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Chevalier Feuletonniste
Hors ligne

Salle à manger du roi. Arthur, Léodagan, Séli et Guenièvre sont à table. Une autre table a été posée dans un coin de la salle, où s'entassent une dizaine de femmes blondes et d'enfants, habillés richement, le visage craintif, baissant les yeux.

Séli, désignant la table d'à côté - Mais c'est qui, ces zigottos ?
Arthur - La cour du roi Waldemar.
Guenièvre - Le roi Waldemar ? C'est celui que vous avez vaincu à la bataille de la semaine dernière ?
Léodagan, avec un sourire carnassier - Le roi des Saxons, exactement ! Et on leur a mis une belle branlée !
Arthur - La semaine dernière, les Saxons ont tenté le débarquement du siècle. Cinquante mille hommes, et toutes leurs familles. Ils venaient conquérir le pays pour s'y installer définitivement.
Guenièvre - Ah bon ? Qu'est-ce qui leur a pris ?
Léodagan - On ne sait pas, mais à débarquement du siècle, branlée du siècle !
Arthur - Mais si, on sait, je vous l'ai déjà expliqué.
Léodagan - Ah ouais, votre combine de... comment vous avez dit... d'intoxication ?
Séli - Vous les avez empoisonné ?
Arthur - Non, une intoxication au sens figuré. De la propagande.
Guenièvre - De la quoi ? C'est un produit romain, c'est ça ?
Arthur - J'ai envoyé notre barde chez les Saxons. Il leur a évidemment raconté que j'étais mort. Je me suis arrangé pour leur donner d'autres indices, par exemple on s'est débrouillé pour se faire intercepter une lettre de condoléance du pape. Me croyant mort, ils ont déduit que c'était le moment de nous envahir.
Guenièvre - Le pape aussi a cru à votre mort ?
Arthur - Mais non, c'était une fausse lettre !
Séli - Mais qu'est-ce c'est que ces méthodes ?
Léodagan - Un plan de chochotte ! Tout ça pour provoquer les Saxons.
Arthur - Réfléchissez : ça fait deux ans qu'ils préparent un gros débarquement. Ils sont plus nombreux que nous. On ne va pas les attendre ! Mieux vaut les pousser à débarquer précipitemment. Au moins, on les attendait. Et sans l'effet de surprise, ils n'avaient aucune chance.
Léodagan - Et sans les tourelles !
Arthur - Ah non, vous allez pas remettre ça ! Les tourelles du sud-est, je n'ai jamais été contre ! Celles que je vous chipote, c'est les tourelles sur la côté ouest.
Léodagan - Eh ben ?
Arthur - Sur la côte ouest, il y a pas de danger, puisque l'Irlande et l'Orcanie sont fédérés ! Vous craignez un débarquement du roi Loth ?
Léodagan - Disons que, on ne sait jamais, si l'un d'eux vous trahissait...
Arthur - Pourquoi ils me trahiraient, la fédération ne leur apporte que des avantages ! C'est comme pour vous... Hé, attendez... Ce que vous êtes en train de me dire, en fait, c'est que j'aurais intérêt à fortifier ma frontière commune avec la Carmélide...
Léodagan - Mais non ! Oh, tout de suite !
Séli - Ça ne nous dit toujours pas ce que viennent faire ces gens dans nos appartements ?
Arthur - Dans MES appartements.
Séli - Vous les avez invités ?
Arthur - Ils ne sont pas invités mais captifs. Chez les Saxons, c'est une coutume : quand un chef est vaincu, sa famille devient captive du vainqueur. Ce sont mes prisonniers.
Guenièvre, effrayée - Mais alors... Si vous aviez perdu la bataille, je serais captive des Saxons ?
Arthur - Mais non, je n'obéis pas aux coutumes saxonnes. À Logres, on ne touche pas aux épouses des vaincus.
Séli - En Carmélide on n'a pas la même coutume...
Léodagan - Mais, ce que vous appelez des prisonniers, c'est pour les revendre ou pour les mettre à mort ?
Arthur - Premièrement, l'esclavage est interdit à Logres...
Léodagan - Ah oui, vous et vos coutumes modernes !
Arthur - Deuxièmement, tuer sans être soi même menacé de mort est un péché. Demandez au Père Blaise.
Léodagan - Oh oui mais bon... enfin...
Séli - Les Saxons ne sont pas chrétiens, à ce que je sache, donc ça ne s'applique pas à eux.
Léodagan, désignant sa femme - Ah ! J'allais le dire.
Arthur - "Tu ne tueras point" s'applique à toutes les créatures de Dieu qui ont une âme. Saxons compris.
Guenièvre - Mais alors, qu'est-ce que vous allez en faire ? (Intéressée : ) Vous allez piocher dans le lot de nouvelles maîtresses ?
Arthur - Je pourrais...
Séli - Ah, encore une coutume de Logres qu'on ne verra jamais en Carmélide ! Et vous, arrêtez de regarder les Saxonnes ! (elle parle à Léodagan)
Léodagan - Mais j'ai rien fait...
Arthur - Je pourrais... mais non.
Guenièvre - C'est vrai que vous préférez les brunes.
Léodagan - On pourrait s'en prendre deux ou trois comme femmes de chambre.
Séli, sèchement - Quand on aura besoin de domestiques, on engagera des serviteurs !
Arthur - Je vais leur donner une escorte et un petit pécule pour qu'ils puissent rentrer chez eux en sécurité.
Léodagan - Hein ? Vous êtes complètement marteau !
Séli - Mon mari a raison, il y a des limites à la magnanimité !
Léodagan - Pour quoi on va passer auprès des autres rois, hein ? Vous savez ce qu'ils font des prisonniers, à Byzance ?
Arthur - Oui, je le sais : ils leur crèvent les yeux.
Guenièvre - Oh quelle horreur !
Léodagan - Ah ! Vous avez donc conscience qu'on va passer pour des taffioles ?
Arthur - Vous savez ce qu'il y au nord de l'Empire Byzantin ? La steppe. Peuplée de nomades dont les coutumes sont très claires : lorsqu'un chef est mort, le nouveau chef a pour premier devoir de venger son prédécesseur. À Byzance, ils doivent maintenir une armée permanente sur leur frontière nord à cause des nomades, ils sont même obligés d'engager des mercenaires. Vous vous souvenez d'Agop d'Arménie ? C'est en tant que mercenaire que j'ai eu à le combattre en duel. Eh bien la semaine suivante, j'ai reçu un message de félicitation de l'empereur. Les troupes d'Agop étaient devenues incontrôlables...
Léodagan - Mais qu'est-ce qu'on s'en fout, d'Agop d'Arménie !
Arthur - Les Saxons aussi cultivent l'art de la vengeance. En rendant la famille royale à son peuple, non seulement on montre notre magnanimité, mais on envoie aussi des témoins qui pourront raconter à quel point l'armée de Bretagne est puissante. Et comme ils n'auront aucune raison de se venger, ils n'auront aucune raison de revenir.
Léodagan - Et le roi Waldemar, ils vont pas vouloir le venger ?
Arthur - La reine, en revenant chez elle, transmettra une demande de rançon. C'est une pratique courante chez les Saxons.
Léodagan - Ah c'est pas bête ça ! Vous êtes vraiment un malin, vous ! Sauf que, quand ils vont s'apercevoir du subterfuge...
Arthur - Quel subterfuge ?
Léodagan, tout bas pour pas se faire entendre par les Saxons qui mangent à côté - Eh ben, ils finiront bien par s'apercevoir que le roi est mort !
Arthur - Mort ? Pas du tout, il est en prison.
Léodagan - Hein ? Vous l'avez pas exécuté ?
Arthur - C'est pas en l'exécutant que je vais en obtenir une rançon.
Léodagan - Vous êtes vraiment tordu ! Tout ça pour de l'argent ! Vous ne croyez pas que l'honneur, ça devrait passer au-dessus des basses valeurs pécuniaires (Séli le regarde avec de gros yeux...)
Arthur - Ce n'est pas que pour l'argent. Le roi Waldemar est le premier roi saxon à avoir réunifié leur peuple depuis plus de trois siècles. Pour eux, c'est un très grand roi. La rançon sera énorme (d'ailleurs ils n'accepteraient pas une rançon minable). Résultat : les caisses du royaume saxon seront vides, et à cause des Vikings qui menacent leur frontière nord, ils seront acculés à une alliance avec nous.
Léodagan, recrachant ce qu'il était en train de manger - Une alliance avec les Saxons !
Arthur - Réfléchissez ! On a tout à y gagner. Premièrement, on isole les Vikings. Deuxièmement, on se met dans les bonnes grâces du pape en envoyant là-bas des prêtres et on gagne en prestige auprès du monde chrétien. Troisièmement, la somme nécessaire à les aider à se défendre contre les Vikings sera deux fois moindre que celle qui aurait été nécessaire à les surveiller. Quatrièmement, en accueillant à la Table Ronde un ou deux princes, on scelle une alliance définitive, d'autant qu'ils seront nos débiteurs.
Séli - De notre temps on faisait ça par un mariage...
Arthur, ironique - Vous pensez qu'un mariage entre une des princesses et Yvain suffirait ?
Séli - J'ai rien dit !
Arthur - Et cinquièmement, grâce à l'alliance on fait des économies sur le budget militaire. Plus besoin, par exemple, d'entretenir les tourelles.
Léodagan, se lève, courroucé - Ah ça y est je comprends ! Je me disais aussi, toutes ces idées absurdes... Tout ça pour en arriver là ! Un complot ! Eh bien en ce jour marqué du sceau de l'infâmie, je... je préfère quitter la table, tiens !

- C'EST FINI -

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