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Pécore
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Chapitre 1 : Prémices.

   Cela faisait maintenant trois jours et trois nuits que la pluie tombait sans interruption sur le royaume, comme si cela ne suffisait pas, voilà que l’orage entrait dans la partie. Au beau milieu de la nuit, Arthur contemplait la nature en colère du haut des remparts. Les yeux rivés au sud, indifférent au vent et à la pluie qui battaient son visage, il attendait. Les éléments déchaînés, la forteresse et l’homme ne formaient qu’un tout, un sentiment de plénitude l’envahissait lorsque ... .

— Vous allez attraper la mort à rester dehors de ce temps là !

   Arthur ferma les yeux, la voix stridente de son épouse venait de briser un lien sacré, une communion comme il n’en avait plus ressentie depuis son départ de Rome. Prenant sur lui, il se retourna pour faire face à Guenièvre.

— Vous avez le don pour me pourrir mes moments de méditation. Pourquoi vous ne dormez pas ?

— C’est l’orage qui m’a réveillée, vous savez bien que ça me fait peur ! Vous n’étiez pas là...

— Et vous avez deviné que j’étais sur les remparts ? S’étonna Arthur.

— J’ai pas deviné, j’ai aperçu furtivement votre silhouette prendre l’escalier.

— Et il vous a fallu tout ce temps pour monter ? Ça fait bien deux heures que je suis là !

— Mais c’est impossible ! J’étais à peine à quelques pieds derrière vous. Je vous ai appelé, vous ne m’avez pas répondu... mais bon, j’ai l’habitude.

— Ce n’était pas moi ! rétorqua-t-il, quelque peu agacé.

— Traitez-moi de folle tant que vous y êtes ! Vous avez vu quelqu’un d’autre monter ici ?

— A part vous, personne n’est venu me déranger !

   Un coup de tonnerre très proche les fit sursauter.

— Allez, venez vous coucher, s’il vous plaît, j’ai encore plus peur maintenant si quelqu’un rôde dans le château, supplia Guenièvre.

— Très bien, allons-y, soupira Arthur.

   En descendant l’escalier abrupt, Arthur, saisi d’une étrange sensation, se retourna brusquement et crut voir fugitivement une forme humaine se détacher devant l’ouverture donnant sur l’orage à présent à son paroxysme. Il n’en dit rien à Guenièvre, la jugeant déjà suffisamment effrayée.

***

   Quelques heures plus tard, Arthur se réveilla en sursaut dans son lit, il avait senti Guenièvre lui prendre la main. Il s’apprêtait à le lui reprocher lorsqu’il se rendit compte qu’elle lui tournait le dos et dormait en produisant un petit ronflement régulier. Une angoisse le saisit alors, qui m’a pris la main ? Il se leva rapidement, alluma une chandelle et examina la chambre dans tous ses recoins, rien. Il sortit dans le couloir, fit quelques pas à gauche puis de l’autre côté, toujours rien. Regagnant sa chambre, il s’arrêta net et fut parcouru d’un frisson glacé en découvrant, sur le mur juste en face de la porte, une grande inscription qu’on aurait dite tracée à la craie. Il n’avait pas pu la manquer en sortant de la chambre, d’un autre côté, personne n’avait pu l’inscrire tandis qu’il inspectait le couloir, sans être vu; Alors ?
   Le sens du texte et la langue choisie le choquaient presqu’autant que la manière dont il était apparu. « DUX BELLORUM HOMICIDA » Chef de guerre meurtrier. Quel meurtre et pourquoi en latin ? Les personnes parlant et sachant écrire le latin à Kaamelott se comptaient sur les doigts d’une main : Le père Blaise et lui, point. Il n’imaginait pas le père Blaise capable de se genre de plaisanterie, alors qui ?
   Arthur retourna se coucher mais ne parvint pas à s’endormir. L’aube le trouva épuisé et dans le même état de questionnement.

***

   Il en vint presque à oublier ce qu’il attendait depuis plusieurs jours, la visite d’une vieille connaissance... Verinus, dont la missive était plutôt succincte : « Mon cher Arturus... j’ai appris ton accession au trône de Bretagne ...envie de te revoir ... bon vieux temps et patati et patata. »
   En voilà un rapport avec le latin, Verinus ! Et s’il était déjà là ? S’il s’était introduit discrètement dans le château... mais non, pourquoi prévenir de son arrivée dans ce cas ? Et pourquoi m’en vouloir, c’est lui qui avait trahi.
   Toute la matinée, Arthur est aux aguets, il attend un signe, une explication mais en vain. Il s’installe sur son trône et attend, un fantôme, Verinus, autre chose ?

— Sire ! (Lancelot vient d’entrer)

— Ouais, quoi ?

— Votre invité, là, machin, il vient d’arriver !

— Verinus ?! Vous l’avez vu débarquer ?

—  Ben oui, j’ai vu le navire accoster et votre ami en descendre.

— Ami, c’est vite dit ! Où est-il ?

— Il attend votre autorisation pour entr...

— Eh ben, mon Général, je vois qu’on a pas arrêté de gravir les échelons... Roi du bordel, ici ! Bravo, ça a de la gueule ! Tu as bien mené ta barque mon petit Arturus ! Moi, j’ai un peu merdé à Rome... du coup, je viens voir si y’aurait pas moyen de...

***


Chapitre 2 : Verinus


   Verinus entra dans la salle du trône se comportant comme chez lui sous l’œil réprobateur de Lancelot. Verinus avança jusqu’au roi et lui mit la main sur l’épaule.

— Sacré Arturus, t’as toujours su tirer ton épingle du jeu toi, hein ?

   S’en était trop pour Lancelot qui intervint.

— Veuillez lâcher le roi et arrêtez de le tutoyer, sinon…
— Mais c’est qu’il mordrait ce petit sacripant ! Sachez mon bon ami, que je connais Arturus depuis un bail et que nous sommes de bons camarades !
— Ça reste à prouver, ça ! Intervint Arthur, à votre place, Verinus, je ferais ce que dit le seigneur Lancelot.
— Ben quoi, s’étonna Verinus, on est plus copains ? Après tout ce qu’on a traversé ensemble ?!
— Justement, il me semble bien me souvenir que vous nous avez trahis !
— Ah oui mais ça, j’avais prévenu, je supporte pas la douleur, on me casse un ongle et je déballe tout ce que je sais, j’vous l’avais dit, ça !
— C’est vrai que vous l’aviez dit… bref, qu’est-ce qui vous amène ici, la lettre n’était pas très claire.
— Ben après ton… votre départ, je me suis un peu diversifié, les citrons ça rapportait pas des masses alors, j’ai fait un peu de trafic, contrebande, tout ça… ça marchait bien, je me suis fait du blé, j’avais ma petit bicoque et tout ça mais dernièrement, la milice urbaine a tout découvert et j’ai eu de la chance de pouvoir m’échapper ! Mais… pour aller où ? C’est là que j’ai pensé à t… vous ! Vous auriez pas un petit boulot pour un petit gars débrouillard comme moi ?
— Quel genre de boulot ? Les citrons, ça pousse pas des masses par chez nous.
— Ah mais non, un boulot à ma hauteur quand même, je sais pas, moi, vous avez pas besoin d’un assistant ?
— Non, j’ai tout ce qu’il me faut et ce sont des chevaliers, contrairement à vous.
— Bon, ben, je sais pas… espion ! Ça pourrait le faire ça, non ?
— je vais y réfléchir, en attendant, je vous offre l’hospitalité pour quelques jours.
— Merci bien mon seigneur, dit Verinus en faisant une courbette.
— Venez avec moi, j’ai un truc à vous faire voir.

   Arthur l’emmena alors devant la porte de sa chambre afin de lui montrer l’inscription sur le mur et d’observer sa réaction. Lorsqu’ils arrivèrent sur place, plus aucune trace de phrase en latin.

— C’est pas possible, il y avait une inscription latine, ici même, elle a disparu.
— Ah euh, et alors, c’est grave ?
— J’en sais rien … ça disait « Dux Bellorum Homicida »
— La vache, ça rigole pas par chez vous ! C’est vous qu’on accuse de meurtre ?
— Je suppose, oui mais je ne vois pas du tout à quoi cela fait référence. Le seul que j’ai assassiné, il était déjà mort, c’est même vous qui avez crié à sa place !

***

   La nuit suivante, Arthur la passa dans la chambre de Demetra, une fois encore, il se réveilla en sursaut, quelqu’un lui avait pris fermement la main et Demetra dormait. Une fois de plus, il inspecta la chambre mais sans plus de résultat. Pas d’inscription dans le couloir, cette fois.
Dans la matinée, il décida d’en parler à Merlin et se rendit à son labo, Verinus le suivait comme son ombre. Elias était là aussi, Arthur considéra que ses chances d’obtenir des réponses valables augmentaient.

— Voilà, j’ai besoin de vos lumières, je crois qu’il y a un fantôme à Kaamelott.
— Comment ça ? répondit Merlin.
— Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? L’interrogea Elias.
— On me prend la main pendant mon sommeil, ça fait deux fois déjà, alors que l’autre personne avec qui je dors est endormie.
— Peut être qu’elle fait semblant, suggéra Merlin.
— Et c’est tout ? Demanda Elias.
— Non, j’ai également découvert une inscription en latin devant la porte de ma chambre alors qu’il n’y avait rien quelques secondes plus tôt.
— Et ça disait quoi, on peut savoir ? Insista Elias
— Dux Bellorum Homicida.
— Chef de guerre meurtrier, traduisit Elias.
— Tiens ! Vous parlez latin, vous ? Lui demanda Arthur, soupçonneux.
— Ah ben dans ma partie, c’est préférable ! Je connais une dizaine de langues.
— Frimeur, chuchota Merlin.
— Bon, vous pouvez faire quelque chose ou pas ?! S’énerva Arthur.
— Je vais tenter un sort, ça se passe toujours au même endroit ? Demanda Elias.
— Ben non, la première fois, c’était dans ma chambre et la deuxième, dans celle de Demetra.
— Ah zut ! Ça complique les choses, ça.
— Ah bon, pourquoi ? Demanda Arthur.
— S’il se déplace, c’est qu’il est puissant ! Assura Elias.

   Ils se rendirent tout de même dans la chambre royale, Elias fit une incantation et ils attendirent. Quelques minutes plus tard, une forme blanche apparaissait devant eux, vaguement féminine, elle poussa un cri de rage et disparut aussitôt.

— Cette fois, nous sommes fixés, c’est bien un fantôme, soupira Arthur.
— Finalement, je ne pense pas que je vais profiter de votre hospitalité, déclara Verinus d’une petite voix. Les fantômes, très peu pour moi !
— Je crois que c’est une femme… vous avez assassiné une femme, Sire Arthur ? Demanda Elias le sourcil levé.
— Jamais ! Ni une femme ni un homme, tous ceux que j’ai tué, c’était au combat !
— Cet esprit ne semble pas de cet avis, il faudrait comprendre pourquoi, dit Elias.
— Les fantômes, c’est vraiment de la saloperie ! Intervint Merlin. J’en ai connu un qui hantait un château abandonné mais bon, comme y avait personne, il a fini par faire une dépression.

   A cet instant, Karadoc arriva à la porte.

— C’est vous qu’avez écrit un truc sur le mur de la salle du trône ? Demanda-t-il à Arthur.

***

Chapitre 3 : L’aveu


   Arthur, les deux enchanteurs, Verinus et Karadoc dévalèrent les escaliers pour se rendre dans la salle du trône. Le spectacle qui les y attendait dépassait l’imagination. L’inscription sur le mur derrière le trône, en lettres de trois pieds de haut : « DUX BELLORUM HOMICIDA » le « HOMICIDA » se répétant à l’infini et couvrant également tous les autres murs de la salle. Curieusement, ce n’est pas cela qui attirait leur regard mais le trône qui flottait à dix pieds du sol en tournoyant.

— Ah ouais, y’avait ça aussi, j’vous avais pas dit ! Crut bon d’expliquer Karadoc.

— Ah non mais je comprends, ironisa Arthur. Ça se voit à peine !
   Le spectacle dura encore quelques instants puis le trône retomba brutalement au milieu de sa salle tandis que les écritures des murs disparaissaient.

— Ah ouais, y a pas à dire, elle est puissante ! Constata Elias sentencieusement.

— Oui, euh... c’est des tours de magicien débutant, ça ! A la portée de n’importe qui, s’indigna Merlin.

— Ben pourquoi vous le faites jamais ? S’étonna Karadoc, je trouve ça classe, moi !

— BON ! Revenons aux choses sérieuses, comment on s’en débarrasse ?! Explosa Arthur.

— Ça va pas être une mince affaire, répliqua Elias. Il faudrait connaître son histoire pour savoir ce qu’elle veut. Vraiment, Sire, aucune idée de son identité ?

— Des femmes, j’en ai connu quelques-unes durant mes années romaines mais une seule qui ait vraiment compté et ce n’est pas elle, vous pouvez en être sûr !

— Et puis merde ! Je sais qui c’est…

   Tous se retournèrent alors vers Verinus qui venait de faire cette révélation, attendant la suite.

— J’ai pas quitté Rome à cause de la milice… on m’a obligé à venir ici.

— Et puis ? Va-s-y, continue Verinus ! Ordonna Arthur, retrouvant, malgré lui, le tutoiement.

— Je vous ai dit que je m’étais acheté une bicoque, en fait, c’était l’ancienne piaule de Licinia. Je l’ai eue pour presque rien, vu qu’il y avait eu un massacre là-dedans.

— Un massacre ?! Qui ?! Tu vas parler à la fin !

— Procyon, c’est Procyon qui a tué… Licinia, Manilius et Julia.

— TAIS-TOI VERINUS, VERRUE, VERMINE, VERMISSEAU !

   La voix venue de nulle part fit hérisser les poils de tous. A la fois féminine, rauque et grinçante, elle avait de quoi glacer le sang. Elias fut le plus prompt à réagir.

— Dis-nous ce que tu veux, esprit maléfique !

   Le rire qui suivit les obligea à se boucher les oreilles tant il était puissant et dérangeant.

— Voilà, voilà ce que je subis depuis des semaines, dit Verinus au bord des larmes.

— Qui est-ce ? Demanda doucement Arthur.

— C’est Julia, ton ex !

— Mon ex ?! On a couché une fois ensemble, ça c’est arrêté là. Et pourquoi elle ne dit plus rien maintenant, elle te laisse parler.

— Quand elle a des coups de colère comme ça, en général, je suis peinard quelques temps, ça doit la fatiguer. Enfin, bref, elle nous considère tous les deux responsables de sa mort. Toi, parce que tu l’as laissée tomber et moi…

— Oui ? Toi, va-s-y, qu’est-ce que tu as fait encore ?

— Ben, comme d’hab, j’ai trahi.

— C’est toi qui a donné l’adresse à Procyon ?!

— Mais oui mais c’était la même que la première fois ! Ils auraient dû y penser tous seuls mais non, il a fallu qu’ils remettent ça à me torturer et pourquoi ? Pour que je leur redonne exactement la même info que la première fois ! C’est quand même pas des flèches, hein ? Vous avouerez !

— Je comprends qu’elle t’en veuille mais moi ? Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter le titre d’assassin ?

— Mais si tu l’avais emmenée avec toi, elle serait toujours en vie ! Et puis, c’est toi qu’elle voulait, moi j’étais… le deuxième choix.

   Arthur alla se placer près du trône couché au centre de la salle et, regardant vers le plafond, interpella l’esprit.

— Julia, est-ce que tu m’entends ?

— M’entends-tu, ça sonnerait mieux, lui glissa merlin.

— Non mais elle a dû aller se coucher, là. J’vous ai dit, quand elle gueule comme ça, après, c’est le calme plat.

   Pourtant une petite voix se fit entendre, rien à voir avec la furie précédente.

— Oui, je t’entends Arturus.

— Tu penses vraiment que je suis responsable de ton meurtre ?

— Tu aurais pu m’emmener avec toi, faire de moi ta reine.

— Même si je l’avais voulu, c’était impossible ! Je devais épouser la fille du roi de Carmélide, c’est… la politique.

— La politique, elle a bon dos ! S’exclama le spectre, sa voix redevenant plus forte. Et Aconia, tu ne l’as pas épousée, peut-être ?! Je vais te pourrir la vie mon petit Arturus, je vais t’apprendre à m’humilier !

   Le trône se mit à trembler et à s’élever lentement. Elias s’avança près d’Arthur et lança un sort. Dès qu’il eut fini, le trône retomba et un silence pesant s’installa. Il fallu un peu de temps à Arthur pour retrouver ses esprits et interroger Elias.

— Qu’est-ce que vous avez fait exactement ?

— Je l’ai aidée à passer de l’autre côté, pour de bon, cette fois. Il fallait en profiter avant qu’elle retrouve toute sa force.

— Juste quand j’allais le faire ! Protesta Merlin. Mais évidemment y en a que pour Môssieur Elias !

— Merlin, s’il vous plaît… soupira Arthur. Vous avez bien fait, Elias. Je ne sais pas ce que je serais devenu sans vous. Verinus, que vas-tu faire maintenant que tu en es débarrassé ?

— Je vais rentrer à Rome, le climat de ton royaume ne me convient pas trop.

— Essaye d’éviter les problèmes et la milice urbaine, surtout.

— Compte sur moi… merci… Sire Arthur.

— Moi, j’ai rien compris mais les trucs qui volent, tout ça, j’ai bien aimé ! conclut Karadoc.

***


Prologue, épilogue : Ce que Verinus n’a pas dit.


   Rome, le Ghetto, quinze ans avant Kaamelott, l’emplacement du vendeur de citrons, Verinus.

— Manilius et Arturus sont de retour, il parait ! Ils sont craignos ces fripons, ils vont se faire...

— Tu crois qu’un général pourrait épouser une fille comme moi ?

— Julia ! T’es encore sur Arturus, toi ! Il est passé à autre chose, laisse tomber. Et franchement, tu crois que c’est sympa pour moi, ma biquette ?!

— M’appelle pas comme ça, je t’ai déjà dit !

— Ben moi, je trouve que j’ai gagné le droit de t’appeler comme ça, je te trouve de la bouffe, je te trouve où dormir... qu‘est-ce que tu ferais si tu m’avais pas, hein ?!

— J’en trouverais un autre, c’est pas les gars comme toi qui manquent ! Rétorque Julia, agacée.

— Et paf ! Prends-toi ça dans la tronche, mon petit Verinus ! Ah ma biquette, c’est pas la gentillesse qui t’étouffe !

— Tu m’énerves, je vais chez Licinia !

— Ben voyons ! Avec un peu de chance, tu croiseras un Dux Bellorum ! Hurle Verinus tandis que Julia s’éloigne.

   Quelques instants plus tard, une main s’abat sur son épaule, en se retournant, il découvre Aulus Milonius Procyon le toisant avec un sourire cruel.

— Mais c’est ma p’tite pute de balance préférée, viens avec moi, Glaucia veut te parler !

— Ah ouais, d’accord mais là, ça tombe mal... dis-lui que je passerai le voir en fin de soirée.

   Pour toute réponse, Procyon l’agrippe par la nuque et l’entraîne avec lui.

***

   Au cours de l’interrogatoire qui suit, Glaucia posant les questions et Procyon les appuyant avec ses poings, Verinus trahit ses amis pour la seconde fois.

— Tu vas aller attendre Arturus chez sa femme, dit Glaucia à Procyon.
— Et ?
— Et... à ton avis ?!
— Y a plusieurs options.
— La pire, j’te parle de la pire !

   Procyon se rend chez Licinia, l’égorge et à l’arrivée de Julia, retient celle-ci sous la menace de son pugio. A l’arrivée de Manilius, il oblige Julia à lui dire d’entrer et le poignarde immédiatement. Las d’attendre Arturus, il égorge également Julia avant de partir.

***

   Verinus ne comprend pas pourquoi il est encore vivant, ils l’ont laissé partir ! Ils ont probablement jugé qu’il pourrait encore être utile, pourtant, lorsque Procyon est rentré, Glaucia n’a pas eu l’air très satisfait de son rapport. Il en vient à espérer que ses amis sont indemnes mais en arrivant devant chez Licinia, la milice urbaine est là, les soldats sont partout dans le bâtiment. Verinus interroge un badaud qui lui apprend qu’un massacre a eu lieu et que deux femmes et un homme sont morts. Julia, Licinia et... Arturus ou Manilius ?
   Il passe la nuit sous son étalage de citrons, une nuit agitée, pleine de bruit et de fureur. Le visage de Julia revenant sans cesse le hanter. Dès l’aube, il retourne chez Licinia, cette fois, les lieux sont déserts. Il monte et entre dans le logement en désordre, des taches de sang maculent le sol, le lit et les quelques pauvres meubles. Verinus s’écroule et hurle sa douleur.
— Il est bien temps de pleurer pauvre minable !
   Verinus cesse ses pleurs et regarde autour de lui, qui a parlé ? Il lui a semblé reconnaître cette voix mais il sait que c’est impossible. Malgré tout, il ne peut empêcher un espoir fou de l’envahir.
— Julia ? C’est toi ma biquette ?
— NE M’APPELLE PAS COMME ÇA TRAITRE !
   La puissance de la voix a projeté Verinus au sol, il se relève péniblement, tremblant de tous ses membres. Il ne comprend pas et croit devenir fou.
— Julia, où es tu ma biq... chérie ?
— Je suis morte, connard ! Tu devrais le savoir, c’est toi qui en es responsable. Je suis bloquée ici depuis mais j’ai l’impression que tu pourrais m’aider à me déplacer... je sens une sorte de point d’accroche avec toi. Tu vas acheter ce gourbi !
— Mais comment, j’ai pas un rond ?!
— DÉMERDE-TOI ! Tu me dois bien ça, c’est comme si tu m’avais tuée toi-même, comme si tu avais toi-même plongé la lame dans mon cou ! Vole, fais de la contrebande, débrouille-toi mais achète-le !
— Qui est mort avec Licinia et toi, Arturus ou Manilius ?
— C’est Manilius malheureusement mais le tour d’Arturus va venir... mais pour ça, tu dois trouver de l’argent, d’abord pour ici, ensuite pour payer un voyage en bateau pour la Bretagne ! Va et obéis !

   Verinus est à genoux, la voix de Julia résonnant encore dans sa tête. Il ne voit pas comment ne pas lui obéir. En sortant dans la rue, un homme l’interpelle.
— Qu’est-ce que tu faisais là-dedans, toi ? Mais, je te reconnais, tu es souvent venu ici !
— Oui, c’était des amis.
— Mon pauvre gars, nous voilà bien tous les deux, toi sans amis et moi avec un logement invendable !
— Laisse-moi un peu de temps et je te le rachète, répond Verinus.
— Tu as combien sur toi ? S’empresse le propriétaire.
— Pas assez, loin de là ... neuf deniers et pas un seul solidus.
— Marché conclu ! Je ne veux plus voir cet endroit... neuf deniers et il est à toi !
— Tope-là camarade ! S’écrie Verinus.

***

   Quelques jours plus tard, Verinus a pris contact avec les brigands du coin, ils sont méfiant mais Verinus tient bon, insiste et propose des entourloupes qui les séduisent. L’importation de raisins de Corinthe auxquels on ajoute une bonne part de figues étant la plus rentable*. Il ne tarde pas à se remplir les poches mais Julia n’est jamais satisfaite et lui mène la vie dure. Elle est de plus en plus forte et le suit partout. Il est bien une accroche pour elle, il ne s’en plaint pas, il pense l’avoir mérité.
   Vient le jour où il a assez amassé pour payer le voyage en Bretagne. Julia lui dicte une missive destinée à Arthur : Mon cher Arthur ... j’ai appris ton ascension... hâte de te revoir ... le bon vieux temps, etc.

***

   La suite, vous la connaissez.


   A son retour à Rome, Verinus, débarrassé de Julia par Elias, rentre « chez lui ». Le logement est toujours aussi sale et en désordre mais, épuisé, il s’effondre sur le lit et s’endort. El pleine nuit une voix le réveille.
— Verinus, contrairement à ce qu’a dit l’autre con d’Elias, je ne suis pas passée de l’autre côté, je suis juste limitée à cet endroit mais avec ton aide...
   Verinus ne répond pas, il se lève, descend les marches, allume une torche et met le feu au bâtiment.

— Adieu, ma biquette.

FIN





(*) Véridique, d’où l’expression : Mi figue, mi raisin.

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