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Pécore
Hors ligne

Le lourd destrier avançait péniblement sur le chemin boueux. Il glissait souvent et ses efforts pour garder l’équilibre avaient pour effet de réveiller son cavalier quelques instants. Revêtu d’une épaisse fourrure, l’homme ressentait malgré tout, la violence incessante du vent et de la pluie.
   Un frisson plus fort que les précédents le réveilla pour de bon. Il avait dû dormir longtemps car le paysage désertique avait laissé place à une forêt touffue et le soleil était sur le point de se coucher.
   Il décida de camper là, sur ce chemin détrempé perdu au milieu de cette forêt dense. Il défit le cheval de son paquetage, ses armes, son écu et lui retira la selle au grand soulagement de l’animal. Longtemps après, il parvint enfin à faire un petit feu produisant plus de fumée que de flamme afin de s’y réchauffer uniquement car il n’avait rien à faire cuire. Il mangea tout de même le reste du pain que la vieille femme reconnaissante lui avait donné après qu’il eut sauvé son fils d’un loup affamé. Elle lui avait demandé son nom afin de chanter ses louanges auprès de tous ceux qu’elle croiserait. Son nom ? Galaad, c’est celui que lui ont donné ses parents. Fils de roi ou Beau-trouvé, les deux premiers donnés par Viviane, finalement, il avait répondu par le troisième : Lancelot, Lancelot du Lac.
   Le lendemain matin, la pluie avait cessé non sans, auparavant, être venue à bout de son feu de bois humide. Le vent, toujours aussi présent, lui, avait quelque peu séché ses affaires.
   Fatigué mais résolu, il repartit à pieds, guidant le cheval d’une main et assurant ses pas de l’autre grâce à une branche faisant office de canne.
   La forêt lui semblait interminable et l’idée d’y passer une autre nuit le faisait frissonner.
   Des heures et plusieurs chutes plus tard, la forêt finit par s’éclaircir et ce qu’il pouvait à présent entrevoir, une lande grise sous un ciel rouge sombre et un soleil pâlichon qui ne parvenait pas à percer les nuages noirs, somme toute, n’était guère plus engageant. Il en vint presque à regretter la forêt. Il décida de traverser ces terres hostiles le plus rapidement possible et enfourcha son destrier à présent reposé.

    -Vous nous quittez déjà seigneur ?

   Lancelot tressaillit et se retourna. Un homme était là, assis sur un rocher, qui l’observait. Il portait une cape dont la capuche dissimulait presque entièrement son visage, difficile de lui donner un âge mais il semblait plutôt costaud et alerte.

    -Ne préfèreriez-vous pas vous restaurer un peu avant de partir ?
    -Qui êtes vous ? le questionna sèchement Lancelot.
    -Quelle importance ? Il n’y a que nous ici, vous et moi ! Pourquoi s’embarrasser de détails ?
    -J’aime bien savoir à qui j’ai affaire d’une manière générale et je n’ai pas honte de mon nom ! Je suis Lancelot du Lac.
    -Oh ! Le fameux Lancelot du Lac, lui-même ?!
    -Vous avez entendu parler de moi ?
    -Pas du tout mais vous prononcez votre nom avec tellement d’emphase que j’ai bien senti que vous attendiez une réaction.

L’ironie manifeste mit Lancelot en colère, il descendit de sa monture et prit son épée.

    -Vous, le beau parleur, venez ici en découdre !

   L’inconnu éclata de rire, ce qui eut pour effet de décupler la rage de Lancelot qui se rua sur lui mais lorsqu’il abattit son épée, elle ne rencontra que le rocher, sa cible avait disparu. Il fouilla les lieux mais il ne découvrit aucune trace du mystérieux personnage. Un oiseau survolant la scène poussa un cri ressemblant étrangement à un rire, Lancelot hurla son dépit.

    ***

   Il avait retrouvé son calme lorsque, plus loin sur la lande, il entendit des bruits étranges. Remontant à la source du son, il arriva au pied d’un gibet où un pendu tout frais gigotait en gémissant. Qui l’avait pendu ? Personne alentour. Avait-il fait cela tout seul ? Mais comment ? Le gibet était bien trop haut... monté sur un cheval peut-être, l’animal aura pris peur en l’entendant crier. Lancelot tira son épée et sectionna la corde. Le dépendu desserra aussitôt la corde de son cou et, se relevant, invectiva Lancelot.

    -Mais vous êtes malade ! J’aurais pu me faire mal !

Lancelot fut sidéré par tant d’ingratitude.

    -Je viens de vous sauver la vie, vous pourriez faire montre d’un peu de reconnaissance !
    -Mais qui vous a demandé quelque chose à vous ?! Sous prétexte qu’on s’appelle Lancelot du Lac, on sauve tout le monde sans demander la permission ?!
    -Vous me connaissez ?
    -Pas du tout !
    -Vous venez de m’appeler par mon nom !
    -J’ai dit ça au hasard !

   Cette fois-ci, c’est la mauvaise foi du quidam qui laissa le chevalier interdit. Puis, reprenant ses esprits, il décida d’ignorer ce fou.

    -Allez vous faire pendre ailleurs, dans ce cas ! Grand bien vous fasse.

   Il lança son cheval au galop, pressé de sortir de ce pays insensé. Il galopa longtemps, puis, le soir venant, il établit son bivouac, réussit à faire un feu digne de ce nom, mangea quelques baies cueillies sur le chemin et s’apprêta à dormir.

    -Et vous pensez vous en tirer comme ça ?

Lancelot se redressa d’un bond, cherchant qui avait parlé mais il avait déjà reconnu la voix... le pendu !

    -Comment avez vous fait pour arriver ici ?! Vous avez un cheval ?
    -Pour quoi faire ? Nul besoin de ce genre d’ânerie par ici !
    -Écoutez, je ne comprends rien à ce qu’il se passe ici, tout me semble... étrange.
    -Ouais ? Moi, c’est vous que je trouve étrange ! Vous débarquez ici, vous faites du feu, comme un branque, entre nous soit-dit, vous refusez  de vous restaurer lorsqu’on vous le propose, vous coupez MA corde, franchement, vous ne méritez pas de vivre en ces lieux !
    -MAIS JE NE DEMANDE QUE CA ! VIVRE AILLEURS !
    -Ah ouais mais non ! C’est pas comme ça que ça marche... soit vous apprenez à vivre ici, soit vous n’avez pas besoin d’apprendre à être mort ailleurs !
    -Nous sommes dans les limbes, c’est cela ? s’étrangla Lancelot. Je suis à l’article de la mort, quelque part, loin de mes proches ?!
    -Loin de vos proches ?! Non mais, vous déconnez ?! Quels proches ?! Vos parents ?! Votre père est mort en voulant défendre son château, votre mère est entrée dans les ordres et Viviane vous a abandonné !
    -Comment... comment savez-vous cela ? sanglota le chevalier.
    -Nia, nia, nia... c’est ça un chevalier solitaire ?! Quelle déception !
    -Dites-moi ce que je dois faire pour sortir d’ici !

   Lancelot, replié sur lui-même, pleurant sur son sort, n’obtint jamais de réponse, le pendu dépendu avait disparu. Le sommeil finit par le prendre et il se réveilla, lourd de toutes ces insinuations, cruelles et pas si fausses. Il reprit sa route dans un état second et avança ainsi  jusqu’à ce qu’un grondement sourd le sorte de sa torpeur. Devant lui se dressaient trois trolls de bonne taille et au sol, le pendu, cette fois-ci, décapité.
   Immédiatement, ses doigts s’agitèrent et la routine de courage enseignée par Viviane emplit son esprit sans même qu’il en eût conscience. Revigoré, il sauta à terre, saisit son arme et, le sourire aux lèvres, fit face à l’ennemi.
   Le premier troll vint le défier en poussant un cri guttural. Sans s’émouvoir, le chevalier fit sauter sa tête d’un seul coup d’épée. Les deux trolls restant se regardèrent puis attaquèrent  à l’unisson. Toujours aussi serein, Lancelot sectionna les deux têtes d’un geste magnifique. Il en fut très fier.

    -Mouais, pas mal !

Lancelot baissa la tête, découragé, il avait reconnu la voix du pendu dépendu décapité.

    -Vous n’aviez pas perdu la tête, vous ?
    -Le sens de l’humour ! Ouais, j’aime ça ! Quant à ma tête, je la perd, je la retrouve... ça va, ça vient.
    -Aidez-moi, je vous en prie, je ne suis pas à ma place ici !
    -Ne vous inquiétez pas, les trois trolls ont témoigné en votre faveur, vous êtes un bon guerrier !
    -Témoigné ?! Mais ils sont morts !
    -Ah ! Vous pensiez sérieusement les avoir tués ?!  Sacrée Viviane ! Vous êtes comique... allez, je vous indique la voie. Marchez tout droit pendant... le temps qu’il faudra. Ensuite, vous verrez une noce, n’y allez pas ! Continuez tout droit jusqu’à une auberge, on vous y recrutera.
    -Mais je suis un chevalier solitaire !
    -Oh merde ! Démerdez-vous !

FIN
Pour la suite voir Livre VI, Lancelot ira tout de même à la noce et tombera amoureux de Guenièvre, il se fera ensuite recruter par Arthur à l’auberge.

Chef de Clan
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C'était une histoire très intéressante. Bien qu'en prose, elle est parfaitement dans le ton du Lancelot de Kaamelott mais rappelle aussi très bien les quêtes de la légende arthurienne. Qui est cet homme ? Mystère. En tout cas Lancelot a le chic pour attirer les types louches. Encore bravo pour ce beau prequel !

Semi-Croustillant
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Belle introduction, Gerfo !

On ressent toute la pesanteur contre laquelle Lancelot dut s'élever depuis l'enfance, tout ce qui le poussa à s'imposer la droiture... Il n'aurait pas tenu sans se cramponner à l'idée de perfection pour compenser le reste. Et malheureusement, il est toujours sous emprise. Viviane l'a lâché, il tombe sur ton pendu dépendu. Et bientôt, Méléagant en fera son jouet !

Mille mercis, Gerfo ! :D

Pécore
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Merci à vous deux, vu que c'est dans un tout autre style que mes histoires habituelles, je n'étais pas très sûr de mon coup. :)

Chef de Clan
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Et bien tu nous as prouvé que les scenarii de Kaamelott fonctionnaient tout aussi bien en prose. Et en plus ça m'a rappelé plus une façon livre V, ce qui collait très bien à ton propos.

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