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Pécore
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Mot de l’auteur : Cette nouvelle est à intercaler entre le départ d’Arthur de la villa d’Aconia (livre 6, épisode 5), après que celle-ci ait refusé de l’épouser et son retour le lendemain. Ce texte représente une théorie qui explique les causes pour lesquelles Aconia a changé d’avis par rapport à la demande de mariage d’Arthur et pourquoi elle lui fera promettre de ne jamais consommer son union avec Guenièvre.

Arthur fut fort déçu par le refus d’Aconia, mais la belle ayant déjà un mari, l’explication lui sembla acceptable.

À peine, le futur roi de Bretagne était-il sorti de la superbe villa, qu’on frappa à la porte. Drucilla la gouvernante alla l’ouvrir d’un pas excédé, estimant à tort qu’Arthur avait dû oublier quelque chose.

― Qu’est-ce qu’il y a encore ? dit-elle d’une voix blasée. Vous êtes décidément encore plus con que ce que je pen...

La domestique ne put finir sa phrase, car ce n’était pas Arthur qui se tenait devant elle, mais un homme au regard farouche, Méléagant. Il pencha la tête sur le côté avant de s’exprimer d’une voix aussi mielleuse qu’impérieuse.

― Belle de nuit.

― Pardon ? répondit la gouvernante.

― Ce sont de petites fleurs rougeâtres, qui ne s’ouvrent que le soir. Je conçois que vous ne les connaissiez pas, car elles proviennent de pays lointains.

― Je sais ce que c’est, je ne suis pas idiote. Vous voulez en vendre ? demanda Drucilla sur un ton brusque.

― Non, pas vraiment. Allez dire ces trois mots « belle de nuit » à votre maîtresse, rien de plus, rien de moins. Je vous attendrais ici pendant ce temps.

― Ben voyons, encore heureux. Je ne vais pas vous laisser entrer pour que vous piquiez un truc !

La domestique ferma la porte au nez du visiteur et s’exécuta en ronchonnant. Mais contrairement à ce qu’elle avait anticipé, Aconia se présenta immédiatement et seule, à son « invité surprise ».

― Il n’y a que mon mari qui appelle ainsi. C’est lui qui vous envoie ?

― Non, je suis ici de ma propre initiative.

― Et qui êtes-vous ?

― La réponse à vos longues nuits.

― C’est à dire ? demanda Aconia avec un soupçon d’inquiétude.

― Chaque nuit est le début d’un nouveau lendemain… Or, ce renouveau qui vous échappe depuis tant d’années est maintenant à votre portée. Je parle de celui qui vous permettrait de vivre heureuse et d’enfanter, car je suis en mesure de vous faire revenir votre mari : le naïf, mais fidèle Manius.

Il y eut un moment de silence. Finalement, Aconia demanda à Méléagant de la suivre dans le salon où ils purent s’asseoir et s’exprimer plus à leur aise.

― Combien ?

― L’argent ne m’intéresse pas.

― Alors, que voulez-vous ?

― Un service... Pour fédérer la Bretagne, Arthur devra se marier devant les Dieux avec la fille du roi de Carmélide, une nommée Guenièvre ; or je désire qu’ils ne consomment jamais cette union.

― Vraiment ? répondit la Romaine sur un ton interloqué. Et comment pourrais-je réaliser cet exploit ?

― Arthur vous aime et souhaite vous épouser, difficile d’être plus en position de force pour lui faire prononcer un serment.

― Je vois. Et concrètement, qu’attendriez-vous de moi ?

― Dès demain, vous lui déclarerez que vous avez changé d’avis et que vous acceptez de l’épouser, à la rigueur secrètement afin de conserver les avantages liés à votre position sociale. Peu de temps après, il sera nommé pour remplacer Manius en Bretagne...

― Pardon ?

― Quoi ? Vous ignoriez ce détail. Sallustius avait gardé cet argument en réserve, au cas où vous auriez refusé à l’époque de former Arthur à devenir chef de guerre.

Aconia se mordit les lèvres, afin de ne pas montrer son désarroi, vis-à-vis de la sournoiserie du bras droit de César.

― Peu importe... continuez, indiqua Aconia à voix basse.

― Pour fédérer la Bretagne, Arthur devra donc se marier avec cette Guenièvre ; or je ne veux pas qu’ils aient un enfant, d’où le serment que je souhaite qu’il vous fasse de ne jamais consommer cette union.

La Romaine resta les yeux dans le vide quelques instants.

― Si je ma mariais secrètement avec Arthur, cela me ferait prendre de gros risques. Mon époux ou n’importe quelle grande famille romaine considéreraient cette union comme une trahison envers les valeurs romaines.

Méléagant s’exprima avec un air rassurant.

― Inutile de vous inquiéter pour ces détails. Soyez un minimum discret et tout devrait bien se passer... Vous n’aurez qu’à dire à Arthur la vérité sur ce point : ce mariage doit rester secret, sans quoi votre réputation, voire votre vie pourrait être mise en danger. D’ailleurs, ce petit jeu ne devrait durer que quelques jours, le temps que votre ancien élève soit nommé Dux Bellorum et muté en Bretagne.

La belle Romaine passa les doigts dans ses cheveux et prit une grosse inspiration, avant de répondre à son interlocuteur.

― J’ai l’impression de ne pas avoir vraiment le choix.

Aconia avait l’habitude de faire semblant de se poser en victime, afin de mieux négocier dans un second temps, mais Méléagant ne tomba pas dans son piège.

― Mais pas du tout, vous êtes doté de libre arbitre. Soit vous me rendez ce service, vivrez heureuse ici ou en Macédoine avec Manius et vos enfants, soit vous mourrez seule dans votre palais, avec l’autre cerbère pour vous tenir compagnie.

Aconia se leva et fit quelques pas, afin de mieux recentrer sa pensée, car même si la proposition était inespérée, elle allait à l’encontre du principe de fidélité envers son mari, Arthur ou les lois romaines. Cependant, Manius étant parti pour la Bretagne il y a treize longues années, Aconia avait parfaitement consciente qu’elle était maintenant une femme mûre et que si elle voulait des enfants, elle ne pouvait attendre plus longtemps.

La Romaine allait accepter, quand Drucilla entra dans la pièce et déposa sans manières un plateau de fruits, entouré de petites fleurs rougeâtres... les bien nommées belles de nuit (celles-ci ont la particularité de s’ouvrir en début de soirée afin de capter un maximum d’humidité et de se fermer le jour pour se protéger du soleil).

― Tenez. Comme vous semblez être de vieux amis, j’ai pensé que cela vous ferait plaisir.

― Merci, Drucilla, tu peux nous laisser, indiqua Aconia d’un ton sec.

― Mais non au contraire, répondit Méléagant en riant et en tapant des mains. Je suis sûr que cette brave gouvernante voudrait savoir pourquoi sa maîtresse, la parfaite romaine est sur le point de trahir ses principes, pour que son mari lui revienne.

― Drucilla, sort de cette pièce, c’est un ordre.

Comprenant que les négociations étaient beaucoup plus importantes que ce qu’elle avait imaginé, la domestique s’exécuta sans dire un mot. Une fois seule avec son invité, Aconia s’exprima sur un ton plus calme.

― Manius vous a-t-il parlé de mon passé ? Par exemple de mon éducation, la plus rude et la plus complète du monde romain. Sachez que j’ai été formée à ne jamais montrer mes émotions, même quand l’Empire m’a enlevé mon mari.

En entendant cela, Méléagant prit un air songeur, mais laissa Aconia s’exprimer.

― Je vais vous dire un secret : je suis fatiguée d’être forte. J’ai enduré plus que ma part de souffrance dans ce monde et tout cela pour quel résultat ? Ne jamais avoir d’enfant... la grandeur de Rome ? Non, je préfère encore mourir. Bénis soient les empereurs qui se suicident aux bains, car ils ont compris que la vie n’a aucune utilité.

― Je compatis à votre douleur, mais il me faut une réponse. Acceptez-vous mon marché ? demanda Méléagant de sa voix posée.

C’en fut trop pour Aconia, qui ne put résister à la proposition de Méléagant plus longtemps.

― Oui, finit-elle par balbutier.

Le sorcier sourit et s’accorda quelques secondes avant de s’exprimer.

― Soit. Évidemment, à l’instant où Arthur consommera son union avec Guenièvre, notre pacte sera rompu et Manius vous sera repris, ainsi que les enfants que vous pourriez avoir avec lui… ou d’autres.

― Quoi ? Il n’en est pas question ! indiqua Aconia.

Méléagant tendit la main vers le plateau de fruits, comme pour se saisir d’une pomme, mais préféra au dernier moment prendre une belle de nuit.

― Parce que tu crois être en mesure de t’opposer à ma volonté ?

À peine, le sorcier avait-il prononcé ces paroles, que la petite fleur rouge vif qu’il tenait entre ses doigts noueux se fana instantanément. Aucun mot ne sortit de la bouche d’Aconia pendant quelques secondes, face à la prouesse dont elle avait été témoin. Seul le chantage dont elle était victime et la possibilité de glaner quelques informations sur son interlocuteur lui permirent de s’exprimer.

― Nous avons un accord et je le respecterai… Mais comme preuve que l’éducation romaine est la plus complète du Monde connu, je souhaiterais vous poser deux questions.

Méléagant se redressa sur son siège, car son intérêt n’avait pas été ainsi stimulé depuis fort longtemps et il invita Aconia à s’exprimer, par un geste vif de la main.

― Êtes-vous lié à la nomination de Manius en Bretagne, réalisée il y a treize ans ?

― Oui, je perçois à travers votre réflexion, les raisons pour lesquelles Rome a su étendre son Empire si loin, vous avez été bien formée. Mais je ne vous répondrai pas, sans quoi il me faudrait vous tuer. N’y voyez rien de personnel... Mais posez donc votre seconde question.

― Vous souhaitez qu’Arthur ne consomme jamais son mariage avec cette Guenièvre, mais est-ce afin qu’il n’ait jamais d’héritier ou qu’il en ait un avec une autre femme ?

― Aconia, je ne saurais que trop vous conseiller de ne pas vous égarer en vous montrant trop curieuse, répondit Méléagant d’une voix aussi douce qu’inquiétante.

Il y eut un long moment de silence où la maîtresse de maison eut le temps de se calmer et de mesurer les risques inconsidérés que son orgueil lui avait forcés à prendre.

― Avez-vous d’autres questions ?

La « parfaite épouse romaine » baissa la tête et le sorcier se permit une dernière remarque.

― Avant de partir, j’aurais deux choses à vous dire. Sachez d’abord que si vous aviez refusé ma proposition, je vous aurais éliminé avec votre servante… dont j’ai le plus grand respect, indiqua Méléagant juste assez fort pour que celle-ci puisse l’entendre.

― Cela va de soi, répondit Aconia.

― Et surtout, n’oubliez pas que la confiance n’exclut pas le contrôle.

― Je m’en souviendrais aussi sûrement que votre nom, si vous me l’aviez indiqué.

― Vous pouvez m’appeler Némésis, comme la déesse de la vengeance... celle à laquelle on ne peut échapper.

Sur ces mots, Méléagant se leva et partit d’un pas traînassant.

― Drucilla, viens vite, la nuit sera longue, finit par ordonner la maîtresse de maison. J’ai décidé d’accepter la demande en mariage d’Arthur et nous avons des détails à régler.

― Soit, mais je vous connais bien et je m’inquiète pour votre santé. Vous paraissez forte, mais je vois bien que vous n’en pouvez plus !

― J’essayerai de dormir un peu, mais nous devrons nous tenir prêtes à accueillir Arthur, avant que les belles de nuit ne referment leurs pétales.

― Au fait, qui était cet homme ?

― Un être qu’il te faudra oublier dès ce soir.

― C’est à dire, insista la gouvernante.

― La réponse à mes longues nuits, Drucilla… Ni plus ni moins.

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