve de spiritualité, mais chaque acte est le vôtre, c’est en général les gens qui vous expliquent qu’on ne vit qu’une fois et qu’il convient d’en profiter. Ils sont les maîtres de leur destinée et ne regrettent pas une action, même immorale.
― Méléagant s’était émancipé des Dieux, indiqua Mordred.
― Je dirais qu’il les a trahis... et vous aussi. Vous n’aviez aucune chance, car ils avaient tout prévu. Tout était cohérent dans le destin d’Arthur, jusqu’aux caractéristiques de ses compagnons.
― Comment cela ? demanda Mordred.
― Chaque membre de la table ronde représentait un des symboles de la chevalerie. Léodagan pouvait s’apparenter à un esprit guerrier, Bohort à la compassion, Lancelot à la pureté... Vous n’avez jamais trouvé cela suspect.
― Sans plus, je l’avoue.
― C’est le genre de chose qui peut vous donner une clé, afin de percevoir l’esprit chevaleresque.
― Perceval, que représentait-il ? demanda Mordred.
― L’imprévisible spiritualité des Dieux.
― Et Arthur ?
― Cet homme n’aura vécu que pour être utilisé tel un outil, mais il s’agissait d’un objet que les Divinités respectaient et pas un de ceux qu’on jette négligemment après usage. Le simple fait qu’ils aient créé cet endroit ou qu’ils aient permis que nous nous rencontrions me semble en être la preuve.
― Il était Excalibur ? demanda Mordred.
― Il en était la pointe selon moi. Qui oserait dire que le Graal était un objet sans importance ?
― Méléagant.
― Faux. Il l’a dit, mais il ne le pensait pas, vu que sa stratégie pour vous faire devenir un Dieu reposait sur le fait que vous puissiez l’utiliser.
Il y eut un moment de silence, finalement brisé par Mordred.
― Qu’en déduisez-vous ?
― Les Dieux sont invincibles.
― Et mon échec en est la preuve la plus éclatante, n’est-ce pas ? Il serait impossible d’échapper au destin qu’ils nous ont attribué.
« C’est trop facile, il argumente à peine » pensa à juste titre Lagos. C’est à ce moment qu’une effroyable éventualité lui traversa l’esprit.
― Lancelot n’a pas donné Excalibur à Perceval, vous l’avez attrapé au moment où elle allait tomber dans le lac d’Avalon, n’est-ce pas ? Vous avez simplement fait preuve de magnanimité en le faisant croire à Arthur et au reste de l’humanité. Vous avez vaincu les Dieux et pris leur place.
Mordred esquissa un sourire avant d’éluder la question.
― Cela changerait-il quelque chose à remplir vos engagements ?
― Ma mission serait identique, mais les enjeux dans le monde réel, infiniment plus importants.
― Importants ou différents. Si chaque être est destiné à mourir, même les Dieux devraient s’attendre à être vaincus un jour.
― Oui, ce ne serait qu’une question de temps, répondit Lagos. Au fait, si je vous oblige à reconnaître qu’Arthur, au travers de la chevalerie surpassait Méléagant, que se passerait-il ?
― Je devrais admettre que mes prédécesseurs sont plus aptes que moi à régner sur l’univers. Je leur redonnerai la vie et leur pouvoir, puis me suiciderai.
― Voilà qui est une remarque digne des plus grands chevaliers. Le sacrifice de son existence au profit d’un être supérieur vous rapproche de la lumière. Peut-être pouvez-vous commencer à la ressentir ?
― Méléagant et ma mère avaient un cœur de pierre, je vous assure que votre éloquence glisse sur moi comme l’eau sur un caillou et vos mots n’imprègnent pas mon âme. L’amour est une faiblesse dont je me suis séparé depuis longtemps.
― Il paraît que le Graal peut prendre l’apparence d’une pierre incandescente. Aussi sûrement que le ver dans la pomme ne peut que croître, vous... Non, mais la métaphore est maladroite... je...
L’esprit vif de Lagos venait d’atteindre ses limites, alors que Mordred voyait s’ébranler les convictions dictatoriales dont Méléagant l’avait abreuvé toute son enfance. Dans ces quelques secondes de battements, il devenait inévitable que la « partie d’échecs » touchait à sa fin entre le fils prodige et le fils parfait ; or ce fut Mordred qui montra ses réelles limites en versant une unique larme. S’apercevant de cette marque de faiblesse ou d’un grand cœur selon l’interprétation de chacun, le garçon d’Arthur et Anna prit sa décision en quelques secondes.
― Je reconnais la supériorité des Dieux et demande à me mettre à leur service, en tant que chevalier.
Lagos posa sa main sur le médaillon Ogma. Ensuite, il y eut un long moment de silence, où les deux « frères » auraient voulu savoir sur Arthur avait pu prendre connaissance de la déclaration de Mordred, mais aucun signe divin ne se manifesta.
― Le soleil va bientôt se lever, je vois déjà une goutte de rosé sur cette belle de nuit, indiqua Lagos en pointant la fleur du bout de son doigt. Au fait, puis-je vous poser une dernière question ?
― Allez-y au point où nous en sommes.
― Avez-vous attrapé Excalibur avant qu’elle tombe dans le lac d’Avalon, vous permettant de vaincre les Dieux et de prendre leur place ?
― Cela n’a plus de réel intérêt. J’ai déclaré que si l’esprit chevaleresque était plus important pour moi que l’ambition, je leur rendrais leurs pouvoirs et me supprimerais.
― Je voudrais tout de même le savoir, afin de satisfaire mon orgueil intellectuel.
― Je ne répondrais pas à votre question, ce sera ma petite vengeance pour vous avoir laissé infléchir ma volonté.
― Je comprends, indiqua Lagos, en fixant une belle de nuit qui commençait à fermer ses pétales.
À peine, le fils idéal avait-il prononcé ces mots, que le soleil fit apparaître ses premiers rayons et l’ultime cadeau d’Arthur se dissolu dans un nuage orangé, emportant ses deux fils aussi jumeaux que chevaliers dans le néant.

Fin

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Interprète Burgonde
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J'ai eu beaucoup de mal à en venir au bout.
Il y a des fautes d'orthographe qui gênent un peu la lecture..
Je trouve l'idée sympa...ça mélange plein de choses..il y a des incohérences avec kaamelott mais j'ai pris le pas de voir ça comme une autre interprétation de la légende arthurienne...
Ça manque un peu de description, que du dialogue ça devient vite redondant à force...

Ça aurait gagné à être posté par chapitre.

Pécore
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Merci pour votre franchise, je tacherais de faire un peu mieux la prochaine fois.

Chevalier Feuletonniste
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À la limite, s'il n'y a que des dialogues, autant faire un sketch classique, non ?

(Pour l'instant je n'ai lu que le chapitre 1. Dès le début il y a pas mal d'idées qui m'ont l'air prometteuses...)

Pécore
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Je pourrais le faire sous forme de sketch, mais j'ai peur de ne pouvoir transmettre les subtilités de l’intrigue.

Chevalier Feuletonniste
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Ça y est, j'ai tout lu, c'est plein plein de bonnes idées ! J'ai adoré la dernière phrase. Je ne comprends pas comment ça marche (Arthur se serait réincarné dans le passé ?), mais c'est une super idée pour conclure !

Ce qui me gêne, c'est trois choses :
− le langage soutenu des dialogues ;
− Merlin qui aurait fait exprès d'être un gros nul (si le but était de mettre des bâtons dans les roues à Arthur, il y avait à mon avis mieux, du coup cette idée a un côté « explication après coup » un peu artificielle, je trouve) ;
− zut, je ne me souviens plus du troisième truc...

Mais ce n'est pas très important à côté de toutes les bonnes idées qui rendent cette histoire drôlement intéressante, je trouve. Je te tire mon château !

Ah ça y est, je me souviens : Avalon est censé être un pays inconnu, aussi inatteignable que le Graal (le père Blaise a dit, lors d'une réunion : « si on trouve Avalon, on est bon »), or là tout le monde a l'air de savoir où ça se trouve. (Au fait, pourquoi écrire Camelot au lieu de Kaamelott ?)

Pécore
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Bonjour et merci pour le retour.
1- Pour le langage soutenu, j'estime que c'est plus saint. Pour les sketch, les dialogues du style théâtre sont percutants et rythme bien l'histoire, mais pour un récit écrit, perso je préféré, cela permet de décrire les émotions (qui sont immédiatement visible à l'écran).
2- Pour Merlin, le problème vient de la légende arthurienne. L’enchanteur est décrit comme un être sage, réfléchit et aux grands pouvoirs, le rétablir a représenté à mes yeux, une opportunité à ne pas rater.
3- Pour Avalon, j'avoue avoir fait preuve d'un peu de liberté avec la légende arthurienne, mais je n'ai pas trouvé d'autre possibilité.
4- Pour Camelot, c'est le vrai nom de la résidence d'Arthur. Je crois que Alexandre Astier à effectué la modif des double A, par rapport à son nom kAAmelott, mais pour les 2T, je ne sais plus lol.

Chevalier Feuletonniste
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1. Tu as raison. Un texte de théâtre est écrit selon le registre parlé, une nouvelle selon le registre écrit.
2. Je comprends, je ne suis pas convaincu mais c'est ton choix.
3. Peut-être aurait-il fallu expliquer que Mordred a réussi à arracher à Méléagant ou aux dieux le secret d'Avalon, quelque chose comme ça ? Juste une explication du fait qu'il sait où ça se trouve...
4. Oui mais ce lieu n'existe pas, il n'a donc pas de dénomination officielle. C'est comme les noms des personnages qui ne sont pas toujours identiques d'un auteur à l'autre (Léodagan, Léodegant ou Léo de Grand, Perceval, Peredur ou Perlesvaus). Si tu veux t'inscrire dans la version astiérienne, tu dois utiliser ses noms propres : Perceval et non Perlesvaus, Kaamelott et non Camelot. Il me semble.

Pécore
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C'est pas faux, mais j'ai voulu écrire cette nouvelle en synthétisant les événements importants (je déteste les longues descriptions des lieux ou des personnages). Mais en réfléchissant, le pouvoir divin d'Arthur (possédé également par Mordred) pourrait représenter une explication suffisante pour localiser Avalon (pour les initiés comme toi à la légende arthurienne). Je vais réfléchir à l'inclure, merci pour la remarque constructive.

Chevalier Feuletonniste
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Ah, tu as encore des idées ! En tout cas j'espère que tu nous en rédigeras d'autres, des histoires, parce que je ne regrette pas le temps passé à lire celle-ci ! (Si je chipote, c'est que j'ai bien aimé.)

Pécore
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J'y réfléchis, j'y réfléchis. Si AA pouvait au moins la lire, ce serait super pour moi, mais bon, il ne faut pas rêver lol.

Semi-Croustillant
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C'est proprement génial !
Et j'ai lu les commentaires précédents. D'accord, il y a des fautes d'orthographe, pas assez de descriptions si on compare cette création à d'autres... Mais on comprend tout et il ne manque presque rien pour que le récit soit parfaitement cohérent avec Kaamelott. Le recours à la bague de contrôle des lames, l'enfant aux meringues en conclusion... Waou !

S'il fallait replacer le tout dans le contexte de Kaamelott (rien ne l'oblige), je trouverais des solutions de remplacement pour les rares incompatibilités : Les pouvoirs de divination d'Arthur peuvent être remplacés par des révélations du Livre des Prophéties ou l'intervention de la fée amie de la Dame du Lac (celle qui fait brûler l'autre devenue brune). Je garderais leur humanité à Merlin et Perceval qui sont fondamentalement bons et innocents. S'il était incontournable que Merlin renoue avec ses capacités (il a des talents : boules de feu, pluies de pierres, potions de polymorphie, c'est tout de même grâce à lui qu'Arthur fut conçu puis qu'il retira Excalibur la première fois), je serais prêt à croire qu'Elias lui ferait le cadeau de reprendre confiance en lui-même, avant de se mettre à l'abri (Elias a une vision claire des situations et des gens, mais ne prend pas de risques, ni de parti autre que le sien) ; ou que Merlin aurait regagné en puissance au contact des forces de la Nature, de l'animal totem des Druides (le sanglier), etc. Arthur et Merlin peuvent très bien utiliser un portail dimensionnel existant, s'il était indispensable qu'ils rencontrent le Créateur. Je permettrais à Perceval de rencontrer un vieux lui livrant juste ce qu'il faut d'explication pour qu'il sache qu'Arthur va bien et la raison pour laquelle lui se sent autant attiré par les étoiles. Un autre détail, en fin du cinquième chapitre : ce qui caractérise Arthur n'est pas son imprévisibilité, mais sa clémence.

De menus détails au regard de tout ton récit. Et rien n'impose de conformer ta création à l'oeuvre d'un autre.
Un grand merci pour cette belle histoire.

Pécore
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Merci Sterenn pour ce retour argumenté.
Premièrement, je pensais avoir corrigé la plupart des fautes, mais apparemment ce n'est pas le cas, il faut que je m'en occupe (je ne suis pas contre un coup de main d'ailleurs).
Pour ce qui est de Perceval rencontrant le Créateur, je l'ai fais dans la pièce de théâtre que j'ai écrit et qui devrait être joué cet automne à Valensole, par une troupe amateur.
J'ai du mal avec les révélations du Livre des Prophéties, car il implique la notion de destin, ce qui (à mon avis) casse le rythme d'un récit.
Je vais réfléchir à tes autres idées et encore merci pour tes encouragements.

Semi-Croustillant
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@Olivier Giudicelli :
Par Message Privé (M.P.), je viens de t'envoyer la première partie de ton texte avec correction d'orthographe (les fautes ne sont pas nombreuses, quoi qu'on ait dit plus haut) et suggestions.

Vis-à-vis du Livre des Prophéties et d'autres moyens de ne pas faire appel à une divinité d'Arthur et Mordred : Au-delà de l'autre piste évoquée (la Dame du Feu ?), tu peux exploiter davantage les songes. Tu as prêté un rêve à Arthur (les deux Excalibur). Pourquoi ne pas creuser ce filon ? Le rêve pourrait se compléter de nuit en nuit. Ou Arthur pourrait revivre celui de la fin du Livre VI (vieux, étoiles, message au fond de la baignoire...) en découvrant une autre inscription. Merlin était aux côtés d'Arthur durant sa prime enfance. Il pourrait très bien avoir confié (volontairement ou non) à Vénec un objet (ou un indice) à lui remettre qui le replacerait sur la voie de l'écoute intérieure...

Une idée de ce type : Quand Vénec était avec Merlin, la courroie de sa besace s'est déchirée. Merlin l'a remplacée par un tressage de fibres d'orties au motif particulier. Arthur reconnaissant ce motif (qu'il n'avait plus vu depuis son premier départ pour Rome à cinq ou six ans) est renvoyé à ses souvenirs d'enfance et à toute la fraîcheur d'esprit dont il a besoin pour revenir à la vie. De là, ses rêves, ses intuitions ressurgissent.

Cela dit, je rappelle que ta création n'est pas tenue d'être conforme aux codes d'une autre. Libre à toi d'utiliser ces pistes dans d'autres directions, d'autres projets.

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