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Chevalier Feuletonniste
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Joyeux anniversaire !

Introduction

Le texte qui suit n'est pas un scénario de Kaamelott usuel. L'histoire ne se déroule pas dans la Bretagne d'autrefois et on n'y trouvera aucun de nos personnages préférés. C'est une toute autre histoire.

C'est en fait une sorte d'exercice de style. L'idée m'est venue il y a quelque temps en lisant le sujet Les répliques cultes de Kaamelott replacées au quotidien. Dans ce sujet, les intervenants nous racontent comment ils ont réussi à placer une réplique de Kaamelott dans la conversation. Je me suis demandé : est-il possible de construire un dialogue avec des répliques de Kaamelott ? Finalement j'ai été plus ambitieux : je vous propose une mini-pièce de théâtre dont les dialogues sont des répliques cultes de Kaamelott.

J'ai donc commencé par imaginer une petite histoire typique : des truands poursuivis par la police se réfugient dans une maison bourgeoise où l'on fête un anniversaire (d'où le titre !). Après avoir écrit le plan de l'histoire, j'ai parcouru les épisodes de Kaamelott, un par un (j'ai utilisé les livres), et j'ai placé dans le texte de la mini-pièce les répliques qui me semblaient opportunes.

Assez vite je me suis rendu compte que ça n'allait pas : peu de cohérence, des dialogues qui ne s'enchaînent pas très bien, une histoire sans intérêt (y a-t-il d'ailleurs une histoire ?), et trop de répliques : avant même d'avoir atteint la moitié du Livre I j'avais déjà presque rempli ma mini-pièce. Bon, c'était un essai, un brouillon, et à présent je saurai ce qu'il faut faire et ne pas faire. J'ai donc décidé de tout recommencer en produisant une histoire un peu plus élaborée et en me limitant aux répliques historiques. Sauf que je n'ai pas trouvé d'histoire plus élaborée, et puis les seules répliques historiques s'insèrent mal dans un texte - il est plus facile d'insérer un « Lequel ? » (I. Enluminures, I. L'expurgation de Merlin) qu'un « J'ai pas bien entendu si elle marchait tordu ou si elle boitait » (I. Merlin et les loups). Surtout, en relisant mon brouillon, je trouvais ça drôle. Sur moi, ça fonctionnait. Du coup j'ai continué, et tant pis si la mini-pièce est mauvaise et si, en fin de compte, elle n'utilise que les répliques du Livre I.

Ce qui fonctionne, je trouve, c'est le mélange des répliques, et même leur détournement. C'est ça qui me fait rire. Par exemple un de mes personnages dit « Je suis un misérable ! » pour une raison complètement opposée à celle de Bohort lorsqu'il croit avoir blessé Arthur (III. Arthur sensei).

Alexandre Astier a dit qu'il fallait savoir péter plus haut que son cul. Suivant son conseil, j'annonce donc que je suis très fier de ce travail (ça a été du boulot !) donc j'espère que vous ne le descendrez pas en flèche sous prétexte que ce n'est pas un scénario de Kaamelott ou parce que la mini-pièce, en tant que telle, est très mauvaise (c'est vrai, mais ce n'est pas son intérêt - et puis je suis fan de Kaamelott, pas scénariste professionnel). J'ignore totalement comment vous allez l'accueillir. Mais si ça vous a plu et que vous souhaitez essayer à votre tour, je vous donne un bon conseil : prévoyez une grande scène de bouffe - les répliques de Kaamelott sont faites pour des scènes de bouffe !

Synopsis

Trois cambrioleurs minables, poursuivis par la police, se réfugient dans la maison bourgeoise d'un ancien légionnaire qui fête son anniversaire en famille.

Personnages

Avertissement : j'ai défini cette liste avant d'écrire le plan de l'histoire, de sorte qu'il y a une certaine différence entre les personnages comme je les imaginais au début, et les personnages comme ils sont dans le texte. Je propose néanmoins cette liste parce que... ben parce qu'il me semble qu'elle est quand même utile pour suivre le texte.

Les cambrioleurs :
- Dédé : chef de la bande, autoritaire, se prend pour quelqu'un. Genre Lino Ventura.
- Jojo : un de ses deux hommes, naïf, imbécile, presque honnête. Genre Bourvil.
- Bébert : l'autre, mal embouché, susceptible, massif. Genre Jean-Pierre Castaldi.

La police :
- Commissaire Adolphe Berthier : sûr de lui, se croit le meilleur. Genre Bernard Blier.
- Inspecteur Christian Dupont : naïf, distrait, tête de turc de Berthier. Genre Jean Lefebvre dans Le gendarme de Saint-Tropez.

La famille Janvier :
- Capitaine en retraite Henri Janvier : ancien légionnaire, riche propriétaire terrien, autoritaire, intimidant, amateur de bon vin. Genre Jean Gabin dans Le tatoué. Son anniversaire tombe le jour du cambriolage.
- Irène : sa femme, étourdie, mondaine, vieux jeu. Genre Jacqueline Maillan dans Pouic Pouic.
- Karl : son secrétaire, sournois, faux, hypocrite. Henri le préfère à ses propres enfants. Karl compte d'ailleurs devenir l'héritier du vieil homme et tous les moyens sont bons... Genre Gérard Jugnot dans Papy fait de la résistance.
- Laurent : son fils aîné, commercial moderne établi en Bretagne qui préfère l'argent aux sentiments. Ne vient voir son père que pour son anniversaire. Il devrait venir ce soir... Genre Christian Clavier.
- Mickaël : plus jeune fils du capitaine, étudiant anarchiste, antimilitariste, imbécile et irresponsable.
- Nicole : fille du capitaine, plus jeune des trois enfants, vit encore chez ses parents, infantile. Ses parents l'ont fiancée à un type qu'elle n'aime pas, aussi elle rêve d'en trouver un autre. Genre : Nicole, la fille de Cruchot.
- Olwenn : femme de Laurent, bretonne, jeune, belle, moderne, frivole.
- Patrick Quesnoy-Roberval : fiancé de Nicole, snob, gros lecteur, gros mangeur.
- Sidonie : la bonne, impertinente, sans-gêne. Genre la bonne dans Oscar.

Remarque : dans cette famille bourgeoise, on se vouvoie.

Décor

La première scène se déroule dans la salle des coffres de la Banque du Commerce ; toutes les autres scènes se déroulent dans le salon des Janvier.

La salle des coffres :

La scène est sombre. Il y a un coffre tout à droite. Au fond, le mur est un mur en carton pâte. Les acteurs interprétant les truands devront faire un trou dans le carton pâte pour simuler le creusement d'un tunnel.

Le salon des Janvier :

Une seule pièce fait à la fois office de salon (à gauche), avec fauteuils et tables basses, et de salle à manger (à droite), avec une grande table entourée de chaises. La porte de gauche mène à un vestibule situé dans les coulisses. La porte du fond, au milieu, mène aux cuisines (là encore dans les coulisses). Enfin, il y a une petite porte à droite : elle mène au cellier, à l'étage du dessous (le cellier est au rez-de-chaussée, le salon au premier). Le cellier est la pièce où l'on stocke la nourriture et même les bonnes bouteilles du capitaine (il faut croire qu'il n'y a pas de cave).

Présentation

J'ai décidé de rédiger chaque scène dans un message et de tout proposer d'un seul coup. Pour deux raisons :
- Tout mettre dans un seul message, c'était trop long (n'y a-t-il pas, d'ailleurs, de limite à la taille de nos messages ?).
- Envoyer les scènes au fur et à mesure, par exemple une scène par jour ou plus, risquait de les séparer par des réactions, ce qui rendrait la lecture de l'ensemble de la mini-pièce plus difficile.

C'est pour ça que j'ai « réservé » les messages avant de les remplir : ça va me demander un gros boulot de mettre les balises pour « enluminer » mon texte, je le ferai au fur et à mesure. (Edit après la mise en page de la scène 1 : bon, je vais faire ça au fur et à mesure dans la semaine qui vient, c'est vraiment du boulot !)

Je n'ai pas réussi à construire un texte avec uniquement des répliques de Kaamelott. Je ne suis pas sûr que ce soit possible : j'avais besoin d'inventer des répliques de liaison notamment. Les répliques qui sont soulignées ont été honteusement pompées dans le texte original de la série, à la lettre et à la virgule près. Il peut d'ailleurs être amusant d'essayer de deviner de quel épisode elles proviennent. Normalement, il s'agit d'épisodes du Livre I uniquement, mais j'ai complété avec quelques répliques mémorables des autres livres.

J'espère que ça vous amusera autant que ça m'a amusé de faire ça ! :)

Chevalier Feuletonniste
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Scène 1

LA SALLE DES COFFRES, 18 HEURES

Les trois truands sont derrière le décor en carton pâte, on les entend mais on ne les voit pas.

Bébert (off)
Bah, la meilleure chose à faire...
Jojo (off)
... c'est de creuser.
Bébert (off)
Donc, boum ! On creuse.
Jojo (off)
On arpente un sol argileux, plutôt humide...
Dédé (off)
Pas par là ! Pas par là !
Bébert (off)
Vous êtes sûr qu'on est dans la bonne direction ?
Dédé (off)
Alors, sauf erreur de ma part...
Jojo (off)
Ben, c'est vous le chef.
Dédé (off)
Ouais mais là, le boss, il en a plein sa musette.)
Jojo (off)
Dites, chef, c'est important ou pas si les cartes des égoûts datent d'il y a longtemps ?
Dédé (off)
Mais elles sont vraiment vieilles ?
Jojo (off)
J'en sais rien, moi, je vous répète ce qu'on m'a dit. De toute façon, j'y comprends rien aux cartes.
Bébert (off)
On vous demande si vous pensez que les cartes sont obsolètes !
Jojo (off)
Ben, c'est pas faux.
Dédé (off)
Bon, on s'est fait refiler des cartes d'il y a vingt ans, quoi...
Jojo (off)
J'ai pris ce qu'il y avait, moi...
Dédé (off)
Je sais pas ce qui va pas mais il va falloir que ça aille !
Bébert (off)
Saloperie, va...
Jojo (off)
Ah non, là, j'arrête !
Dédé (off)
Mais pourquoi ?
Jojo (off)
Parce que je trouve que je suis souvent victime des colifichets, quand même.
Dédé (off)
Chut ! Le ferme, bon sang ! Vous savez qu'on a trois fois plus de chances de se faire attaquer si vous faites du bruit ?
Bébert (off)
Il me semble que pour bien chercher, il faut savoir ce qu'on cherche.
Jojo (off)
Qu'est-ce c'est, déjà, le machin qu'on vient chercher ?
Dédé (off, ironique)
On cherche des truffes !
Bébert (off)
Cinquante lingots d'or dans le coffre de la Banque du Commerce.
Dédé (off)
On va quadriller le secteur et se partager les zones.
Jojo (off)
Pas besoin, chef, j'ai trouvé ! Ici !

Les truands font un trou dans le décor. Dédé passe le premier. Au début, ils ne pensent pas à regarder du côté du coffre et, donc, ne le voient pas.

Dédé (à Jojo et Bébert, restés derrière)
Passez la tête !
Jojo passe la tête puis entre. Bébert a plus de mal en raison de sa plus forte carrure.
Bébert (essouflé)
Eh ben, de temps en temps, vous êtes souples !
Jojo (regardant la salle avec admiration)
C'est pittoresque !
Bébert
Vous n'avez pas peur que ça fasse un peu tape-à-l'oeil ?
Jojo (lisant sa carte)
Comme la totalité du bâtiment, cette pièce a été entièrement bâtie en pierres d'Irlande...
Bébert
Il faut admettre, c'est quand même pas ce qu'il y a de plus guilleret comme endroit...
Jojo
Là, c'est quand même vachement sombre.
Dédé
Cherchez le coffre au lieu dire des conneries !
Jojo (regardant dans la mauvaise direction)
Je crois pas qu'on soit au bon endroit.
Bébert (de même)
Vous le voyez, vous ?
Jojo
Non mais ça sent le soufre. Il doit pas être loin.
Dédé (pensant enfin à regarder du bon côté)
Il est là !
Bébert
La vache, vous avez vu la taille du truc !
Dédé
Ah, c'est sûr, il fait un peu plus de trois cents livres... Bébert, tu sauras l'ouvrir ?
Bébert
Ah, c'est le modèle au-dessus, il est un poil plus cher.
Dédé
Qu'est-ce qu'on s'en fout ? Allez, ouvre-le !
Bébert (sortant ses outils)
Attendez, il suffit pas de claquer les doigts.

Bébert essaie de crocheter la serrure mais n'y arrive pas. Dédé vient l'aider, en vain.

Bébert
Ça marche pas, mais pas, mais pas du tout !
Jojo (inquiet)
Vous pouvez rien faire ?
Bébert
Bah non.
Jojo
À la limite, on pourrait essayer de lui lancer une grosse pierre !
Dédé (décidé, tenant un petit sac)
Bon bah tirez-vous.

Dédé sort de son sac un petit pavé de plastic.

Dédé
Il y a toujours au moins deux solutions à un problème.

Dédé pose le plastic sur la porte du coffre et allume un détonateur.

Bébert
Vous avez rien de plus furtif ? Là, dans le genre discret...
Dédé
Bah non.
Bébert
Parce que là, quitte à se faire repérer, on prendrait moins de risques à faire venir un orchestre...

Ils attendent l'explosion.

Jojo
Alors qu'est-ce qu'on fait ?
Dédé
Attendez deux secondes que ça fasse effet !
Jojo
Ah, ça se remue, on dirait !

Explosion. Le coffre est ouvert, on aperçoit les lingots.

Bébert (admiratif et souriant)
La vache !
Jojo (de même)
Une merveille !
Dédé
Qu'est-ce que vous avez à sourire comme des glands ?
Bébert (toujours souriant)
On tombe sur le fric, comme ça, du premier coup ! On s'est même pas fait un cor au pied !
Jojo
Mais c'est quoi exactement, dans le coffre ?
Dédé
Des lingots d'or, banane !
Bébert
Ça, c'est classique. On en trouve à peu près partout.
Dédé (admiratif)
Des lingots rutilants !
Jojo
Qu'est-ce que ça veut dire, déjà, « rutilant » ?
Bébert
« Rutillant », c'est « qui brille beaucoup ».
Jojo
N'empêche, il y en a trop, on pourra pas tout récupérer.
Dédé
Je veux l'or ! Tout l'or !
Bébert (confirmant)
Sinon, c'est la guerre !
Jojo
Attendez, vous vous rendez compte de la somme que ça fait ?
Bébert
Quand même, faut pas exagérer.

Les trois truands remplissent un sac.

Dédé
Sortez-vous les doigts du cul !
Bébert (souriant)
Ça, on peut toujours en prendre quatre ou cinq, ce sera jamais perdu.
Dédé
Dépêchez-vous, bon sang !
Jojo
Ça peut pas attendre deux minutes ?
Dédé
Arrêtez de couiner et magnez-vous ! Dans dix minutes, on décarre.
Jojo
Merde, on a déjà rempli le sac, il est trop petit.
Dédé (à Bébert)
Tu pouvais pas choisir un sac plus grand !
Bébert
Je suis vraiment confus !
Jojo
C'est vrai que dans l'urgence du truc...
Dédé
Non mais c'est pas possible de voir ça !
Bébert
Je croyais qu'il y aurait juste cinquante lingots.
Dédé
Ils sont pas cinquante, ils sont deux mille.
Jojo
À moins que vous ayez une autre solution...
Dédé
Ah non mais des tanches pareilles, on devrait les mettre sous verre !

On entend une alarme.

Jojo
Vous avez entendu ?
Dédé
Ah, c'est la vacherie, ça !
Bébert
Oh là là... Il faut sonner la retraite, là... On entend des bruits de pas. Ils sont tout près !
Dédé
Mais non...
Bébert
Ben si, si c'est le même volume sonore, on est équidistants.

L'alarme cesse.

Jojo
On n'entend plus rien ! Si ça se trouve, ils ont foutu le camp !

L'alarme reprend. On entend des cris, genre « ils sont en bas ».

Bébert
Quelles sont nos chances si on fonce ?
Dédé
Si on fonce où ça ?
Bébert
Droit devant ! En plein dans leur tronche ! Après tout, on sait pas combien ils sont !
Jojo
Bah nous on est trois.
Dédé (regardant Jojo)
Mettons deux et demi.
Bébert
Mais enfin, il y a aucune raison qu'ils soient encore agressifs !
Dédé
Il faut qu'on trouve une solution de repli, on va y rester !
Bébert
On va pas abandonner les lingots qui restent.
Jojo
Ah oui parce que ce serait dommage de perdre ça !
Dédé
Mais je sais, c'est dommage mais il y a quand même des priorités !

Les bruits de pas approchent.

Jojo
Retraite ! Retraite !
Dédé (se sauvant)
C'est parti !
Bébert (récupérant un lingot au passage)
Et voilà. Mission accomplie.

Les trois truands disparaissent en coulisse.

Jojo (off)
Eh, les mecs, où vous êtes ? Faites pas les cons !


Chevalier Feuletonniste
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Scène 2

SALON DES JANVIER, 19 HEURES

Karl verse une étrange mixture dans une seringue, puis pique celle-ci dans le bouchon d'une bouteille de vin pas encore ouverte, qu'il laisse sur la table.

Karl
Voilà, dans le vin.
Il va en cuisine ranger la seringue et le flacon, puis revient.
Karl
Je sens que de grandes choses vont se jouer autour de cette table.

Karl se tourne vers le public.

Karl (au public)
Eh oui, je compte empoisonner mon patron et sa famille afin de toucher l'héritage pour moi tout seul !

Un comparse dans le public demande : vous êtes sûr que ça marchera ?

Karl
Ah ça, c'est du garanti !

Un autre comparse hurle que c'est honteux et essaie d'entraîner le public.

Karl
Ça vous emmerde, ce que je raconte ? Ah ah ! Tout est prévu ! Jusqu'à leurs funérailles !

Karl (au public, fier de lui)
Je suis un misérable !


Chevalier Feuletonniste
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Scène 3

SALON DES JANVIER

Le capitaine rentre à l'improviste dans son salon.

Henri
De quoi ? Qu'est-ce que vous avez dit ?
Karl (sursautant en apercevant son patron)
Ah, vous voilà !
Henri
Vous avez parlé de funérailles !
Karl (faux)
Non, pas moi.

Karl prend la bouteille « piégée ».

Karl (offrant la bouteille)
Prenez donc un peu de ce vin.
Henri
Non ! Pas celui-là !
Karl
Pas celui-là ? Et en quel honneur pas celui-là ?
Henri
Mais qu'est-ce qui vous prend de vous mêler de ce que je descends, vous, ce soir ? Ça va pas mieux !
Karl
Je me comprends.
Karl (tout bas)
Toi, un jour, je te crame ta famille, toi.
Henri
J'ai mieux au cellier.

Henri sort par la porte du fond. Karl attend qu'il ait quitté la pièce pour lui tirer la langue. Puis Henri revient, tenant une bouteille.

Henri (montrant sa bouteille)
Alors, qu'est-ce que vous en pensez ?
Karl
Qu'est-ce que je pense de quoi ?
Henri
De ce grand cru d'Aquitaine ! Idéal pour fêter les fiançailles de ma fille, non ?
Karl (boudeur)
C'est ça. Et quel âge il a ?
Henri (regardant l'étiquette)
Onze ans et demi.

Henri débouche la bouteille et boit un verre.

Karl (dépité)
Je vous laisse, j'ai encore un peu de boulot.
Henru
De mon côté, il faut que je vérifie que la bonne a bien mis mon lièvre au four...

Karl part du côté du vestibule, Henri va en cuisine.


Chevalier Feuletonniste
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Scène 4

SALON DES JANVIER

Au début de la scène, les truands sont dehors, c'est-à-dire en coulisses : on les entend mais on ne les voit pas. Ils rentreront par la fenêtre, c'est-à-dire par la droite de la scène.

Dédé (off)
Suivez-moi, on va se cacher dans cette maison.
Bébert (off)
Mais comment ?
Jojo (off)
En rentrant chez eux de manière subrogative en tapinant.

Dédé surgit par la fenêtre, c'est-à-dire par la droite de la scène, puis Jojo et enfin Bébert.

Henri (off)
Qu'est-ce que c'est ? Il y a quelqu'un ?
Bébert (chuchotant)
Zut, c'est peuplé.
Jojo (chuchotant)
On fait quoi ? On s'en débarrasse ?
Dédé (chuchotant)
Évidemment !
Bébert (chuchotant)
Non mais attendez, vous faites semblant de négocier, tranquille, pendant ce temps, je fais celui qui va pisser par là-bas et puis quand j'arrive à sa hauteur, tac !

Henri entre dans le salon et aperçoit les truands.

Jojo
Bonjour.
Dédé (menaçant Henri d'une arme)
Bougez pas !
Henri
Plaît-il ?
Karl (qui surgit à son tour)
Ah ! Mais qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous foutez là ?
Dédé
On est des méchants, on va se cacher ici, et vous allez collaborer. Sinon c'est une balle dans le ventre !
Henri
Quoi ? Il n'en est pas question ! Non, mais c'est pas croyable d'entendre ça !

Dédé fait un signe à Bébert, qui sourit.

Bébert
Je vais tout casser, ici, moi !
Henri
Ah ! Mais qu'est-ce qui vous prend ?
Bébert (qui vient de décrocher les assiettes du mur)
Une chance que vous vous soyez pas fait construire un buffet à vaisselle...
Bébert (qui détruit une chaise)
Sinon vous avez ce qui vous faut en mobilier pour cette pièce ?
Dédé
Voilà ce qu'on va faire : trouvez-nous des déguisements de domestiques. On dira que vous nous avez engagés pour ce soir, et c'est tout. Au moindre comportement suspect, on vous bute !
Henri
OK, OK.
Dédé
C'est un ordre !
Henri
C'est quand même pas évident, comme situation...
Dédé (rassurant)
Au bout d'un moment, vous saurez même plus que je suis là.
Henri
Ah là, attention : vous adressez pas la parole aux dames, hein !
Karl
Et tâchez d'être discret !
Dédé (à ses acolytes)
Vous avez compris le plan ? Il faut bien jouer la comédie. Donc on cache nos armes.
Bébert
Pourquoi les cacher ?
Dédé
Si vous gardez vos armes, vous allez passer pour des...
Bébert
Pour des quoi ?
Dédé
Pour des qu'on peut pas se permettre de passer pour.
Bébert (pas convaincu)
Je prends le risque. J'aime pas l'image que ça donne de nous.
Dédé
J'ai pris ma décision : non, c'est non. Point final. Et maintenant, allons chercher ces déguisements !

Tout le monde quitte la pièce.


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Scène 5

SALON DES JANVIER

Henri et les trois "domestiques" reviennent au salon. Dédé est déguisé en serveur, Bébert en chauffeur et Jojo en jardinier. Le costume du chauffeur est trop court pour la carrure de Bébert, et le costume de jardinier est assez ridicule (salopette...).

Dédé (à Bébert)
Va dans le cellier cacher les lingots parmi les bouteilles.

Juste au moment où Bébert quitte le salon en emportant le sac rempli de lingot, le commissaire Berthier entre sans frapper.

Henri
Vous pourriez prévenir !
Commissaire (montrant sa carte)
Commissaire Berthier, brigade criminelle.

L'inspecteur Dupont, mal fagotté, entre à son tour.

Commissaire (montrant l'inspecteur)
Et voici mon adjoint, l'inspecteur Dupont.
Henri
Enchanté.
Jojo
Bonjour.
Bébert (tout bas)
Encore un nom à coucher dehors...
Commissaire (bas, à l'inspecteur)
Et rajustez votre costume. On peut pas se permettre de passer pour des clodos.

Le commissaire explique la situation.

Commissaire
On recherche des cambrioleurs. Ils se sont certainement réfugiés dans une des maisons du quartier.
Inspecteur
Personne n'est au courant ?
Dédé (d'un air innocent)
Si, si. J'en ai entendu parler.
Inspecteur (au commissaire)
Ah, on tient une piste.
Dédé
Mais... vous croyez que c'est vrai, cette histoire ? Franchement, ça m'a tout l'air d'un bruit qui court.
Inspecteur
Non, non, on a vu des traces de pas.

Pendant ce temps, Bébert est de retour au salon.

Jojo (innocent)
C'est vrai qu'on commence effectivement à beaucoup en entendre parler.
Bébert (intervenant alors qu'il ne sait pas de quoi on parle)
On en entend parler dans les tavernes à ivrogne, oui !
Jojo (à Dédé, qui fait la grimace)
Ça va, on plaisante...
Bébert
On plaisante, on plaisante...
Dédé (bas)
Arrêtez, on va se faire repérer !
Commissaire
Inspecteur, fouillez partout !

L'inspecteur retourne au vestibule pour commencer sa fouille de la maison. Les autres attendent.

Commissaire (à Bébert)
Votre tête me dit quelque chose...
Bébert
Oui, j'ai un physique très banal. Laissez tomber, on se connaît pas.
Dédé (tout bas)
Encore une chance

L'inspecteur revient, accompagné de Karl.

Inspecteur
À part ce monsieur, qui est le secrétaire de monsieur Janvier, il n'y a personne.
Commissaire (désignant la porte de la cuisine et celle du cellier)
Et par là ?

L'inspecteur va voir et revient bredouille.

Commissaire (à Henri)
On va vous laisser un policier comme garde du corps, on ne sait jamais.
Henri (sous la pression de Dédé qui le surveille)
Vous êtes sûr que c'est obligé, le coup du garde du corps ? Franchement, je suis assez grand pour me protéger tout seul !
Commissaire
Vous n'en voulez pas ?
Henri
Non, non.
Commissaire
Ah bon. Sinon, hésitez pas, hein.

Dédé pousse un soupir de soulagement pas très discret.

Commissaire
Allez, je me sauve, moi.

Le commissaire et son adjoint quittent le salon. Peu après, les trois truands partent en cuisine et Karl retourne à son travail. Henri est donc seul et s'installe de nouveau sur un fauteuil.


Chevalier Feuletonniste
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Scène 6

SALON DES JANVIER

Irène entre.

Irène
Ah, vous voilà. Au fait, ce n'est pas votre anniversaire aujourd'hui ?
Henri
Heu... Je sais plus quel jour c'est.

Sidonie entre à son tour.

Sidonie
Ah, vous voilà. Je viens vous annoncer que Monsieur votre fils aîné a téléphoné pour dire qu'il viendrait dîner, comme chaque année.
Henri (encaissant la nouvelle)
Ouais, c'est aujourd'hui, je crois.
Sidonie
Est-ce que je peux me permettre de rappeler à Madame ce que Madame m'a promis hier ?
Henri
Ah non, pas de trucs privés, s'il vous plaît !
Sidonie
Mais pas du tout !
Irène
Rappelez-moi ?
Sidonie
Il faudrait que vous vous déguisiez en saint Nicolas pour distribuer des friandises aux mômes.
Irène
Là maintenant ?
Sidonie
Bah non.

Les trois truands sortent de la cuisine discrètement mais Irène les remarque.

Irène
Qui êtes vous ? Qu'est-ce que vous foutez là ?
Henri
Ce sont les trois domestiques que j'ai engagés pour ce soir.
Irène
Vous auriez pu me prévenir !
Henri (désignant les trois truands)
Pourtant j'avais bien dit aux gars qu'ils viennent vous voir.
Irène
Quel manque de discipline !
Henri
Ils sont pas indisciplinés. Ils sont très cons mais c'est pas les mauvais gars.
Irène
Je vois pas ce que vous leur trouvez de spécial, moi, à vos gars !
Sidonie
Ils sont mous !
Irène
Moi, j'ai peur qu'on fasse une connerie.
Henri
Mais ils nous seront très utiles.
Irène
Je voudrais bien qu'on m'explique pourquoi !
Henri
Si vous la fermez deux minutes, je vais peut-être arriver à vous le dire ! C'est juste pour ce soir, parce qu'on aura des invités.
Irène
Comment ça ?
Henri
Quoi, c'est vrai ou c'est pas vrai ?
Irène
Oui mais pourquoi le chauffeur et le jardinier ?
Henri
C'est moderne.
Irène
Oui voilà, donc c'est intéressant, mais il faut être sûr que ce soit pas trop moderne.
Henri
Le jardinier, c'est parce que... heu... il lit l'avenir dans les branches d'arbres. Voilà !
Sidonie (bas, à Irène)
Qu'est-ce qu'il faut pas entendre comme conneries !
Henri (à Jojo)
Allez-y, redites-nous votre prédiction du jour !
Dédé (bas, à Jojo)
Vas-y, improvise un truc !
Jojo (sur un ton hésitant)
Un vent glacial fera couler le nez du voyageur et les Anciens devront mettre les pieds dans l'eau chaude.
Dédé (faussement intéressé)
Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ?
Irène
Mais vous rigolez ou quoi ? Qu'est-ce que vous voulez que je foute d'un présage pareil ?
Sidonie (ironique)
Ah eh ! C'est de la divination, hein ! C'est toujours flou, il faut interpréter !
Jojo
C'est l'avenir, c'est tout. Faites-moi confiance.
Dédé
Faut pas prendre ça au pied de la lettre, c'est sûr !
Jojo (vexé, imaginant un présage plus spectaculaire pour se venger)
Les Dieux sont en colère, L'Esprit des Loups gronde ! Tu dois L'écouter ! Sans quoi ton Royaume tombera dans l'abysse de l'oubli !
Dédé (tout bas à Jojo)
Mais ça va pas ?
Jojo (tout bas à Dédé)
C'est pas ça qu'il faut faire ?
Jojo (emporté dans son trip)
La forêt exige un sacrifice !
Dédé (tout bas à Jojo)
Ho, ho ! Stop ! Stop !
Sidonie (ironique)
Un sacrifice, vous êtes vraiment sûr ?
Bébert
Ça, c'était sûr que ça allait pas passer tout seul.
Jojo (ignorant les gestes de Dédé)
Moi, je vous préviens : si l'Esprit des Loups se met en colère, ça va pas être une partie de rigolade !

Sidonie éclate de rire.

Jojo
Vous avez tort de prendre ça à la légère ! Si dans un mois, tous les loups sortent de la forêt pour nous attaquer, vous demanderez pas d'où ça vient !
Irène (plutôt indifférente)
Et puis ?
Jojo
Quand même, ça arrive pas tous les jours !
Henri
Ben, pas vraiment.
Jojo (désirant toujours impressionner, à Henri)
Tu devras rendre compte de tes agissements sataniques ! Renonce ou sois maudit !
Henri
Pourquoi il me tutoie à chaque fois, ce con ? On n'a pas gardé les chèvres ensemble, que je sache !
Jojo
Hérétique ! Au bûcher !
Irène
Oh non, mais allez boire un coup, je vous assure, ça ira mieux.
Sidonie
Et comment vous vous appelez, monsieur le mage ?
Jojo (n'osant pas dire son vrai nom)
Heu... Ben...
Sidonie
Pas foutu de savoir son nom...
Henri
Non mais faut pas vous faire de souci. Ça peut arriver à tout le monde.
Sidonie (désignant Bébert, peu à l'aise dans son costume trop grand de chauffeur)
Et lui ? Qu'est-ce qu'il fait, celui-là ? Il fume un merle ?
Bébert
Ah, la barbe !
Sidonie
Qui c'est, ce péquenaud ?
Bébert
Ce péquenaud ? Et vous alors ? Avec votre dégaine de crevette, faites gaffe à pas vous faire bouffer par un mérou.
Henri
Attendez, vous énervez pas, c'était pour déconner...
Bébert (à Dédé)
Je vous demande pas de me soutenir, ça serait miraculeux !
Irène (à Sidonie)
Vos nouveaux collègues sont plutôt farfelus...
Sidonie
Non, je crois qu'ils sont juste cons.
Irène
Allons plutôt nous occuper du repas, il y aura des invités.

Irène et Sidonie partent en cuisine.

Jojo (moqueur, regardant Sidonie qui quitte la pièce)
Les poils aux jambes, ça fait vraiment trop nul.
Bébert
Chef, je peux la torturer, la bonne ?
Dédé
Ah non !
Bébert
Pourquoi non ?
Dédé
Ça vient que chez moi, il y a pas de torture, voilà.
Jojo
Et c'est très bien comme ça.
Bébert (ironique)
Ah oui, c'est très bien ! C'est moderne !
Dédé
Venez plutôt au cellier, je veux voir comment vous avez caché les lingots.

Les trois truands quittent la pièce.


Chevalier Feuletonniste
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Scène 7

SALON DES JANVIER

On sonne, Henri ouvre : c'est sa fille Nicole. Irène quitte la cuisine et les rejoint. Sidonie les rejoindra en cours de dialogue.

Nicole
Est-ce vrai que Patrick sera là ? Je ne l'aime pas.
Henri
Pourtant, c'est un homme qui a des qualités.
Nicole (sceptique)
Ah bon ?
Irène
Il est très mûr pour son âge.
Sidonie (qui vient d'arriver)
Ah bon ?
Henri
Attendez, l'affectif, ça joue aussi. À force d'être ensemble, des liens se créent, c'est obligé.
Nicole
Je vous le dis franchement : je compte rompre.
Irène
Il va déprimer, il va se mettre à bouffer, il va prendre quarante livres...
Nicole
Vous parlez de ces deux passions : la bouffe et la lecture ! Parce que moi, j’ai appris à lire, et ben... je souhaite ça à personne !
Irène
J'y peux rien si c'est un artiste ! Il écrit des poèmes magnifiques !
Nicole (ironique)
Formidable ! Je vais l'envoyer trois mois à poil dans la forêt à bouffer des racines et des asticots ! Je vous garantis que quand il reviendra, il fera moins de poèmes !

Les trois truands retournent dans le salon.

Henri (désignant les trois truands)
Trois domestiques que j'ai engagé pour la soirée.
Jojo (apercevant Nicole)
Oh, comme elle est belle !
Dédé
La ferme !

On sonne.


Chevalier Feuletonniste
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Scène 8

SALON DES JANVIER

Sidonie va voir qui a sonné.

Sidonie (off, depuis le vestibule)
C'est encore le commissaire et l'inspecteur !
Bébert (désignant la fenêtre)
Vous allez peut-être me dire que maintenant, ils croient qu'on est là-bas !
Dédé
Chut ! Ils sont juste à côté, ces cons-là...
Jojo
Qu'est-ce qui vous prend ? J'ai rien dit encore !
Commissaire (entrant dans le salon)
C'est à moi que vous parlez, là ?
Irène
Il y a du nouveau ?
Commissaire
On a fouillé tout le quartier et rien trouvé. Mais les traces de pas indiquent votre maison. Ils sont sûrement chez vous.
Inspecteur (approuvant)
Ils sont encore là, ces cons !
Sidonie
Ces messieurs... Qu'est-ce qui leur ferait plaisir ?
Commissaire
Quatre laits de chèvre.
Inspecteur
Un seul pour moi. J'aime pas le lait.
Sidonie
Moi non plus.
Commissaire
Ah, la barbe !

Sidonie part en cuisine puis revient avec les boissons demandées.

Commissaire (à l'inspecteur)
Je connais ceux qui habitent ici, mais je vais quand même les interroger.
Inspecteur
Je sais pas comment vous faites pour les reconnaître... Ils ont tous la même tête d'alcoolo.
Commissaire (à l'inspecteur)
Regardez bien comment je m'y prends : toujours commencer par poser une question déstabilisante. C'est une technique, heu...
Inspecteur
Psychologique !
Commissaire
Voilà ! Psychologique ! Ce qui compte, c'est ce qu'ils disent ! (Se tournant vers Henri) Monsieur Janvier... Est-ce que l'homosexualité est une chose répandue, chez vous ?
Henri
Heu... je sais pas... Pas plus qu'ailleurs je suppose.
Commissaire (à l'inspecteur)
À vous, essayez !
Inspecteur
Monsieur Janvier... Vous avez déjà mangé du chapon ?
Irène
Oui et alors ?
Inspecteur
Attendez, c'est pas à vous que je parle.
Commissaire (à l'inspecteur)
Ils répondent bien... Je vais interroger un domestique. Pendant ce temps, recommencez la fouille de la maison. Mais ne cherchez pas les truands, cherchez les lingots.

L'inspecteur part fouiller la cuisine, puis revient. Il ira ensuite vers le vestibule pour fouiller le reste de la maison. Notez : il oubliera de fouiller le cellier.

Bébert (chuchotant)
Il va trouver les lingots, ce con...
Dédé (chuchotant)
Il manquerait plus que ça !
Commissaire (se tournant vers Bébert)
Vous là, que faisiez-vous il y a une heure ?
Dédé (à Bébert, tout bas)
Répond au monsieur, improvise !
Bébert
Heu... Je suis allé acheter une nouvelle télé... mais le magasin était fermé.
Irène
Ah non, je ne veux pas de télé à la maison !
Henri
Il faut bien qu'on sache ce qui se passe dans le monde !
Irène
Mais on le sait, ce qui se passe ! On a la radio.
Henri
Mais pas l'image.
Bébert
Ce qui compte, c'est le mouvement.
Sidonie (au commissaire)
Il veut un autre lait ?
Commissaire
Non merci.
Sidonie
Une infusion, pour vous détendre ?
Commissaire
Non, sans façon.
Sidonie
S'il veut du chaud, je peux lui brasser trois oeufs dans une poële...
Commissaire (perdant patience)
Non !
Sidonie
J'ai compris ! C'est pas la peine de me gueuler dessus, non plus !
Commissaire
Oh, pardon...
Sidonie
Bref, tout ça pour dire que je voudrais bien qu'on commence à me considérer en tant que telle.
Commissaire (à Jojo)
Et vous, que faisiez-vous il y a une heure ?
Jojo
Mais pourquoi vous me demandez ça à moi ?
Dédé (tout bas, à Jojo)
Dis quelque chose !
Jojo
Je suis allé à mon cours d'arts martiaux. Hé ouais !
Commissaire
Très bien.
Nicole
C'est intéressant ! Et vous faites quoi, dans ce cours ?
Jojo (fier)
Il y en a un, il nous a montré le combat au bâton.
Nicole
Et ensuite ?
Jojo (de plus en plus fier)
Et après, il a enroulé sa quique autour du bâton.
Irène
Quoi ?
Jojo
Il enroulait, il déroulait, il enroulait, il déroulait...
Dédé (consterné mais devant soutenir son acolyte)
Afin de l'assouplir, probablement !
Commissaire
Qu'est-ce que vous nous chantez ?
Jojo
Et après, il a soulevé des poids, avec.
Nicole
Mais avec quoi, il soulevait des poids ?
Jojo
Avec sa couille. (Réalisant que tout le monde le regarde avec étonnement) Mais... attendez, il faut que ce soit vrai, tout ce qu'on dit, là ?

L'inspecteur revient de sa fouille dans la maison.

Inspecteur
Pas de lingots.
Commissaire
Vous êtes sûr d'avoir cherché partout ?
Inspecteur
Mais enfin, arrêtez de me prendre pour une bleusaille !
Commissaire
Dans ce cas, il ne nous reste plus qu'à prendre congé. Au-revoir messieurs-dames.

Le commissaire et l'inspecteur sortent.

Irène (à Sidonie)
Allez donc téléphoner à Mickaël pour l'inviter à la soirée.
Henri
Ah non ! Pas cet ahuri !

Sidonie part vers le vestibule.


Chevalier Feuletonniste
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Scène 9

Prévoir un petit entr'acte avant la scène 9. Ça permettra ainsi de matérialiser le temps qui s'est écoulé depuis la scène précédente.

SALON DES JANVIER, 20 HEURES 30

Sidonie installe des verres sur la petite table ronde du salon, tandis que la grande table de la salle à manger est déjà prête. Des bouteilles d'apéritif sont sorties. On attend Laurent et Olwenn.

Henri
Qu'est-ce qu'on fait s'ils arrivent pas ?
Irène
De toute façon, à cette heure, ils ont dû s'arrêter pour manger.
Henri
Aucune nouvelle. Le mieux, c'est de commencer.

On entend la porte d'entrée s'ouvrir.

Irène
Eh ben, c'est pas eux, ça ?
Henri
Vingt Dieux, on devrait jamais se faire de soucis ! (Se dirigeant vers un fauteuil du salon) Allez, on y va !

Laurent et Olwenn entrent.

Laurent (à la cantonnade)
Bonjour.
Olwenn
Bonjour.
Henri
Alors comme ça vous vous êtes souvenus de mon anniversaire, du coup vous êtes venus ?
Irène (approuvant)
C'est vrai qu'on vous voit pas tellement souvent...
Henri
Nous, on nous a même dit que vous étiez mort.
Laurent
Ah super ! Mort de rire, la vanne !
Olwenn
Quand il n'y a pas de problème, je ne vois pas de raison de venir vous déranger !
Laurent
J'ai pas l'habitude de passer pour tailler le bout de gras.
Olwenn
Mais pour votre anniversaire, là on vient. Vous pouvez pas savoir comment on est trop jouasse d’être là !
Henri (ironique)
Ah, moi aussi !
Irène
Mais pourquoi vous êtes arrivés en retard ?
Laurent
Crevaison sur la route.
Henri
Ouais, c'est un coup à prendre, les routes pavées...
Irène
Mais quand on va chez vous, la route s'arrête net à la frontière. Après, on patauge dans la boue !

Dédé, faisant office de serveur, sert l'apéritif. Bébert et Jojo sont présents dans un coin de la pièce, et Karl est revenu et s'est assis avec les autres.

Olwenn (à Karl)
C'est marrant mais depuis tout à l'heure, je regarde votre profil, il y a pas à tortiller du fion, je suis sûre que je vous ai déjà vu quelque part. Vous seriez pas de la famille du vieux Guénole, celui qui a la jambe vérolée et ses deux filles qui font putes ?
Karl
Il me semble pas, non...

On sonne. Sidonie va voir. Elle revient avec Patrick. Celui-ci porte une petite pile de livres sous le bras.

Nicole (à Patrick)
Vous vouliez me voir ?
Patrick
Oui, tout à fait. Vous savez - je dirais, malgré l'importance de votre position - rester à l'écoute d'autrui et cela mérite d'être souligné.
Nicole
Vous parlez comme les bouquins. Enfin, c'est l'idée que je m'en fais, je peux pas blairer de lire. Et si vous laissiez tomber la lecture pour un petit moment ?
Patrick
Non mais oui, bien sûr, mais c'est fini cette histoire là !
Nicole
Ce serait étonnant ! (Désignant la pile de livres qu'il tient sous le bras) Qu'est-ce que c'est que ce fatras ?
Patrick
Oh, trois fois rien.

Patrick s'approche pour lui montrer.

Nicole (menaçante)
Je m'approcherais pas autant.
Patrick
Ouais, mais je vous apprécie vachement.
Nicole
Bon ben si vous m'aimez bien, vous pouvez pas me faire une fleur ?
Patrick
Si, tout ce que vous voulez.
Nicole
Vous pouvez pas sortir de la pièce une petite demi-heure ?
Patrick
J'ai donné mon âme et mon coeur à la gloire de votre Divine Destinée.
Nicole
Moi pareil. Je vous aime bien, aussi. J'ai pas envie de vous cogner sur la tronche. Alors... Foutez-moi le camp !
Patrick
Comment ?
Nicole
Allez donc vous engager dans la légion, comme mon père. Ça lui ferait plaisir !
Patrick
Combien de temps il faudrait que je reste dans l'armée ?
Nicole
Ah, là... Au moins dix ou douze ans...
Patrick (déboussolé)
C'est pas faux.

Patrick, boudeur, décide de rejoindre Henri et Irène autour de la petite table du salon.

Patrick
Vous connaissez la dernière histoire de Toto ?
Henri
Ça dépend, c'est laquelle ?
Patrick
Celle où il s'était endormi dans le foin et où il s'est fait chier dessus par un bouc !
Henri
Ouais eh ben ?
Patrick
L'agneau était daubé du cul !
Irène
Le bouc, vous voulez dire ?
Patrick
Heu... Je sais plus. Plutôt... Je vais vous soumettre une énigme !
Henri
Je sens que ça va encore être épique...
Patrick
Qu'est-ce qui est petit et marron ?
Irène
C'est ça, votre énigme ?
Patrick
Oui pourquoi ? Vous ne trouvez pas ?
Henri
C'est un corbeau décédé.
Patrick
Non.
Henri
Ben... un corbeau mort.
Patrick (tout bas)
Eh ben, c'est pas gagné.
Henri
J'ai l'impression que vous ne saisissez pas bien la nuance...
Irène
Est-ce qu'on peut s'en servir pour donner de l'élan à un pigeon ?
Patrick
Ah non, mais c'est pas vrai !
Irène
Du coup, ce serait un genre de saladier...
Patrick
Non mais vous vous foutez de moi ?
Irène
Pourquoi pas ?
Patrick
Mais, quel rapport ?
Irène
Rien, je me comprends.
Patrick
Vous avez de la chance...
Henri (impatient)
Bon, on trouve pas. Alors c'est quoi qui est petit et marron ?
Patrick
C'est de la merde.
Irène
Allez-y, développez un peu.
Patrick
Il y a rien à développer : c'est de la merde, c'est tout.
Henri
Laissez tomber les devinettes, ça m'énerve.
Patrick
Serveur, encore un verre !
Dédé (qui commence à en avoir un peu assez de servir)
Bon ben un dernier et je prends mon repas chaud.
Henri (obligé de collaborer)
Oui bah, vous le prendrez avec nous.
Irène
Ah parce qu'il bouffe, en plus...
Henri
Oui, ils font comme ça maintenant.
Jojo (pourtant pas concerné)
Ah ça, j'aime mieux vous dire qu'on y tient !
Dédé
Et pour les repas, ça se passe comment ?
Bébert (curieux)
Ils ont pas des bonnes spécialités ?
Henri
Vous inquiétez pas, on va tout vous montrer.
Laurent (se dirigeant vers la cuisine)
Bon, je vais essayer de trouver un petit lièvre pour ce soir parce qu'il commence à faire faim.
Olwenn
C'est à cette heure-ci qu'on mange, chez vous ?
Henri
Comment ça « chez moi » ? On mange quand on a faim !
Olwenn
À Paimpont, on mange quand on l'a mérité. Quand on sait qu'on a accompli ses Commandements avec humilité et qu'on a glorifié sa famille.
Irène
Ah ouais... Non, nous, on mange quand on a faim.
Olwenn (à Karl)
Vous êtes sûr que vous aviez pas une soeur qui faisait le tapin, à une époque ? Ou une cousine ?
Karl (agacé)
Non. Déjà, non. Pas du tout.
Henri
Le plat de ce soir, c'est des côtelettes de lièvre. Je l'ai chassé moi même ce matin. C'est Sidonie qui l'a préparé.
Sidonie
J'ai fait pile comme vous avez dit : tout au feu de bois !
Olwenn
Ah, vous êtes chasseur ?
Henri
Oui, mais que des lièvres ou des lapins.
Nicole
Quand j'étais petite, on ne mangeait que des lapins.
Henri
Maintenant un peu de lièvre, pour changer.
Nicole (nostalgique des plats de son enfance)
De minuscules lapereaux mignons et inoffensifs qui se chamaillent probablement dans les fougères !
Irène (approuvant)
Sont-ils cocasses, ces chers petits...
Olwenn
Des lapins adultes ?
Nicole
Heu... Non, maintenant que vous me le dites, surtout des jeunes...
Olwenn
Et quoi d'autre ?
Nicole
Non, je me souviens surtout des lapins. Des jeunes lapins.
Jojo
Pas de faisans ?
Nicole
Ah non ! C'est pas bon.
Patrick
Pas de belettes ?
Nicole
Non.
Olwenn
Des petits furets ?
Nicole
Pas que je sache.

Tout le monde rejoint la grande table de la salle à manger. Dédé est avec eux pour les surveiller, tandis que Bébert et Jojo vont se faire un frichti en cuisine. Sidonie a posé sur la table des plats de crudités. Irène commence une prière, rejointe par son mari et Patrick.

Irène
Vas insigne devotionis...
Henri
Je reconnais...
Irène
Je reconnais...
Henri
... l'existence et la toute puissance...
Patrick
L'existence et la toute puissance...
Henri
... du Dieu unique et de Jésus Christ, notre sauveur.
Irène
Du Dieu unique et de Jésus Christ...
Patrick
Notre sauveur.
Henri (aux autres)
Ho ! Si on vous emmerde, vous prévenez !
Laurent (désignant son assiette)
Bah oui, c'est un peu là que ça se passe ! Je vais commencer par les crudités si ça vous dérange pas.
Irène (déçue)
Vous n'avez jamais entendu parler des prières chrétiennes ?
Laurent
Non.
Patrick
Eh bien il faudrait peut-être commencer à se mettre à la page, mon petit vieux !
Nicole (curieuse)
Et qu'est-ce que vous lui demandez, à votre dieu ?
Patrick
Trois cent livres.
Nicole (énervée)
Ah, vous et vos livres !

Après les crudités, Sidonie apporte le plat principal. Il faut le couper.

Laurent
Laissez-moi couper les tranches. (Il a du mal et du sang commence à s'écouler de la bête.)
Irène
Attention que ça ne dégouline pas sur le tapis !
Henri
Quand c'est fait par un pro, il y a pas une goutte de sang.
Patrick
C'est pas compliqué : comment ils font les mecs avec les porcs pour le boudin ?
Henri
Avec un récipient !
Laurent (qui vient de finir)
J'ai réussi à éviter la catastrophe. Le sang ne coulera pas.
Irène
On a eu chaud !
Patrick
Ah putain, ouais !
Sidonie
Pour une fois que c'est pas moi qui mets ça sur le tapis...

Puis Sidonie sert les tranches que Laurent vient de couper.

Irène
Ça manque de persil.
Sidonie
Mais j'en ai mis ! Madame a pas idée de la surcharge de travail !
Laurent
Quel persil ?
Sidonie
Ah non, merde, il est là. J'ai oublié de le mettre.
Karl
Où il est ?
Sidonie (désignant l'évier dans la cuisine)
Ben dans l'eau !
Karl (avec une idée derrière la tête)
C'est drôlement ingénieux !

Karl va en cuisine chercher le persil puis revient. Avant de poser le persil sur la table, il en profite pour, de façon subrogative, verser le contenu d'une mystérieuse fiole.

Karl (au public)
La potion, c'est juste un coup de pouce !

Pas de chance : avant qu'il n'y soit parvenu, Patrick l'a bousculé, le contenu de la fiole s'est répandu par terre.

Karl (à Patrick)
Hé ho ! Mais vous êtes dingue !
Nicole (à Patrick)
Il peut pas se passer deux semaines sans que vous fassiez une connerie, vous !
Irène
Vous bilez pas pour la tortore, il y aura ce qu'il faut.
Karl
Ah, chienne de vie !
Henri
De toute façon, ils viennent pas que pour bouffer, non plus !
Patrick
Si.

Tout le monde commence à manger.

Patrick (à Laurent)
Vous pouvez me passer le saucisson aux noisettes ?
Laurent
Non mais je l'ai fini, celui-là.
Patrick (choqué)
Quoi ? Ho, c'est pas vrai ! Il était à peine entamé !
Nicole
Ça vous agace, hein ?
Patrick
Vous me faites penser à ces types qui se servent jamais en premier pour faire poli, et quand c'est à eux... ils prennent tout le fromage gratiné et les autres ils sont obligés de manger le légume seul.
Laurent
Je suis désolé.
Patrick (à la cantonnade)
Un morceau de viande ! Un morceau de viande !
Nicole (écoeurée par la gourmandise de son fiancé)
Allez-y doucement, quoi !
Patrick (savourant)
Il n'y a pas de « doucement » qui tienne ! (Lui tendant un morceau) Allez, petite femelle !
Nicole
Non mais vous êtes dingue !
Irène (à Patrick)
Eh ben vous m'avez l'air en forme, vous, ce soir !
Patrick (tandis que Sidonie lui sert un nouveau morceau)
Ah, affirmatif ! De la viande, de la viande et de la viande. Cuite dans sa graisse.
Irène
Les côtelettes, c'est plus savoureux.
Henri
Ouais, c'est pas faux.
Laurent
C'est bon, c'est un peu filandreux...
Sidonie
Il faut le cuire longtemps.
Patrick (tendant un morceau à Laurent)
Et vous ?
Laurent
Ah vous, occupez-vous de votre cuillère, ça vaut mieux.
Karl
Cuillère !!!
Olwenn (ironique, à Laurent)
Vous êtes vraiment charmant, aujourd'hui.
Laurent (qui n'a pas compris l'ironie)
Oh, pas plus que d'habitude...
Irène (à Laurent)
Si c'est le jus qui vous dérange, vous êtes pas obligé de saucer.
Laurent
Ce qui me dérange, c'est l'opulence, la profusion...
Patrick
Bien manger, c'est important. À propos, il est où le jus ?
Irène
Dans un bocal à anchois.
Patrick
Bon ben... je vais voir ce que je peux faire.

Sidonie apporte les légumes.

Irène (à Nicole)
Donnez votre écuelle, je vous sers des navets.
Nicole (regardant l'assiette de Patrick)
J'ai pas faim.
Irène
Vous mangez !
Nicole
Eh ben non merci. Vous êtes gentil mais j'ai rien demandé.
Henri
Ah, c'est vrai que vous êtes plutôt féculents.
Sidonie
Le problème, c'est que j'ai ni lentilles, ni haricots.
Jojo (depuis la cuisine, se mélant de ce qui ne le regarde pas)
C'est normal : à son âge, on n'a pas envie de manger avec des vieux...
Irène
Avec des vieux ?
Jojo
Eh oui mémé, t'es bien mouchée !
Henri
Oui ben on n'est pas encore morts, alors c'est nous qui décidons.
Karl (intéressé)
Et quand vous partirez tous les deux, comment ça va se passer ?
Henri
On n'a pas évoqué...
Karl
À la limite, on trouvera quelqu'un à ce moment là...
Nicole (distraite)
La Fée Morgane ?

Henri sert le vin. C'est du bon vin d'Aquitaine qu'il est allé chercher à la scène 3. Tout le monde apprécie.

Irène
Ça faisait longtemps qu'il y en avait pas eu.
Patrick
Il vient d'où ?
Henri
Ben je le fais venir d'Aquitaine par bateau dans des containers spéciaux pour pas qu'il sèche.
Laurent (désignant Dédé, assis près d'Henri)
Qu'est-ce qu'il a à faire la gueule, celui-là, encore ?
Dédé (qui n'a en effet rien dit du dîner)
Je fais pas la gueule.
Laurent
Il dit tellement rien qu'on dînerait avec un tabouret, ce serait pareil.
Dédé
Pas du tout...
Laurent
Dîtes tout de suite qu'on est des poids !
Dédé
Sans être des poids, si vous étiez pas là, je dînerais déjà plus calmement.
Olwenn
Peut-être qu'il parle pas tout simplement parce qu'il a rien à dire !
Patrick (à Sidonie)
Femme, comme je le disais tantôt, tu nous a roboré. Mais sauras tu nous régaler d'un dessert de ton choix ?
Olwenn
Alors justement... Aujourd'hui, il y a du dessert.
Patrick (gourmand)
Un produit de votre région ? Quelque chose de typique ?
Laurent
Heu... non, moi ça va, merci.
Irène
Pourquoi non ?
Laurent
Et pourquoi pas, pour ceux qui veulent, une ou deux corbeilles de fruits ?

Olwenn apporte le gâteau, qui est dans son carton. Patrick se précipite pour voir ça.

Olwenn
Attendez, vous allez voir ! (Elle l'ouvre.)
Henri
Qu'est-ce que c'est ?
Irène (essayant de deviner)
C'est un genre de cake.
Patrick (insistant)
C'est typique ?
Olwenn
C'est le plat breton typique !
Laurent (ironique)
Ah ça, il y a pas plus local !
Irène
Je vois pas le rapport avec la Bretagne...
Olwenn
C'est traditionnel !
Patrick
Moi, j'avais jamais entendu parler de ça mais... Oui pourquoi pas ?
Henri (à Dédé, qui après tout est le serveur)
Bon ben qu'est-ce que vous attendez pour la couper ? Qu'il fasse nuit ?
Irène
Allez-y, roulez, roulez.

Olwenn apporte un casse-noix.

Olwenn
C'est pour arracher les noix.
Patrick
Les noix, les fruits ?
Olwenn
Oui, oui. C'est une tarte aux noix.
Laurent (qui goûte)
C'est plutôt mauvais quand même...
Olwenn (vexée)
C'est mauvais ?
Patrick
Moi, jusque là, il y a rien qui me choque.
Henri
C'est vrai que c'est fort mais moi, j'aime bien, ça.
Patrick
C'est pas tellement que c'est fort... Je dirais plutôt que ça pique.
Henri
C'est pas faux.
Laurent (dégoûté)
Non, ça va pas être possible, là.
Olwenn
Qu'est-ce qu'il raconte ?
Patrick (récupérant la part de Laurent)
Vous allez pas regretter ?
Laurent
Ah non !
Irène (à Laurent)
Vous êtes peut-être forts pour la bouffe mais pour la politesse, pardon. On vous invite à table et vous critiquez.
Laurent (évoquant la nourriture de sa région)
On fait marrer tout le monde avec nos chenilles à la purée de fraises, nos couilles d'oursin aux amandes et je sais pas quelles saloperies...
Irène
C'est vrai que sur la bouffe, ça déconne un peu mais...
Olwenn
Non mais là c'est juste une tarte aux noix, hein.

Tout le monde mange, Patrick boit beaucoup, mais Nicole semble ailleurs. Par ailleurs Karl s'est éclipsé discrètement dans la cuisine.

Olwenn (à Nicole, qui rêvait)
Oh ! Vous voulez une tarte ?
Nicole (déclinant)
Merci bien.
Patrick (moralisateur)
Il y a des gens qui ont pris la peine de faire un dessert, la moindre des choses, c'est de rester pour le manger. Il y en a marre de se comporter comme des sagouins avec tout le monde sous prétexte qu'on a des reponsabilités.
Nicole
Figurez-vous que je suis assez grande pour savoir ce que je dois manger ou pas !
Irène
C'est vrai qu'on se demande si vous aimez quelque chose...
Nicole
J'adore la châtaigne. Je pourrais m'en faire sauter le bide.

On remarque que Karl n'est pas là.

Irène
Où est Karl ?
Patrick (à Karl, en cuisine)
Il veut du dessert ?

Karl sort de la cuisine avec une fiole qu'il essaie vainement d'ouvrir puis qu'il cache rapidement dans une poche.

Karl (hypocrite)
Je peux pas, je surveille le stock de pain !
Olwenn (à son beau-père)
Vous pouvez pas lui demander d'apporter des narines de bouc confites au miel ? J'adore ça ! Et en plus, il paraît que c'est drôlement aphrodisiaque.
Karl
Non, les pâtisseries, ça attendra. Allez faire vos affaires.

Le repas se termine. Henri et Laurent ont fini et retournent au salon tandis que les autres terminent leur tarte. Patrick quitte la pièce (il va aux toilettes), manifestement éméché.

Henri
Ça marche bien, votre boîte ? Vous avez suffisamment de commandes ?
Laurent
Séchés ! Désossés ! Plus un radis ! Les caisses sont vides et c'est pas une image ! On voit le fond !
Henri
Ça arrive, d'être raide. Le pognon, ça va ça vient, il faut jamais paniquer. Et les subventions promises par le nouveau gouvernement de gauche ?
Laurent
Non mais bon, la gauche, la droite, c'est bien gentil, mais il me faut du concret, moi.
Henri
Comment ça ?
Laurent
Ces conneries de gauche et de droite... Ça veut rien dire ces machins. Vous en avez pas marre, de ces conneries, au bout d'un moment ?
Henri
Ils font ce qu'ils peuvent...
Laurent
Vous trouvez pas qu'on est dirigés par une troupe de mains dans les poches ?
Henri
C'est un peu compliqué.
Laurent
Et de votre côté les travaux de la maison ?
Henri
On fait construire une jolie petite esplanade... Ah, c'est sûr, ce sera pas le Colisée !
Laurent
La pierre, ça reste la pierre. Ça fait plus cossu mais ça noircit avec les années.
Laurent
Et sinon, le grand machin, il est toujours inutile ?
Henri
De quoi ?
Laurent (désignant Karl, qui essaie vainement d'ouvrir un flacon)
L'autre grand, là... avec ses petits flacons et ses jérémiades !
Henri
Mais il participe ! C'est pas parce qu'il passe pas son temps à hurler et à taper du poing sur la table qu'il participe pas !
Irène (qui les rejoint)
Je suis bien d'accord.

Patrick revient, complètement saoûl.

Henri (à Patrick)
Eh ben, qu'est-ce que vous bricolez à cette heure ?
Patrick
M'en parlez pas ! Je pars pisser, pan ! Un ours d'une toise et demie qui me tombe sur le râble !
Nicole (moqueuse)
C'était sûrement un lapin.
Patrick
Ah non. Un ours. Non : plusieurs. En plus, il y en avait un, il était mi-ours, mi-scorpion et re-mi-ours derrière.
Henri
Mais qu'est-ce que vous racontez, vous êtes marteau ?
Patrick
Eh ben quoi ?
Nicole (à sa mère, ironique, à propos de Patrick)
Non mais il est vachement mûr pour son âge.
Patrick (qui a entendu, à Nicole)
Et les aqueducs ? C'est vous qui les avez faits les aqueducs, peut-être ? (À Henri) Les aqueducs, c'est quand même un peu plus classe que vos murs en merde séchée !
Henri (à Patrick)
Mais vous êtes complètement con !
Olwenn (essayant de changer de conversation pour ne pas que ça dégénère)
On a bien bouffé, non ?
Laurent
Un peu lourdingue.
Patrick
Ah, quand même... L'omelette aux champignons était pas dégueu.
Olwenn
C'était une tarte aux noix !
Laurent
Vous avez beau dire, moi j'ai un poids sur le bide.
Olwenn
Non mais c'est pas possible d'entendre ça !
Irène
Qu'est-ce que vous pouvez bouffer en Bretagne !
Patrick (curieux)
C'est quoi, les spécialités, dans votre région ?
Olwenn
En Bretagne, c'est le gros faisan au Sud, et au Nord...
Laurent (l'interrompant)
Non mais il n'y a pas que de la bouffe en Bretagne. Il y a aussi des forêts.
Irène
C'est comment, vos forêts ?
Laurent
Végétation assez dense, grande concentration de conifères...
Olwenn
On a même un théâtre !
Henri
Ce serait que de moi, j'aurais fait raser ce machin depuis longtemps pour y mettre une caserne !
Laurent
Père ! Je vous interdis de toucher au théâtre !
Patrick
Bon allez, c'est pas le tout de bouffer mais si on faisait venir deux-trois gonzesses, là ?
Henri
Quoi ?
Patrick (se tournant vers Nicole)
Montrez-moi ce que vous avez dans le slibard, petite pucelle !
Nicole
Non mais à quoi ça rime de me traiter de pucelle, je vous le demande ?
Patrick
Ce soir, je ne sens pas que vous m'aimez.
Nicole
Parce que les autres soirs, oui ?
Patrick (se précipitant sur Irène, peut-être pour la violer)
En garde, espèce de vieille pute dégarnie ! Vous voulez qu'on se fasse un cul-de-chouette ?
Irène
Tirez-vous de là, espèce de con !
Patrick
Qu'est-ce qu'il y a ? J'ai dit une connerie ?
Irène
Vous m'avez traitée de vieille pute !
Patrick
Ça s'appelle une licence poétique.
Henri (venant au secours de sa femme)
Comment ?
Patrick
Comme ça, c'est sûr, sorti de son contexte... (Se tournant de nouveau vers Irène et lui mettant la main aux fesses) Hop ! Cul-de-chouette !
Henri
OK ! alors là, ça va être un bain de sang... Va y avoir du sport, c'est moi qui vous le dis !
Patrick (à Laurent faisant le geste)
Bon ben allez, à vous de le faire.
Laurent
Dis-donc machin, si t'allais voir à la table du fond, si on y est ?

Henri, furieux, se précipite sur Patrick. On les sépare mais Patrick a envie d'en découdre...

Patrick
Alors ça vient ? Petite bite !
Henri
Petit pédé, va.
Olwenn
J'voudrais pas faire ma raclette mais la soirée s'annonce pas super.
Patrick (jetant le contenu de son verre au visage d'Henri)
Ah merde ! Là !
Henri (furieux, se préparant à frapper)
Mais il est marteau, c'est pas vrai !
Patrick (en garde)
Allez-y franco, de toute façon, je vais esquiver.

Henri frappe du poing Patrick, qui s'écroule.

Henri (s'excusant)
Au temps pour moi.
Patrick (se relevant difficilement)
Ah merde... Mais c'est quoi, votre problème ?
Henri
Le problème, c'est que j'estime que vous avez autre chose à foutre que de vous occuper des miches de ma femme !
Patrick
Elle a les fesses blanches ou pas ?
Henri (furieux)
Quoi ?
Dédé (ironique)
C'est bien reposant, les repas avec vous.
Henri (à Dédé)
Un petit différend familial, vous pouvez supporter ça une fois de temps en temps, non ?
Sidonie
Tout dépend de ce que vous appelez un différend.
Henri
Vous, on vous a rien demandé, espèce de grosse conne.
Sidonie
Eh ben... Si un jour j'oublie que je suis bonniche, vous serez gentils de me le rappeler !
Henri (à Sidonie)
Hou là là ! Alors occupez-vous de vos miches et foutez-moi le camp.
Irène
Vous n'allez pas la mettre à la porte ? Vous arrivez, elle vous plaît pas, hop ! Vous la flanquez dehors ! C'est un peu facile !
Henri
C'est tellement facile que je vais peut-être systématiser le processus. (Regardant Patrick) Parce qu'il y a pas que la bonne qui m'emmerde.
Sidonie
Mais arrêtez de dire des conneries et laissez-moi faire mon travail !
Irène (à Sidonie)
Et si vous lui disiez que vous voulez bosser que la demi-journée ? Ça vous libère un peu de temps...
Patrick
Sinon, vous avez rien de plus festif ?
Laurent
Vous avez qu'à boire un verre d'eau, ça vous fera du bien !
Patrick
Ça me serait pas venu à l'idée de penser à l'eau...

Puis Patrick se retire. Nicole et Jojo se sont éclipsés par le vestibule, discrètement, durant le dialogue précédent. On entend quelqu'un rentrer.


Chevalier Feuletonniste
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Scène 10

C'est Mickaël, le deuxième fils Janvier.

Mickaël (fumant un pétard)
Bonjour à vous. Restez assis, restez assis. La vache, ça daube là-dedans ! Il y a un chat crevé ou quoi ?
Dédé
Encore ! Il y a que huit places, on est déjà une douzaine !
Sidonie
Il faudrait sérieusement penser à une plus grande table.
Irène
Mais la table, encore, ça va ! Seulement, j'ai pas de pièce plus grande que celle-là. Alors je vais pas faire fabriquer une table de quinze coudes de long s'il faut que j'abatte les murs derrière !
Henri (à Dédé)
Mon deuxième fils. Gauchiste, anar, drogué...
Mickaël
Vous savez quoi ? Je viens de vandaliser une voiture de flics !
Henri
Mais qu'est-ce que vous nous racontez ?
Mickaël
J'y ai tagué sa carosserie, et j'y ai crevé ses pneus !
Dédé
Il est fou, il va rameuter les poulets !
Henri
Il faut toujours que vous veniez foutre votre merde, vous...
Mickaël
Fort heureusement, je tiens à préciser que l'incident n'a fait aucune victime.
Henri
Rassurez-nous, c'est la première fois que ça vous arrive, n'est-ce pas ?
Mickaël
Hé ho du calme c'était une connerie !
Henri
Vous mériteriez une raclée !
Mickaël
Super ! Bonjour la pédagogie !
Irène (solidaire de son fils)
Fichez-lui la paix. Il est sensible. Vous préféreriez peut-être qu'il passe son temps à faire des concours de pets ?
Sidonie
Ah non !
Dédé
Ah oui !
Mickaël (intoxiqué par son pétard)
Qu'est-ce que je me sens mal... Ça tourne...
Irène (le soutenant)
Mon pauvre ami...
Mickaël
La vache ! Ça me prend la tronche depuis tout à l'heure, je sais pas comment m'en sortir !

Irène l'aide à s'asseoir sur un fauteuil.

Mickaël (essayant de s'installer)
Selon comme on est tourné, ça change tout.

Laurent l'aide à son tour.

Mickaël
C'est gentil mais vous cassez pas la nénette pour moi... Il s'endort.

Patrick revient, il semble avoir dessaoûlé. Il a une blessure au front.

Irène
Comment vous vous êtes fait ça ?
Patrick
Ben... je sais plus...
Henri (toujours fâché)
Tiens donc !
Patrick
À votre avis, comment je me suis fait ça ? Je m'en suis pris une, c'est tout !
Irène
C'est pas bien joli...
Patrick
On a un peu chargé, ouais... Ça fait du bien. (Penaud) Voilà, alors heu... je m'excuse.
Henri
Vous êtes fier de vous ?
Patrick
Je suis vraiment confus. Ça vous ennuie si je vomis ?
Henri
Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Allez prendre l'air cinq minutes, mangez un morceau, ça finira bien par passer.
Irène
Une petite sieste, peut-être...
Patrick
OK, écartez-vous, je vais gerber !

Patrick vomit devant tout le monde. Il regarde le résultat.

Patrick
Ah ouais. Je l'ai fait trop fulgurant, là...
Irène (dégoûtée)
Ah non, merde !
Patrick
Non mais ça va mieux.
Henri
Surveillez-vous.

Nicole et Jojo reviennent du jardin, se tenant dans les bras l'un de l'autre, sous les yeux héberlués de Patrick.

Jojo (chante)
Belle qui tient ma vie / Captive dans tes yeux...

Nicole se met à pleurer.

Jojo
Qu'est-ce qu'il y a ? Ça vous plaît pas ?
Nicole
C'est cette musique, ça me fait penser à des petits chiens.
Jojo
Des petits chiens ?
Nicole
Je ne sais pas... Des petits chiens. C'est tellement fragile, les petits bébés chiens !
Irène (soutenant sa fille)
Ils se lancent dans la vie avec tellement de courage...

Le nouveau couple s'assoit.

Jojo (à Nicole)
Ah, chère amie, que vous me plaisez ! Il y a votre charme naturel, votre animalité...
Nicole
Vous, au moins, vous m'aimez pour ce que je suis.
Jojo
Et pas votre ancien fiancé ?
Patrick (qui écoutait)
Ancien ?
Nicole
Ah je vous raconte pas ! Toute la journée collée à ce gros tas ! Il crache, il lâche des caisses...
Patrick
J'ai une hygiène irréprochable !
Nicole
Une fois à table - je le vois qui commence à devenir tout bleu - il était en train de s'étouffer avec un os de caille, ce débile. Il tousse, il racle, il tousse, il racle, et boum ! il me gerbe dessus ! Vous le croyez ça ?
Patrick
Oui, ben les mecs bourrés, ça vomit. Je suis pas une gonzesse, moi. Et puis c'est pas une raison pour rompre nos fiançailles !
Nicole
Quand une femme s'éprend d'un homme - avec sincérité, j'entends ! -, c'est une chose qui lui est difficile de réprimer.
Jojo (approuvant)
Et si les sentiments sont profonds, l'amour est une chose qu'on peut se déclarer franchement sans avoir à rougir.
Patrick
Vous voulez dire que, vous deux...
Jojo
Est-ce que vous connaissez un peu les choses de l'amour ?
Patrick
Ben tout dépend... (Réalisant) Vous et Nicole, les choses de l'amour ?
Jojo
Voilà. Tout est clair ?

Patrick se met en colère et devient menaçant.

Nicole (se réfugiant dans les bras de Jojo)
Mon aimé, défendez-moi contre ce malotrus ! Vous me comprenez ?
Jojo (dégainant son arme qui était jusque là cachée, sous les yeux furieux de Dédé)
Ce que je comprends, c'est que s'il arrive, je lui pète sa face.
Nicole
Oh merci !
Irène (désignant l'arme)
Et pourquoi vous vous baladez avec ça ?
Henri (à Jojo)
Mais vous êtes complètement givré !
Jojo (se la jouant)
Non mais vous inquiétez pas, tant que je suis là, vous risquez rien.
Patrick
Il va péter sa face à qui ?
Olwenn
Je vous expliquerai...
Patrick
J'ai peut-être fait une connerie, moi.
Irène (rassurante)
Pas du tout, elle vous adore ! Faut pas vous en faire.
Patrick
En fait, voilà, la question, elle est simple : est-ce que vous croyez qu'il faut que je la demande en mariage ?
Irène
Moi, je crois que vous vous montrez trop dur avec elle. Vous devriez lui laisser la possibilité de vous séduire à sa manière sans l'enclaver dans une situation de dépendance affective...
Nicole (à Patrick)
Mais mariez-vous avec qui vous voulez et allez crever !
Jojo
Et toc ! Remonte ton slibard, Lothar !
Patrick (à Nicole)
Il faut que je vous pose la question : est-ce que vous m'aimez réellement ?
Nicole
Non.
Patrick (dépité)
Mais vous êtes une grosse morue !

De rage, Patrick balance son verre contre le mur.

Nicole
Eh bien puisque c'est ça, allez-y : détruisez tout ! Et ne comptez plus sur moi pour vous amener mes gâteaux à la purée de pomme dont vous êtes si friand ! Dorénavant, vous devrez vous les cuisiner vous-même !
Patrick (outré)
Quoi ?

Dédé avait de plus en plus de mal à se contenir. Cette fois il explose, balançant la table de la salle à manger par terre dans un grand fracas, avec tout son contenu : nourriture, couverts, serviettes...

Patrick
La nourriture !
Irène
Les couverts !
Sidonie
Le linge de maison ! Des étoffes ouvragées aux motifs celtiques d'une qualité exceptionnelle !
Mickaël (réveillé en sursaut)
La vache, la trouille !
Bébert (à Jojo)
Qu'est-ce qu'on fait, on gueule nous aussi ?
Jojo
Ouais, ça fait plus classe.
Dédé (calmé)
Excusez-moi, j'ai fait des saletés.

Dédé est rejoint par Bébert et Jojo, ils tiennent en joue toute l'assemblée. Dédé décide de tout raconter.

Dédé
En fait on n'est pas des domestiques...
Irène (l'interrompant)
Alors c'est vous que la police recherche ?
Laurent
Non mais c'est débile cette histoire !
Mickaël
Vous en avez encore beaucoup, du sensationnel, comme ça ?
Sidonie (à Bébert, qui l'empêche de ramasser le bazar qui traîne par terre)
Au moins, allez vous mettre dans le coin de la pièce !
Bébert (qui profite qu'elle est penchée pour reluquer son décolleté)
J'ai pas le droit de m'éloigner.
Sidonie
Regardez ailleurs, alors !
Laurent
On va vous trouver un petit coin tranquille...

Sidonie s'apprête à retourner en cuisine.

Bébert
Recule ! Recule ou je te sors les boyaux !
Mickaël
C'est pas tellement la peine de vous énerver !
Patrick (effrayé)
Fermez-la, on va se faire tuer !
Mickaël (détaché)
Peu importe ! Je réponds pas à la violence !
Patrick (effrayé)
J'ai pas envie de finir empalé au sommet d'une colline !
Dédé
Mais vous allez fermer vos mouilles, oui ?
Patrick
J'ai peur, je vous dis ! Je réfléchis pas !
Laurent
J'ai des tonnes de trucs à régler aujourd'hui et pas moyen de me concentrer cinq minutes ! Moi, je me casse, j'en ai ras le pif !
Jojo
Bougez pas !
Bébert
Recule ! Recule ou je te crève les yeux !
Dédé (à Irène, qui s'éloignait aussi)
Où est-ce que vous allez ?
Irène
Ben, j'ai besoin d'aller aux...
Dédé (menaçant)
Personne ne s'en va. (Explosant) Asseyez-vous !
Laurent
Non, mais vous énervez pas...
Patrick (hystérique)
J'ai peur ! Faites quelque chose !
Dédé
Alors vous restez là, vous la bouclez et vous attendez deux minutes que j'aie fini !
Jojo (à son chef)
Attendez, il faut se mettre à leur place, c'est quand même pas facile à comprendre...
Henri
Écoutez, il faut être un peu raisonnable.
Dédé
Vous avez quelque chose à dire ?
Sidonie
Mais on vous respecte, c'est bon. On est morts de trouille, ça vous va ?
Dédé
OK, écoutez-moi. Je suis le chef d'une bande de truands très dangereux. (Désignant ses deux acolytes) Ces types tuent quinze personnes par mois depuis qu'ils ont dix ans !
Henri
C'est sûr que c'est pas des marrants.
Dédé (présentant Jojo)
Lui, c'est Jojo. C'est pas Jo le Rigolo...
Bébert (confirmant)
Jo le Rigolo ? On dit que là où il passe, l'herbe ne repousse pas !
Mickaël
Il y a pas d'herbe dans la salle à manger.
Dédé (présentant Bébert)
Et puis avec lui, je suis tranquille, c'est une force de la nature, entraîné à tuer, il vient de la banquise viking, il a été élevé par des ours polaires, alors...
Jojo (moqueur)
Alors par contre, si vous sentez qu'il s'énerve un peu, (il sort un morceau de viande) vous lui lancez un morceau de viande crue...

Bébert est vexé, Dédé n'approuve pas...

Jojo
Ça va, on plaisante...
Bébert
Quand même, faut pas exagérer.
Sidonie
Il me semblait bien que ce n'étaient pas des vrais domestiques. Incompétents comme pas deux !
Bébert (à Sidonie)
On a autre chose à foutre que de se râper les miches sur les tabourets de votre boui-boui !
Dédé (le défendant)
Il a pas été élevé chez les porcs, excusez-nous. (Poursuivant ses explications) Bref : on va rester chez vous toute la nuit. Demain, les flics auront abandonné leurs recherches, on vous laissera tranquilles. Mais attention : au moindre pet de travers c'est le massacre.

Plus personne ne fait le moindre bruit.

Dédé
Sinon, est-ce que vous avez des questions ?

Pas de réaction.

Dédé
Prenez votre temps.
Mickaël
Est-ce qu'on a le droit de boire du cidre ?

On sonne.


Chevalier Feuletonniste
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Scène 11

Sidonie va voir qui a sonné.

Dédé (à tous)
Attention tout le monde, si vous ne collaborez pas c'est le carnage.

Sidonie revient au salon avec l'inspecteur Dupont.

Inspecteur
Quelqu'un a vandalisé ma voiture, qui était garée juste en bas de chez vous.
Dédé (agacé par la présence de l'inspecteur)
On n'est pas venu vous faire un rapport ?
Inspecteur
Non, non. Je cherche les vandales.
Dédé
Les vandales ? Qu'est-ce que c'est que ça, les vandales ?
Mickaël (hilare)
Ouais, les vandales, c'est pas des câlins.
Inspecteur
Les types qui ont sacagé ma bagnole !
Henri
Vous saurez les reconnaître ?
Inspecteur
Ben en fait, comme mon poste, c'est plutôt de sécuriser l'arrière du terrain, à chaque fois qu'il y a de la filoche, je suis trop loin, je vois rien.

Le commissaire entre à son tour, sans sonner.

Commissaire
Qui a fait le coup ?
Inspecteur
Ben, je ne sais pas.
Commissaire
Donc, vous avez pas du tout repéré où étaient les vandales.
Inspecteur
Ben non. Par contre j'ai bien repéré où on était, nous. Ça m'évitera de me paumer à chaque fois que je vais pisser.
Commissaire (désignant Mickaël, toujours rigolard)
Lui, il n'était pas là tout à l'heure, c'est suspect.

Mickaël continue à rire sous cape.

Commissaire
Ils se marrent ! Ils sont en train de se payer nos têtes !
Inspecteur
Voilà. Ils nous prennent pour des cons.
Commissaire
Ben ouais, c'est le prestige qui fout le camp !
Inspecteur
On en a gros !
Commissaire
N'empêche, je suis sûr que la clé de l'énigme est ici. Vous aviez bien tout fouillé, la dernière fois ?
Inspecteur (penaud)
Eh bien... heu...
Commissaire
Vous avez fait une connerie ?
Inspecteur
Je crois que j'ai oublié de fouiller le cellier
Commissaire
OK. Vous, là, vous ne bougez pas. Pendant ce temps, mon adjoint va fouiller le cellier.
Dédé (alarmé)
Inspecteur, je vous en conjure, n'entrez pas dans cette pièce !
Inspecteur
Pourquoi donc ?
Dédé
Vous avez pas peur d'entrer là-dedans ?
Inspecteur
Vous savez, je rentre, je sors.
Dédé
Faites attention aux serpents en liberté, quand même !
Commissaire
Vous n'avez pas de poules ? Les poules, ça bouffe toutes les saloperies. Même les serpents !
Jojo (montrant le cellier)
Il paraîtrait qu'il serait infesté de Skavens.
Inspecteur
De... ?
Dédé
De Skavens. Des Hommes-Rats.
Bébert
Des machins bien dégénérés...
Jojo
Ça, c'est sûr qu'ils sont pas choucards...
Dédé
Si vous aimez l'action, vous allez pas être déçus !
Sidonie (qui se mêle de ce qui ne la regarde pas)
C'est tellement le merdier, aussi !
Dédé
Les derniers serviteurs qui sont descendus là-dedans, tous morts !
Sidonie (sceptique)
Et de quand date le premier mort ?
Dédé (improvisant)
Ça fait quatorze serviteurs morts en moins d'un mois.
Jojo (qui en rajoute)
Quinze avec celui de ce matin.
Inspecteur (de moins en moins rassuré)
Attendez, il était seul ou ils étaient plusieurs ?
Jojo
Qu'est-ce que ça change ?
Commissaire (pour rassurer l'inspecteur)
De toute façon l'assassin bute que les loufiats ! On n'est pas tellement concernés !
Inspecteur
Vous dites ça pour me rassurer...
Commissaire
Non, non.
Inspecteur
Je m'en fous, j'irai pas...
Commissaire
Allez quoi ! Un beau geste !
Inspecteur
Alors je veux une escorte.
Commissaire
Une escorte ? Et puis quoi encore ?
Inspecteur
Juste un policier, pour m'aider. Pourquoi pas ?
Commissaire
Parce que je pense pas que deux trous-du-cul soient plus efficaces qu'un seul. De toute façon je ne crois pas aux celliers hantés. Alors descendez là-dedans, c'est un ordre !
Inspecteur (hésitant)
Heu...
Commissaire (parlant aux autres de l'inspecteur)
Quel peureux ! Quand il y a une guêpe qui lui tourne autour, il a peur qu'elle lui rentre dans la bouche !
Inspecteur
Si elle pique dans la gorge on peut mourir, je vous ferais dire ! Mais vous allez voir que je suis courageux : OK, j'y vais ! Mais j'ai pas peur, merde !
Dédé
Libre à vous de ne pas tenir compte de mes mises en garde.

L'inspecteur part vers le cellier.

Inspecteur (pour se donner du courage)
Mécréants !
Commissaire
On aura déjà du bol si vous vous paumez pas en route...

Au bout d'un certain temps, l'inspecteur revient du cellier.

Commissaire
Vous êtes revenu, finalement.
Inspecteur
Ben oui.
Commissaire
Et sans une égratignure. Voyez qu'il y avait pas de raison de s'alarmer.
Sidonie
Même nous, sur place, on s'est pas alarmés plus que ça.
Jojo
Ça va ? Vous êtes pas tombé sur le dragon des tunnels ?
Inspecteur (brandissant un lingot)
Et ça, c'est un phacochère ?
Bébert (paniqué)
Non !
Jojo (de même)
C'est une catastrophe !
Inspecteur (désignant la porte du cellier)
Tout est là !
Commissaire
Tiens donc !
Inspecteur
La pente du crime.
Commissaire
En d'autres termes, la rigolade, c'est terminé ! (Soudain, réalisant.) Mais oui, j'ai tout compris ! Ha, ha ! Il va y avoir de la danse, j'aime autant vous le dire.
Henri
Qu'est-ce que vous me chantez ?
Inspecteur
Qu'avez-vous découvert, chef ?
Commissaire
Je vous demande de regarder un peu tout, là, et vous me dites si ça vous semble crédible.
Inspecteur
Crédible par rapport à quoi ?
Commissaire
Les trois nouveaux domestiques !
Inspecteur (à Dédé)
Non mais c'est moi qui suis abruti. Vous comprenez quelque chose, vous ?
Dédé
Vous bilez pas : même moi, j'ai pas tout compris.
Commissaire (à l'inspecteur)
À force de jamais rien comprendre, il va vous arriver des bricoles, un jour. C'est pourtant simple ! Je connais les Janvier, ils n'ont qu'une bonne. Là, comme par hasard, le jour du hold-up, il y a trois types supplémentaires ! Vous saisissez ?
Inspecteur
Oui, oui, non mais j'avais pas fait le rapprochement.

Dédé, Bébert puis Jojo sortent leur arme de leur poche, en même temps que le commissaire qui les tient en joue.

Commissaire
Baissez vos armes, vous trois !

Jojo baisse son arme, mais pas Bébert ni Dédé. Dédé la braque sur Henri.

Dédé (parlant d'Henri)
Il faut que je le tue. (Au commissaire) Si vous ne quittez pas immédiatement la maison, je le tue.
Bébert (au commissaire)
Attention, je connais un peu le loustic, il en est capable. Quand il s'y met, c'est pas de la rigolade, j'aime autant vous le dire !
Dédé
On n'a pas encore perdu...
Bébert (confirmant)
On s'est battus pour le gagner, on le garde !
Jojo
Mais qu'est-ce que vous parlez d'or ? Vous voyez pas qu'on est à deux doigts de se faire pulvériser ?
Commissaire
Lâchez votre arme et rendez l'or !
Dédé
Ah non !
Commissaire
Pourquoi pas ?
Bébert
Parce que c'est le nôtre !
Dédé
Personne a le droit de le toucher.
Jojo (dépité)
On est cuits.
Dédé (désignant Henri)
Dernier avertissement : dans cinq secondes je butte ce type.
Commissaire
Vous souhaitez passer votre vie en prison ? Eh bien faites.
Henri
Quoi ? Dites pas de conneries... (Regardant Dédé) Vous pouvez pas faire ça...
Bébert
Qu'est-ce qu'on fait, alors ? On le fait quand même ?
Karl (aux truands, espérant secrètement que son patron soit abattu)
Eh ben faites quelque chose ! Je vais quand même pas tout vous expliquer non plus. Chacun ses problèmes...
Dédé (à Jojo, qui a baissé son arme)
Fais marcher ton tsoin-tsoin, toi !
Jojo
Ah non, sûrement pas ! Non mais dîtes, ça va bien, oui ?
Karl
Faites comme vous voulez, moi, ça m'est égal.
Inspecteur (au commissaire)
Non mais ils se foutent de nous ou quoi ?
Commissaire (à Dédé, désignant son arme)
Donne ton zinzin, allez !

Dédé, mort de trac, finit par tirer, mais tire dans le plafond. La balle ricoche et Karl se la prend dans le cou. Il s'écroule. Finalement les trois truands lèvent les mains et se rendent. L'inspecteur les menotte.

Commissaire (aux trois truands)
Alors, c'était qui, le chef ?
Inspecteur (montrant Karl)
Ça peut pas être lui, il est mort.
Commissaire
Inspecteur, vous allez descendre avec vos trois prisonniers et vous les bouclez dans le panier à salade, puis vont remontez ici pour s'occuper du cadavre.
Inspecteur (parlant des truands)
Bon allez, je range les lapins dans les clapiers et j'arrive.
Henri
Hein ?
Inspecteur
C'est du code...
Jojo
J'espère être sorti de prison assez vite pour pouvoir épouser ma promise. Dites, commissaire, on sortira quand ?
Commissaire
J'ai pas d'information précise mais, à mon avis, c'est pas pour après-demain.
Dédé
Pourquoi, tu comptes vraiment te marier à la sortie de prison ?
Jojo
J'aime une femme en secret et n'en aimerai pas d'autre jusqu'à ma mort.
Nicole (à Jojo)
À bientôt mon amour !

L'inspecteur descend avec ses trois prisonniers. Soudain, on entend Karl gémir.

Henri
Laissez-moi faire, j'ai des notions de secourisme du temps où j'étais officier à la Légion.
Mickaël (à Karl)
Vous vous êtes fait mal, en tombant ?
Henri (inspectant la blessure)
C'est la veine du cou qui est sectionnée... Il faut au moins que je désinfecte ! Une plaie ouverte, c'est un vrai nid à merde !
Patrick (jetant un oeil)
Je crois que je vais vomir.
Laurent
Le plus rapide, c'est de désinfecter au gros sel.
Karl (gémissant)
Au gros sel ? Mais qu'est-ce que c'est que ces conneries ? Vous me prenez pour une épaule d'agneau ?
Irène
Non mais détendez-vous, aussi. C'est pas la mort d'un petit cheval !
Henri
Vous vous inquiétez pas, ça pique un peu.
Mickaël
Je sais pas ce que c'est mais ça a pas l'air marrant.

]Karl hurle atrocement.

Karl
Aaah ! Mais vous êtes marteau ! Regardez-moi ça, ça pisse le sang !
Henri
Oui, c'est désagréable, hein ?
Irène (à Karl)
Si vous supportez pas le traitement, on va pas s'en sortir !
Mickaël
Je m'excuse mais je trouve ce procédé révoltant !
Henri
Il faut bien que je le soigne, il pisse le sang.
Irène (à Henri)
Tu dois le laisser mourir si telle est sa destinée !
Henri
Ah, Dieu m'est témoin que j'aurais tout tenté pour ne pas en arriver à de telles extrémités...
Irène
Oui, je sais, c'est triste mais bon, c'est la vie, ça.
Karl
Alors si vous n'y pouvez rien, laissez-moi mourir tranquille !

Il meurt dans un dernier râle spectaculaire et bruyant.

Irène
Il nous a chié dessus.


Chevalier Feuletonniste
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Scène 12

Le commissaire a donc arrêté les trois truands. Pendant que l'inspecteur est descendu les boucler dans le panier à salade, il savoure son triomphe en faisant un geste de victoire, bras tendus, mais fracasse un bibelot.

Commissaire
Victoire ! Excusez-moi... C'est la joie !
Henri
Allez-y mollo avec la joie.

Laurent et Mickaël sont en train d'envelopper le corps de Karl.

Laurent
Est-ce qu'on l'enterrera dans un cercueil en bois ?
Irène
L'alternative, ce serait un beau bois flotté. Et l'avantage, c'est qu'on peut le peindre.
Henri
Le peindre comment, à votre avis ?
Olwenn
Faudrait faire des petits échantillons à comparer à la lumière. Peut-être une simple lasure...
Commissaire (qui écoutait)
Ça me serait jamais venu à l'idée, la lasure.

L'inspecteur revient. Il a bouclé les truands.

Inspecteur
Voilà. Ça s'est pas trop mal passé !
Sidonie (à l'intention du commissaire et de l'inspecteur)
Qu'est-ce qu'on leur met, aux deux héros ?
Commissaire
Deux cidres. Et puis non : pour fêter notre victoire, si vous nous débouchiez cette bouteille, là ? (Il désigne la bouteille préparée par Karl durant la scène 2, et qui était restée discrètement dans un coin.)
Inspecteur
Je me contenterai d'un cidre.

Pendant que l'inspecteur boit son cidre, le commissaire boit avec plaisir une bonne rasade de vin empoisonné et s'effondre brutalement. Rideau.


Tribunus Cohortis Bescherellae
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C'est NUL ! ZÉRO !

Agloval a écrit :

Alexandre Astier a dit qu'il fallait savoir péter plus haut que son cul. Suivant son conseil, j'annonce donc que je suis très fier de ce travail (ça a été du boulot !) donc j'espère que vous ne le descendrez pas en flèche sous prétexte que ce n'est pas un scénario de Kaamelott ou parce que la mini-pièce, en tant que telle, est très mauvaise (c'est vrai, mais ce n'est pas son intérêt - et puis je suis fan de Kaamelott, pas scénariste professionnel). J'ignore totalement comment vous allez l'accueillir.

Ah, au temps pour moi.
:D

Premièrement, c'est une super bonne idée. On se répond souvent juste en répliques sur le forum, et on s'est souvent dit que ça serait possible de tenir une conversation rien qu'avec des répliques de K... Challenge accepted pour toi, on dirait ! :p Et puis ça demandeuh du courage, poookééémoooon et de la persévérance de faire ça, respect.

Petit b : ça rend très bien, j'ai hâte de voir la suite. ^^ C'est en effet très drôle de remarquer que certaines répliques sont utilisées sur un tout autre ton et / ou avec un tout autre sens que dans Kaamelott. :p

Pour finir, un petit bémol : c'est assez difficile, je trouve, de rentrer complètement dans l'histoire quand on est fan de K. Si on regardait la pièce, ça roulerait parfaitement. Le souci, c'est que — et là je repasse à la première du singulier pour créer un palier d'intensité éviter de parler au nom des autres sans connaître leur avis — connaissant par cœur les répliques utilisées, j'ai énormément de mal à ne pas les entendre prononcées sur le ton d'origine et avec les voix des persos de K. ^^"
"On arpente un sol argileux, plutôt humide..." → hop, j'entends Gauvain.
"Il y a toujours au moins deux solutions à un problème." → hop, j'entends Élias.
"Je sens que de grandes choses vont se jouer autour de cette table." → hop, j'entends la Dame du Lac.
On peut arrêter avec les "hop" ?
J'ai pris trois exemples complètement au hasard, mais c'est le cas avec presque toutes ! ^^" Presque toutes sauf moi !
Du coup, je suis obligé de relire la réplique en me forçant à penser au personnage de ta pièce. :p

Mais bon, ça, tu n'y peux rien, c'est l'exercice et le fait que je sois un gros barjot dopé à K qui font ça. ^^


Oh, une dernière remarque, qui peut être un reproche ou non, selon ce que tu voulais au départ : tu as donné des exemples d'acteurs pour illustrer le physique et le caractère de certains de tes personnages. Du coup, je visualise les personnages joués par ces acteurs... Quand Bébert parle, je vois Castaldi, Janvier est Gabin (mais pas "Jambier", hein ! C'est un autre, lui. :b), etc. ^^
Donc c'est dommage si ce n'était pas ton but, et... Tant mieux si c'est ce que tu voulais. ^^


Conclusion : la réplique utilisée au début de ce post ne reflète pas du tout mon avis. :p

Chevalier Feuletonniste
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Très intéressantes, tes remarques ! Quand je lis les répliques, pour moi ça marche. Et je crois que c'est grâce aux indications sur les personnages. Quand je lis « Il y a toujours au moins deux solutions à un problème », je sais que c'est la réplique d'Élias, mais je n'entends pas Élias : grâce aux indications sur les personnages, ce que j'entends, c'est Blier en train de citer une réplique d'Élias, et c'est ça que je trouve drôle.

J'imagine que ça ne marchera pas de la même façon pour tout le monde en fonction de la façon dont on mémorise les épisodes et du nombre de fois où on les a vus...

Je me rends compte que les scènes qui précèdent la 9 ne sont pas très drôles. Soyez patients, c'est la scène 9 qui m'a convaincu de poursuivre l'expérience, il s'y passe des choses... (Et puis le pourcentage de répliques purement kaamelottiennes y est plus élevé.)

Chevalière Parodisiaque
Hors ligne

Un boulot incroyable et souvent très drôle (l'arrivée des répliques d'Attila :lol: ). Ça parait long, mais ça se lit très vite.
En revanche, j'ai le même problème que quand j'ai découvert HeroCorp : j'ai du mal à me "déshabiller" de Kaamelott et je me retrouve dans des situations complexes ou Séli s'appelle Henri... Bref, je pense qu'un public moins "averti" goûterait sans doute mieux la qualité de ton travail. Mais ça tient peut être aussi au fait que tu utilises énormément de personnages différents et que lire ta préface une fois ne permet pas d'appréhender toutes les caractéristiques de manière durable. A plusieurs reprises j'ai dû retourner au message zéro pour me remémorer qui est qui.
Ceci étant dit j'adore comment tu avances tes pions pour arriver aux répliques que tu veux placer tout en restant très cohérent. :D
Sacré challenge que tu t'es lancé là ;)

Chevalière Nebulis Causa
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Je viens de lire la scène 1, celle du coffre et franchement ça rend bien.
Il faut bien intégrer qui est qui, mais une fois qu'on a bien repétré, Lino, Dédé et JP, et ben c'est plus filiforme ^^

Non j'ai beaucoup aimé, c'est une vraie prouesse en tout cas parce que ta première scène elle est tout de même construite à 90% de répliques issues de Kaamelott.

J'avais eu une idée un peu similaire à la tienne en beaucoup moins ambitieux, qui était d'écrire un scénario de Kaamelott avec un maximum de réplique issues des films d'Audiar. J'ai laissé tombé et ce n'était pas aussi compliqué car je ne ne prévoyais que d'utiliser les répliques cultes du genre "J'parle pas aux cons, ça les instruit. " ou "Un intellectuel assis va moins loin qu'un con qui marche ".

Mais là, non franchement je trouve que c'est vraiment la classe. Et puis les référence que tu as prise pour "jouer" tes personnages j'aime trop et ça aide vraiment à mettre le ton la gestuelle et tout et tout.

La suite au prochain post ;)

Tribunus Cohortis Bescherellae
Hors ligne
Agloval a écrit :

Très intéressantes, tes remarques ! Quand je lis les répliques, pour moi ça marche. Et je crois que c'est grâce aux indications sur les personnages. Quand je lis « Il y a toujours au moins deux solutions à un problème », je sais que c'est la réplique d'Élias, mais je n'entends pas Élias : grâce aux indications sur les personnages, ce que j'entends, c'est Blier en train de citer une réplique d'Élias, et c'est ça que je trouve drôle.

Donc tu souhaitais bien qu'on voie les acteurs cités en lisant tes personnages. Tant mieux. :)

Et oui, c'est clair que la lecture est différente selon qui le lit : un Kaamelott-addict tel que Tatie ou moi entendra les personnages de K parler, tandis que pour un lecteur ne connaissant pas ou peu K, ça passerait très bien.

Et j'ai eu le même "problème" que Tatie : j'ai dû remonter plusieurs fois voir qui était qui. ^^ Mais ça, c'est commun à toutes les pièces que l'on lit, elles comportent souvent beaucoup de persos et il faut un certain temps pour tous les assimiler.

Et j'ai aussi beaucoup ri pour les répliques d'Attila dans la scène 1. x)

Bon, maintenant il faut que je lise le reste, j'avais pas vu que 6 scènes étaient arrivées entre temps... :b

[...]

Okay, j'ai tout lu, la 9 est magique ! :lol: Ça n'a aucun sens mais c'est très drôle. :b

Chevalier Feuletonniste
Hors ligne

Attention, la scène 9 n'est pas finie, elle est interminable. Je la complète au fur et à mesure...

----
Edit : ah y est, fini !

Tribunus Cohortis Bescherellae
Hors ligne

Ah merde ! ^^ Bon bah j'arrête de lire, préviens quand elle est finie stp ! :p

J'ai juste remarqué un petit bug d'enluminage en zyeutant rapidement (sans lire, du coup) :

Ça part en cacahuète à un moment :

Irène[/perso]Ça faisait longtemps qu'il y en avait pas eu.
[didascalie]Patrick[/perso]Il vient d'où ?
[didascalie]Henri[/perso]Ben je le fais venir d'Aquitaine par bateau dans des containers spéciaux pour pas qu'il sèche.

Et du coup, peut-être ailleurs... Je sais pas j'écoutais pas j'ai pas lu !

Chevalier Feuletonniste
Hors ligne

Oui, j'ai corrigé ! Je lis d'abord la prévisualisation, mais comme je viens de me coltiner tout l'enluminage, j'ai tendance à la regarder en diagonale et il y a des erreurs qui m'échappent, mais là je viens de tout relire, c'est bon je pense.

Chevalière Nebulis Causa
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Bon je viens de me refaire la scène 1 en ayant bien en tête la voix, le physique de chacun des protagonistes et franchement c'est juste super. Lors de ma première lecture j'avais cafouillé un peu et me mélangeais entre Dédé et Bébert ce qui faisait que je revenais constamment en arrière.
Maintenant que je les ai bien dans le crâne ça colle vraiment au poil de cul.

La scène 2 j'ai bien aimé le côté interactif et surtout la phrase de conclusion qui sur un autre ton change complètement de la réplique d'origine

La scène 3 : La famille Janvier, c'est en hommage au "JANVIEEER" de La traversée de Paris ?
Avec les personnage bien en tête c'est juste formidable, les réplique avec la voix de Gabin j'aime trop.

Tribunus Cohortis Bescherellae
Hors ligne

En fait, c'est "Jambier", dans La Traversée de Paris. ^^ (J'avais dû aller chercher sur Internet hein, j'ai jamais réussi à entendre correctement s'il disait Janvier ou Jambier. :p)

Coco l'asticot a écrit :

Janvier est Gabin (mais pas "Jambier", hein ! C'est un autre, lui. :b)

Chevalière Nebulis Causa
Hors ligne

J'ai toujours entendu "Janvier" ^^, mais en effet c'est pas Gabin, c'est De Funes si mes souvenirs sont bons.

Tribunus Cohortis Bescherellae
Hors ligne

Bin oui, puisque c'est Gabin* qui gueule. :p



*Le hasard a fait que j'ai coquillé et écrit "Gavin"... Merde alors, Janvier, Gavin, on va pas s'en sortir ! :b

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