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Chapitre 1


—    J’ai toujours apprécié le soleil de Macédoine.
C’est par ces mots que se présenta Méléagant à Aconia, qui malgré les années était restée très belle. Immédiatement, cette mère se précipita vers une des fenêtres de sa grande demeure et appela ses trois garçons, qui la rassurèrent aussitôt. Ensuite seulement, elle revint d’un pas hésitant vers son invité surprise.
—    J’ignorais que vous étiez déjà venu sur le territoire de mon époux.
—    C’était il y a longtemps… à l’époque où les Dieux et les hommes foulaient ensemble cette terre.
—    Vous ne voulez toujours pas me donner votre nom ?
À ce moment, il y eut un flottement dans la conversation et le regard insistant du sorcier força Aconia à baisser les yeux.
—    Je continuerai donc à vous appeler Némésis… Arthur ne m’a jamais contactée.
—    Nous savons cela.
—    Dans ce cas, puis-je connaître la cause de votre présence ? dit cette mère d’une voix douce, tout en cherchant discrètement ses enfants du coin de l’œil.
—    Simple visite de courtoisie.
Aconia pencha la tête sur le côté, en s’apercevant qu’il mentait et prenant peur, s’effondra brutalement sur une chaise.
—    J’ai finalement échoué, n’est-ce pas ? Arthur a couché avec Guenièvre et vous allez m’exécuter.
—    Allons, calme-toi. Si j’avais voulu te tuer, je n’aurais pas pris la peine de te parler.
"Il aurait tenu sa parole pendant tant d’années, j’en doute", estima à tort Aconia. Celle-ci but un peu d’eau, puis ayant conscience qu’elle pourrait être surprise par son mari ou n’importe qui d’autre, voulut savoir pourquoi ce sorcier était venu la voir. Après un moment de réflexion, cette icône de la parfaite épouse osa formuler une question mille fois ressassée, mais jamais encore exprimée.
—    Il est de retour à Rome, n’est-ce pas ?
—    Oui, répondit Méléagant en souriant, satisfait de constater que son interlocutrice n’avait rien perdu de sa vivacité d’esprit.
—    Notre accord était aussi simple que secret : le retour de mon premier mari, le général Manius, contre la promesse d’Arthur de ne jamais coucher avec son épouse Guenièvre.
—    Mais rassure-toi, il a tenu parole et notre pacte est toujours d’actualité.
À ces mots, Aconia remercia à voix basse les Dieux et se sentit beaucoup plus à l’aise, peut-être même trop.
—    Dans ce cas, laissez-moi deviner : le sénateur Sallustius a appris que vous l’aviez manipulé et il arrive pour me tuer ?
—    Cela lui serait difficile. Des prétoriens romains n’ont pas apprécié la perte du territoire breton. Il fut discrètement assassiné avec son homme de confiance, dès son retour. Tu l’ignorais ?
—    Mon mari déteste l’Empire et fait ce qu’il peut pour nous en éloigner.
—    Nous savons également cela et permet moi de te dire que c’est un choix judicieux.
Aconia fit quelques pas avant de basculer la tête de droite à gauche, comme si quelque chose lui échappait. Ce "nous" lui paraissait décidément suspect et sa curiosité la poussa à quelques questions plus indiscrètes.
—    J’ai toujours pensé que vous étiez le responsable d’une sorte de complot contre l’empire de Rome et surtout Arthur, mais j’en suis moins sûre à présent.
—    Tu ne m’en crois pas capable ?
—    Si, justement. De toutes évidences, vous le haïssez, mais à votre place je l’aurais tué il y a longtemps. Je m’en aperçois maintenant : vous avez un plan plus vaste et un associé ou une personne sous vos ordres…
—    Un mot de plus et je massacre ton mari et tes enfants sous tes yeux, dit brutalement le sorcier d’une voix impérative.
Comprenant qu’elle avait vu un peu trop juste dans le jeu de son dangereux interlocuteur, mais surtout que sa curiosité allait causer sa perte et celle de ses proches, Aconia réussit in extremis à se taire.
Après un long silence, elle eut la force d’inviter Méléagant à s’exprimer par un geste docile de la main.
—    Si je suis venu, c’est parce qu’Arthur a perdu son trône et effectivement il est revenu à Rome. Il dort parfois dans ton ancienne demeure et il est possible qu’il te contacte d’une manière ou d’une autre : si c’est le cas, ignore ses messages. Nous ne le laisserons pas venir jusqu’ici, mais de ton côté, continue à rester loin de Rome ou tu le regretteras, est-ce clair ?
—    Comme à chaque fois que nous nous sommes rencontrés, Némésis.
Une fois le sorcier parti, Aconia retrouva son mari et ses enfants qu’elle serra fort contre son cœur. Une seule question la tracassera jusqu’à ce qu’elle meurre quelques années plus tard, suite à une morsure d’un serpent : m’aime-t-il toujours ?

Chapitre 2


"Libre, je suis maintenant le maître de ma destinée" aimait à se rappeler Arthur, car paradoxalement, il appréciait sa situation. Rome, cette ville qui s’enfonçait chaque jour un peu plus dans la déchéance et la violence reflétait son état d’esprit. L’ancien souverain estimait avoir suffisamment et servilement servi les divinités invisibles, qui pour tout remerciement l’avaient empêché d’engendrer une descendance — idéalement avec Aconia. Maintenant, il aspirait à finir ses jours selon son libre arbitre, mais surtout à essayer d’en savourer chaque instant.
N’importe qui aurait regretté de ne plus être un élu des Dieux ou diriger la quête du Graal, mais pas lui. Alors que le seul travail permettant de subvenir à ses besoins de logement ou de nourriture consistait à vider les latrines ou nettoyer les rues pour quelques pièces, Arthur, qui se faisait appeler Cinghiale — sanglier en romain — était fondamentalement heureux. 
Un détail cependant le harcelait depuis quelque temps : ses rêves. Dans ceux-ci, il se voyait de plus en plus souvent debout et avec deux Excalibur flamboyantes, une dans chaque main. Au bout d’un moment, il réfléchit aux différentes interprétations des encombrants compagnons de son sommeil, mais n’en trouva aucune.
Seul Vénec, qui connaissait la véritable identité de Cinghiale, venait le voir régulièrement et avait conscience de la déchéance de son ami. Arthur se lassait d’ailleurs de plus en plus de ses insistantes demandes : "non", il ne cherchera pas de l’aide auprès de ses anciens compagnons d’armes, de Guenièvre ou d’Aconia, son orgueil le lui interdisant. Il ne voulait même pas savoir ce qu’ils devenaient. 
C’est lors d’une de ces visites que les deux amis allèrent étancher leur soif dans une taverne, avec la ferme intention de finir la soirée avec quelques prostituées. C’est en entrant dans un de ces tripots, qu’Arthur crut reconnaître Aconia, mais comme il ne l’avait pas vu depuis des années, il préféra s’en assurer par quelques questions.
—    Toi ?
—    Excusez-moi, mais qui êtes-vous ? répondit la jeune femme.
—    Cinghiale.
—    Vous en avez également l’odeur, si je peux me permettre.
Arthur dut admettre sa méprise — ce n’était pas Aconia —, mais le simple fait de percevoir ses traits donna un peu de répit à son âme.
—    Ce n’est pas grave, l’erreur est humaine et j’ai connu pire, indiqua celle qui était vêtue d’une tunique presque propre.
—    Merci.
—    Au fait, vous n’avez pas le regard vide des habitués, dit la jeune femme en fixant son interlocuteur d’un air compatissant.
—    C’est parce que je suis heureux.
—    À cause de moi ?
—    En autres raisons oui, indiqua Arthur avec un léger sourire.
—    Un conseil : je ne connais aucune crasse qui ne s’enlève ou d’odeur qui ne disparaisse avec un bon bain, mon ami.
—    Surtout pas, ce sont mes meilleurs compagnons. Je dirais même qu’elles font partie de moi et me protègent.
—    Je vois, vous seriez plutôt du genre à culbuter les filles entre deux caniveaux ?
—    Exactement, répondit le sanglier, comme si cette révélation fut le but de son existence.
—    Pour trois pièces de cuivre et quelques verres, je pourrais presque me laisser tenter par l’expérience.
Une fois la libido de l’homme assouvie et la transaction financière effectuée, ils se séparèrent et ce fut à ce moment-là que la jeune femme durcit son regard et parut même un peu inquiète. "Cette potion de polymorphisme est très efficace, espérons que celle de fécondité le sera tout autant. Quel dommage que Méléagant ait refusé que je tue Arthur, mais au fond ma victoire ne sera que plus complète, lorsque je me serai délectée jusqu’à la dernière goutte de sa déchéance" !

Chapitre 3


Quinze années avaient passé et avec elles, la jeunesse et la santé d’Arthur, mais celui-ci continuait à s’en moquer. Il avait bien entendu quelques rumeurs, liées à différents chefs de guerre s’alliant ou se combattant dans le royaume de Logres, mais il n’y prêtait même plus attention. Trop occupé à chercher de quoi survivre depuis les dernières invasions barbares, Arthur s’était mis à vivre au jour le jour et ne travaillait plus.
"Le bavard", c’est ainsi que les Romains avaient surnommé l’épave humaine, qui faisait l’aumône quotidiennement dans leur ville, sans prononcer la moindre parole. Toussant du sang de plus en plus régulièrement, Arthur avait conscience qu’il n’en avait plus pour longtemps.
Ce fut cependant une visite inattendue de Vénec, dans la grosse jarre qui servait de domicile à l’ancien possesseur d’Excalibur, qui déjoua tous les pronostics quant à la date du décès d’Arthur.
—    Non, je ne veux rien savoir, commença par déclarer le mendiant.
—    Comme à chaque fois, mais aujourd’hui, c’est différent.
—    Si j’en avais encore la force, j’en rirais.
—    Vous ne comprenez pas, Merlin sait tout sur votre présence à Rome. Il m’a même remis une lettre pour vous.
—    Et alors, brûlez-la, dit Arthur avec mépris.
—    Je refuse, soit je vous la lis, soit je vous abandonne.
—    Partez, laissez-moi mourir.
—    Non.
Une dispute éclata où le mendiant n’eut pas l’avantage physique. Une fois ligoté à sa jarre, Arthur n’eut d’autre choix que d’écouter son interlocuteur lire la lettre de Merlin. " Je vous ai nui, mais pas pour les raisons que vous pouvez imaginer. Jadis, je vous avais donné Excalibur, parce qu’il fallait libérer la Bretagne du joug romain. Ce que je n’avais pas prévu, c’était que vous le fassiez si rapidement, car selon mes informations, vous n’auriez dû réussir cet exploit qu’au crépuscule de votre vie. Votre évolution est la raison de mon forfait en apparence contraire à vos intérêts, mais je vais maintenant tout vous expliquer : Excalibur vous fournit définitivement, c’est-à-dire même après la mort, des capacités dignes de vous faire devenir un Dieu. Je ne connais pas les détails, mais il semble que votre développement spirituel grâce à l’épée représente un danger pour certaines divinités et celles-ci sont prêtes à exterminer l’humanité, pour être sûres que vous ne puissiez devenir leurs égales ou les vaincre. Oui, les Dieux peuvent être jaloux ou avoir peur, même si d’une manière générale, personne ne peut réellement les comprendre".
— Je ne te crois pas, Vénec. Merlin a toujours été un incapable.
— Vous ne savez pas combien d’innocents sont morts, depuis votre départ. Non, je ne me tairai pas. "Pourquoi avez-vous replanté Excalibur et alors que tout vous y poussait, avez-vous refusé de la retirer ? La raison est simple : l’épée vous a fourni un pouvoir de clairvoyance, capable de vous faire ressentir la dangerosité de cet objet et qu’un être en qui vous aviez totalement confiance vous nuisait, moi. Cet imperceptible menace, plus la recherche infructueuse du Graal ont entraîné votre dépression, votre tentative de suicide et d’une manière générale, votre déchéance".
Arthur ne prononça plus un mot, conscient que ces révélations représentaient les réponses qu’ils attendaient depuis des années. Vénec continua donc sa lecture sur un ton plus serein. "Conscient du malheur dont vous avez été victime par ma faute, j’ai cessé de vous nuire après votre départ pour Rome, estimant que loin d’Excalibur, vos capacités divines ne pouvaient que s’amenuiser et votre évolution spirituelle se stopperait par elle-même. J’avais raison et attendais votre décès naturel ou non, mais un élément extérieur allait, sans que je m’en aperçoive à temps, tout changer : Méléagant. Ce sorcier s’est associé à votre demi-sœur Anna de Tintagel dans un seul but… avoir un enfant de vous. Celle-ci vous a sûrement séduite à Rome, il y a une quinzaine d’années afin que naquisse un fils appelé Mordred. Hélas, cet être a été élevé dans les règles inverses de la chevalerie, mais il y a pire : il a hérité d’une partie de vos capacités liées à Excalibur et il pourrait théoriquement retirer l’épée du rocher, ce qui entraînerait l’extermination de l’humanité. Vous devez empêcher cela, mais vous n’aurez pas à tuer votre enfant : ôtez cette surpuissante arme de sa roche et jeter la dans le lac de Diane, situé à Avalon, les fées la mettront hors de la portée des hommes. Si vous réussissez, le lien qui vous unit avec votre fils grâce à l’épée sera rompu et vous perdrez tous les deux vos pouvoirs divins. Autre chose, si le chef de ce complot fut à l’origine Méléagant, Mordred le surpasse maintenant et il pourrait prochainement le vaincre ou l’obliger à entrer à son service. Si tout se passe comme je l’espère, le porteur de ce message vous expliquera tous les détails liés aux derniers événements du royaume de Logres et éventuellement vous épaulera dans votre mission. Méléagant est sur ma piste et je doute pouvoir lui échapper. J’aurais voulu vous faire parvenir une fiole de régénération, afin d’aider à votre rétablissement, mais connaissant le niveau d’honnêteté du messager, j’ai préféré m’abstenir. Allez voir mon homologue Arcana, enchanteur de Lombardie, il pourra vous en fabriquer une. Je suis désolé de vous avoir nui de la sorte, mais maintenant que vous connaissez la vérité, je vous demande de sauver l’humanité, même si cela vous oblige à redevenir un héros ou un roi, ce que vous voulez de toutes évidences ne plus être".
La lettre lue, Vénec posa les yeux sur son interlocuteur et une certitude s’imposa à lui : le bavard n’avait jamais si bien porté son nom.

Chapitre 4


Pas un mot, pas un cri ne sortant de la bouche d’Arthur, Vénec s’approcha de lui pour vérifier s’il vivait encore. C’est à ce moment que l’ancien souverain vomit du sang et son interlocuteur, ayant fini de délivrer son message considéra qu’il pouvait détacher son prisonnier. Celui-ci se tordit de douleur avant de trouver la force d’entrer dans sa jarre, de s’y asseoir et de rire. Arthur était envahi par une hilarité qui choqua même certains passants, estimant que cet homme avait perdu la raison.
Après plusieurs minutes, Cinghiale retrouva un peu ses esprits et fit le point sur sa situation : "Suis-je mort ? Possédé ? Les deux peut-être, oui les deux". Une seule chose l’empêchait de ne pas devenir complètement fou : récapituler tels un jeu, tous les signes divins et les indices qui auraient pu lui faire percevoir les révélations que Merlin venait de lui expliquer. Après plusieurs heures, il estima en avoir rassemblé suffisamment, ce qui lui avait également permis de se calmer. Mais ce n’est qu’à la nuit tombée, qu’Arthur ressortit de sa jarre et que Vénec crut qu’un phœnix venait de renaître de ses cendres, en voyant le regard perçant de son hôte. De toute évidence, le bavard était mort, remplacé par un être à l’esprit clair, mais aux sentiments exacerbés.
— Comment a-t-il osé ?
— Qui ? demanda le bandit au grand cœur.
— Méléagant, il veut détruire l’humanité grâce au pouvoir divin de Mordred. Pour arriver à ses fins, il s’est associé à ma demi-sœur Anna qui a vu dans ce fils consanguin et élevé dans la haine de son père, une vengeance idéale.
— Un instant, je ne devrais peut-être pas dire cela, mais Merlin a pu vous mentir pour vous inciter à redevenir roi et sauver le peuple breton.
— Non, il m’arrive de faire des rêves et ils ne m’ont jamais abusé. J’ai jadis vu une femme changer de forme et prendre l’apparence d’Aconia, ma première épouse. Cette vision issue de mon pouvoir divin voulait me prévenir, comment ai-je pu être si aveugle ?
— Vous êtes sûr ?
— Oui, le pire c’est que j’ai souvent rêvé de mon fils. Nous marchions dans un champ et je jetais des graines, l’avertissement était clair : personne ne peut prévoir comment poussera sa progéniture. Mon envie de paternité, idéalement avec Aconia, a altéré mon jugement et Méléagant s’en est logiquement servi contre moi. D’abord il m’a fait croire que je ne pouvais enfanter, ce qui m’a conduit à une tentative de suicide, puis à perdre mon royaume. Ensuite, ma demi-sœur Anna m’a séduite afin que nous couchions ensemble pour qu’elle tombe enceinte. Je ne me maudirai jamais assez, pour avoir cédé à cette vipère.
À cet instant, Arthur cracha du sang. Vénec lui proposa un gobelet de vin, mais son interlocuteur lui préféra de l’eau.
— Et maintenant ? déclara le visiteur.
— Je vais partir du principe que Merlin m’a dit la vérité et lui obéir, tout en me gardant le droit de lui demander ultérieurement des comptes. Il est temps de lester le lac d’Avalon d’une épée, dont la caractéristique est de reconnaître le destin exceptionnel de son utilisateur, en bien évidemment, mais je ne le comprends que maintenant, également en mal. Une fois le lien entre moi, mon fils et Excalibur brisé, j’espère que cela sera suffisant pour rompre la malédiction dont les Dieux m’ont affligé, afin de sauver mon âme et celle de Mordred.
— Merlin n’a pas indiqué qu’en faisant cela, votre enfant ferait la différence entre le bien et le mal. J’ai entendu parler de lui, il est souvent cruel et certains disent qu’il est même pire que Méléagant ou sa marionnette Lancelot.
Il y eut un instant de silence et Arthur fixa son interlocuteur d’un regard noir.
— Écoute-moi bien. Je refuse que mon fils souffre à cause de mes erreurs passées. Au fait, veux-tu m’aider dans ma quête ?
Vénec fit la moue, puis haussa les épaules.
— La région est infestée de barbares et si vous revenez aux affaires, ça me permettrait facilement de me remplir les poches.
— Je ne souhaite pas retourner sur le trône.
— En retirant l’épée des Dieux, vous le redeviendrez forcément.
— Ce n’est pas faux. Qu’importe les conséquences, je ferais l’impossible pour sauver mon fils. Commençons par chercher cet Arcana de Lombardie, afin qu’il me concocte une fiole de régénération.
— Non, répondit Vénec.
— Tu me crois trop faible pour faire ce voyage.
— Le problème n’est pas là. J’ai accidentellement ouvert la lettre de Merlin quand j’étais sur la route et rencontré par hasard le magicien lombard, qui m’a vendu la fiole. Au fait, vous me devez cent pièces d’or.
— Et si j’étais mort ou avais refusé d’obéir à Merlin, demanda Arthur en commençant à boire le liquide au goût doux-amer.
— Inutile de vous en faire pour cela Sire, je l’aurais revendu le double au marché noir.

Chapitre 5


— Maudite sorcière, je vais te tuer.
C’est par ces mots que Mordred réveilla sa maîtresse qui était également sa mère : Anna de Tintagel. Le couteau du jeune homme, appuyé contre sa carotide parut froid et tranchant à cette femme, à moins que cela soit dû au mortel poison qui en imprégnait la lame. Dans les deux cas, cela ne fut pas suffisant pour la décontenancer.
— Que se passe-t-il ? Encore un de vos cauchemars ?
— Excalibur, quelqu’un l’a retiré du rocher. Mes pouvoirs divins me l’ont fait clairement ressentir.
— Arthur, laissa échapper Anna. Je savais que j’aurais dû le tuer quand j’en avais eu l’occasion.
— Qui vous en a empêché ?
— Méléagant, à l’époque j’ai été obligée de lui obéir, afin que tu sois créé.
— Pourquoi ne pas m’avoir dit cela plus tôt, surtout que ce sorcier est sous mes ordres à présent ?
— Je pensais qu’il était mort et que cela n’avait plus d’importance.
Mordred ne tua pas sa mère, mais se contenta de la gifler violemment. Celle-ci accusa le coup sans dire un mot, car ce fils représentait — d’un point de vue maléfique — la quintessence de ce qu’elle aurait pu espérer. Anna s’était juré de venger la mort de son père, le duc de Gorlais, lâchement assassiné par Uther Pendragon. Celui-ci, peu de temps après avait pris son apparence et couché avec sa mère Ygerne de Tintagel, ce qui eut pour conséquence d’engendrer un fils : Arthur. Anna était persuadée que ce "bâtard de Pendragon", comme elle aimait à le surnommer était mort à Rome d’une manière ou d’une autre, mais après réflexion, se faire tuer par son fils représentait la meilleure vengeance qu’on puisse imaginer.
— Pourquoi mon géniteur a-t-il retiré Excalibur ? demanda Mordred à sa mère.
— Je l’ignore. Peut-être veut-il vous chasser du trône ?
Le jeune homme descendit du lit et marcha quelques pas.
— Non, il a tout fait pour perdre sa couronne, pourquoi revenir pour la réclamer à présent ?
— Cherchez au fond de votre âme, mon fils. Utilisez votre pouvoir divin, pour percevoir les desseins de celui qu’il vous faudra vaincre, à un moment ou un autre ?
Mordred se concentra quelques secondes, puis ferma les yeux. Juste après, son couteau empoisonné lui échappa des mains et tomba à quelques centimètres de son pied nu. À cet instant précis, il décela une information vitale.
— Merlin a réussi à prévenir Arthur quant à mon existence et pour m’empêcher de réaliser mon destin, mon géniteur veut jeter Excalibur dans le lac d’Avalon et détruire le lien qui m’unit à l’épée et aux Dieux. Maudite mère, vous m’avez jadis persuadé de ne pas tenter de la retirer du rocher, voyez le résultat !
— Méléagant a été clair sur ce point. Les divinités ne pourront pardonner que vous les trompiez de la sorte. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il interroge chaque jour son prisonnier Merlin, afin que vous puissiez à terme réaliser cet exploit.
— Il est donc inutile qu’il continue dans cette direction. Par contre, il me serait sûrement intéressant de savoir si l’enchanteur a déjà révélé quelques secrets, déclara Mordred à voix basse.
— Ici, à la citadelle de Tintagel, nous avons fait amener pieds et poings liés tous les anciens chevaliers ou amis d’Arthur, ma mère comprit, afin qu’ils assistent à la destruction de tout ce que votre géniteur a bâti. Les avoir tous au même endroit serait un moyen de pression idéal, pour le forcer à se dévoiler.
— Pourquoi pas, mais son objectif est prioritairement de jeter Excalibur dans le lac des fées, or nous ne sommes pas loin de ce lieu. Je vais immédiatement me rendre à Avalon pour l’y attendre avec la plupart des hommes actuellement au château. Je récupérerai l’épée des Dieux et deviendrai à terme leur égal.
— Je resterai à Tintagel, car si le bâtard s’aperçoit que le lac de Diane est sécurisé, il pourrait venir jusqu’ici afin de libérer ses anciens chevaliers.
— Oui, c’est une bonne idée. Une fois Avalon rendue impénétrable, j’irai si possible au repère de Méléagant, car j’aimerais qu’il me révèle tous les secrets des Dieux à sa disposition.
— Comment cela ?
— Excalibur est bien plus qu’une arme, c’est une clef, déclara Mordred.
— Est-ce le Graal ?
— Je n’en suis pas sûr. C’est soit un moyen de communication, soit de transport pour rencontrer des divinités, mais dans les deux cas, cet outil me sera indispensable afin d’atteindre un nouveau stade de mon évolution.
Immédiatement après cette discussion, Mordred rassembla ses hommes et partit prestement pour Avalon, persuadé d’y retrouver à un moment ou un autre son "bâtard de géniteur".
Or, ce que le fils d’Anna ignorait, c’était que ce qui caractérisait Arthur était son imprévisibilité.

Chapitre 6


Le mot "espoir" avait été rayé depuis longtemps du vocabulaire de Lancelot. Malgré ses compétences de guerrier ou sa grande spiritualité, le chevalier errant n’avait pas pu résister à l’influence du sorcier Méléagant. Celui-ci s’était parfaitement adapté à la personnalité rigide de Lancelot en orientant ses décisions politiques vers un jusqu’au-boutisme qui en réalité servait un autre projet : Engendrer Mordred, un être capable de contrôler Excalibur et à terme soit de vaincre les Dieux, soit de les forcer à exterminer l’humanité.
La marionnette de Méléagant aimait à se comparer à un marin perdu en mer et dont le navire serait sur le point de sombrer. Sa seule chance résiderait dans un phare, qui lui permettrait de se repérer, mais le problème provenait du fait que le chevalier errant la cherchait depuis déjà quinze longues années.
Cette lumière — idéalement pour tous les hommes —, Lancelot la revit en pleine nuit et dans sa chambre du château de Camelot. Lorsqu’Excalibur éclaira la pièce, l’épée flamboyante des Dieux lui sembla même réclamer vengeance. Arthur, qui connaissait les passages secrets pour arriver en toutes discrétions jusqu’à son "ami", le regarda d’un air triste avant de s’exprimer.
— Vous avez toujours apprécié le blanc, déclara le fils de Pendragon en constatant que les murs, sols et draps étaient de cette couleur.
— J’aime bien ce qui est pur, car il me semble en réalité ne demander qu’à être taché…
— De sang ?
— Oui, c’est exactement cela. Je suis près et ne me défendrais pas, déclara Lancelot en fermant doucement les yeux, comme s’il allait être exécuté.
— Je ne suis pas venu pour vous tuer... mais pour m’excuser.
— Pardon ?
— Écoutez-moi bien Seigneur Lancelot. Les Dieux avaient jadis donné une mission à Merlin : délivrer la Bretagne de Rome, ce que nous avons réussi grâce à Excalibur, mais apparemment trop tôt. Selon notre ancien enchanteur, l’épée me fournirait une sorte d’énergie pouvant me faire devenir un Dieu.
— Mais ce serait le but de l’existence de chacun de nous, non ? C’est un honneur…
— Si les divinités étaient bienveillantes oui, mais elles semblent parfois jalouses ou avoir peur, dit Arthur en lui coupant la parole. Du coup, elles pourraient détruire l’humanité si elles se sentaient menacées.
— Ce serait terrible, mais est-ce le cas ?
— Cela se pourrait sous peu à cause de Méléagant. Il a fomenté une conspiration afin que mon fils Mordred, qui a hérité des énergies divines d’Excalibur devienne un Dieu et éventuellement tente de les détruire. Il lui suffirait pour cela de toucher mon épée.
— Dans ce cas, que comptez-vous faire ?
— Je ne le tuerai pas. Il faut simplement que je jette Excalibur dans le lac d’Avalon, où elle sera hors de sa portée. Cela anéantira mes capacités divines, comme celle de mon enfant.
— Je comprends tout à présent. Méléagant a fait partir pour cette région une grande partie de l’armée, d’ailleurs sans même me demander mon avis.
— Vous n’avez aucun pouvoir ?
— Sans Excalibur, comment en aurais-je ? Vous devez apprendre que Mordred est le véritable roi, Anna à la fois sa mère et sa compagne et Méléagant son enchanteur maléfique. Quant à moi, je ne suis qu’un chef pour faire plaisir à la galerie et au peuple.
Arthur rengaina son épée, fit quelques pas, puis parla d’une voix sincère.
— Je suis désolé d’avoir dû vous faire souffrir de la sorte. Vous êtes un bras droit exceptionnel, mais il est évident que votre intransigeance a permis à un être rusé comme Méléagant d’abuser de votre esprit chevaleresque.
— J’ai maintenant compris que ma place était à vos côtés. Un mot de vous et je…
— Oui, mon ami, mon frère. J’accepte votre aide.
— Sire, quelle est votre stratégie ?
— J’avais espéré jeter Excalibur dans le lac vite fait, bien fait, mais apparemment mon fils a deviné mes projets et la zone est entièrement bouclée. Vénec a failli y laisser sa peau.
— Vous avez pris ce traîne-savate dans ce noble projet ?
— Voulez-vous que nous nous disputions ? répondit Arthur.
— Non, bien sûr, Sire, continuez.
— J’estime que la surveillance du lac a vidé les châteaux de ses soldats de manière excessive. C’est l’occasion idéale de reprendre le pays et avec Excalibur, je pense cela facilement faisable. Quand Mordred n’aura d’autre choix que de se lancer à ma poursuite, vous ou moi jetterons discrètement Excalibur dans le lac d’Avalon.
— Et s’il ne tombe pas dans le piège et s’obstine à rester là-bas ?
— Nous devrions être supérieurs en nombre à ce moment-là et le vaincrons donc facilement, mais il faudra tout faire pour éviter de le tuer.
— Un plan simple et efficace, comme toujours.
— Nos compagnons sont-ils vivants ? demanda Arthur.
— Oui, Mordred les a faits tous prisonniers à la citadelle de Tintagel, sauf Merlin qui est interrogé par Méléagant dans son repère, situé dans la grotte du gobelin rouge. Le but de votre fils était qu’ils assistent tous au retrait d’Excalibur du rocher.
— Je vois. Je vais maintenant vous expliquer la première partie de mon plan. Nous allons devoir nous séparer et attaquer les deux cibles en même temps : vous irez avec Vénec délivrer nos compagnons à Tintagel, pendant que je m’occuperai de Méléagant. Prenez mon médaillon du Dieu Ogma — il le lui donna —, son éloquence vous portera chance.
— Je ne suis pas sûr…
— Si, j’insiste. Surtout que si mon beau-père est vivant, vous pourriez en avoir drôlement besoin.
— Bien Sire, j’accepte.
— Rendez-vous à la taverne de Camelot et essayez en chemin de ramener le plus d’hommes possible. Sommes-nous d’accord ?
— Sur Excalibur, je jure de vous obéir, déclara Lancelot d’un cœur vaillant, dont il ne se serait jamais senti capable une heure plus tôt.
Après quelques instants, le chevalier se permit cependant une remarque.
— Pour Vénec, vous êtes sûr que…
— Oui, Seigneur Lancelot, vous irez avec lui. Je me le suis trimbalé depuis Rome, c’est un peu à votre tour.

Chapitre 7


— Plus vite Vénec, la bataille nous attend, déclarait sans cesse Lancelot.
— Ben voyons, mais qui c’est qui porte la plus grosse partie de votre armure ? C’est bibi !
— Cela me semble un minimum. À moins que vous comptiez prendre d’assaut la forteresse de Tintagel avec moi ?
— Pardon ? Non merci, mais êtes-vous fou ? Ils doivent être au moins une centaine là-dedans, plus la mère de Mordred. Au fait, vous allez les attaquer bille en tête ?
— Vous croyez que cela me fait peur. Arthur m’a donné le courage de tous les affronter, qu’importe vos pleurnicheries.
— Mais bien sûr ! Vous pensez vraiment que votre foi vous protégera des flèches et des épées ?
— Oui, elle les fera choir.
— C’est là où vous vous trompez, Seigneur Lancelot, dit Vénec en s’arrêtant et en jetant à terre l’armure. Désolé de vous dire cela, mais pour moi, la ruse est une arme aussi noble qu’une autre.
Le chevalier errant haussa les épaules, mais s’immobilisa à son tour. Finalement, ils s’assirent tous les deux pour boire et se reposer un instant, puis Lancelot s’exprima.
— C’est une logique de lâche, ça.
— Ha bon ! Imaginons que lors d’un combat, vous fassiez semblant de frapper votre adversaire avec votre épée, mais donniez au dernier moment un coup d’épaule, ce qui a pour conséquence de le faire tomber et soit à votre merci. Vous avez rusé, mais êtes-vous un lâche ?
— Non, à la guerre tous les coups sont permis.
— Et l’esprit de chevalerie ? Le refus de tromper son ennemi ? Le fait qu’un preux seigneur comme vous dise cela me choque, indiqua Vénec en prenant un air faussement offusqué.
— Je… Eh… Vous chipotez là !
— Que vous le vouliez ou non, nous sommes aux deux extrémités d’une même échelle, sauf que vous êtes courageux, mais n’avez aucune malice et que je suis l’exact opposé. La seule différence entre vous et moi provient du fait que je suis conscient de ce paradoxe et pas vous… enfin jusqu’à présent.
— C’est un point de vue qui se défend, déclara Lancelot avec un air dubitatif.
À ce moment, Vénec pointa du doigt le médaillon du chevalier errant.
— Le Dieu Ogma de l’éloquence, vous croyez réellement qu’il était utile à Arthur ? Non, il attendait simplement de trouver celui qui en aurait vraiment eu besoin un jour, vous en l’occurrence, "puisque son fils ne pourra apparemment pas être cette personne" pensa-t-il.
— Comment ça ?
— Seigneur Lancelot, je ne peux le prouver, mais si les Dieux ont désigné Arthur comme roi de Bretagne et pas vous, quelque chose me dit qu’ils savaient ce qu’ils faisaient.
— Hier encore, je vous aurais tué pour ces mots. Laissez-moi avec ma malédiction de l’éternel second, voulez-vous.
Il y eut un long silence, puis le bandit au grand cœur s’exprima, tout en se relevant.
— Allez, il faut partir si vous souhaitez les attaquer avant la nuit.
Lorsque les geôles de Tintagel résonnèrent de cris d’agonie et de coups d’épée, tous les prisonniers se demandèrent ce qui se passait. C’est quand le silence cessa que la crainte s’empara de la plupart d’entre eux, jusqu’à ce qu’un chevalier se présente face aux cellules, avec son épée à la main droite et la tête tranchée d’Anna dans la gauche.
— C’est Arthur, dit Guenièvre. Je reconnais son médaillon.
Ils étaient tous là et en relative bonne santé, au vu des circonstances.
— Ce n’est que moi, indiqua Lancelot en relevant la visière de son heaume.
— Oh non ! déclarèrent en cœur les prisonniers.
— Arthur est vivant, c’est lui qui m’envoie. Il est parti libérer Merlin et nous demande de lever une armée pour vaincre Mordred, bloqué à Avalon.
Pendant une seconde, il y eut un profond silence, puis une joie immense s’empara du bâtiment. Lancelot ouvrit les cellules et tous regagnèrent l’air libre.
— Je suis désolé pour votre fille, déclara le chevalier à Ygerne — mère d’Arthur et Anna —, alors qu’elle passait devant lui.
— Vous pouvez. Je lui aurai bien fait la morale à celle-là : jeter sa mère au cachot ! Non, mais quelle honte. Ensuite seulement, vous l’auriez décapité mon garçon... ensuite seulement.

Chapitre 8


— Bonjour Arthur.
C’est par ces mots que le Méléagant souhaita la bienvenue à son "invité surprise", qui venait d’échouer à s’introduire discrètement dans son repère. Enfermé dans la même pièce, mais avec une lourde table carrée pour les séparer, une conversation s’engagea, Arthur d’un côté, Méléagant avec Merlin attaché et bâillonné à une chaise de l’autre.
— Je suis ici pour vous tuer — en désignant le sorcier maléfique — et pour demander quelques explications à votre prisonnier.
— Vous me semblez bien sûr de vous. Mais êtes-vous certain qu’Excalibur soit une protection magique efficace contre mes pouvoirs ?
— Mon épée recèle bien des secrets, c’est le genre de détails que votre invité aurait pu vous expliquer.
— Ça tombe bien, je le questionne depuis des semaines, mais il reste silencieux. Au fait, savez-vous qui il est au juste ?
— Je l’ignore, mais une chose est sûre : si vous avez torturé Merlin, il a dû parler.
— Justement pas et je vous assure que je me suis montré appliqué. Il a joué les magiciens maladroits et peureux, parce qu’il avait besoin de cela pour sa mission, tout simplement...
— Des Dieux, je sais, indiqua Arthur en coupant la parole à son ennemi. Il a reçu comme instruction de chasser les Romains de Bretagne, merci pour l’information !
— Oui, Cinghiale dit Méléagant en frappant des mains d’un air excité et avec un parfait accent italien. Le sorcier pencha ensuite la tête sur le côté en souriant et ses deux interlocuteurs comprirent immédiatement la mésentente.
— Merlin s’est trompé. Les Dieux désignaient l’armée romaine, mais également vous, déclara Arthur.
— Exactement et comme je suis ce qui se rapproche le plus d’un père pour votre fils, il est donc Romain et il faudra qu’il meure pour que la volonté des Dieux soit respectée.
Il y eut un moment de silence et Arthur en profita pour poser une question simple à son ancien enchanteur.
— Merlin, si je tue ce sorcier, est-ce que votre mission sera réussie ?
Le magicien fit un signe de la tête de haut en bas, mais alors que Méléagant tournait le regard pour connaître la réponse de son otage, Arthur jeta Excalibur sur le sorcier, qui alla se figer sur le mur derrière lui. L’épée avait traversé une illusion, ayant l’apparence du maléfique enchanteur.
Sans la protection magique d’Excalibur, Arthur fut immédiatement victime d’un sort de pétrification, l’empêchant de se mouvoir à chaque instant un peu plus. Cette immobilisation autorisa Méléagant à sortir d’une cachette — où il se trouvait depuis le début — et à commencer à retirer l’épée de la pierre où elle venait de se figer. Mais après un moment de réflexion et voulant se délecter de la souffrance qu’il occasionnerait à Arthur par ses propos, il lâcha Excalibur encore planté et s’approcha de Cinghiale, pratiquement plus capable de se mouvoir.
— Vous ne savez pas les difficultés que j’ai rencontrées pour créer Mordred. Aconia par exemple, vous n’avez jamais trouvé étrange qu’elle vous demande de ne jamais coucher avec votre épouse Guenièvre ? C’était pour que votre héritier unique soit le fruit de ma perversion. Sachez que c’est également moi qui ai poussé César au suicide ou Lancelot à vous trahir. Le plus drôle dans cette affaire, c’est que j’étais un des seuls à percevoir votre bienveillance et votre désir d’arriver systématiquement à un compromis acceptable, quand vos collaborateurs n’étaient que des profiteurs ou des incompétents. Tout l’amour que vous aviez pour vos proches, j’ai fait en sorte qu’elle se transforme en haine à éprouver par votre fils, car en vérité Excalibur a du mal à les différencier.
— Mais dans quel but ? dit Arthur.
— Parce que c’est le seul point faible connu de cet objet et par extrapolation celui des Dieux, mais je ne vous demande pas de me croire sur parole. Concentrez-vous et voyez l’avenir grâce à votre pouvoir de clairvoyance. Découvrez comment Mordred, devenant une menace trop importante pour les Dieux, les forcera à détruire l’humanité et quel honneur...
Ce furent les derniers mots de Méléagant. Avec ses ultimes forces, Arthur réussit à activer son anneau de contrôle des lames et à retirer Excalibur qui n’était pas coincée, mais figée de sorte que seul un élu des Dieux aurait pu l’ôter. L’épée avait ensuite traversé la pièce avant de trancher la tête du magicien maléfique, le tuant sur le coup. Après quelques secondes, le souverain reprit l’usage de son corps.
— C’est fini Merlin, je vais vous détacher et vous serez libre dans quelques instants.
— Est-ce que vous avez toujours vos pouvoirs de clairvoyance ? demanda Merlin dès qu’il fut libéré.
— Je crois que oui, répondit Arthur après quelques instants de concentration.
— Alors ma mission n’est pas terminée, parce que les Dieux continuent à considérer Mordred comme Romain. Attendez un moment, je peux tenter quelque chose grâce à Excalibur, car c’est une des formes du Graal, mais surtout un moyen de rencontrer les divinités. Vite, touchons l’épée ensemble, il est possible que je les fasse changer d’avis.
S’étant saisi d’Excalibur tous les deux, merlin sans prononcer la moindre formule ouvrit un portail dimensionnel de couleur doré. Ils le traversèrent, même si avant cela, Arthur demanda au magicien de lui rendre son "arme".

Chapitre 9


Les deux voyageurs ne prononcèrent pas un mot pendant plusieurs minutes, alors qu’ils étaient en route pour voir les Dieux, quand Merlin brisa le silence d’une voix assurée.
— Nous avons fait la moitié du chemin, ce ne sera plus très long à présent.
— Je peux vous poser quelques questions, Merlin ? demanda Arthur après quelques secondes d’hésitation.
— Pourquoi pas, je pense vous devoir bien cela. Mais sachez d’abord que ce nom n’est pas le mien et ce corps ne représente pas ma réelle apparence — il en changea pendant quelques secondes pour prendre celle d’Anton, père adoptif d’Arthur.
— Mais vous êtes qui ou quoi au fond.
— Excalibur, Méléagant, la dame du lac ou moi-même sommes des intermédiaires entre les Dieux et les êtres ordinaires, comme les hommes.
— Et quelle est votre véritable apparence ?
— Nous sommes plus proches d’une source d’énergie ressemblant au halo de couleur doré qui entoure Excalibur.
— Je vois. Au fait, je vous félicite pour avoir su conserver votre couverture d’enchanteur nullard durant tant d’années.
— Je me doutais que vous alliez me reparler de cela. Voulez-vous que je vous renouvelle mes excuses ?
— Non, non, ça ira… merci bien, votre divine illumination, répondit Arthur en prenant un air agacé.
— J’aurai de quoi me plaindre, vous savez. J’ai dû faire semblant d’être un incompétent, alors que je suis un des plus grands professionnels dans ma spécialité.
— Sans rire ?
— Je ne connais pas les projets précis des Dieux, mais ils avaient d’autres enchanteurs — même plus puissant que moi — à leur disposition. Pourquoi, d’après vous, m’ont-ils ordonné d’effectuer cette mission délicate ?
— Vous avez donc joué un double rôle, dû admettre Arthur. Au fait, je me suis toujours demandé comment fonctionnaient ces portes dimensionnelles.
— Par magie évidemment, mais je ne pense pas avoir le temps de vous expliquer les détails de ce procédé. Apprenez que la plupart servent à emmener des personnes d’un endroit à un autre sur une même planète, mais que cette porte est spéciale, car elle nous fait traverser les galaxies plus vite qu’un éclair. Voyez-vous les étoiles à travers les parois ?
— Oui, répondit Arthur en plissant les yeux.
— Ce sont des soleils, mais ils sont très éloignés. J’aurai bien des informations à vous révéler sur les forces qui régissent l’univers, mais nous sommes sur le point d’arriver. Au fait, attention à la marche, elle est traîtresse. Un dernier conseil, les Dieux peuvent prendre différentes apparences ou les lieux pourront vous être familier, dans tous les cas, évitez de paraître surpris, vous perdriez en crédibilité.
À peine arrivé, Arthur reconnut immédiatement la salle de la table ronde, telle qu’il l’avait vue la dernière fois et il n’y manquait aucun meuble. Sur les chaises étaient assis Léodagan, Perceval, Karadoc et Lancelot, mais aussi César, Aconia et Manilius. Le souverain ne parut pas particulièrement surpris, mais plutôt nostalgique en pensant à toutes les décisions qui y avaient été prises par le passé.
— Asseyez-vous donc, nous vous avons laissé deux chaises vides, déclara celui qui ressemblait au chevalier errant et les deux invités s’exécutèrent aussitôt.
— Si je suis venu jusqu’à vous, c’est que j’estime avoir rempli la tâche que vous m’aviez confiée : détruire les forces de Rome présente en Bretagne, déclara Merlin.
— Il en reste une, je crois : Mordred, dit celui qui ressemblait à Léodagan.
— Non, il est l’enfant naturel d’Arthur et Anna. Il ne possède donc pas une goutte de sang romain.
— Tu te trompes. Il est plus le fils de Méléagant par l’esprit, que celui d’Arthur et c’est prioritairement, ce qui nous importe, indiqua celui qui avait l’apparence de Manilius.
L’enchanteur aurait voulu que le possesseur d’Excalibur argumente à son tour, mais celui-ci ne pouvait s’empêcher de fixer béatement la forme énergétique qui ressemblait à Aconia.
— J’estime que nous devrions prendre un autre aspect, car Arthur semble mal à l’aise, indiqua l’intéressée.
Sur ces mots, les corps disparurent en un instant et furent remplacés par un seul être de forme humanoïde, mais entouré de flammes orangées.
— Arthur, écoute-moi. Méléagant a trouvé une faille dans mes pouvoirs : faire passer Mordred pour toi auprès d’Excalibur, car il est possible de la tromper. S’il avait réussi, j’aurais dû exterminer l’humanité, sinon cet enfant prodige serait devenu mon égal et aurait pu m’attaquer physiquement.
— Dans ce cas, reprenez cette épée — et il la posa sur la table ronde.
— Ce n’est pas si simple. Je me suis engagé, pour une raison que je ne peux te révéler, à chasser les Romains de Bretagne. Si je récupère Excalibur de la sorte, Mordred pourra, même après sa mort physique, m’accuser de tricherie envers l’ordre universel, ce qui créera un précèdent. Non, je ne peux faire cela.
— Alors ? demanda Arthur.
— Un instant, déclara Merlin. Le fond du lac d’Avalon est-il toujours un lieu sacré où Mordred ne pourra atteindre Excalibur ?
— Oui, répondit Dieu. Mais vous n’êtes pas sans savoir que vous ne pourrez vous en approcher, sans vous faire repérer. De là à ce qu’il vous tue et récupère Excalibur, il n’y a qu’un pas.
— J’ai un plan et suis prêt à prendre le risque, déclara Arthur. Soit cette épée finira au fond de ce lac, soit vous me considérerez comme le père de Mordred ou en tout cas plus que Méléagant. Cependant, lors de notre affrontement, si vous estimez qu’il était sur le point de toucher Excalibur, vous exterminez l’humanité.
— Non Arthur, le risque est trop grand, déclara l’enchanteur.
— D’accord, j’accepte le marché, dit Dieu. Je vais ouvrir un portail, afin que vous arriviez en même temps que vos trompes à la taverne de Camelot. Merlin, vous resterez avec moi.
— Puis-je en connaître la cause ? demanda l’intéressé.
— Vous avez révélé votre vraie nature, ce que je vous avais interdit, même si c’était pendant le voyage dans le portail. De plus, n’avez-vous pas déclaré que votre mission était terminée ? À moins que vous vouliez encore contester mes décisions ?
— Non, bien sûr. Je suis désolé, dit Merlin en s’adressant à Arthur.
— Je comprends, il y a des chemins qu’un homme doit prendre seul. Au fait Dieu, qui êtes-vous ?
— Je suis unique et multiple, ici et partout à la fois... et il est très rare qu’on me fasse perdre mon temps. Le portail est ouvert à présent, franchissez-le.
Au moment de partir, le possesseur d’Excalibur se permit une dernière remarque.
— Est-ce que Perceval est l’un d’entre vous ?
— Oui et non. Disons qu’il est une partie de moi, dont j’ai voulu me séparer, à la suite de quelques "problèmes". Pourquoi cette question ?
— Pour rien, mais je crois que cela lui ferait plaisir que vous le rencontriez à l’occasion. Il est spécial, vous savez… ou, disons que son imprévisibilité le rend exceptionnel !
— Je vais y réfléchir.
Et sur ces mots, Arthur traversa seul le portail, laissant Dieu et Merlin en tête à tête.
— Est-ce qu’il a conscience que même s’il réussit à jeter Excalibur dans le lac, son fils restera un être abject et dépourvu de compassion ? demanda l’enchanteur.
— S’il avait vraiment eu besoin de le savoir, ne pensez-vous pas qu’il aurait posé la question ?

Chapitre 10


Une fois les retrouvailles célébrées, Arthur entama une grande campagne de reconquête des terres bretonnes, ce qui ne prit que quelques mois, car Mordred et le gros de son armée s’obstinaient à rester à Avalon. Lorsqu’il n’eut que la zone du lac à envahir, le possesseur d’Excalibur donna les instructions à son camp de base.
— Nous attaquerons tous ensemble par le Nord, indiqua Arthur.
— Pour qu’ils s’enfuient par le Sud, se regroupent et nous assaillent ensuite ? interrogea Léodagan.
— Mais pourquoi est-ce qu’il faut toujours qu’on me contredise ?
— Moi, je m’en moque : je n’y mettrai pas les pieds au lac, Karadoc a dit qu’il était hanté, interrompit Perceval.
— Hanté ! répéta Bohort. Nous n’allons pas nous jeter dans la gueule du loup, tout de même. Au pire, Elias trouvera une solution, c’est un magicien lui.
— Il est parti, indiqua Lancelot en haussant les épaules. Il a déclaré : moi, je ne mettrais pas un pied là-bas, tant que Mordred y sera.
— Allons, ce n’est pas parce que les éclaireurs ne sont pas revenus et qu’on n’a jamais aperçu un gars entrer ou sortir d’Avalon, qu’il faut s’inquiéter, dit Léodagan. Moi je dis : on fonce et on verra bien… Autant, ils ont tous déjà cané depuis le temps.
— Bon, on ne va pas tergiverser trois plombes, trancha Arthur. Le plan est établi, vous le connaissez — Perceval et Karadoc se regardèrent d’un air niais, mais ne dirent pas un mot — et si jamais… on avisera.
Le soir venu, Arthur, ne pouvant fermer l’œil, sortit de sa tente un instant. Il se croyait seul, mais avait tort.
— Vous l’avez vu, celui qui est unique et tout à la fois ? demanda la dame du lac.
— Oui.
— Et alors ?
— Il n’est pas si différent de nous. Il a des responsabilités et ses subordonnés ne lui obéissent pas forcément.
— Un peu comme pour vous, quoi ! Au fait, vous savez ce qui se passerait si Mordred touchait Excalibur, si votre fils se montrait plus malin ou fort que son père.
— Dieu exterminera l’humanité juste avant, en théorie cela ne pourra se faire.
— Je vais vous dire un secret : personne n’est à l’abri d’un imprévu, même pas lui.
— Comment ça ?
— Vous croyez que je n’ai pas vu que vous souhaitez ramener Mordred vers la lumière ou qu’il vous considère comme un père. Tout le monde le sait ici !
— N’est-ce pas ce que je suis ?
— Difficile d’être formel, mais n’ayez pas trop d’espoir, je l’ai vu à l’œuvre.
— Je veux juste prendre mon enfant par la main et lui dire que je l’aime. Est-ce trop demandé ?
— Peut-être... De toute façon, nous aurons la réponse demain. Et Guenièvre, dans tout ça ?
— Pourquoi me parlez-vous d’elle ?
— Maintenant que vous n’êtes plus tenu par la promesse d’Aconia, vous pourriez lui faire un enfant, un héritier quoi ! Elle l’a mérité, non ? Cela prouverait que Méléagant a définitivement échoué.
— Oui… bien sûr. Décidément, vous ne voulez pas que je meure demain, vous non plus !
— Exactement, avec ce que vous avez fait dans le passé, on ne sait jamais. Au fait, si vous arrivez à jeter Excalibur dans le lac, ça pourrait m’aider à redevenir une fée.
— Ah bon ? Je n’y avais pas pensé ! Finalement, je comprends mieux pourquoi vous êtes ici. Bon, je vais aller me coucher : demain, c’est bataille.
Au lever du soleil, l’armée d’Arthur se disposa au Nord et commença à avancer comme prévu, s’attendant en permanence à trouver celle de Mordred. Quand le lac ne fut qu’à une centaine de mètres et contrairement à ce qui avait été imaginé, un unique chevalier à pied leur barrait la route.
Arthur, sans arme ni armure, s’approcha seul pour s’adresser à l’être qu’il considérait comme son fils. Celui-ci retira son heaume et une chose était sûre : il était identique à son interlocuteur au même âge.
— Bonjour mon garçon.
— J’ignore ce que les Dieux vous ont appris, mais sachez que si vous me remettez Excalibur, je les vaincrai. Une fois cet exploit réalisé, je serais en mesure de vous offrir l’existence que vous souhaitez… par exemple celle du général Manius, marié à Aconia, avoir de beaux enfants et vivre heureux.
— Est-ce que ce serait illusion ?
— Absolument pas et vous ne vous souviendrez même pas de votre ancienne vie.
— J’ai jadis rêvé de ce genre de moment.
— Je le sais et pour finir mon argumentation, puis-je vous poser deux questions : quoi de mieux pour un père, qu’un Dieu comme fils ? Qu’est-ce qui pourrait le rendre plus fier ?
Arthur parut songeur à cette singulière déclaration. Celui-ci fit quelques pas en regardant ses hommes au loin, quand il posa à son tour une question.
— Où sont tes chevaliers ?
— Ah ça ! Je leur avais ordonné de rester, mais ils ont tenté chacun à leur tour de fuir, cela leur a été fatal... et ils dorment à présent au fond du lac.
— Comptes-tu y jeter jusqu’à la dernière personne qui te désobéirait ?
— Pas vraiment, j’avais simplement l’idée de le remplir de cadavre afin que sans eau, il fût impossible d’y déposer Excalibur… hélas j’ai manqué de matière première. Mais n’est-ce pas le genre de choix cruel que seul un Dieu pourrait faire ?
Arthur regarda le lac de forme sphérique — certains diraient même qu’il ressemblait à une coupe remplit d’eau — avec mélancolie et dut admettre l’évidence : la vision récurrente de lui marchant dans un champ avec un enfant était une utopie. Par extrapolation, ce "fils" représentait donc un risque inacceptable pour l’humanité et devait être traité comme tel.

Chapitre 11


—    Mordred, je me suis trompé. Bien que je sois ton géniteur, tu es trop éloigné de l’esprit de la chevalerie et un trop grand danger pour que je te laisse libre.
—    Vous vouliez sûrement dire vivre père, mais qu’importe, je suis déjà au-dessus de tout cela. Mais j’ai une question : pensez-vous que ce lac ait un fond ? Personnellement je le crois, mais pour m’en assurer, j’estime que la meilleure chose à faire serait que vous et vos hommes tentiez de le remplir.
—    Histoire également qu’on ne puisse y jeter Excalibur quand tu te seras lancé à sa recherche, je suppose ?
—    Exactement, répondit Mordred en remettant son heaume.
Immédiatement, Arthur leva son bras droit et ce geste autorisa les soldats à cheval à attaquer.
—    Mes chevaliers vont te charger et à un contre dix, tu n’as aucune chance, surtout que tu es à pied. Rends-toi, ils commencent déjà à dévaler la colline.
Mais contrairement à ce qu’Arthur aurait souhaité, le jeune homme ne fut nullement décontenancé par ces propos.
—    Que vous le vouliez ou non, je suis doté comme vous d’un pouvoir divin et je sais exactement à qui vous avez confié l’épée des Dieux, dit Mordred en regardant au sud du lac.
Arthur se précipita en levant les bras au ciel en direction de Lancelot, qui se trouvait à l’autre bout de l’étendue d’eau, afin qu’il retienne son geste. Le chevalier errant comprit les ordres de son souverain, mais décida de jeter Excalibur quand même.
Réalisant les intentions de son père et profitant du fait qu’il lui tournait le dos, Mordred le blessa de son épée, imprégnée comme à son habitude d’un mortel poison. Mais, l’enfant "prodige" ne s’attarda pas sur cette action déshonorante, car son attention se devait déjà d’être dirigée vers un objectif différent.
À peine Excalibur avait-elle quitté la main de Lancelot, que Mordred créa deux petites portes dimensionnelles : une à sa droite, l’autre au point d’arrivée estimatif d’Excalibur au milieu du lac. Si son corps était resté sur la rive, son bras traversa le passage magique et attrapa l’épée au moment où elle allait toucher l’eau. Tous les chevaliers furent stupéfaits par les extraordinaires capacités du fils d’Arthur, qui venait de réaliser un exploit encore jamais décrit.
Juste après, Mordred refit passer son bras à travers le portail et brandit haut son arme, alors que les cavaliers n’étaient qu’à quelques mètres de lui… L’élève de Méléagant s’attendait à être envahi immédiatement d’un pouvoir infini le rendant immortel, mais rien de magique ne se passa pour une simple raison : ce n’était pas Excalibur.
Face à cette déconvenue, Mordred extrapola instinctivement les causes de cet échec, ce qui le déconcentra quelques secondes ; or ce laps de temps fut suffisant pour qu’une nuée de lances le transperce de part en part, le tuant sur le coup.
Arthur fut horrifié par la mort violente de ce fils si longtemps désiré, mais déjà le poison faisait son œuvre. Le roi s’effondra en quelques secondes et tous les chevaliers se précipitèrent vers lui afin de le secourir, en vain. On lui conseilla de garder ses dernières forces, mais Arthur préféra les utiliser pour s’adresser à Lancelot.
—    Que s’est-il passé ?
—    Vénec avait raison, Sire : la ruse est une arme aussi noble qu’une autre. Bien que vous m’ayez confié Excalibur afin que je la jette dans le lac quand les cavaliers devaient charger, je vous ai en partie désobéi. Car sachant que Mordred pouvait lire dans les esprits, j’ai interverti votre épée avec celle d’un autre chevalier, celui qui me paraissait le plus apte à lui résister, grâce à son "esprit illogique et imprévisible" : Perceval.
—    N’est-ce pas plutôt parce qu’il est généralement le plus prompt avec Karadoc à fuir en cas de danger ?
—    Je comptai un peu sur cela aussi, finit par avouer Lancelot du bout des lèvres.
—    Et s’il nous avait tous vaincus et récupéré Excalibur après avec tué Perceval ?
—    Je l’ignore, Sire. Je n’y avais simplement pas réfléchi.
—    Ce n’est pas grave Lancelot, vous avez bien fait, répondit Arthur en levant les yeux au ciel et en prenant un air dépité.
—    Vous vous rendez bien sûr compte que le père Blaize ne pourra jamais écrire une telle chose dans ses mémoires, indiqua Léodagan.
Tous regardèrent le chevalier d’un œil désapprobateur, mais aucun n’osa dire un mot, car le roi se mourait.
—    Excusez-moi auprès de Guenièvre, je ne m’en aperçois que maintenant, mais j’ai été injuste envers elle. Je vais vous donner un dernier ordre : jetez l’épée, je veux la voir s’enfoncer au fond du lac avant de mourir, au cas où Mordred eut un frère jumeau.
On fit amener prestement Perceval, qui arriva avec Karadoc.
—    J’me disais bien que ce n’était pas mon épée celle-là, car la mienne est bien huilée, vu que je m’en sers comme pic, pour faire cuire des trucs. C’est Karadoc qui m’a montré comment faire.
—    Exactement, même que ça donne un bon goût, spécifia l’expert gastronomique.
—    Vous vous rendez compte que si vous aviez dégainé Excalibur, Mordred se serait aperçu que vous aviez l’épée et vous l’aurait prise en un instant, grâce à ses portails ? demanda Arthur.
—    Moi, tout ce qui est magique, j’y ai jamais rien compris, indiqua le chevalier du pays de Galles.
—    Nous pouvons peut-être encore vous amener à Elias, dit Lancelot.
—    Non, déclara le souverain. Je veux mourir parmi vous et surtout ne pas survivre au décès de mon unique enfant.
Aucun soldat n’alla contre les ordres de son chef. Les premières larmes commençaient à couler quand les chevaliers virent une forme bleuâtre approcher : c’était la dame du lac qui venait de récupérer ses pouvoirs.
—    Puis-je, demanda-t-elle en se saisissant d’Excalibur ?
—    Faites, indiqua Arthur, qui avait eu peur qu’elle veuille le sauver contre sa volonté.
La fée s’enfonça avec l’épée dans le lac jusqu’à ce qu’elles disparaissent toutes les deux et juste après, le roi mourut.
Après ces événements, un autre souverain fut désigné pour régner, mais les règles de la chevalerie forgée par Arthur et les chevaliers de la Table ronde devinrent le socle de la civilisation bretonne.
Une ultime péripétie est à noter. Un jour, les Dieux rendirent visite à Perceval afin de lui expliquer qu’ils avaient exceptionnellement accordé un cadeau à Arthur : être heureux, se marier avec Aconia, et avoir un garçon en bonne santé. Cependant, à peine voulurent-ils s’approcher du chevalier, que celui-ci prit peur et retourna chez sa grand-mère au pays de Galles au triple galop, et on ne le revit jamais.
Les invités surprises n’insistèrent pas et Perceval ignora donc jusqu’à sa mort terrestre, la vie simple et heureuse que les divinités avaient exceptionnellement accordé à son ami et héros : Arthur.
Cette famille ne vécut que deux événements particuliers. Le premier était lié au fait que cet homme ordinaire ne retira jamais son alliance et le second que son fils resta une journée entière avec l’empereur, celui-ci ayant eu le plus grand mal à lui faire admettre son identité.
FIN


PS : Vous pouvez découvrir mes nouvelles liées à Kaamelott ici : https://www.facebook.com/groups/548712385638463/

Interprète Burgonde
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J'ai eu beaucoup de mal à en venir au bout.
Il y a des fautes d'orthographe qui gênent un peu la lecture..
Je trouve l'idée sympa...ça mélange plein de choses..il y a des incohérences avec kaamelott mais j'ai pris le pas de voir ça comme une autre interprétation de la légende arthurienne...
Ça manque un peu de description, que du dialogue ça devient vite redondant à force...

Ça aurait gagné à être posté par chapitre.

Pécore
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Merci pour votre franchise, je tacherais de faire un peu mieux la prochaine fois.

Chevalier Feuletonniste
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À la limite, s'il n'y a que des dialogues, autant faire un sketch classique, non ?

(Pour l'instant je n'ai lu que le chapitre 1. Dès le début il y a pas mal d'idées qui m'ont l'air prometteuses...)

Pécore
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Je pourrais le faire sous forme de sketch, mais j'ai peur de ne pouvoir transmettre les subtilités de l’intrigue.

Chevalier Feuletonniste
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Ça y est, j'ai tout lu, c'est plein plein de bonnes idées ! J'ai adoré la dernière phrase. Je ne comprends pas comment ça marche (Arthur se serait réincarné dans le passé ?), mais c'est une super idée pour conclure !

Ce qui me gêne, c'est trois choses :
− le langage soutenu des dialogues ;
− Merlin qui aurait fait exprès d'être un gros nul (si le but était de mettre des bâtons dans les roues à Arthur, il y avait à mon avis mieux, du coup cette idée a un côté « explication après coup » un peu artificielle, je trouve) ;
− zut, je ne me souviens plus du troisième truc...

Mais ce n'est pas très important à côté de toutes les bonnes idées qui rendent cette histoire drôlement intéressante, je trouve. Je te tire mon château !

Ah ça y est, je me souviens : Avalon est censé être un pays inconnu, aussi inatteignable que le Graal (le père Blaise a dit, lors d'une réunion : « si on trouve Avalon, on est bon »), or là tout le monde a l'air de savoir où ça se trouve. (Au fait, pourquoi écrire Camelot au lieu de Kaamelott ?)

Pécore
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Bonjour et merci pour le retour.
1- Pour le langage soutenu, j'estime que c'est plus saint. Pour les sketch, les dialogues du style théâtre sont percutants et rythme bien l'histoire, mais pour un récit écrit, perso je préféré, cela permet de décrire les émotions (qui sont immédiatement visible à l'écran).
2- Pour Merlin, le problème vient de la légende arthurienne. L’enchanteur est décrit comme un être sage, réfléchit et aux grands pouvoirs, le rétablir a représenté à mes yeux, une opportunité à ne pas rater.
3- Pour Avalon, j'avoue avoir fait preuve d'un peu de liberté avec la légende arthurienne, mais je n'ai pas trouvé d'autre possibilité.
4- Pour Camelot, c'est le vrai nom de la résidence d'Arthur. Je crois que Alexandre Astier à effectué la modif des double A, par rapport à son nom kAAmelott, mais pour les 2T, je ne sais plus lol.

Chevalier Feuletonniste
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1. Tu as raison. Un texte de théâtre est écrit selon le registre parlé, une nouvelle selon le registre écrit.
2. Je comprends, je ne suis pas convaincu mais c'est ton choix.
3. Peut-être aurait-il fallu expliquer que Mordred a réussi à arracher à Méléagant ou aux dieux le secret d'Avalon, quelque chose comme ça ? Juste une explication du fait qu'il sait où ça se trouve...
4. Oui mais ce lieu n'existe pas, il n'a donc pas de dénomination officielle. C'est comme les noms des personnages qui ne sont pas toujours identiques d'un auteur à l'autre (Léodagan, Léodegant ou Léo de Grand, Perceval, Peredur ou Perlesvaus). Si tu veux t'inscrire dans la version astiérienne, tu dois utiliser ses noms propres : Perceval et non Perlesvaus, Kaamelott et non Camelot. Il me semble.

Pécore
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C'est pas faux, mais j'ai voulu écrire cette nouvelle en synthétisant les événements importants (je déteste les longues descriptions des lieux ou des personnages). Mais en réfléchissant, le pouvoir divin d'Arthur (possédé également par Mordred) pourrait représenter une explication suffisante pour localiser Avalon (pour les initiés comme toi à la légende arthurienne). Je vais réfléchir à l'inclure, merci pour la remarque constructive.

Chevalier Feuletonniste
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Ah, tu as encore des idées ! En tout cas j'espère que tu nous en rédigeras d'autres, des histoires, parce que je ne regrette pas le temps passé à lire celle-ci ! (Si je chipote, c'est que j'ai bien aimé.)

Pécore
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J'y réfléchis, j'y réfléchis. Si AA pouvait au moins la lire, ce serait super pour moi, mais bon, il ne faut pas rêver lol.

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