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Une épée pour Avalon

Prologue


Mot de l’auteur : Ce chapitre commence après qu’Aconia ait refusé d’épouser Arthur (livre 6, épisode 5).
À peine, le futur roi de Bretagne était-il sorti de la superbe demeure, qu’on frappa à la porte. Drusilla la gouvernante alla l’ouvrir d’un pas excédé, estimant à tort qu’Arthur avait dû oublier quelque chose.
― Qu’est-ce qu’il y a encore ? dit-elle d’une voix blasée. Vous êtes décidément aussi con que ce que je pen...
La domestique ne finit cependant pas sa complainte, car ce n’était pas Arthur qui se tenait devant elle, mais un homme au regard farouche, Méléagant. Celui-ci pencha la tête sur le côté, avant de s’exprimer d’une voix posée.
― Belle de nuit.
― Pardon ?
― Ce sont de petites fleurs rougeâtres, qui ont la particularité de s’ouvrir en début de soirée et de se fermer le matin, afin de se protéger du soleil. Mais, je conçois que vous ne les connaissiez pas, car elles proviennent de pays lointains.
― Je sais ce que c’est, vous voulez en vendre ? demanda Drusilla sur un ton brusque.
― Non, pas vraiment. Allez dire ces trois mots « belle de nuit » à votre maîtresse, rien de plus, rien de moins. Pendant ce temps, je vous attendrai ici.
― Ben voyons, encore heureux. Je ne vais pas vous laisser entrer pour que vous piquiez un truc ! D’ailleurs, sachez que cette demeure est celle des Aconii et la maîtresse de maison s’appelle Aconia Minor (mineur) ; or son frère jumeau Aconius Maior (majeur) fut un grand général et c’est lui qui importa les belles de nuit à Rome, il y a treize ans. Ça t’en bouche un coin. Hein, mon gars !
― C’est à croire qu’on en apprend tous les jours, indiqua Méléagant en souriant. Et pour la belle de nuit ?
― On n’en veut pas de tes fleurs. Si tu en avais une charrette entière, on pourrait s’en servir pour donner une teinte rouge à des vêtements, ce qui est très demandé, mais manifestement, tu n’en possèdes pas, déclara Drusilla en examinant la rue à la recherche d’un éventuel véhicule.
― J’ai peur que vous m’ayez mal compris, indiqua Méléagant d’une manière de plus en plus crispée. Pourriez-vous faire ce que je vous ai demandé et dire simplement les trois mots « belle de nuit » à vous maîtresse ?
La domestique haussa les épaules, ferma la porte au nez du visiteur, puis s’exécuta en ronchonnant. Mais contrairement à ce qu’elle avait anticipé, Aconia se présenta immédiatement et seule, à son « invité surprise ».
― Il n’y a que mon mari qui me surnomme ainsi. C’est lui qui vous envoie ?
― Non, je suis ici de ma propre initiative.
― Et qui êtes-vous ?
― La réponse à vos longues soirées d’angoisse.
― C’est à dire ? demanda Aconia avec un soupçon d’inquiétude.
― La nuit n’est que le début d’un nouveau lendemain… Or, cet événement qui vous échappe depuis tant d’années est maintenant à votre portée. Je parle de celui qui vous permettrait de vivre heureuse et d’enfanter, car je suis en mesure de vous faire revenir votre mari : le naïf, mais fidèle Manius.
Il y eut un moment de silence. Finalement, Aconia demanda à Méléagant de la suivre dans le salon où ils purent s’asseoir et s’exprimer plus à leur aise.
― Combien ?
― L’argent ne m’intéresse pas.
― Alors, que voulez-vous ?
― Un service... Pour fédérer la Bretagne, Arthur devra se marier devant les Dieux avec la fille du roi de Carmélide, une nommée Guenièvre ; or je désire qu’ils ne consomment jamais cette union.
― Vraiment ? répondit la Romaine sur un ton interloqué. Et comment pourrais-je réaliser cet exploit ?
― Arthur vous aime et souhaite vous épouser, difficile d’être plus en position de force pour lui faire prononcer un serment en ce sens.
― Rien que cela ! Et concrètement, comment verriez-vous les choses ?
― Dès demain, vous lui déclarerez que vous avez changé d’avis et que vous acceptez de l’épouser. Peu de temps après, il sera nommé pour remplacer Manius en Bretagne...
― Pardon ?
― Quoi ? Vous ignoriez ce détail. Sallustius, l’éminence grise de César avait gardé cet argument en réserve, au cas où vous auriez à l’époque refusé de former Arthur à devenir Dux Bellorum (chef de guerre). Je m’étonne qu’il ne vous ait rien avoué, quand vous avez accepté de lui obéir.
― Peu importe... continuez, indiqua la maîtresse de maison à voix basse avant de se mordre les lèvres, afin de ne pas montrer son désarroi.
― Pour fédérer la Bretagne, Arthur devra donc se marier avec cette Guenièvre ; or je ne souhaite pas qu’ils aient un enfant, d’où le serment que je voudrais qu’il vous fasse de ne jamais consommer cette union.
La Romaine resta les yeux dans le vide quelques instants.
― Rome n’autorise pas la polygamie. Si j’épousais Arthur, ce serait secrètement, mais même dans ce cas, cela me ferait prendre de gros risques. Manius ou n’importe quelle grande famille serait en droit de me mettre au ban de la bonne société, voire pire.
Méléagant s’exprima avec un air rassurant.
― Vous n’aurez qu’à dire à Arthur la vérité sur ce point : ce mariage doit être secret, sans quoi votre réputation, voire votre vie, pourrait être mise en danger. Mais ne vous inquiétez pas pour ce genre de détails, car ce petit jeu ne devrait durer que quelques jours, le temps que votre ancien élève soit nommé chef de guerre et muté en Bretagne.
La belle Romaine passa les doigts dans ses cheveux et prit une grosse inspiration, avant de répondre à son interlocuteur.
― J’ai l’impression de ne pas avoir vraiment le choix.
Aconia avait l’habitude de faire semblant de se poser en victime, afin de mieux négocier dans un second temps, mais son invité ne tomba pas dans le piège.
― Ma chère, vous êtes à la croisée des chemins et deux possibilités s’offrent à vous. Soit vous me rendez ce service, vivrez heureuse ici ou en Macédoine avec Manius et vos enfants, soit vous mourrez seule dans votre palais, avec l’autre cerbère pour vous tenir compagnie. À vous de choisir... judicieusement.
Aconia se leva et fit quelques pas, afin de mieux recentrer sa pensée, car même si la proposition était tentante, elle allait à l’encontre du principe de fidélité envers son mari, les lois romaines et dans une moindre mesure Arthur. Il fallut plusieurs minutes pour que la maîtresse de maison se décide et un élément clé fit pencher la balance : Manius étant parti pour la Bretagne il y a treize ans, Aconia était maintenant une femme mûre, d’où le fait qu’elle ne pouvait attendre plus longtemps pour avoir des enfants.
La Romaine allait accepter, quand Drusilla entra dans la pièce et déposa sans manières un plateau de fruits, entouré de petites fleurs rougeâtres... Les bien nommées belles de nuit.
― Tenez. Comme vous semblez être de vieux amis, j’ai pensé que cela vous ferait plaisir.
― Merci, Drusilla, tu peux nous laisser, indiqua Aconia sur un ton sec.
― Au contraire, répondit Méléagant en riant et en tapant des mains. Je suis sûr que cette brave gouvernante voudrait savoir pourquoi sa parfaite maîtresse romaine est sur le point de trahir ses principes, pour que son mari lui revienne.
― Drusilla, sors de cette pièce... C’est un ordre.
Comprenant que les négociations étaient beaucoup plus importantes que ce qu’elle avait imaginé, la domestique s’exécuta sans dire un mot. Une fois seule avec son invité, Aconia s’exprima sur un ton plus apaisé.
― Manius vous a-t-il parlé de mon passé ? Par exemple de mon éducation, la plus rude et la plus complète du monde romain. Sachez que j’ai été formée à ne jamais montrer mes émotions, même quand l’Empire m’a enlevé mon mari ou que mon frère jumeau est mort.
En entendant cela, Méléagant prit un air songeur, mais laissa Aconia s’exprimer.
― Je vais vous dire un secret : je suis fatiguée d’être forte. J’ai enduré plus que ma part de souffrance dans ce monde et tout cela pour quel résultat ? Ne jamais avoir d’enfant... la grandeur de Rome ? Non, je préfère encore mourir. Bénis soient les empereurs qui se suicident aux bains, car ils ont compris que la vie n’avait aucune réelle utilité.
― Je compatis à votre douleur, mais il me faut une réponse. Acceptez-vous mon marché ? demanda Méléagant de sa voix posée.
C’en fut trop pour Aconia, qui ne put résister à la proposition de Méléagant plus longtemps.
― Oui, finit-elle par balbutier.
Le sorcier sourit et s’accorda quelques secondes avant de s’exprimer.
― Soit. Évidemment, à l’instant où Arthur consommera son union avec Guenièvre, notre pacte sera rompu et Manius vous sera repris, ainsi que les enfants que vous pourriez avoir avec lui… ou d’autres.
― Quoi ? Il n’en est pas question ! indiqua Aconia.
Méléagant tendit la main vers le plateau de fruits, comme pour prendre une pomme, mais préféra au dernier moment se saisir d’une belle de nuit.
― Parce que tu crois être en mesure de t’opposer à ma volonté ?
À peine le sorcier avait-il prononcé ces paroles, que la petite fleur rouge vif qu’il tenait entre ses doigts noueux se fana instantanément. Aucun mot ne sortit de la bouche d’Aconia pendant quelques secondes et seule la possibilité de glaner quelques informations sur son dangereux interlocuteur lui permit de s’exprimer.
― Nous avons un accord et je le respecterai… Mais comme preuve que l’éducation romaine est la plus complète du Monde connu, je souhaiterais vous poser deux questions.
Méléagant se redressa sur son siège, car son intérêt n’avait pas été ainsi stimulé depuis fort longtemps et il invita Aconia à s’exprimer, par un geste vif de la main.
― Êtes-vous lié à la nomination de Manius en Bretagne, réalisée il y a treize ans ?
― Oui, je perçois à travers votre réflexion, les raisons pour lesquelles Rome a su étendre son Empire si loin, vous avez été manifestement bien formée. Mais je ne vous répondrai pas, sans quoi il me faudrait vous tuer. N’y voyez rien de personnel... Mais posez donc votre seconde question.
― Vous souhaitez qu’Arthur ne consomme jamais son mariage avec cette Guenièvre, mais est-ce afin qu’il n’ait jamais d’héritier ou qu’il en ait un avec une autre femme ?
― Aconia, je ne saurais que trop vous conseiller de ne pas vous égarer en vous montrant trop curieuse, répondit Méléagant d’une voix aussi douce qu’inquiétante.
Il y eut un long moment de silence où la maîtresse de maison eut le temps de se calmer et de mesurer les risques inconsidérés que son orgueil l’avait forcée à prendre.
― Avez-vous d’autres questions ?
La « parfaite épouse romaine » baissa la tête et le sorcier se permit une dernière remarque.
― Avant de partir, j’aurais également deux choses à vous dire. Sachez d’abord que, si vous aviez refusé ma proposition, je vous aurais éliminée avec votre servante… pour qui j’ai le plus grand respect, indiqua Méléagant juste assez fort pour que celle-ci puisse l’entendre.
― Je comprends, répondit Aconia.
― Et surtout, n’oubliez pas que la confiance n’exclut pas le contrôle.
― Je m’en souviendrais aussi sûrement que votre nom, si vous me l’aviez indiqué.
― Vous pouvez m’appeler Némésis, comme la déesse de la vengeance... celle à laquelle on ne peut échapper.
Sur ces mots, Méléagant se leva et partit d’un pas traînassant.
― Drusilla, viens vite. La nuit sera longue, finit par ordonner la maîtresse de maison. J’ai décidé d’accepter la demande en mariage d’Arthur et nous avons des détails à régler.
― Soit, mais je vous connais bien et je m’inquiète pour votre santé. Vous paraissez forte, mais je vois bien que vous n’en pouvez plus !
― J’essayerai de dormir un peu, mais nous devrons nous tenir prêtes à accueillir Arthur, avant que les belles de nuit ne referment leurs pétales.
― Bien sûr. Au fait, qui était cet homme ?
― Un être qu’il te faudra oublier dès ce soir.
― C’est à dire, insista la gouvernante ?
― La réponse à mes longues nuits, Drusilla… rien de moins... hélas.

Chapitre 1


Mot de l’auteur : Le reste de l’œuvre commence après le livre 6, dans la villa de Manius en Macédoine, alors qu’Arthur se cache à Rome.
— J’ai demandé la demeure qui respirait le plus la joie de vivre et on m’a indiqué aussitôt votre palais.
C’est par ces mots que se présenta Méléagant à Aconia, qui malgré les années était restée très belle. Immédiatement, cette mère se précipita vers l’une des fenêtres de sa grande demeure et appela ses trois garçons, qui la rassurèrent aussitôt. Ensuite seulement, elle revint d’un pas hésitant vers ce faux pèlerin et l’invita à entrer dans sa villa macédonienne.
— La cerbère n’est pas là ?
— Non, répondit Aconia en plissant les yeux. Elle nous a quittés... de son plein gré, le jour où mon mari est revenu de Bretagne.
— La morale peut faire réaliser des choses bien stupides aux personnes qui en sont dotées.
Comprenant que Drusilla avait jadis voulu prévenir Arthur, mais que Méléagant l’en avait empêchée, il fallut quelques secondes à la maîtresse de maison pour se ressaisir.
— Vous ne souhaitez toujours pas me donner votre nom ? finit-elle par demander.
À ce moment, il y eut un flottement dans la conversation et le regard insistant du sorcier força Aconia à baisser les yeux.
— Je continuerai donc à vous appeler Némésis… Au fait, Arthur ne m’a jamais contactée.
— Nous savons cela.
— Dans ce cas, puis-je connaître la cause de votre présence ? dit cette mère d’une voix douce, tout en cherchant discrètement ses enfants du coin de l’œil.
— Simple visite de courtoisie.
Aconia pencha la tête sur le côté, en s’apercevant que son invité lui mentait et prenant peur, elle s’effondra brutalement sur une chaise.
— J’ai finalement échoué, n’est-ce pas ? Arthur a couché avec Guenièvre et vous allez m’exécuter avec toute ma famille.
— Allons, calmez-vous. Si j’avais voulu vous tuer, je n’aurais pas pris la peine de vous parler.
« Il aurait tenu sa parole pendant tant d’années, j’en doute », estima à tort Aconia. Celle-ci but un peu d’eau, puis ayant conscience qu’elle pourrait être surprise par son mari ou n’importe qui d’autre, voulut savoir pourquoi ce sorcier était venu la voir. Après un moment de réflexion, cette icône de la parfaite épouse osa formuler une simple question.
— Il est de retour à Rome, n’est-ce pas ?
— Oui, répondit Méléagant en souriant, satisfait de constater que son interlocutrice n’avait rien perdu de sa vivacité d’esprit.
— Notre accord était aussi simple que secret : le retour de mon premier mari, le général Manius, contre le fait qu’Arthur ne couche jamais avec son épouse Guenièvre.
— Mais rassurez-vous, il a tenu parole et notre pacte est toujours d’actualité.
À ces mots, Aconia remercia à voix basse les Dieux et se sentit beaucoup plus à l’aise, peut-être même trop.
— Dans ce cas, laissez-moi deviner : le sénateur Sallustius a appris que vous l’aviez manipulé et il arrive pour me tuer ?
— Cela lui serait difficile. Des prétoriens romains n’ont pas du tout apprécié la perte du territoire breton. Il fut discrètement assassiné avec son homme de confiance, dès son retour. Vous l’ignoriez ?
— Mon mari déteste l’Empire et fait ce qu’il peut pour nous en éloigner.
— Nous savons également cela et permettez-moi de vous dire que c’est un choix judicieux.
Aconia fit quelques pas avant de basculer la tête de droite à gauche, comme si quelque chose lui échappait. Ce « nous » lui parut particulièrement suspect et sa curiosité la poussa à quelques questions plus indiscrètes.
— J’ai toujours pensé que vous étiez le responsable d’une sorte de complot contre l’empire de Rome et surtout Arthur, mais j’en suis moins sûre à présent.
— Vous ne m’en croyez pas capable ?
— Si, justement. De toutes évidences, vous le haïssez, mais à votre place je l’aurais tué il y a longtemps. Je m’en aperçois maintenant : vous avez un plan plus vaste…
— Un mot de plus et je massacre ton mari et tes enfants sous tes yeux, dit brutalement le sorcier d’une voix impérative.
Comprenant qu’elle avait vu trop juste dans le jeu de son dangereux interlocuteur, Aconia réussit in extremis à se taire.
Après un long silence, elle eut la force d’inviter Méléagant à s’exprimer par un geste docile de la main.
— Si je suis venu, c’est parce qu’Arthur a perdu son trône et effectivement il est revenu à Rome. Il vivote, mais dort parfois dans votre ancienne demeure et il est possible qu’il vous contacte d’une manière ou d’une autre : si c’est le cas, ignorez ses messages. Il ne devrait pas venir jusqu’ici, mais continuez à rester loin de Rome ou vous le regretteriez, est-ce clair ?
— Comme à chaque fois que nous nous sommes rencontrés, Némésis.
Une fois le sorcier parti, Aconia retrouva son mari et ses enfants qu’elle serra fort contre son cœur. Une seule question la tracassait déjà : avais-je pris la bonne décision en obéissant à Méléagant ?

Chapitre 2


« Libre, je suis maintenant le maître de ma destinée » aimait à se rappeler Arthur, car paradoxalement, il appréciait sa situation. Rome, cette ville qui s’enfonçait chaque jour un peu plus dans la déchéance et la violence reflétait son état d’esprit. L’ancien souverain estimait avoir suffisamment et servilement servi les divinités invisibles, qui pour tout remerciement l’avaient empêché d’engendrer une descendance — idéalement avec Aconia —. N’importe qui aurait regretté de ne plus être un élu des Dieux ou diriger la quête du Graal, mais pas lui.
L’injustice dont il avait été victime tout au long de son existence était restée en Bretagne et maintenant, il aspirait à finir son existence en vivant au jour le jour. Le seul travail permettant de subvenir à ses besoins de logement ou de nourriture consistait à vider les latrines ou nettoyer les rues pour quelques pièces, mais Arthur, qui se faisait appeler Cinghiale — sanglier en romain —, s’en moquait.
Un détail cependant le harcelait depuis quelque temps : ses rêves. Dans ceux-ci, il se voyait de plus en plus souvent debout et avec deux Excalibur flamboyantes, une dans chaque main. Au bout d’un moment, il réfléchit aux différentes interprétations des encombrants compagnons de son sommeil, mais n’en trouva aucune.
Seul Vénec, qui connaissait sa véritable identité, venait le voir régulièrement et avait conscience de la déchéance de son ami. Arthur se lassait d’ailleurs de plus en plus de ses insistantes demandes : « non », il ne cherchera pas de l’aide auprès de ses anciens compagnons d’armes, de Guenièvre ou d’Aconia, son orgueil le lui interdisant. Il ne voulait même pas savoir ce qu’ils devenaient.
C’est lors d’une de ces visites que les deux amis allèrent étancher leur soif dans une taverne, avec la ferme intention de finir la soirée avec quelques prostituées. C’est en entrant dans un de ces tripots, qu’Arthur crut reconnaître Aconia, mais comme il ne l’avait pas vu depuis des années, il préféra s’en assurer par quelques questions.
— Toi ?
— Excusez-moi, mais qui êtes-vous ? répondit la jeune femme.
— Cinghiale.
— Vous en avez également l’odeur, si je peux me permettre.
Arthur dut admettre sa méprise — ce n’était pas Aconia —, mais le simple fait de percevoir ses traits donna un peu de répit à son esprit tourmenté.
— Ce n’est pas grave, mon mignon indiqua celle qui avait une belle de nuit dans les cheveux.
— Merci.
— Au fait, vous n’avez pas le regard vide des habitués, dit-elle en fixant son interlocuteur d’un air compatissant.
— C’est parce que je suis heureux.
— À cause de moi ?
— Entre autres raisons oui, indiqua Arthur avec un léger sourire.
— Un conseil : je ne connais aucune crasse qui ne s’enlève ou d’odeur qui ne disparaisse avec un bon bain, mon ami.
— Surtout pas, ce sont mes meilleures compagnes. Je dirais même qu’elles font partie de moi et me protègent.
— Je vois, vous seriez plutôt du genre à culbuter les filles entre deux caniveaux ?
— Exactement, répondit le sanglier, comme si cette révélation fut le but de son existence.
— Pour trois pièces de cuivre et quelques verres, je pourrais presque me laisser tenter par l’expérience.
Une fois la libido de l’homme assouvie et la transaction financière effectuée, ils se séparèrent et ce fut à ce moment-là qu’Anna reprit sa véritable apparence, avant de durcir son regard. « Cette potion de polymorphisme est très efficace, espérons que celle de fécondité le sera tout autant. Quel dommage que Méléagant ait refusé que je le tue, mais au fond ma victoire ne sera que plus complète, lorsque je me serai délectée jusqu’à la dernière goutte de sa déchéance ! Arthur, je t’avais bien dit que nous coucherions ensemble, malgré le fait que je te déteste jusqu’à la dernière parcelle de mon âme. Béni soit Méléagant et l’être divin que je porte maintenant en moi et tant pis s’il me faudra prier, afin qu’en temps voulu, mon fils les surpasse tous. »

Chapitre 3


Quinze années avaient passé et avec elles, la jeunesse et la santé d’Arthur, mais celui-ci continuait à s’en moquer. Il entendait quelques rumeurs, liées à différents chefs de guerre s’alliant ou se combattant dans le royaume de Logres, mais il n’y prêtait même plus attention. Trop occupé à chercher de quoi survivre depuis les dernières invasions barbares, Arthur s’était mis à vivre au jour le jour et ne travaillait plus.
« Le bavard », c’est ainsi que les Romains avaient surnommé l’épave humaine, qui faisait l’aumône quotidiennement dans leur ville, sans prononcer la moindre parole. Toussant du sang de plus en plus régulièrement, Arthur avait conscience qu’il n’en avait plus pour longtemps.
Ce fut cependant une visite inattendue de Vénec, dans la grosse jarre qui servait de domicile à l’ancien possesseur d’Excalibur, qui déjoua tous les pronostics quant à la date de son décès.
— Non, je ne veux rien savoir, commença par déclarer le mendiant.
— Comme à chaque fois, mais aujourd’hui, c’est différent.
— Si j’en avais encore la force, j’en rirais.
— Vous ne comprenez pas, Merlin m’a trouvé et il était au courant de votre présence à Rome. Il m’a même remis une lettre pour vous.
— Et alors, brûlez-la, dit Arthur avec mépris.
— Je refuse, soit je vous la lis, soit je vous abandonne.
— Partez, laissez-moi mourir.
— Non.
Une dispute éclata où le mendiant n’eut pas l’avantage physique. Une fois ligoté à sa jarre, Arthur n’eut d’autre choix que d’écouter son interlocuteur lire le mot de Merlin. « Si je vous fais parvenir cette lettre, c’est pour vous demander pardon et en profiter pour vous fournir quelques explications, libre à vous d’en faire ce que bon vous semblera. Si les Dieux vous ont confié Excalibur, afin de chasser les Romains de Bretagne, sachez que selon eux, vous n’auriez dû réussir cet exploit qu’au crépuscule de votre vie. Cette victoire prématurée représentait pour moi, tous les signes avant-coureurs d’une catastrophe, car un élément aussi important que secret vis-à-vis d’Excalibur est à savoir : elle peut faire de son possesseur un Dieu. Or, au fil des années et de vos progrès spirituels, j’ai acquis la certitude que vous pourriez réussir cet exploit, ce qui représente un danger pour certaines divinités. Celles-ci auraient très bien pu — et peuvent toujours — exterminer l’humanité, pour être sûres que vous ne puissiez devenir leurs égales, voire essayer de les vaincre pour prendre leur place ».
— Je ne te crois pas, Vénec. Merlin est un incapable.
— Non, il vous a manipulé, en jouant les magiciens maladroits. Je l’ai tout de suite perçu quand il m’a donné la lettre, car il est en réalité très différent et sûr de lui. De plus, vous ne savez pas combien d’innocents sont morts depuis votre départ. Non, je ne me tairai pas.
Il y eut un moment de silence, puis le bandit continua sa lecture. « J’allais vous révéler cette information et vous reprendre Excalibur, quand vous vous êtes rendu compte plus ou moins consciemment de la dangerosité de cet objet, ce qui paradoxalement m’a conforté dans mes déductions. Vous aviez replanté l’épée et alors que tout vous y poussait, pourquoi avez-vous refusé de la retirer ? La raison est simple : Excalibur vous avait déjà fourni un pouvoir de clairvoyance, capable de vous faire ressentir que les Dieux commençaient à vous voir comme une menace, avec les risques pour l’humanité que cela représentait. Cette épée de Damoclès, plus votre paternité impossible à assouvir ont entraîné votre dépression, votre tentative de suicide et d’une manière générale, votre déchéance ».
Arthur ne prononça plus un mot, conscient que ces révélations représentaient les réponses qu’ils espéraient depuis des années. Vénec continua donc sa lecture sur un ton plus serein. « Après que vous ayez replanté Excalibur, j’ai estimé que vos capacités divines ne pouvaient que péricliter et il m’a suffi de profiter d’une énième dispute avec Élias, pour partir de Camelot. J’avais raison et attendais votre décès, naturel ou non, à Rome, mais un élément extérieur allait, sans que je m’en aperçoive à temps, tout changer : Méléagant. Ce sorcier s’est secrètement associé à votre demi-sœur Anna de Tintagel dans un seul but… avoir un enfant de vous. Celle-ci vous a sûrement séduite à Rome, il y a une quinzaine d’années, ce qui eut comme conséquence qu’elle puisse engendrer votre fils : Mordred. C’est là que les véritables problèmes ont commencé, étant donné que ce prétendant au trône a été secrètement élevé par Méléagant et Anna dans les règles inverses de la chevalerie, jusqu’à la révélation de son existence, survenue il y a quelques semaines. Cependant il y a pire, car il a également hérité d’une partie de vos capacités liées à Excalibur et il pourrait théoriquement retirer l’épée du rocher, ce qui entraînerait l’extermination de l’humanité. Vous devez empêcher cela, mais vous n’aurez pas à tuer votre enfant : ôtez cette surpuissante arme de sa roche et jetez-la dans le lac de Diane, situé à Avalon, les fées la mettront hors de la portée des hommes et donc de Mordred, car il n’est pas encore un Dieu. Si vous réussissez, le lien magique qui vous unit à votre fils grâce à l’épée sera rompu et vous perdrez tous les deux vos pouvoirs divins. Autre chose, si le chef de ce complot fut à l’origine Méléagant, Mordred l’a récemment surpassé et l’a pris à son service. J’aurais aimé vous expliquer tout cela de vive voix, mais Mordred est sur ma piste et je doute de pouvoir lui échapper, d’où cette lettre. Méfiez-vous particulièrement de Méléagant, car si je suis spécialisé dans l’infiltration et la diversion, il excelle en stratégie et manipulation. Croyez-le ou non, jadis nous étions en concurrence pour recevoir la mission de chasser les Romains de Bretagne ; or il a perçu ma nomination comme une trahison, d’où le fait qu’il n’a plus rien à perdre vis-à-vis des Dieux et ne reculera donc devant aucune bassesse. Si tout se passe comme je l’espère, le porteur de ce message vous expliquera les détails liés aux derniers événements du royaume de Logres et éventuellement vous épaulera dans votre mission. J’aurais voulu vous faire parvenir une fiole de régénération, afin d’aider à votre rétablissement, mais connaissant le niveau d’honnêteté du messager, j’ai préféré m’abstenir. Allez voir mon homologue Arcana, enchanteur de Lombardie, et demander lui en une, en disant le mot de passe “PRS”, il vous en confectionnera une sans discuter. Je suis désolé de vous avoir nui de la sorte, mais maintenant que vous connaissez la vérité, je vous demande de sauver l’humanité, même si cela vous oblige à redevenir un héros ou un roi, ce que vous voulez de toutes évidences ne plus être ».
La lettre lue, Vénec posa les yeux sur son interlocuteur et une certitude s’imposa à lui : le bavard n’avait jamais si bien porté son nom.


Chapitre 4


Pas un mot, pas un cri ne sortant de la bouche d’Arthur, Vénec s’approcha de lui pour vérifier s’il vivait encore. C’est à ce moment que l’ancien souverain vomit du sang et son interlocuteur, ayant fini de délivrer son message considéra qu’il pouvait détacher son prisonnier. Celui-ci se tordit de douleur avant de trouver la force d’entrer dans sa jarre, de s’y asseoir et de rire. Arthur était envahi par une hilarité qui choqua même certains passants, estimant que cet homme avait perdu la raison.
Après plusieurs minutes, Cinghiale retrouva un peu ses esprits et fit le point sur sa situation : « Suis-je mort ? Possédé ? Les deux peut-être, oui les deux ». Une seule chose l’empêchait de ne pas devenir complètement fou : récapituler tels un jeu, tous les signes divins et les indices qui auraient pu lui faire percevoir les révélations que Merlin venait de lui expliquer. Après plusieurs heures, il estima en avoir rassemblé suffisamment, ce qui lui avait également permis de se calmer. Mais ce n’est qu’à la nuit tombée, qu’Arthur ressortit de sa jarre et que Vénec crut qu’un phœnix venait de renaître de ses cendres, en voyant le regard perçant de son hôte. De toute évidence, le bavard était mort, remplacé par un être à l’esprit clair, mais aux sentiments exacerbés.
— Comment a-t-il osé ?
— Qui ? demanda le bandit au grand cœur.
— Méléagant, il veut détruire l’humanité grâce au pouvoir divin de Mordred. Pour arriver à ses fins, il s’est associé à ma demi-sœur Anna qui a vu dans ce fils consanguin et élevé dans la haine de son père, une vengeance idéale.
— Un instant, je ne devrais peut-être pas dire cela, mais Merlin a pu vous mentir pour vous inciter à redevenir roi et sauver le peuple breton.
— Non, il m’arrive de faire des rêves et ils ne m’ont jamais abusé. J’ai jadis vu une femme changer de forme et prendre l’apparence d’Aconia, ma première épouse. Cette vision issue de mon pouvoir divin voulait me prévenir, comment ai-je pu être si aveugle ?
— Vous êtes sûr ?
— Oui, le pire c’est que j’ai souvent rêvé de mon fils, alors que nous marchions dans un champ. Mon envie de paternité, idéalement avec Aconia, a altéré mon jugement et Méléagant s’en est servi contre moi. D’abord il m’a fait croire que je ne pouvais enfanter, ce qui m’a conduit à une tentative de suicide, puis à perdre mon royaume. Ensuite, ma demi-sœur Anna m’a séduite afin que nous couchions ensemble pour qu’elle tombe enceinte. Je ne me maudirai jamais assez, pour avoir cédé à cette vipère.
À cet instant, Arthur cracha du sang. Vénec lui proposa un gobelet de vin, mais son interlocuteur lui préféra de l’eau.
— Et maintenant ? déclara le visiteur.
— Je vais partir du principe que Merlin m’a dit la vérité et lui obéir, tout en me gardant le droit de lui demander ultérieurement des comptes. Il est temps de lester le lac d’Avalon d’une épée, dont la caractéristique est de reconnaître le destin exceptionnel de son utilisateur, en bien évidemment, mais je ne le comprends que maintenant, également en mal. Une fois le lien entre moi, mon fils et Excalibur brisé, j’espère que cela sera suffisant pour rompre la malédiction dont les Dieux m’ont affligé, afin de sauver mon âme et celle de Mordred.
— Merlin n’a pas indiqué qu’en faisant cela, votre enfant ferait la différence entre le bien et le mal. J’ai entendu parler de lui, il est souvent cruel et certains disent qu’il est même pire que Méléagant ou sa marionnette Lancelot.
Il y eut un instant de silence et Arthur fixa son interlocuteur d’un regard noir.
— Écoute-moi bien. Je refuse que mon fils souffre à cause de mes erreurs passées. Au fait, veux-tu m’aider dans ma quête ?
Vénec fit la moue, puis haussa les épaules.
— La région est infestée de barbares et si vous revenez aux affaires, ça me permettrait facilement de me remplir les poches.
— Je ne souhaite pas retourner sur le trône.
— En retirant l’épée des Dieux, vous le redeviendrez forcément.
— Ce n’est pas faux. Qu’importe les conséquences, je ferais l’impossible pour sauver mon fils. Commençons par chercher cet Arcana de Lombardie, afin qu’il me concocte une fiole de régénération.
— Non, répondit Vénec.
— Tu me crois trop faible pour faire ce voyage.
— Le problème n’est pas là. J’ai accidentellement ouvert la lettre de Merlin quand j’étais sur la route et rencontré par hasard le magicien lombard, qui m’a… vendu la potion. Au fait, vous me devez cent pièces d’or.
« Il me ment, pensa à juste titre Arthur. Le prix pour une fiole de régénération est de cent mille pièces d’or et Merlin n’a pas indiqué dans sa lettre que je devrais la payer. Peu importe, un petit mensonge vaut mieux qu’une trahison ».
— Et si j’étais mort ou avais refusé d’obéir à Merlin, demanda Arthur en commençant à boire le liquide au goût doux-amer.
— Inutile de vous en faire pour cela Sire, je l’aurais revendu le double au marché noir.
— Évidemment, répondit Arthur, alors qu’il sentait déjà ses forces revenir.

Chapitre 5


— Maudite sorcière, je vais te tuer.
C’est par ces mots que Mordred réveilla sa maîtresse qui était également sa mère : Anna de Tintagel. Le couteau du jeune homme, appuyé contre sa carotide parut froid et tranchant à cette femme, à moins que cela soit dû au mortel poison qui en imprégnait la lame. Dans les deux cas, cela ne fut pas suffisant pour la décontenancer.
— Que se passe-t-il ? Encore un de vos cauchemars ?
— Excalibur, quelqu’un l’a retiré du rocher. Mes pouvoirs divins me l’ont fait clairement ressentir.
— Arthur, laissa échapper Anna. Je savais que j’aurais dû le tuer quand j’en avais eu l’occasion.
— Qui vous en a empêché ?
— Méléagant, à l’époque j’ai été obligée de lui obéir, afin que tu sois créé.
— Pourquoi ne pas m’avoir dit cela plus tôt, surtout que ce sorcier est sous mes ordres à présent ?
— Je pensais qu’Arthur était mort et que cela n’avait plus d’importance.
Mordred ne tua pas sa mère, mais se contenta de la gifler violemment. Celle-ci accusa le coup sans dire un mot, car ce fils représentait — d’un point de vue maléfique — la quintessence de ce qu’elle aurait pu espérer. Anna s’était juré de venger la mort de son père, le duc de Gorlais, lâchement assassiné par Uther Pendragon. Celui-ci avait ensuite couché par ruse avec sa mère Ygerne de Tintagel, ce qui eut pour conséquence d’engendrer un fils : Arthur. Anna était persuadée que ce « bâtard de Pendragon », comme elle aimait à le surnommer était mort à Rome d’une manière ou d’une autre, mais après réflexion, être tué par son fils représenterait une vengeance bien plus cruelle.
— Mais pourquoi a-t-il récupéré Excalibur ? demanda Mordred à voix haute.
— Je l’ignore... cela est sûrement lié à la révélation récente de votre existence. Mais même si Lancelot règne, vous pouvez vous faire nommer à sa place à n’importe quel moment, en tant qu’unique héritier d’Athur. Peut-être faudrait-il commencer par cela ?
— Le titre m’indiffère, seul Excalibur est réellement important.
Il y eut un instant de silence, finalement brisé par Anna.
J’ai une idée, cherchez au fond de votre âme, mon fils. Utilisez votre pouvoir divin, pour percevoir les desseins de celui qu’il vous faudra vaincre, à un moment ou un autre.
Mordred se concentra quelques secondes, puis ferma les yeux. Juste après, son couteau empoisonné lui échappa des mains et tomba à quelques centimètres de son pied nu. À cet instant précis, il décela une information vitale.
— Merlin a prévenu Arthur quant à mon existence et pour m’empêcher de réaliser mon destin, mon géniteur veut jeter Excalibur dans le lac d’Avalon et détruire le lien qui m’unit à l’épée et aux Dieux.
— Bravo, mon fils, vous avez réussi !
Mais contrairement à ce qu’Anna avait anticipé, Mordred la toisa d’un regard noir.
— Maudite mère, vous m’avez jadis persuadé de ne pas tenter de la retirer du rocher, voyez le résultat !
— Méléagant a été clair sur ce point. Les Dieux ne pourront pardonner que vous les trompiez de la sorte. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il interroge chaque jour son prisonnier Merlin, afin de trouver une solution pour que vous réalisiez cet exploit.
— L’épée ayant été retirée du rocher, il est donc inutile qu’il continue dans cette direction. Par contre, il serait sûrement intéressant de savoir si l’enchanteur a déjà révélé quelques secrets, déclara Mordred.
À ce moment, Anna s’assit au bord du lit.
— Ici, à la citadelle de Tintagel, nous avons fait amener pieds et poings liés tous les anciens chevaliers ou amis d’Arthur, ma mère comprit, afin qu’ils assistent à la destruction de tout ce que votre géniteur a bâti. Les avoir tous au même endroit serait un moyen de pression idéal, pour le forcer à se dévoiler.
— Pourquoi pas, mais son objectif est d’abord de jeter Excalibur dans le lac des fées, or nous ne sommes pas loin de ce lieu. Je vais immédiatement me rendre à Avalon pour l’y attendre avec la plupart des hommes actuellement au château. Je récupérerai l’épée des Dieux et deviendrai à terme leur égal.
— Pendant ce temps, je resterai à Tintagel, car si le bâtard s’aperçoit que le lac de Diane est sécurisé, il pourrait venir jusqu’ici afin de libérer ses anciens chevaliers.
— Oui, c’est une bonne idée. Une fois Avalon rendue impénétrable, j’irai si possible au repère de Méléagant, car j’aimerais qu’il me révèle tous les secrets des Dieux à sa disposition.
— Comment cela ?
— Excalibur est bien plus qu’une arme, c’est une clé, déclara Mordred. Peut-être même le Graal. Cela expliquerait bien des choses.
— Mais quelle serait sa véritable fonction ?
— Je n’en suis pas sûr. C’est soit un moyen de communication, soit de transport pour rencontrer des divinités, mais dans les deux cas, cet outil me sera indispensable afin d’atteindre un nouveau stade de mon évolution.
Immédiatement après cette discussion, Mordred rassembla ses hommes et partit prestement pour Avalon, persuadé d’y retrouver à un moment ou un autre son « bâtard de géniteur ».
Or, ce que le fils d’Anna ignorait, c’était que ce qui caractérisait Arthur était son imprévisibilité.

Chapitre 6


Le mot « espoir » avait été rayé depuis longtemps du vocabulaire de Lancelot. Malgré ses compétences de guerrier ou sa grande spiritualité, le chevalier errant n’avait pas pu résister à l’influence du sorcier Méléagant. Celui-ci s’était adapté à la personnalité rigide de Lancelot en orientant ses décisions politiques vers un jusqu’au-boutisme qui en réalité servait un autre projet : Engendrer Mordred, un être capable de contrôler Excalibur et à terme soit de vaincre les Dieux, soit de les forcer à exterminer l’humanité.
La marionnette de Méléagant aimait à se comparer à un marin perdu en mer et dont le navire serait sur le point de sombrer. Sa seule chance résiderait dans un phare, qui lui permettrait de se repérer, mais le problème provenait du fait que le chevalier errant la cherchait depuis déjà quinze longues années.
Cette lumière — idéalement pour tous les hommes —, Lancelot la revit en pleine nuit et dans sa chambre du château de Camelot. Lorsqu’Excalibur éclaira la pièce, l’épée flamboyante des Dieux lui sembla même réclamer vengeance. Arthur, qui connaissait les passages secrets pour arriver en toutes discrétions jusqu’à son « ami », le regarda d’un air triste avant de s’exprimer.
— Vous avez toujours apprécié le blanc, déclara le fils de Pendragon en constatant que les murs, sols et draps étaient de cette couleur.
— J’aime bien ce qui est pur, car il me semble en réalité ne demander qu’à être taché…
— De sang ?
— Oui, c’est exactement cela. Je suis près et ne me défendrais pas, déclara Lancelot en fermant doucement les yeux, comme s’il allait être exécuté.
— Je ne suis pas venu pour vous tuer... mais pour m’excuser.
— Pardon ?
— Écoutez-moi bien Seigneur Lancelot. Les Dieux avaient jadis donné une mission à Merlin : délivrer la Bretagne de Rome, ce que nous avons réussi grâce à Excalibur, mais apparemment trop tôt. Selon notre ancien enchanteur, l’épée me fournirait une sorte d’énergie pouvant me faire devenir un Dieu.
— Mais ce serait le but de l’existence de chacun de nous, non ? C’est un honneur…
— Si les divinités étaient bienveillantes oui, mais elles semblent parfois jalouses ou avoir peur, dit Arthur en lui coupant la parole. Du coup, elles pourraient détruire l’humanité si elles se sentaient menacées.
— Ce serait terrible, mais est-ce le cas ?
— Cela se pourrait sous peu à cause de Méléagant. Il a fomenté une conspiration afin que mon fils Mordred, qui a hérité des énergies divines d’Excalibur devienne un Dieu et éventuellement tente de les détruire. Il lui suffirait pour cela de toucher mon épée.
— Dans ce cas, que comptez-vous faire ?
— Je ne le tuerai pas. Il faut simplement que je jette Excalibur dans le lac d’Avalon, où elle sera hors de sa portée. Cela anéantira mes capacités divines, comme celle de mon enfant.
— Je comprends tout à présent. Méléagant a fait partir pour cette région une grande partie de l’armée, d’ailleurs sans même me demander mon avis.
— Vous n’avez aucun pouvoir ?
— Sans Excalibur, comment en aurais-je ? Vous devez apprendre que Mordred est le véritable roi, Anna à la fois sa mère et sa compagne et Méléagant son enchanteur maléfique. Quant à moi, je ne suis qu’un chef pour faire plaisir à la galerie et au peuple.
Arthur rengaina son épée, fit quelques pas, puis parla d’une voix sincère.
— Je suis désolé d’avoir dû vous faire souffrir de la sorte. Vous êtes un bras droit exceptionnel, mais il est évident que votre intransigeance a permis à un être rusé comme Méléagant d’abuser de votre esprit chevaleresque.
— J’ai maintenant compris que ma place était à vos côtés. Un mot de vous et je…
— Oui, mon ami, mon frère. J’accepte votre aide.
— Sire, quelle est votre stratégie ?
— J’avais espéré jeter Excalibur dans le lac vite fait, bien fait, mais apparemment mon fils a deviné mes projets et la zone est entièrement bouclée. Vénec a failli y laisser sa peau.
— Vous avez pris ce traîne-savate dans ce noble projet ?
— Voulez-vous que nous nous disputions ? répondit Arthur.
— Non, bien sûr, Sire, continuez.
— J’estime que la surveillance du lac a vidé les châteaux de ses soldats de manière excessive. C’est l’occasion idéale de reprendre le pays et avec Excalibur, je pense cela facilement faisable. Quand Mordred n’aura d’autre choix que de se lancer à ma poursuite, vous ou moi jetterons discrètement Excalibur dans le lac d’Avalon.
— Et s’il ne tombe pas dans le piège et s’obstine à rester là-bas ?
— Nous devrions être supérieurs en nombre à ce moment-là et le vaincrons donc facilement, mais il faudra tout faire pour éviter de le tuer.
— Un plan simple et efficace, comme toujours.
— Nos compagnons sont-ils vivants ? demanda Arthur.
— Oui, Mordred les a faits tous prisonniers à la citadelle de Tintagel, sauf Merlin qui est interrogé par Méléagant dans son repère, situé dans la grotte du lapin blanc. Le but de votre fils était qu’ils assistent tous au retrait d’Excalibur du rocher.
— Je vois. Je vais maintenant vous expliquer la première partie de mon plan. Nous allons devoir nous séparer et attaquer les deux cibles en même temps : vous irez avec Vénec délivrer nos compagnons à Tintagel, pendant que je m’occuperai de Méléagant. Prenez mon médaillon du Dieu Ogma — il le lui donna —, son éloquence vous portera chance.
— Je ne suis pas sûr…
— Si, j’insiste. Surtout que si mon beau-père est vivant, vous pourriez en avoir drôlement besoin.
— Bien Sire, j’accepte.
— Rendez-vous à la taverne de Camelot et essayez en chemin de ramener le plus d’hommes possible. Sommes-nous d’accord ?
— Sur Excalibur, je jure de vous obéir, déclara Lancelot d’un cœur vaillant, dont il ne se serait jamais senti capable une heure plus tôt.
Après quelques instants, le chevalier se permit cependant une remarque.
— Pour Vénec, vous êtes sûr que…
— Oui, Seigneur Lancelot, vous irez avec lui. Je me le suis trimbalé depuis Rome, c’est un peu à votre tour.

Chapitre 7


— Plus vite Vénec, la bataille nous attend, déclarait sans cesse Lancelot.
— Ben voyons, mais qui c’est qui porte la plus grosse partie de votre armure ? C’est bibi !
— Cela me semble un minimum. À moins que vous comptiez prendre d’assaut la forteresse de Tintagel avec moi ?
— Pardon ? Non merci, mais êtes-vous fou ? Ils doivent être au moins une centaine là-dedans, plus la mère de Mordred. Au fait, vous allez les attaquer bille en tête ?
— Vous croyez que cela me fait peur. Arthur m’a donné le courage de tous les affronter, qu’importe vos pleurnicheries.
— Mais bien sûr ! Vous pensez vraiment que votre foi vous protégera des flèches et des épées ?
— Oui, elle les fera choir.
— C’est là où vous vous trompez, Seigneur Lancelot, dit Vénec en s’arrêtant et en jetant à terre l’armure. Désolé de vous dire cela, mais pour moi, la ruse est une arme aussi noble qu’une autre.
Le chevalier errant haussa les épaules, mais s’immobilisa à son tour. Finalement, ils s’assirent tous les deux pour boire et se reposer un instant, puis Lancelot s’exprima.
— C’est une logique de lâche, ça.
— Ha bon ! Imaginons que lors d’un combat, vous fassiez semblant de frapper votre adversaire avec votre épée, mais donniez au dernier moment un coup d’épaule, ce qui a pour conséquence de le faire tomber et soit à votre merci. Vous avez rusé, mais êtes-vous un lâche ?
— Non, à la guerre tous les coups sont permis.
— Et l’esprit de chevalerie ? Le refus de tromper son ennemi ? Le fait qu’un preux seigneur comme vous dise cela me choque, indiqua Vénec en prenant un air faussement offusqué.
— Je… Eh… Vous chipotez là !
— Que vous le vouliez ou non, nous sommes aux deux extrémités d’une même échelle, sauf que vous êtes courageux, mais n’avez aucune malice et que je suis l’exact opposé. La seule différence entre vous et moi provient du fait que je suis conscient de ce paradoxe et pas vous… enfin jusqu’à présent.
— C’est un point de vue qui se défend, déclara Lancelot avec un air dubitatif.
À ce moment, Vénec pointa du doigt le médaillon du chevalier errant.
— Le Dieu Ogma de l’éloquence, vous croyez réellement qu’il était utile à Arthur ? Non, il attendait simplement de trouver celui qui en aurait vraiment eu besoin un jour, vous en l’occurrence, « puisque son fils ne pourra apparemment pas être cette personne » pensa-t-il.
— Comment ça ?
— Seigneur Lancelot, je ne peux le prouver, mais si les Dieux ont désigné Arthur comme roi de Bretagne et pas vous, quelque chose me dit qu’ils savaient ce qu’ils faisaient.
— Hier encore, je vous aurais tué pour ces mots. Laissez-moi avec ma malédiction de l’éternel second, voulez-vous.
Il y eut un long silence, puis le bandit au grand cœur s’exprima, tout en se relevant.
— Allez, il faut partir si vous souhaitez les attaquer avant la nuit.
Lorsque les geôles de Tintagel résonnèrent de cris d’agonie et de coups d’épée, tous les prisonniers se demandèrent ce qui se passait. C’est quand le silence cessa que la crainte s’empara de la plupart d’entre eux, jusqu’à ce qu’un chevalier se présente face aux cellules, avec son épée à la main droite et la tête tranchée d’Anna dans la gauche.
— C’est Arthur, dit Guenièvre. Je reconnais son médaillon.
Ils étaient tous là et en relative bonne santé, au vu des circonstances.
— Ce n’est que moi, indiqua Lancelot en relevant la visière de son heaume.
— Oh non ! déclarèrent en cœur les prisonniers.
— Arthur est vivant, c’est lui qui m’envoie. Il est parti libérer Merlin et nous demande de lever une armée pour vaincre Mordred, bloqué à Avalon.
Pendant une seconde, il y eut un profond silence, puis une joie immense s’empara du bâtiment. Lancelot ouvrit les cellules et tous regagnèrent l’air libre.
— Je suis désolé pour votre fille, déclara le chevalier à Ygerne — mère d’Arthur et Anna —, alors qu’elle passait devant lui.
— Vous pouvez. Je lui aurai bien fait la morale à celle-là : jeter sa mère au cachot ! Non, mais quelle honte. Ensuite seulement, vous l’auriez décapité mon garçon... ensuite seulement.

Chapitre 8


— Bonjour Arthur.
C’est par ces mots que le Méléagant souhaita la bienvenue de sa voix posée, à son « invité surprise », qui venait d’échouer à s’introduire discrètement dans son repère. Enfermé dans la même pièce, mais avec une lourde table carrée pour les séparer, une conversation s’engagea, entre Arthur d’un côté, et Méléagant — avec Merlin attaché et bâillonné à une chaise — de l’autre.
Le possesseur de la flamboyante épée fut surpris, mais il lui en aurait fallu plus, pour l’empêcher d’exprimer ce qu’il avait sur le cœur.
— Je suis ici pour vous tuer — en désignant le sorcier maléfique — et pour demander quelques explications à votre prisonnier.
— Vous me semblez bien sûr de vous. Mais êtes-vous certain qu’Excalibur soit une protection magique suffisante contre mes pouvoirs ?
— Mon épée recèle bien des secrets, c’est d’ailleurs le genre de détails que votre invité aurait pu vous expliquer.
— Ça tombe bien, je le questionne depuis des semaines sur ce sujet, mais il reste silencieux. Au fait, savez-vous qui il est au juste ?
— Je l’ignore, mais une chose est sûre : si vous avez torturé Merlin, il a dû parler.
— Justement pas et je vous assure que je me suis montré appliqué. Il a joué les magiciens maladroits et peureux, parce qu’il avait besoin de cela pour sa véritable mission...
— Des Dieux, je sais, indiqua Arthur en coupant la parole à son ennemi. Il a reçu comme instruction de m’aider à chasser les Romains de Bretagne, merci pour l’information !
— Oui, Cinghiale dit Méléagant avec un parfait accent italien. Le sorcier pencha ensuite la tête sur le côté en souriant et ses deux interlocuteurs comprirent immédiatement la mésentente.
— Merlin s’est trompé. Les Dieux désignaient l’armée romaine, mais également vous qui devez être originaire de ce pays, déclara Arthur.
— Exactement et comme je suis ce qui se rapproche le plus d’un père pour votre fils, il est donc Romain et il faudra qu’il meure pour que la volonté des Dieux soit respectée.
Il y eut un moment de silence et Arthur en profita pour poser une question simple à son ancien enchanteur.
— Merlin, si je le tue, est-ce que votre mission sera réussie ?
Le magicien fit un signe de la tête de haut en bas et alors que Méléagant se retourna pour connaître la réponse de son otage, Arthur se décida en un instant. Il lança violemment Excalibur — comme un poignard — sur le sorcier, qui n’était qu’à quelques mètres de lui, dans l’intention de le tuer. L’épée le traversa de part en part, mais contre toute attente, sans le blesser, car il s’agissait d’une illusion. Excalibur finit sa course en frappant violemment le mur derrière le sorcier, avant de tomber au sol.
Sans la protection magique d’Excalibur, Arthur fut immédiatement victime d’un sort de pétrification, l’empêchant de se mouvoir à chaque instant un peu plus. Cette immobilisation autorisa Méléagant à sortir d’une cachette — où il se trouvait depuis le début — et à ramasser l’épée. Le sorcier examina avec mépris l’objet pendant plusieurs secondes, avant de poser son regard sur Cinghiale, déjà dans l’incapacité de se déplacer.
— Mais qui êtes-vous donc ? demanda Arthur avec les forces qui lui restaient.
— Mon identité n’a pas d’importance, mais est-ce la bonne question ? Comment j’ai créé Mordred me semble plus intéressant. Vous n’avez jamais trouvé étrange qu’Aconia vous fasse promettre de ne jamais coucher avec votre épouse Guenièvre ? Ce n’était pas un caprice de femme, mais un élément essentiel de mon plan, pour que votre fils unique, conçu avec Anna, soit le fruit de ma perversion. Sachez que c’est également moi qui ai fait nommé Manius en Bretagne, poussé César au suicide ou Lancelot à vous trahir. Le plus drôle dans cette affaire, c’est que j’étais un des seuls à percevoir votre bienveillance et votre désir d’arriver systématiquement à un compromis acceptable, quand vos collaborateurs n’étaient que des profiteurs ou des incompétents. Tout l’amour que vous aviez pour vos proches, j’ai fait en sorte qu’elle se transforme en haine à éprouver par votre fils, car en vérité, Excalibur a du mal à les différencier.
— Mais dans quel but ? demanda Arthur.
— Parce que j’ai un vieux compte à régler avec les Dieux et c’est le seul point faible qui leur soit connu. Pour devenir une menace suffisante, afin qu’ils révèlent leur véritable nature s’ils ne veulent pas disparaître, il suffira que Mordred touche cette épée et soyez sûrs que dès que vous serez morts, je la lui apporterai. Cette intervention divine les souillera pour l’éternité.
— Impossible !
— Vraiment ? Mais, je ne vous demande pas de me croire sur parole. Faisons une petite expérience... concentrez-vous et voyez l’avenir grâce à votre pouvoir de clairvoyance. Découvrez comment Mordred, devenant une menace trop importante pour les Dieux, les forcera à exterminer l’humanité ou a être détruit. Pendant ce temps, je vais vérifier le tranchant d’Excalibur sur Merlin, dit le sorcier maléfique en se rapprochant de son prisonnier. J’espère que le spectacle vous plaira, mais ne vous inquiétez pas trop, vous êtes le prochain sur ma liste.
S’estimant perdu, Arthur vit sa vie défiler devant ses yeux, mais ce qu’il perçut le plus distinctement fut son ultime rencontre avec César et une question lui apparut comme évidente. « Ai-je réussi à rendre leur dignité aux plus faibles ? Peut-être pas, mais le fait d’avoir essayé représente la chevalerie dans ce qu’elle a de plus pur ». Paradoxalement, cette déduction en entraîna une seconde, cette fois liée au cadeau que l’empereur romain lui avait jadis fait, sa bague de contrôle des lames.
Alors que Méléagant allait frapper Merlin, Arthur réussit à activer son anneau, avec ses ultimes forces. Aussitôt, le sorcier fut projeté de droite à gauche et après quelques secondes, il tomba lourdement sur le sol et lâcha Excalibur. Méléagant reprit ses esprits en quelques secondes et tendit la main vers l’épée, afin de la ramasser… mais celle-ci lui échappa. L’élu des Dieux venait de rappeler à lui son objet fétiche — grâce au lien magique qui les unit —, qui se traîna au sol sur plusieurs mètres, avant qu’Arthur s’en saisisse.
Aussitôt, le chevalier retrouva l’usage de son corps et la première chose qu’il fit, consista à décapiter Méléagant par un geste vif, grâce à sa flamboyante épée. Le héros regarda la dépouille de son pire ennemi pendant plusieurs secondes, alors que celle-ci disparaissait dans de petites flammes orangées. Ensuite, Arthur s’approcha de son ancien enchanteur officiel, tout en gardant son arme à la main.
— C’est fini Merlin, je vais vous détacher et vous serez libre dans quelques instants.
— Est-ce que vous avez toujours vos pouvoirs de clairvoyance ? demanda le magicien, dès qu’il put s’exprimer.
Le souverain fut surpris par la voix posée de son interlocuteur et comprit que ce dernier avait joué le rôle d’un enchanteur raté pendant des décennies. Il décida cependant de lui obéir et se concentra quelques instants.
— Je crois que oui.
— Si le lien qui vous unit aux Dieux existe toujours, cela signifie que ma mission n’est pas terminée, parce qu’ils continuent à considérer Mordred comme Romain. Attendez un moment, je peux tenter quelque chose grâce à Excalibur, car en tant que forme du Graal, c’est un moyen de les rencontrer. Vite, touchons l’épée ensemble, il est possible que je les fasse changer d’avis.
S’étant saisi d’Excalibur tous les deux, merlin sans prononcer la moindre formule ouvrit un portail dimensionnel de couleur doré. Ils le traversèrent, même si avant cela, Arthur demanda au magicien de lui rendre son « arme ».

Chapitre 9


Les deux voyageurs ne prononcèrent pas un mot pendant plusieurs minutes, alors qu’ils étaient en route pour voir les Dieux, quand Merlin brisa le silence d’une voix assurée.
— Nous avons fait la moitié du chemin, ce ne sera plus très long à présent.
— Je peux vous poser quelques questions ? demanda Arthur après quelques secondes d’hésitation.
— Pourquoi pas, je pense vous devoir bien cela. Mais sachez d’abord que ce nom n’est pas le mien et ce corps ne représente pas ma réelle apparence — il en changea pendant quelques secondes pour prendre celle d’Anton, père adoptif d’Arthur —.
— Mais vous êtes qui ou quoi au fond.
— Méléagant ou moi-même sommes des émanations des Dieux et nous servons généralement d’intermédiaires entre eux et les êtres ordinaires, comme les hommes. Hélas, il arrive que certains d’entre nous dépassent le cadre de leur mission, quitte à désobéir ou trahir.
— Et quelle est votre véritable apparence ?
— Nous sommes plus proches d’une source d’énergie, ressemblant au halo de couleur doré qui entoure Excalibur.
— Je vois. Au fait, je vous félicite pour avoir su conserver votre couverture d’enchanteur nullard durant tant d’années.
— Je me doutais que vous alliez me parler de cela. Voulez-vous que je vous renouvelle mes excuses ?
— Non, non, ça ira… merci bien, votre divine illumination, répondit Arthur en prenant un air agacé.
— J’aurai de quoi me plaindre, vous savez. J’ai dû faire semblant d’être un incompétent, alors que je suis un des plus grands professionnels dans ma spécialité.
— Sans rire ?
— Je ne connais pas les projets précis des Dieux, mais ils avaient d’autres enchanteurs — même plus puissant que moi — à leur disposition, comme Méléagant. Pourquoi, d’après vous, m’ont-ils ordonné d’effectuer cette mission délicate ?
— Vous avez donc joué un double rôle, dû admettre Arthur. Au fait, je me suis toujours demandé comment fonctionnaient ces portes dimensionnelles.
— Par magie évidemment, mais je ne pense pas avoir le temps de vous expliquer les détails de ce procédé. Apprenez que la plupart servent à emmener des personnes d’un endroit à un autre sur une même planète, mais que cette porte est spéciale, car elle nous fait traverser les galaxies plus vite qu’un éclair. Voyez-vous les étoiles à travers les parois ?
— Oui, répondit Arthur en plissant les yeux.
— Ce sont des soleils, mais ils sont très éloignés. J’aurai bien des informations à vous révéler sur les forces qui régissent l’univers, mais nous sommes sur le point d’arriver. Au fait, attention à la marche, elle est traîtresse. Un dernier conseil, les Dieux peuvent prendre différentes apparences ou les lieux pourront vous être familier, dans tous les cas, évitez de paraître surpris ou de vous montrer maladroit, vous perdriez en crédibilité.
À peine arrivé, Arthur reconnut immédiatement la salle de la table ronde, tel qu’il l’avait vue la dernière fois et il n’y manquait aucun meuble. Sur les chaises étaient assis Léodagan, Perceval, Karadoc et Lancelot, mais aussi César, Aconia et Manilius. Le souverain ne parut pas particulièrement surpris, mais plutôt nostalgique en pensant à toutes les décisions qui y avaient été prises par le passé.
— Prenez place, nous vous avons laissé deux chaises vides, déclara celui qui ressemblait au chevalier errant et les deux invités s’exécutèrent aussitôt.
— Si je suis venu jusqu’à vous, c’est que j’estime avoir rempli la tâche que vous m’aviez confiée : détruire les forces de Rome présente en Bretagne, déclara Merlin.
— Il en reste une, je crois : Mordred, dit celui qui ressemblait à Léodagan.
— Non, il est l’enfant naturel d’Arthur et Anna. Il n’a donc pas une goutte de sang romain.
— Tu te trompes. Il est plus le fils de Méléagant par l’esprit, que celui d’Arthur et c’est prioritairement, ce qui nous importe, indiqua celui qui avait l’apparence de Manilius.
L’enchanteur aurait voulu que le possesseur d’Excalibur argumente à son tour, mais celui-ci ne pouvait s’empêcher de fixer béatement la forme énergétique qui ressemblait à Aconia.
— J’estime que nous devrions prendre un autre aspect, car Arthur semble mal à l’aise, indiqua l’intéressée.
Sur ces mots, les corps disparurent en un instant et furent remplacés par un seul être de forme humanoïde, mais entouré de flammes orangées.
— Arthur, écoute-moi. Méléagant a trouvé une faille dans mes pouvoirs : faire passer Mordred pour toi auprès d’Excalibur, car il est possible de la tromper. S’il avait réussi, j’aurais dû exterminer l’humanité, sinon cet enfant prodige serait devenu mon égal et aurait pu m’attaquer physiquement.
— Dans ce cas, reprenez cette épée — et il la posa sans manière sur la table ronde —.
— Ce n’est pas si simple. Je me suis engagé, pour une raison que je ne peux te révéler, à chasser les Romains de Bretagne. Si je récupérais Excalibur de la sorte, Mordred pourrait, même après sa mort physique, m’accuser de tricherie envers l’ordre universel, ce qui créerait un précèdent. Non, je ne peux faire cela.
— Un instant, déclara Arthur. Le fond du lac d’Avalon est-il toujours un lieu sacré où Mordred ne pourra atteindre Excalibur ?
— Oui, répondit Dieu. Mais vous n’êtes pas sans savoir que vous ne pourrez vous en approcher, sans vous faire repérer. De là à ce qu’il vous tue et récupère Excalibur, il n’y a qu’un pas.
— J’ai un plan et suis prêt à prendre le risque, mentit à ce moment-là Arthur. Soit cette épée finira au fond du lac, soit vous me considérerez comme le père de Mordred ou en tout cas plus que Méléagant. Cependant, lors de mon affrontement avec mon fils, si vous estimez qu’il était sur le point de toucher Excalibur, vous le tuerez ou au pire exterminerez l’humanité.
— Non Arthur, le risque est trop grand, déclara l’enchanteur.
— D’accord, j’accepte le marché, dit Dieu. Je vais ouvrir un portail, afin que vous arriviez en même temps que vos trompes à la taverne de Camelot. Merlin, vous resterez avec moi.
— Puis-je en connaître la cause ? demanda l’intéressé.
— Vous avez révélé votre vraie nature, ce que je vous avais interdit, même si c’était pendant le voyage dans le portail. De plus, n’avez-vous pas déclaré que votre mission était terminée ? À moins que vous vouliez encore contester mes décisions ?
— Non, bien sûr. Je suis désolé, dit Merlin en s’adressant à Arthur.
— Je comprends, il y a des chemins qu’un homme doit prendre seul. Au fait Dieu, qui êtes-vous ?
— Je suis unique et multiple, ici et partout à la fois... et il est très rare qu’on me fasse perdre mon temps. Le portail est ouvert à présent, franchissez-le.
Au moment de partir, le possesseur d’Excalibur se permit une dernière remarque.
— Est-ce que Perceval est l’un d’entre vous ?
— Oui et non. Disons qu’il est une partie de moi, dont j’ai voulu me séparer, à la suite de quelques « problèmes ». Pourquoi cette question ?
— Pour rien, mais je crois que cela lui ferait plaisir que vous le rencontriez à l’occasion. Il est spécial, vous savez… ou, disons que son imprévisibilité le rend exceptionnel !
— Je vais y réfléchir.
Sur ces mots, Arthur traversa seul le portail, laissant Dieu et Merlin en tête à tête.
— Je comprends à présent pourquoi vous avez donné au Graal, la forme d’une épée. Au fait, êtes-vous sûr que Mordred ne pourra pas la toucher ? demanda le magicien.
— Cette probabilité est négligeable. Ce que vous devez admettre, c’est qu’à mon niveau d’évolution divine, ma plus grosse difficulté consiste à stimuler mon esprit afin de tromper mon ennui, quitte à prendre quelques risques. À ce titre, vous vous êtes montrés à la hauteur de mes espérances, comme d’ailleurs Arthur ou Méléagant.
— Je comprends Dieu, mais à force de jouer avec le feu, on se brûle.
À ce moment, la divinité sourit et il y eut un instant de silence, finalement rompu par Merlin.
— Au fait, est-ce que Arthur a conscience que même s’il réussissait à jeter Excalibur dans le lac, son fils resterait un être abject et dépourvu de compassion ?
— S’il avait vraiment eu besoin de le savoir, ne pensez-vous pas qu’il aurait posé la question ?
En entendant cela, Merlin se tut, car il venait de prendre conscience de la supériorité intellectuelle de son tout puissant interlocuteur. Celui-ci regarda Merlin de haut en bas, puis le dissout dans un brouillard orangé, avant de disparaître lui-même de la même manière.

Chapitre 10


Une fois les retrouvailles célébrées entre Arthur et ses compagnons, l’ordre chevaleresque de la table ronde fut restauré. Ensuite, le souverain entama une grande campagne de reconquête des terres bretonnes, ce qui ne prit que quelques mois, car Mordred et le gros de son armée s’obstinaient à rester à Avalon. Lorsqu’il n’eut plus que la zone du lac à envahir, le possesseur d’Excalibur donna les instructions à son camp de base.
— Nous attaquerons demain tous ensemble par le Nord, indiqua Arthur.
— Pour qu’ils s’enfuient par le Sud, se regroupent et nous assaillent ensuite ? interrogea Léodagan.
— Mais pourquoi est-ce qu’il faut toujours qu’on me contredise ?
— Moi, je m’en moque : je n’y mettrai pas les pieds au lac, Karadoc a dit qu’il était hanté, interrompit Perceval.
— Hanté ! répéta Bohort. Nous n’allons pas nous jeter dans la gueule du loup, tout de même. Au pire, Elias trouvera une solution, c’est un magicien lui.
— Il est parti, indiqua Lancelot en haussant les épaules. Il a déclaré : moi, je ne mettrais pas un pied là-bas, tant que Mordred y sera.
— Allons, ce n’est pas parce que les éclaireurs ne sont pas revenus et qu’on n’a jamais aperçu un gars entrer ou sortir d’Avalon, qu’il faut s’inquiéter, dit Léodagan. Moi je dis : on fonce et on verra bien… Autant, ils ont tous déjà cané depuis le temps.
— Bon, on ne va pas tergiverser trois plombes, trancha Arthur. Le plan est établi, vous le connaissez — Perceval et Karadoc se regardèrent d’un air niais, mais ne dirent pas un mot — et si jamais… on avisera.
Le soir venu, Arthur, ne pouvant fermer l’œil, sortit de sa tente un instant. Il se croyait seul, mais avait tort.
— Vous l’avez vu, celui qui est unique et tout à la fois ? demanda Viviane, la dame du lac.
— Oui.
— Et alors ?
— Il n’est pas si différent de nous. Il a des responsabilités et ses subordonnés ne lui obéissent pas forcément.
— Au fait, vous savez ce qui se passerait si Mordred touchait Excalibur... Si votre fils se montrait plus malin ou fort que son père.
— Dieu exterminera l’humanité juste avant, en théorie cela ne pourra se faire.
— Je vais vous dire un secret : personne n’est à l’abri d’un imprévu, même pas lui.
— Comment ça ?
— Vous croyez que je n’ai pas vu que vous souhaitez ramener Mordred vers la lumière ou qu’il vous considère comme un père. Tout le monde le sait ici !
— N’est-ce pas ce que je suis ?
— Difficile d’être formel, mais n’ayez pas trop d’espoir, je l’ai vu à l’œuvre.
— Je veux juste prendre mon enfant par la main et lui dire que je l’aime. Est-ce trop demandé ?
— Peut-être... De toute façon, nous aurons la réponse demain. Et Guenièvre, dans tout ça ?
— Pourquoi me parlez-vous d’elle ?
— Maintenant que vous n’êtes plus tenu par la promesse d’Aconia, vous pourriez lui faire un enfant, un héritier quoi ! Elle l’a mérité, non ? Cela prouverait que Méléagant a définitivement échoué.
— Oui… bien sûr. Décidément, vous ne voulez pas que je meure demain, vous non plus !
— Exactement, avec ce que vous avez fait dans le passé, on ne sait jamais. Au fait, si vous arrivez à jeter Excalibur dans le lac, ça pourrait m’aider à redevenir une fée.
— Ah bon ? Je n’y avais pas pensé ! Finalement, je comprends mieux pourquoi vous êtes ici. Bon, je vais aller me coucher : demain, c’est bataille.
Au lever du soleil, il pleuvait un peu, ce qui n’empêcha pas l’armée d’Arthur de se disposer au Nord et de commencer à avancer. Celle-ci s’attendait en permanence à trouver celle de Mordred, mais ne rencontra aucune résistance. Quand le lac ne fut qu’à une centaine de mètres et contrairement à ce qui avait été imaginé, un unique chevalier à pied leur barrait la route.
Arthur, sans arme ni armure, mais vêtu d’un grand manteau rouge, s’approcha seul de l’être qu’il considérait comme son fils. Celui-ci retira son heaume et une chose était sûre : il était identique à son interlocuteur au même âge.
— Bonjour mon garçon.
— Bonjour… père. J’ai eus les temps de réfléchir à cette rencontre et voulez-vous que je vous dise ce qui nous différencie ? Vous n’avez jamais essayé d’utiliser Excalibur, pour satisfaire une ambition personnelle, mais pour aider les faibles, ce qui est tout à votre honneur, mais était-ce la meilleure chose à faire ? Excalibur est le Graal, or elle peut donner la lumière à tous les hommes, pour peu qu’on accepte de s’émanciper de Dieux qui affament, rendent malades ou tuent les femmes et les enfants. Cette ultime évolution que vous vous êtes toujours refusé à envisager, je souhaite la réaliser, aussi prétentieuse que ma démarche puisse vous paraître. J’ignore ce que les Dieux vous ont dit, mais sachez que si vous me remettez Excalibur, je serai en mesure de les vaincre en un instant. Une fois cet exploit effectué, je vous offrirai l’existence que vous souhaitez… par exemple celle du général Manius, marié à Aconia... avoir de beaux enfants et vivre heureux.
— Est-ce que ce serait illusion ?
— Absolument pas et vous ne vous souviendrez même pas de votre ancienne vie. Je n’ai pas pour habitude de me montrer magnanime, car je trouve la plupart des gens sans intérêt, mais au vu des liens qui nous unissent, je ferai une exception.
— J’ai jadis rêvé de ce genre de moment.
— Je le sais et pour finir mon argumentation, puis-je vous poser une question : Qu’est-ce qui pourrait rendre plus fier un père, que d’avoir engendré un Dieu ?
Arthur parut songeur à cette singulière déclaration. Celui-ci fit quelques pas en regardant ses hommes au loin, quand il interrogea à son tour son interlocuteur sur un ton presque mélancolique.
— Où sont tes chevaliers ?
— Ah ça ! Je leur avais ordonné de rester, mais ils ont tenté chacun à leur tour de fuir, cela leur a été fatal... et ils dorment à présent au fond du lac.
— Comptes-tu y jeter jusqu’à la dernière personne qui te désobéirait ?
— Pas vraiment, j’avais simplement l’idée de le remplir de cadavre afin que sans eau, il fût impossible d’y déposer Excalibur… hélas, j’ai manqué de matière première. Mais n’est-ce pas le genre de choix cruel que seul un Dieu pourrait faire ?
Arthur ne pouvait nier que ce jeune homme lui ressemblait tant physiquement que psychologiquement, l’ambition en plus. Ce père hésita, jusqu’à ce que son regard se pose sur le lac de forme sphérique — certains diraient qu’il pouvait s'apparenter à une coupe ou une cuillère remplie d’eau — et ne put s’empêcher de verser une larme. Il venait de se souvenir d’un rêve, où Dieu lui expliquait que toutes les baignoires étaient symboliquement le Graal, car elles pouvaient servir à recueillir le sang du Christ. Arthur percevait enfin le message caché de ce rêve, qui lui indiquait que le lac d’Avalon s’apprêtait à être le lieu d'extermination de l’humanité, grâce aux millions de litres de sang qu’il semblait pouvoir contenir, une fois vidé de son eau.
De ce fait, il ne pouvait nier que la vision récurrente de lui marchant dans un champ en tenant par la main un enfant était une utopie. Par extrapolation, ce « fils » représentait donc un risque inacceptable pour les hommes et devait être traité comme tel… le plus tôt étant le mieux.

Chapitre 11


—    Mordred, je me suis trompé. Bien que je sois ton géniteur, tu es trop éloigné de l’esprit de la chevalerie et donc un trop grand danger pour que je te laisse libre.
—    Vous vouliez sûrement dire vivre père, mais qu’importe, je suis déjà au-dessus de tout cela. Au fait, j’aurai une question : pensez-vous que ce lac ait un fond ? Personnellement je le crois, mais pour m’en assurer, j’estime que la meilleure chose à faire serait que vous et vos hommes tentiez de le remplir.
—    Histoire également qu’on ne puisse y jeter Excalibur, quand tu te seras lancé à sa recherche, je suppose ?
—    Exactement, répondit Mordred en remettant son heaume.
Immédiatement, Arthur leva son bras droit et les chevaliers à cheval commencèrent à charger.
—    À un contre dix, tu n’as aucune chance, surtout que tu es à pied. Rends-toi, ils dévalent déjà la colline.
Mais contrairement à ce qu’Arthur aurait souhaité, le jeune homme ne fut nullement décontenancé par ces propos.
—    Que vous le vouliez ou non, je suis doté comme vous d’un pouvoir divin et je sais exactement à qui vous avez confié l’épée des Dieux, dit Mordred en regardant au sud du lac. En effet, Lancelot s’y trouvait et était sur le point de balancer Excalibur à l’eau, depuis un promontoire.
Aussitôt, Arthur se précipita en levant les bras au ciel en direction de son ami, afin qu’il retienne son geste. Cependant, ce dernier bien qu’ayant compris les ordres de son souverain, décida de lui désobéir et de jeter Excalibur dans le lac.
Profitant du fait qu’Arthur lui tournait le dos, Mordred le blessa de la pointe de son épée, imprégnée comme à son habitude d’un mortel poison. Mais, l’enfant « prodige » ne s’attarda pas sur cette action déshonorante, car son attention se devait déjà d’être dirigée vers un objectif plus immédiat.
À peine Excalibur avait-elle quitté la main de Lancelot, que Mordred créa deux petites portes dimensionnelles : une à sa gauche, l’autre au point d’arrivée qu’il estima qu’Excalibur devait atteindre. Si son corps resta sur la rive, son bras gauche traversa le passage magique et attrapa l’épée au moment où elle allait toucher l’eau. Le temps qu’un éclair zèbre le ciel et tous les chevaliers furent stupéfaits par les extraordinaires capacités du fils d’Arthur, qui venait de réaliser un exploit encore jamais décrit.
Juste après, Mordred refit passer son bras à travers le portail et brandit haut les deux épées, Excalibur et la sienne, alors que les cavaliers n’étaient qu’à quelques mètres de lui… L’élève de Méléagant lâcha son arme empoisonnée et s’attendait à être envahi immédiatement d’un pouvoir infini le rendant immortel, mais rien de magique ne se passa, pour une simple raison : ce n’était pas Excalibur.
Face à cette déconvenue, Mordred extrapola instinctivement les causes de cet échec, ce qui le déconcentra quelques secondes ; or ce laps de temps fut suffisant pour qu’une nuée de lances le transperce de part en part, le tuant sur le coup.
Arthur fut horrifié par la mort violente de ce fils si longtemps désiré, mais déjà le poison faisait son œuvre. Le roi s’effondra en quelques secondes et tous les chevaliers se précipitèrent vers lui afin de le secourir, en vain. On lui conseilla de garder ses dernières forces, mais Arthur préféra les utiliser pour s’adresser à Lancelot.
—    Que s’est-il passé ?
—    Vénec avait raison, Sire : la ruse est une arme aussi noble qu’une autre. Bien que vous m’ayez confié Excalibur, afin que je la jette dans le lac quand les cavaliers devaient charger, je vous ai en partie désobéi. Sachant que Mordred pouvait lire dans votre esprit, j’ai confié notre destin au hasard en effectuant un acte que même votre fils ne pouvait anticiper. J’ai interverti votre épée avec celle d’un autre chevalier, celui qui me paraissait le plus apte à lui résister, grâce à son esprit « aussi illogique qu’imprévisible » : Perceval.
—    N’est-ce pas plutôt parce qu’il est généralement le plus prompt avec Karadoc à fuir en cas de danger ?
—    Je comptai un peu sur cela aussi, finit par avouer Lancelot du bout des lèvres.
—    Et s’il nous avait tous vaincus et récupéré Excalibur après avec tué Perceval ?
—    Je l’ignore, Sire. Je n’y avais simplement pas réfléchi.
—    Ce n’est pas grave Lancelot, vous avez bien fait, répondit Arthur en levant les yeux au ciel et en prenant un air dépité.
—    Vous vous rendez bien sûr compte que le père Blaize ne pourra jamais écrire une telle chose dans ses mémoires, indiqua Léodagan.
Tous regardèrent le chevalier d’un œil désapprobateur, mais aucun n’osa dire un mot, car le roi se mourait.
—    Excusez-moi auprès de Guenièvre, je ne m’en aperçois que maintenant, mais j’ai été injuste envers elle. Je vais vous donner un dernier ordre : jetez l’épée, je veux la voir s’enfoncer au fond du lac avant de mourir, au cas où Mordred eut un frère jumeau.
On fit amener prestement Perceval, qui arriva avec Karadoc.
—    J’me disais bien que ce n’était pas mon épée celle-là, car la mienne est bien huilée, vu que je m’en sers comme pic, pour faire cuire des trucs. C’est Karadoc qui m’a montré comment faire.
—    Exactement, même que ça donne un bon goût, spécifia l’expert gastronomique.
—    Vous vous rendez compte que si vous aviez dégainé Excalibur, Mordred se serait aperçu que vous l’aviez et vous l’aurait prise en un instant, grâce à ses portails ? demanda Arthur.
—    Moi, tout ce qui est magique, j’y ai jamais rien compris, indiqua le chevalier du pays de Galles. Mais une épée qui chauffe, ça pourrait faire cuire des saucisses tout seul, non ?
—    Taisez-vous, dit Lancelot. Nous pouvons peut-être encore amener Arthur à Elias.
—    Non, déclara le souverain. Je veux mourir parmi vous et surtout ne pas survivre au décès de mon unique enfant. Je ne l’aurais connu que quelques instants et il m’a tué en m’empoisonnant, mais il me ressemblait tellement, que je me dois d’avouer que je l’aimai et qu’il me manque déjà. Je m’en vais le rejoindre là où je pourrais peut-être le ramener vers la lumière.
Aucun soldat n’alla contre les ordres de son chef. Les premières larmes commençaient à couler quand les chevaliers virent une forme bleuâtre approcher : c’était la dame du lac qui venait de récupérer ses pouvoirs.
—    Puis-je, demanda-t-elle en se saisissant d’Excalibur ?
—    Faites, indiqua Arthur, qui avait eu peur qu’elle veuille le sauver contre sa volonté.
Viviane sortit délicatement l’épée de son fourreau, puis la pointa contre son front. Ensuite, elle s’enfonça dans le lac jusqu’à disparaître et juste après, le roi mourut.
Après ces événements, un autre souverain fut désigné pour régner, mais les règles de la chevalerie forgée par Arthur et les chevaliers de la Table ronde devinrent le socle de la civilisation bretonne.
Une ultime péripétie est à noter. Un jour, les Dieux rendirent visite à Perceval afin de lui expliquer qu’ils avaient exceptionnellement accordé un cadeau à Arthur : être heureux, se marier avec Aconia, vivre à Rome et avoir un garçon en bonne santé. Cependant, à peine voulurent-ils s’approcher du chevalier, que celui-ci prit peur et retourna chez sa grand-mère au pays de Galles au triple galop, et on ne le revit jamais.
Les invités surprises n’insistèrent pas et Perceval ignora donc jusqu’à sa mort terrestre, la vie simple et heureuse que les divinités avaient exceptionnellement accordé à son ami Arthur. Cette famille ne vécut qu’un événement particulier : alors qu’il était enfant, le fils appelé Lagos resta une journée entière avec l’empereur, celui-ci ayant eu le plus grand mal à lui faire admettre son identité.
Fin

Les indices étaient présents, il suffisait de les percevoir : https://www.youtube.com/watch?v=dSBeEXo4NUU&t=18s
Si cette nouvelle vous a plu, pouvez-vous SVP la partager ( et si vous avez un moyen de contacter AA me l'indiquer en message privé ou par mail: prs423@gmail.com, un cadeau vous sera offert). Vous pouvez également vous inscrire sur la page facebook de la nouvelle https://www.facebook.com/groups/548712385638463/ . Merci.[/justify]

Interprète Burgonde
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J'ai eu beaucoup de mal à en venir au bout.
Il y a des fautes d'orthographe qui gênent un peu la lecture..
Je trouve l'idée sympa...ça mélange plein de choses..il y a des incohérences avec kaamelott mais j'ai pris le pas de voir ça comme une autre interprétation de la légende arthurienne...
Ça manque un peu de description, que du dialogue ça devient vite redondant à force...

Ça aurait gagné à être posté par chapitre.

Pécore
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Merci pour votre franchise, je tacherais de faire un peu mieux la prochaine fois.

Chevalier Feuletonniste
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À la limite, s'il n'y a que des dialogues, autant faire un sketch classique, non ?

(Pour l'instant je n'ai lu que le chapitre 1. Dès le début il y a pas mal d'idées qui m'ont l'air prometteuses...)

Pécore
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Je pourrais le faire sous forme de sketch, mais j'ai peur de ne pouvoir transmettre les subtilités de l’intrigue.

Chevalier Feuletonniste
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Ça y est, j'ai tout lu, c'est plein plein de bonnes idées ! J'ai adoré la dernière phrase. Je ne comprends pas comment ça marche (Arthur se serait réincarné dans le passé ?), mais c'est une super idée pour conclure !

Ce qui me gêne, c'est trois choses :
− le langage soutenu des dialogues ;
− Merlin qui aurait fait exprès d'être un gros nul (si le but était de mettre des bâtons dans les roues à Arthur, il y avait à mon avis mieux, du coup cette idée a un côté « explication après coup » un peu artificielle, je trouve) ;
− zut, je ne me souviens plus du troisième truc...

Mais ce n'est pas très important à côté de toutes les bonnes idées qui rendent cette histoire drôlement intéressante, je trouve. Je te tire mon château !

Ah ça y est, je me souviens : Avalon est censé être un pays inconnu, aussi inatteignable que le Graal (le père Blaise a dit, lors d'une réunion : « si on trouve Avalon, on est bon »), or là tout le monde a l'air de savoir où ça se trouve. (Au fait, pourquoi écrire Camelot au lieu de Kaamelott ?)

Pécore
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Bonjour et merci pour le retour.
1- Pour le langage soutenu, j'estime que c'est plus saint. Pour les sketch, les dialogues du style théâtre sont percutants et rythme bien l'histoire, mais pour un récit écrit, perso je préféré, cela permet de décrire les émotions (qui sont immédiatement visible à l'écran).
2- Pour Merlin, le problème vient de la légende arthurienne. L’enchanteur est décrit comme un être sage, réfléchit et aux grands pouvoirs, le rétablir a représenté à mes yeux, une opportunité à ne pas rater.
3- Pour Avalon, j'avoue avoir fait preuve d'un peu de liberté avec la légende arthurienne, mais je n'ai pas trouvé d'autre possibilité.
4- Pour Camelot, c'est le vrai nom de la résidence d'Arthur. Je crois que Alexandre Astier à effectué la modif des double A, par rapport à son nom kAAmelott, mais pour les 2T, je ne sais plus lol.

Chevalier Feuletonniste
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1. Tu as raison. Un texte de théâtre est écrit selon le registre parlé, une nouvelle selon le registre écrit.
2. Je comprends, je ne suis pas convaincu mais c'est ton choix.
3. Peut-être aurait-il fallu expliquer que Mordred a réussi à arracher à Méléagant ou aux dieux le secret d'Avalon, quelque chose comme ça ? Juste une explication du fait qu'il sait où ça se trouve...
4. Oui mais ce lieu n'existe pas, il n'a donc pas de dénomination officielle. C'est comme les noms des personnages qui ne sont pas toujours identiques d'un auteur à l'autre (Léodagan, Léodegant ou Léo de Grand, Perceval, Peredur ou Perlesvaus). Si tu veux t'inscrire dans la version astiérienne, tu dois utiliser ses noms propres : Perceval et non Perlesvaus, Kaamelott et non Camelot. Il me semble.

Pécore
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C'est pas faux, mais j'ai voulu écrire cette nouvelle en synthétisant les événements importants (je déteste les longues descriptions des lieux ou des personnages). Mais en réfléchissant, le pouvoir divin d'Arthur (possédé également par Mordred) pourrait représenter une explication suffisante pour localiser Avalon (pour les initiés comme toi à la légende arthurienne). Je vais réfléchir à l'inclure, merci pour la remarque constructive.

Chevalier Feuletonniste
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Ah, tu as encore des idées ! En tout cas j'espère que tu nous en rédigeras d'autres, des histoires, parce que je ne regrette pas le temps passé à lire celle-ci ! (Si je chipote, c'est que j'ai bien aimé.)

Pécore
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J'y réfléchis, j'y réfléchis. Si AA pouvait au moins la lire, ce serait super pour moi, mais bon, il ne faut pas rêver lol.

Pécore
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C'est proprement génial !
Et j'ai lu les commentaires précédents. D'accord, il y a des fautes d'orthographe, pas assez de descriptions si on compare cette création à d'autres... Mais on comprend tout et il ne manque presque rien pour que le récit soit parfaitement cohérent avec Kaamelott. Le recours à la bague de contrôle des lames, l'enfant aux meringues en conclusion... Waou !

S'il fallait replacer le tout dans le contexte de Kaamelott (rien ne l'oblige), je trouverais des solutions de remplacement pour les rares incompatibilités : Les pouvoirs de divination d'Arthur peuvent être remplacés par des révélations du Livre des Prophéties ou l'intervention de la fée amie de la Dame du Lac (celle qui fait brûler l'autre devenue brune). Je garderais leur humanité à Merlin et Perceval qui sont fondamentalement bons et innocents. S'il était incontournable que Merlin renoue avec ses capacités (il a des talents : boules de feu, pluies de pierres, potions de polymorphie, c'est tout de même grâce à lui qu'Arthur fut conçu puis qu'il retira Excalibur la première fois), je serais prêt à croire qu'Elias lui ferait le cadeau de reprendre confiance en lui-même, avant de se mettre à l'abri (Elias a une vision claire des situations et des gens, mais ne prend pas de risques, ni de parti autre que le sien) ; ou que Merlin aurait regagné en puissance au contact des forces de la Nature, de l'animal totem des Druides (le sanglier), etc. Arthur et Merlin peuvent très bien utiliser un portail dimensionnel existant, s'il était indispensable qu'ils rencontrent le Créateur. Je permettrais à Perceval de rencontrer un vieux lui livrant juste ce qu'il faut d'explication pour qu'il sache qu'Arthur va bien et la raison pour laquelle lui se sent autant attiré par les étoiles. Un autre détail, en fin du cinquième chapitre : ce qui caractérise Arthur n'est pas son imprévisibilité, mais sa clémence.

De menus détails au regard de tout ton récit. Et rien n'impose de conformer ta création à l'oeuvre d'un autre.
Un grand merci pour cette belle histoire.

Pécore
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Merci Sterenn pour ce retour argumenté.
Premièrement, je pensais avoir corrigé la plupart des fautes, mais apparemment ce n'est pas le cas, il faut que je m'en occupe (je ne suis pas contre un coup de main d'ailleurs).
Pour ce qui est de Perceval rencontrant le Créateur, je l'ai fais dans la pièce de théâtre que j'ai écrit et qui devrait être joué cet automne à Valensole, par une troupe amateur.
J'ai du mal avec les révélations du Livre des Prophéties, car il implique la notion de destin, ce qui (à mon avis) casse le rythme d'un récit.
Je vais réfléchir à tes autres idées et encore merci pour tes encouragements.

Pécore
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@Olivier Giudicelli :
Par Message Privé (M.P.), je viens de t'envoyer la première partie de ton texte avec correction d'orthographe (les fautes ne sont pas nombreuses, quoi qu'on ait dit plus haut) et suggestions.

Vis-à-vis du Livre des Prophéties et d'autres moyens de ne pas faire appel à une divinité d'Arthur et Mordred : Au-delà de l'autre piste évoquée (la Dame du Feu ?), tu peux exploiter davantage les songes. Tu as prêté un rêve à Arthur (les deux Excalibur). Pourquoi ne pas creuser ce filon ? Le rêve pourrait se compléter de nuit en nuit. Ou Arthur pourrait revivre celui de la fin du Livre VI (vieux, étoiles, message au fond de la baignoire...) en découvrant une autre inscription. Merlin était aux côtés d'Arthur durant sa prime enfance. Il pourrait très bien avoir confié (volontairement ou non) à Vénec un objet (ou un indice) à lui remettre qui le replacerait sur la voie de l'écoute intérieure...

Une idée de ce type : Quand Vénec était avec Merlin, la courroie de sa besace s'est déchirée. Merlin l'a remplacée par un tressage de fibres d'orties au motif particulier. Arthur reconnaissant ce motif (qu'il n'avait plus vu depuis son premier départ pour Rome à cinq ou six ans) est renvoyé à ses souvenirs d'enfance et à toute la fraîcheur d'esprit dont il a besoin pour revenir à la vie. De là, ses rêves, ses intuitions ressurgissent.

Cela dit, je rappelle que ta création n'est pas tenue d'être conforme aux codes d'une autre. Libre à toi d'utiliser ces pistes dans d'autres directions, d'autres projets.

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