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Karadoc et Perceval en forêt, traînant un gigot, à la chasse à la plante carnivore.

PERCEVAL : Au fait, à quoi qu’on les reconnait ?
KARADOC : Les plantes carnivores ? J’en sais rien, j’ai pas demandé à Merlin.
PERCEVAL : Ah, c’est lui qui vous en a parlé ?
KARADOC : Ouais, enfin, il parlait avec l’autre enchanteur que j’aime pas bien…
PERCEVAL : Comment qu’on va faire, du coup ?
KARADOC : Ben, la première qui nous attaque, on lui marave la tronche et après, on en cherche d’autres pareilles !
PERCEVAL : Ah ouais !... c’est chaud !
***

A la nuit tombée.

PERCEVAL : A part un écureuil, y a pas grand-chose qui nous a attaqué !
KARADOC : Et encore, c’était un bébé et j’suis pas sûr qu’il voulait vraiment nous attaquer !
PERCEVAL : Les plantes, elles ont dû avoir peur de nous ! On aurait dû venir moins nombreux !
KARADOC : Que la moitié, vous voulez dire ?
PERCEVAL : Ben ouais, ça aurait été largement suffisant !
KARADOC : Mais la moitié d’nous, ça fait que moi !… ou que vous !
PERCEVAL : Ah ouais, la vache ! J’avais pas compté !
KARADOC : Bon, ben… du coup, on rentre ?
PERCEVAL : Ben ouais, les plantes, si elles ont bouffé de la bidoche toute la journée, elle doivent roupiller maintenant.
***

Un peu plus tard au labo de Merlin.

KARADOC : Vous vous êtes bien foutu d’ma tronche, hein ?!
MERLIN : Comment ?!
KARADOC : L’autre jour, quand vous parliez avec machin, là… les plantes carnivores !
MERLIN : Euh oui, j’en ai parlé avec Elias et puis quoi ?
KARADOC : Ben j’suis allé en forêt avec le Seigneur Perceval et ben, on en a pas trouvé !
MERLIN : Ça m’étonne pas, ça pousse que dans les pays chauds, en Afrique surtout !
KARADOC : MAIS VOUS POUVIEZ PAS L’DIRE AVANT, AU LIEU D’NOUS LAISSER CHERCHER COMME DES CONS !
MERLIN : ÇA VOUS APPRENDRA A ÉCOUTER DES CONVERSATIONS QUI VOUS CONCERNENT PAS ! ÇA VA BIEN MAINTENANT !
KARADOC : On voulait les appâter avec un gigot premier choix, regardez-moi ça ! Qu’est-ce que j’vais en faire maintenant ?


(Noir, voix off)

MERLIN : Alors là, Seigneur Karadoc, venant d’vous, c’est une question… déroutante !



  TSON !

Karadoc et Perceval à la taverne.

KARADOC : Moi, la forêt, j’y vais plus !
PERCEVAL : Ah bon mais pourquoi ?
KARADOC : On m’a dit qu’il y avait des plantes carnivores !
PERCEVAL : C’est quoi ces machins là ?
KARADOC : C’est des plantes qui mangent de la viande ! Les salopes ! Déjà qu y en a pas d’trop pour nous !
PERCEVAL : Ouais mais bon, c’est pas dangereux, on est pas d’la viande, nous !
KARADOC : Ben y parait qu’si !
PERCEVAL : De quoi ?!
KARADOC : Ben ouais, y parait qu’on pourrait manger d’l’homme comme on mange du cochon ! Ça s’fait pas, c’est tout !
PERCEVAL : Ah la vache mais c’est dégueulasse !
KARADOC : Ben pourquoi ? Moi, ça m’déplairait pas d’finir en rôti !
PERCEVAL : Ben, comptez pas sur moi pour v’nir bouffer à votre enterrement !
KARADOC : Nan mais d’toute façon, c’est pas possible ; j’vous ai dit,  ça s’fait pas ! J’suis trop en avance sur mon temps. J’aurais dû naître dans mille ans avec des idées progressives comme les miennes !
PERCEVAL : Ouais, c’est pas faux !
KARADOC : C’est “progressives” que vous avez pas compris ?
PERCEVAL : Ouais !
KARADOC : C’est des trucs qui font avancer les hommes !
PERCEVAL : Comme les chevaux ?
KARADOC : Ouais, voilà ! Les chevaux, c’est progressif !
PERCEVAL : Sinon, pour vos plantes qui dévorent, là ! On pourrait pas en faire une mission ?
KARADOC : Comment ça ?
PERCEVAL : Ben on va en forêt, on les trouve et on les coupe !
KARADOC : Ah ouais, pas con ! Et si ça se trouve, on va trouver leur garde-manger !
PERCEVAL : Allez, c’est parti, j’ai une idée !
KARADOC : Ouais, les plantes, faut leur couper l’herbe sous l’pied !
***

A Kaamelott.

LEODAGAN : Ils vont pas mieux les deux débiles, j’dirais même que ça s’aggrave !
ARTHUR : Gauvain et Yvain ?
LEODAGAN : Nan, les deux autres !
ARTHUR : Perceval et Karadoc ? Qu’est-ce qu’ils ont encore fait ?


(Noir, voix off)

LEODAGAN : J’préfère pas savoir pourquoi mais j’viens d’les voir partir en forêt en traînant un gigot en laisse !



  TSON !

Dame Séli se dirige d’un pas décidé vers la chambre royale. Elle frappe vigoureusement à la porte.

ARTHUR : Qu’est-ce que c’est ?!
SELI : On a besoin de vous, ça urge !
ARTHUR (lui ouvrant) : Mais vous pourriez prendre des initiatives de temps en temps, non ? Je suis pas là pour régler les problèmes d’intendance !
SELI : C’est plus grave que ça. (Elle marmonne quelque chose d’inaudible)
ARTHUR : COMMENT ? j’ai rien compris !
SELI : Mon époux a disparu.
ARTHUR : Comment ça ?
SELI : Il était là et d’un coup, il y était plus !
ARTHUR : J’peux pas dire que ça m’émeuve plus que si j’avais égaré un truc dont j’ai rien à faire, en revanche, ça m’intrigue. Vous voulez dire que vous l’avez vu, disparaître ?
SELI : Pas tout à fait, on avait des mots et je lui tournais le dos. Je l’ai traité de gros faisan et ... rien ! Je me suis retournée et il avait disparu.
ARTHUR : Ben il est parti, c’est tout !
SELI : Impossible ! La porte de la chambre était fermée et, jusqu’ici, il avait jamais laissé passer un “gros faisan” !
ARTHUR : Bon, allons voir sur place !
***

SELI : Voilà ! Il est pas là, vous êtes bien avancé maintenant !
ARTHUR : Oh ! Dites, ça va hein ! C’est pas moi qui l’ai perdu que je sache ! Pourquoi vous vous engueuliez d’abord ?
SELI : Qu’est-ce que ça peut faire ?
ARTHUR : Dites toujours !
SELI : Ça faisait des jours que j’le tannais pour qu’il aille remonter les bretelles de Merlin, il voulait rien savoir.
ARTHUR : A quel sujet ?
SELI : Merlin refuse de me faire une potion !
ARTHUR : Quel genre de potion ?
SELI : J’vois pas le rapport, en quoi ça vous regarde ?
ARTHUR : Ça me regarde si je le décide vu que je suis le Roi ! Accouchez !
SELI : Une potion de (Inaudible)
ARTHUR : Pardon ? J’ai pas bien ... .
SELI : D’enfantement ! Une potion d’enfantement.
ARTHUR : Qu’est-ce c’est qu’ce machin là ?
SELI : Ben ! Ça m’semble clair. Une potion pour avoir un enfant.
ARTHUR : Une potion de fécondité, quoi !
SELI : Pas tout à fait, non. La femme qui la boit tombe enceinte du premier homme qui la touche. Et quand je dis, qui la touche, c’est à prendre au pied de la lettre, pas besoin de partie de jambes en l’air, un simple contact des mains par exemple, et hop ! Le polichinelle est dans le tiroir.
ARTHUR : Et je peux savoir à qui était destinée cette potion ?
SELI : Une amie, vous la connaissez pas !
ARTHUR : Ah mais me la faites pas à l’envers ! C’était pour votre fille, oui ! Vous étiez prête à ce qu’elle soit enceinte du premier glandu de passage !
SELI : Ah mais non ! Je me serais arrangée pour que ce soit vous, j’suis pas folle quand même !
ARTHUR : Si vous l’dites ! Allons voir Merlin.
SELI : Mais puisque j’vous dis qu’il veut pas la faire !
ARTHUR : Léodagan qui disparait d’un coup, ça vous évoque pas un peu la magie ?
***

MERLIN : Le seigneur Léodagan ? Oui, il est passé.
ARTHUR : Et alors ?
MERLIN : Alors ? Rien !
ARTHUR : Bon, écoutez Merlin, on va pas jouer à ça. DITES MOI C’QUE VOUS AVEZ FAIT DE LEODAGAN !
MERLIN : Mais rien ! Il voulait la potion que Dame Séli m’a réclamée mais je lui ai dis qu'il pouvait se gratter. Il est reparti lui annoncer.
SELI : Ah bon, c’était vrai alors ? Je l’ai pas cru, c’est pour ça que je l’ai traité de gros faisan.
ARTHUR : Il s’est rien passé d’autre ? Y avait personne d’autre ici ?
MERLIN : Il a juste croisé le Seigneur Perceval en repartant.
ARTHUR : Qu’est-ce qu’il voulait çui-là ?
MERLIN : Il me rapportait une potion de téléportation, soi-disant qu’elle marchait pas. Il voulait aller en Afrique pour voir des éléphants.
ARTHUR : Et qu’est-ce qu’elle devenue cette potion ?
MERLIN : Aucune idée, il a jamais pu la retrouver. Maintenant que j’y pense, Le Seigneur Léodagan et lui se sont heurtés à la porte, peut être que ... .
ARTHUR : La potion s’est renversée sur lui ! Donc, il est en Afrique ?
MERLIN : Ah ben, pas forcément. Ça dépend à quel lieu il pensait quand ça s’est produit, ensuite, c’est une question de minutes avant que ça agisse.

Léodagan marchant seul dans un paysage froid et désolé.


(Noir, voix off)

LEODAGAN : Quand j’ai dit, va te faire voir chez les Orcaniens, je parlais de cet enfoiré de Merlin, MERDE !


TSON !

Grande salle de Kaamelott, Damé Séli a réuni tous les habitants du château. Les loufiats, les soldats, les seigneurs, leurs épouses, tout le monde. C’est un brouhaha énorme.
DAME SÉLI : Bon, écoutez-moi !
Personne ne lui prête attention, le vacarme continue.
DAME SÉLI : ÉCOUTEZ-MOI BANDE DE PIGNOUFS !
ARTHUR : Non mais oh ! Ça va bien, oui ?!
DAME SÉLI : Nan mais c’est pas à vous qu’je cause, c’est les autres là...
LÉODAGAN : Quoi les autres ?! C’est de moi qu’vous parlez ?!
DAME SÉLI : Ah mais que vous êtes cons ! C’est les larbins et les soldats qui font tout ce bazar !
ARTHUR : Et “que vous êtes cons” c’était pour qui exactement ?
DAME SÉLI : Oh mais arrêtez de vous vexer comme des p’tites pucelles ou on y arrivera pas !
LÉODAGAN : Ah ben dites-donc, vous êtes remontée ce matin... j’ai hâte d’entendre la suite, ça promet !
***
L’audience a fini par se calmer et Dame Séli peut enfin commencer.
DAME SÉLI : Bon ! Il semblerait que certains parmi vous se croient à Rome ici. Et que j’te laisse toutes les torches allumées toute la nuit, les chandelles pareil et que ça bouffe quand ça leur chante... je dis stop ! C’EST PAS ROME ICI ! En conclusion, à partir de pas plus tard que maintenant, toutes les torches seront éteintes au coucher, si vous avez besoin de vous déplacer, prenez une chandelle qui vous appartient ! EST-CE-QUE C’EST BIEN CLAIR POUR TOUT L’MONDE ?!
KARADOC : Ah bah non, ça s’ra pas clair, ça s’ra tout noir !
DAME SÉLI : Vous faites bien de l’ouvrir, vous ! À vous seul vous dilapidez la moitié des ressources du château ! Alors, la nuit, vous restez dans votre chambre sinon, y aura des représailles !
KARADOC : C’EST PAS DES REPRÉSAILLES QUI Y AURA ! C’EST D’LA CHARCUTAILLE !
ARTHUR : Oui euh bon, ça va, on va s’calmer un peu. Alors, euh, seigneur Karadoc, vous avez l’droit d’aller aux cuisines la nuit...
DAME SÉLI : Ah non mais c’est pas vrai !
ARTHUR : ...mais avec votre propre chandelle, on est d’accord ?
PERCEVAL : Oh ben, ça le gênera pas, y pourrait y aller les yeux fermés !
LÉODAGAN : Et si j’ai envie d’aller pisser au milieu d’la nuit, comment que j’fais, moi ?
DAME SÉLI : Ben vous prenez une chandelle ! On en a tout un stock !
LÉODAGAN : Et après, j’peux pas tenir la chandelle, mon froc et l’matos, j’ai pas trois mains !
DAME SÉLI : Mais vous la posez, c’est quand même pas compliqué !
LÉODAGAN : Je pose quoi ?
DAME SÉLI : Mais réfléchissez espèce de gros faisan ! La chandelle, qu’est-ce que vous voulez poser d’autre ?!
LÉODAGAN : Ouais oh hé ! Mollo, hein ! Vous décidez des trucs, comme ça, toute seule... on peut savoir ce qu’il vous prend ?
DAME SÉLI : Y m’prend qu’on va manquer d’pin !
KARADOC : Le pain ici, d’toute façon, il est dégueulasse ! Tant qui y a de la barbaque, moi, ça m’va.
PERCEVAL : Et puis, j’vois pas l’rapport avec aller poser une chandelle pour pisser d’ssus !
DAME SÉLI : Mais pas ce pain là, bougres d’ânes ! Le pin, le bois !
PERCEVAL : Oh là là... ça commence à m’faire mal à la tête c’t’histoire.
ARTHUR : Le pin, c’est le bois dont on fait les torches, parce que c’est un résineux, ça flambe bien et longtemps.
LÉODAGAN : Oui et ?
ARTHUR : Depuis l’incendie du mois dernier, on est à cours de pin.
PERCEVAL : Ça vient sûrement d’moi, hein, mais j’ai rien pigé.
KARADOC : Mais non, ça vient pas d’vous, j’ai rien pigé non plus !
ARTHUR : Vous avez juste à savoir que la nuit les torches seront éteintes et que devrez prendre une chandelle...
DAME SÉLI : PERSO, la chandelle !
ARTHUR : Oui, alors, ça, j’en ai rien à carrer !
DAME SÉLI : Le stock de chandelles aussi, diminue !
PERCEVAL : Les chandelles c’est en pain aussi ?!
***
Un couloir de Kaamelott en pleine nuit, noir complet.
PERCEVAL : Vous êtes sûr que c’est par là ?
KARADOC : Certain !
PERCEVAL : Mais vous aviez pas une seule chandelle dans votre chambre ?
KARADOC : Pas besoin... chut !
PERCEVAL : Quoi ?
KARADOC : On approche, écoutez comme ça sent bon !
(Noir, voix off)
PERCEVAL : J’peux pas, j’y vois rien !
TSON !

Plume De Chien a écrit :

Encore un jeu bien barré qui promet un soui pas possible à la taverne !

Du soui, du soui, j'vois pas pourquoi, c'est tout con ! :)

Ah ben, ça y est, ça fonctionne !
Très bon, surtout Perceval :)

La taverne où nous retrouvons nos deux piliers, Perceval et Karadoc, cette fois, en compagnie de Gauvain et d’Yvain.
KARADOC : Ça vous dirait pas un p’tit sloubi ?
YVAIN : C’est quoi ? Ça se mange ?
KARADOC : Nan, c’est un jeu !
PERCEVAL : Ouais mais c’est chiant, on a toujours pas les bouts de bois ni les poutrelles ! Du coup, c’est trop... c’est pas assez...
KARADOC : Ça manque de poutrelles, quoi ! Pourtant, on s’était bien marrés la dernière fois !
PERCEVAL : Ouais mais on était déjà bien allumés ! Là, on sera pas en état avant deux bonnes heures ! Non mais sinon, on pourrait jouer à Garbette ou Ficlou ! Ça se joue à quatre et seulement avec des dés !
YVAIN : Dédé ?! Connais pas ! Et puis on est déjà quatre !
PERCEVAL : Les dés, vous savez pas c’que c’est ?!
YVAIN : Ah mais oui, si, si ! Non mais j’avais pas… pardon !
GAUVAIN : Oui ! Moi aussi j’avais … mais non !
KARADOC : C’est pas trop compliqué j’espère ?
PERCEVAL : Pensez-vous, c’est tout con ! Pour commencer, faut décider qui va débuter ! Pour ça, on lance les dés chacun notre tour et celui qu’a le résultat le plus équidistant commence la partie !
GAUVAIN : Équidistant ? C’est en rapport avec les chevaux ?
YVAIN : Non, ça c’est équilatéral !
PERCEVAL : Nan mais c’est n’importe quoi c’que vous dites ! Équidistant, c’est le résultat le plus proche de tous les autres !
KARADOC : On pourrait pas prendre le plus grand ou le plus petit, ça serait plus simple quand même !
PERCEVAL : Mais j’vois pas c’qu’y a de compliqué ! Là, on a trois dés, donc, le plus petit possible c’est trois et le plus grand dix-huit !  Bon, le plus équidistant c’est sept et demi mais avec les dés, on peut  pas, alors c’est celui qui fait sept ou huit qui gagne. Si y a égalité, c’est le premier qui crie : Garbette ! S’il est au dessus ou Ficlou !  S’il est en dessous, qui commence. Ça peut pas être plus simple !
YVAIN : J’ai rien pigé mais trop pas quoi !
GAUVAIN : Et ça, c’est juste pour décider qui commence ?!
KARADOC : Ouais mais c’est fastoche, il faut faire six ou huit !
PERCEVAL : Ah ben non ! Ça dépend ! Là, c’était un exemple mais si le plus grand, c’est huit et le plus petit cinq alors c’est celui qu’est le  plus proche de six et demi qui commence !
KARADOC : Ah ouais ?! Ben merde ! Moi qui croyais qu’j’avais pigé pour une fois ! Bon, et après, comment que ça se passe ?
PERCEVAL : Celui qui commence lance les dés le plus loin possible. Bon,  là, euh… soit on les jette à l’autre bout de la pièce soit carrément par la porte.
KARADOC : Ouais mais là, ça caille ! On va pas laisser la porte ouverte !
PERCEVAL : Ouais, bien vu ! On va les jeter vers le mur du fond.
YVAIN : Et après ?
PERCEVAL : Après chacun donne la valeur qu’il pense que font les dés,  on va voir et le plus proche marque la valeur des dés plus le nombre de pas qu’il aura fallu pour y aller multiplié par soixante-douze.
KARADOC : Non mais c’est compliqué quand même !
YVAIN : Ouais, c’est chaud !
GAUVAIN : Il est vrai que ce jeu n’est pas des plus simples !
PERCEVAL : Mais quoi ?! A chaque fois que je propose un jeu de chez moi, vous trouvez à redire !
KARADOC : Oui mais vous, vous avez un don pour les chiffres ! Pour nous… c’est moins réfléchissant !
PERCEVAL : Ou alors, on joue avec les règles à l’armoricaine…
(Noir, voix off)
PERCEVAL : Mais j’vous préviens, faut sept troncs d’arbres et demi et trois brouettes de dés !

TSON !

Retro peccat a écrit :

Excellente celle-ci aussi :D

Encore merci :)

Devant la grande porte de Kaamelott, Yvain et Gauvain montent la garde. Ils ont l’air gêné, ils n’osent même pas se regarder. Pile entre eux, quelqu’un a déposé un étron. Le délit fut commis il y a peu car il fume encore.
GAUVAIN : Vous avez vu qui...
YVAIN : Ah non ! J’ai rien vu, moi.
GAUVAIN : Je crois que je me suis assoupi quelques instants, vous pensez que...
YVAIN : Mais je pense rien ! Vous aviez qu’à pas vous endormir !
GAUVAIN : Mais si vous n’avez pas dormi, vous devez bien savoir qui est venu faire ses besoins devant la grande porte.
YVAIN : Ouais euh... bon, j’ai p’têtre fermé les yeux... mais deux secondes, hein !
GAUVAIN : Pensez-vous que mon oncle sera courroucé ? Peut-être devrions-nous l’enlever ?
YVAIN : Ah non mais moi, je touche pas à ça ! Trop dégueux.
GAUVAIN : Vous avez raison... nous dirons que c’est un cheval.
YVAIN : Euh... vous avez déjà vu du crottin de cheval ?
GAUVAIN : Ah mais que nenni, je regarde ailleurs dans ces cas là !
***
Le roi Arthur revenant de mission avec sa troupe s’arrête devant la grande porte où les deux gardes dorment debout tout en produisant des ronflements sonores.
ARTHUR : OH !
YVAIN : Hein ?! Quoi ? A LA GARDE !
GAUVAIN : Non mais... je crois que c’est nous, la garde.
LÉODAGAN : Ah ben, j’confirme, oui !
ARTHUR : C’est comme ça que vous tenez votre poste ?!
LÉODAGAN : Vous vous rendez compte que n’importe qui aurait pu...
ARTHUR (Fixant le sol devant lui) : Chier devant la porte.
LÉODAGAN (Étonné) : Euh... oui, enfin j’pensais plutôt à une invasion...
ARTHUR : Moi, je pense pas... je vois. Regardez là.
LÉODAGAN : Ah merde !
ARTHUR : Comme vous dites.
LÉODAGAN : Me dites pas qu’vous avez pas vu qui a fait ça !
YVAIN : Ah j’en étais sûr, ça va encore être de notre faute... trop prévisible, le paternel, ça m’gave.
GAUVAIN : Mon oncle, soyez certain que si nous avions vu ce malandrin, nous l’aurions immédiatement pris au collet et jeté au cachot !
ARTHUR : Mais par un malheureux concours de circonstances, vous l’avez pas vu.. eh ouais, la vie est mal faite, hein ? Donc, il manque un prisonnier dans les geôles du coup ?
YVAIN : Ben ouais puisqu’on l’a pas...
ARTHUR : Vous allez le remplacer, tous les deux. Allez hop, au cachot !
LÉODAGAN : Mais avant, vous allez m’nettoyer cette merde !
YVAIN : Ah non mais ça, c’est trop pas juste. C’est une atteinte à notre dignité d’être humain, nous protestons énergiquement !
LÉODAGAN : Redites-moi ça et j’vous envoie aux galères !
ARTHUR : Les galères ? Oui, pourquoi pas... j’pensais plutôt à une corvée de latrines, moi.
GAUVAIN : Non non, mon oncle, on l’a pas redit, on nettoie et on va au cachot !
YVAIN : Ouais mais c’est quand même trop pas juste !
***
Plus tard, salle à manger de Kaamelott.
LÉODAGAN : J’me d’mande  quelle saloperie de dégénéré a bien pu faire ça !
ARTHUR : Ouais, mine de rien, faut en avoir quand même... même devant les deux abrutis là... sauf, s’il les connait !
LÉODAGAN : Vous pensez à un proche ?
ARTHUR : Proche, proche... y a pas besoin d’être très proche pour connaître la réputation d’ces deux-là !
LÉODAGAN : Alors qui ?
ARTHUR : Moi, j’pensais à un d’vos proches à vous... votre père, il s’rait pas dans l’coin par hasard ?
LÉODAGAN : Mon père ?! Nan mais ça va pas bien ?! D’abord, il est en Carmélide et puis, j’vois pas bien pourquoi il aurait fait ça !
ARTHUR : Parce que vous pensez qu’il a besoin d’une raison pour faire une saloperie ?
LÉODAGAN : Non, c’est vrai mais là, en l’occurrence... et puis il est en Carmélide, j’vous ai dit !
ARTHUR : Moi j’trouve que ça s’rait bien son style.
LÉODAGAN : Non mais dites, oh ! Dites tout d’suite qu’on est une famille de merde !
ARTHUR : Sans aller jusque là... vous conviendrez qu’il est spécial.
LÉODAGAN : Ça, c’est pas un tendre, c’est sûr. Mais non, j’suis sûr que c’est pas lui.
ARTHUR : Un des deux crétins alors ? Il aurait préféré faire là plutôt que de quitter son poste ?
LÉODAGAN : Et comme par hasard, ça va tomber sur le mien ! Non mais, vous en voulez vraiment à ma famille, hein ?!
ARTHUR : Mais j’ai pas dit ça, ça peut très bien être Gauvain... même si j’y crois pas trop.
LÉODAGAN : Nan mais ça tient pas votre histoire, là. Vous avez vu la taille du machin ? C’est pas un des deux gamins qu’a pu faire ça, c’est une merde d’homme, ça. Un vrai !
ARTHUR : Ça m’énerve mais c’est possible qu’on sache jamais.
***
Route d’Orcanie, un carrosse file à vive allure.
LOTH : Ah ! Ça c’est un fait d’armes ou j’m’y connais pas !
DAGONET : Un fait d’armes ?! Mais, j’ai pas vu d’arme, moi !
LOTH : Peut-être ! Mais, en tout cas, on a pas fini d’en entendre parler et on me prendra au sérieux maintenant !
GALESSIN : Mais, personne ne vous a vu !
LOTH : Et les gardes alors ?! Vous avez vu, ils ont pas osé bouger.
DAGONET : Nan mais... j’crois bien qu’ils dormaient.
LOTH : Des gardes de Kaamelott ?! Impossible !
GALESSIN : Ah mais si, j’les ai entendu ronfler, moi.
LOTH : Merde  !
(Noir, voix off)
DAGONET : C’est l’mot, oui.
TSON !

Merci bien mais "parfait" c'est trop :)

Au village.

ROPARZH : Mais parfaitement ! J’m’en vais vous expliquer ça à grands coups d’pelle dans vot’ tronche.
GUETHENOC : Avec vot’pelle toute rouillée là ? Ben, j’risque pas grand chose !
ROPARZH : Mais bien sûr que si, en plus du gnon, vous choppez une saloperie de maladie qui vous fait pourrir de l’intérieur... une arme de destruction mastoc, moi, que j’vous dis !
GUETHENOC : Ah ! Ben dans c’cas là moi je...je je je je je...
ROPARZH : Ça va sortir un jour ou l’autre ou bien ?!
GUETHENOC : Nom de gu d’nom de gu ! R’gardez plutôt c’qui c’passe là-bas !

Non loin d’eux, Léodagan en rage, poursuit Merlin en brandissant une masse d’arme.

ROPARZH : Oué ben c’est pas pire que d’habitude, sont tous frappadingues au château, t’façon !

***

Salle du trône. Arthur, Lancelot, Perceval et Karadoc discutent stratégie.

ARTHUR : Bon ! Qu’est-ce que c’est que cette carte, là ?! Je sais même pas par quel bout la prendre, c’est ni fait ni à faire !
LANCELOT : Je crois que c’est une des cartes du seigneur Hervé de Rinel...
ARTHUR : Ah bah oui, tout s’explique.
PERCEVAL (Indiquant un point sur la carte) : Là !
ARTHUR : Ben quoi ?
PERCEVAL : On dirait le nez d’ma grand-mère... (Puis voyant le regard d’Arthur) J’dis ça... c’est pour aider.
KARADOC : Ah oui, c’est marrant, le pif !
PERCEVAL : Pourquoi, vous connaissez ma grand-mère, vous ?
KARADOC : Pas bien mais ça change rien ça.
ARTHUR : Oui, ben, ça aide pas ! C’est pas l’pif de votre grand-mère qui va repousser les Vikings !
PERCEVAL : Ouais... quoique, vous connaissez pas ma grand-mère.
LANCELOT : Ça va p’t’être aller avec votre grand-mère, non ? On a un plan d’attaque à mettre au point, j’vous rappelle !
KARADOC : Mais puisqu’ y vous dit qu’sa grand-mère a du pif !
ARTHUR : HO ! CA VA BIEN MAINTENANT OUI ?!

Du bruit se fait entendre dans le couloir, le Maître d’armes déboule dans la salle.

MAÎTRE D’ARMES : Sire ! C’est affreux, il va le tuer !
ARTHUR : QUOI ?! Mais qui ?
MAÎTRE D’ARMES : Mais Merlin !
LANCELOT : Merlin va tuer quelqu’un ?!
MAÎTRE D’ARMES : MAIS NON ! C’est le seigneur Léodagan qui va le tuer !
PERCEVAL : Ce coup-ci, je pige rien mais j’pense pas qu’ça vient de moi !
ARTHUR : Qui est-ce qui veut tuer qui à la fin ?!
MAÎTRE D’ARMES : Bon attendez... le seigneur Léodagan... vous voyez qui c’est ?
ARTHUR : Hum ! Roulez...
MAÎTRE D’ARMES : Oui, bien sûr, j’suis bête, c’est votre beau-père. Ben il poursuit Merlin pour le massacrer avec sa masse d’arme.
LANCELOT : Qu’est ce qui lui prend ?
MAÎTRE D’ARMES : J’en sais rien mais il a pas l’air de plaisanter !
KARADOC : Il a une masse d’arme Merlin ?
ARTHUR : Ah non mais qu’est-ce qui m’a foutu des engins pareil ! Y en a pas un pour rattraper l’autre !
KARADOC : Peut-être que si on avait la grand-mère du seigneur Perceval...

***

Au village, les choses ont un peu évolué. Guéthenoc, Roparzh et Dame Séli retiennent Léodagan tandis qu’un peu plus loin, assis sur une pierre, Merlin récupère son souffle.

LÉODAGAN : LÂCHEZ-MOI QUE J’ÉTRIPE CETTE RACLURE DE CANIVEAU !
GUETHENOC : Mé vous pensez pas c’que vous dites, vous avez pu toute vot’tête !
DAME SÉLI : Mais oui, ça peut pas être si grave que ça !
MERLIN : Mais, j’ai rien fait, moi ! J’ai juste essayé de le soigner !
LÉODAGAN : V’NEZ ICI ! J’VAIS VOUS SOIGNER MOI !

Arthur, Lancelot, Karadoc et Perceval débarquent à cet instant.

ARTHUR : On peut savoir c’qui c’passe ici ?! Qu’est-ce qui vous arrive beau-père ?
LÉODAGAN : ÇA VOUS R’GARDE PAS !
ARTHUR : J’ai un ministre qui veut tuer mon enchanteur, je trouve que ça me regarde de très près, moi ! Alors ? Merlin ?
MERLIN : Mais je sais pas, j’ai fait un sort pour soigner son rhume !
LÉODAGAN : BEN C’EST RATÉ !
ARTHUR : Bon, ben, c’est pas une raison pour vous mettre dans cet état ! Ou alors... ça a eu un autre effet ?
LÉODAGAN : Ça vous r’garde pas que j’vous dis !
DAME SÉLI : Y a bien un truc, sinon, vous seriez pas dans cet état !
LÉODAGAN : VOUS VOULEZ SAVOIR ?! Quand y m’a fait son sort, tout c’que ça m’a fait, c’est donné l’envie d’pisser !
ARTHUR : C’est vraiment pas grave...
LÉODAGAN : Sauf que quand j’y suis allé... j’ai failli pas la trouver !
ARTHUR : De quoi ?
LÉODAGAN : A votre avis ? Moitié plus p’tite qu’elle est maintenant !
DAME SÉLI : Ah ouais, déjà qu’avant...
LÉODAGAN : Dites !
MERLIN : Mais ça peut pas être moi, j’sais pas le faire le sort de rikikizizi !
LÉODAGAN : ARRANGEZ-MOI ÇA TOUT DE SUITE OU J’VOUS ÉCARTÈLE !
MERLIN : JE SAIS PAS L’FAIRE QUE J’VOUS DIS !
ARTHUR : Sauf si vous vous êtes gouré dans votre formule.
MERLIN : Ah ouais... (A Léodagan) Qu’est-ce que j’ai dit exactement ?
LÉODAGAN : Mais j’en sais rien moi, j’y connais rien à ces trucs là !
MERLIN : Oh ! Mettez-y du vôtre aussi sinon on va pas y arriver !
LÉODAGAN : Non mais là, c’est sûr, j’vais m’le faire.
MERLIN : Pour le sort de guérison, faut parsemer de la poudre de gui en même temps qu’on récite la formule... y a pas à s’gourer !
LÉODAGAN : C’était du houx.
MERLIN : Pardon ?
LÉODAGAN : La plante que vous avez réduite en poudre, c’était du houx !
MERLIN : Ah merde ! Remarquez maintenant, je sais comment faire le sort de rikikizizi !

***

Plus tard, au village.

ROPARZH : D’où qu’on en était, nous ?
GUETHENOC : Vous alliez m’mettre un coup de vot’ pelle rouillée !
(Noir, voix off)
ROPARZH : Ah oui, c’est vrai, heureusement qu’vous êtes là !

TSON !

Merci les amis, que le lard soit avec vous ! :)

Cuisines de Kaamelott en pleine nuit, Karadoc casse la croûte, Arthur entre.

ARTHUR : Ben tiens ! C’est bizarre, j’suis pas surpris d’vous trouver là !
KARADOC (La bouche pleine) : Nan mais chai pas bigearre, si vous y penchez bien, avec mes quatre cache-dalle de la nuit (déglutition), stalagtitement, vous aviez une bonne chance de tomber sur moi.
ARTHUR : Stalagtitement ? Statistiquement !
KARADOC : Ouais, c’est pareil ! Mais changez pas de sujet, pour une fois qu’on peut discuter tous les deux des choses qui comptent vraiment...
ARTHUR : La bouffe, bien sûr !
KARADOC : Voilà ! Par exemple, qu’est-ce que vous préférez manger, vous ?
ARTHUR : Euh... je sais pas, l’agneau, je crois que c’est ce que je préfère.
KARADOC : Ouais... C’est bon mais moi, ce que je préfère mais, alors là, carrément au dessus de tous les autres trucs, hein, c’est le lard ! Le gras, y a pas de secret, le gras, c’est ça qui fait tout !
ARTHUR : Ouais, ça en dit beaucoup sur vous, quand même !
KARADOC : De quoi ? Mais non, ça dit rien le lard... même quand c’est encore vivant, ça parle pas !
ARTHUR : Non mais c’est juste une façon de dire que ça m’étonne pas que ce soit votre viande préférée.
KARADOC : Ouais ben, ça m’étonne pas que ça vous étonne pas, vous êtes fin spéléologue, vous !
ARTHUR : Psychologue !
KARADOC : De quoi ?
ARTHUR : Rien ! Passez-moi un bout d’lard !
KARADOC : Bien ! Vous avez raison, faut toujours écouter les spécialistes !
ARTHUR : Spécial... Ah oui non, là, c’était bon.
***
Repas du midi, Arthur, Guenièvre, Séli, Léodagan, Perceval et Karadoc.
LÉODAGAN : Vous nous imposez pas ces deux-là habituellement !
ARTHUR : Ouais, ben, les habitudes, c’est fait pour être changé !
SÉLI : On change les habitudes pour les améliorer, pas pour faire chier son monde !
ARTHUR : Parce que vous pensez qui si j’invite les seigneurs Perceval et Karadoc, c’est obligatoirement pour vous faire chier ?!
SÉLI : Ben pourquoi sinon ?
ARTHUR : Mais parce que j’apprécie leur compagnie, certainement plus que la votre, en tous cas !
GUENIÈVRE : Et puis on invite qui on veut quand même, on vous dit pas qui inviter en Carmélide, nous ! Ça me fait penser... vous nous avez jamais invités...
PERCEVAL : Nan mais sinon, si on gêne, on peut aller à la taverne, on s’en fout nous.
KARADOC : En plus, on mange mieux là-bas !
ARTHUR : Non mais ça va bien, oui ?! Vous êtes mes invités, vous restez là ! Si ça gêne quelqu’un... je le retiens pas !
LÉODAGAN : Hum ! Euh... par ailleurs, euh... qu’est-ce qu’on mange ?
ARTHUR : Ben vous voyez pas ?
LÉODAGAN : Ben j’vois du lard mais y a pas qu’ça quand même, si ?
ARTHUR : Eh si ! Ce midi, c’est lard. Alors y en a de tous les coins de Bretagne...
KARADOC : Le meilleur c’est l’irlandais !
ARTHUR : Ah merde ! J’crois bien qu‘ y en a pas de çui-là... Y en a de Calédonie, de chez nous... d’Orcanie même ! Et celui-là... ben tiens, il vient d’chez vous beau-père !
LÉODAGAN : On fait du lard par chez nous ?
SÉLI : Ben faut croire !
KARADOC : Nan mais çui d’chez vous, c’est d’la merde !
LÉODAGAN : Non mais oh ! Dites !
ARTHUR : Mais discutez pas, beau-père, c’est un expert qui vous le dit !
KARADOC : Ben non, c’était moi !
ARTHUR : Oui ben, l’expert ou le spécialiste, si vous préférez, c’est bien vous !
LÉODAGAN : Mais j’ai bien l’droit de défendre les produits de mon terroir, non ?!
SÉLI : Ah mais ça va bien, y a cinq minutes vous saviez même pas qu’on en fait, du lard !
LÉODAGAN : Oui ben, maintenant, je sais et je veux pas qu’on en dise du mal !
KARADOC : Ah mais j’en dis pas de mal, pour moi, c’est même pas du lard... regardez-moi ça, c’est tout sec... même le gras, il est sec !
LÉODAGAN : Passez-le moi, j’vais lui faire honneur, moi, au lard de Carmélide !
KARADOC : Vous devriez pas, hein ! Moi, j’dis ça, c’est pour vous, vous allez voir, vous allez être malade !
GUENIÈVRE : Père ! Vous devriez pas... écoutez le seigneur Karadoc, le roi vous dit que c’est un expert !
ARTHUR : Laissez, laissez... (A Karadoc) Alors, parmi ceux qui restent, quel est le meilleur ?
KARADOC : Je dirais, le calédonien... c’est le plus gras. Allez-y, faites péter !
PERCEVAL : Moi, j’aime bien celui d’la taverne, il est bien gouleyant !
KARADOC : Ben oui mais à la taverne, y fait v’nir que d’l’irlandais ! C’est pour ça qu’c’est meilleur qu’ici !
ARTHUR : Oui, bon, ben, ça va bien maintenant ! On en fera venir de l’irlandais, pour l’instant, y a que ça !
LÉODAGAN : C’est désagréable quand on critique les trucs de chez vous, hein ?!
***
Promenade digestive dans les jardins.
ARTHUR : C’est vrai que c’est pas dégueu le lard, c’est sous-estimé comme viande.
KARADOC : Voilà ! C’est tout à fait ça, on dit, le bœuf, l’agneau... mais le lard, c’est le Graal des cuisines !
LÉODAGAN : Ouais euh... calmez-vous quand même, moi, j’ai pas trouvé ça terrible !
KARADOC : Mais évidemment, vous avez bouffé que celui de Carmélide, j’vous ai dit qu’c’est d’la merde !
LÉODAGAN : Mais il est très bon ! Pour du lard...
KARADOC : Quand vous aurez goûté de l’irlandais, vous toucherez plus à çui de Carmélide, moi, j’vous l’dis !
PERCEVAL : Moi j’aime bien les lardons mais bon, j’sais bien qu’c’est pas gentil de manger des bébés !
ARTHUR : De quoi ?!
PERCEVAL : Les lardons, c’est bien les p’tits du lard, non ? J’ai dit une connerie ?
ARTHUR : Mais le lard, c’est pas un animal, c’est un morceau du cochon !
PERCEVAL : Ah merde ! J’peux manger des lardons sans m’cacher, alors ?! J’avais un peu honte de manger des p’tits. Mais c’est quoi les lardons, alors ?
KARADOC : C’est du lard coupé en p’tits morceaux. Quand vous savez pas un truc sur la bouffe, demandez-moi ! C’est vrai quoi, ça sert à quoi d’emmagasiner tant de connaissances si c’est pas pour en faire profiter les amis ?!
PERCEVAL : C’est vrai, j’suis con... j’ai un puits d’science à côté de moi et j’en profite même pas !
ARTHUR : Eh ouais... à quoi ça tient la culture, hein ?
(Noir, voix off)
PERCEVAL : Ouais mais là, c’est pas d’la culture, c’est de l’élevage !
TSON !

levieux a écrit :

Nice quod et in sono bene. Ça pourrait ne rien vouloir dire, mais c'est Sympa et bien dans le ton.
Gerfo doit adorer Raymond Devos.

C'est pour "pères se valent" que vous dites ça ?
C'est pas faux ! :D

Pauvre Arthur, on ne peut vraiment pas dire que tous ses pères se valent :lol:

Merci Sterenn,
ton message ne manque pas de pistes souvent intéressantes mais, la plupart du temps, j'évite de faire des histoires trop longues, il y a toujours un moment ou je trouve qu'il faut conclure. (Peut-être un peu trop brusquement parfois. :)

De retour de l’auberge, le chevalier Perceval rentre tranquillement à Kaamelott lorsqu’une voix bien connue l’interpelle.

-Seigneur Perceval !
-PERCEVAL : Oui, Sire ?
-ARTHUR : J’aurai besoin de vous et de vos amis, cette nuit !
-PERCEVAL : Ah ben, y a qu’à demander ! Quand c’est vous, on refuse jamais !
-ARTHUR : Oui, euh… d’un autre côté, vu que j’suis le roi, vous avez pas trop le choix !
-PERCEVAL : Ouais, je sais bien, mais avec vous, c’est avec plaisir. Enfin, ça dépend de c’qui faut qu’on fasse ! Faudrait pas nous d’mander de torcher l’cul des poules, quand même !
-ARTHUR : Mais  évidemment, c’est pas un travail de chevalier, ça ! … c’est même pas un  travail du tout ! Elles se débrouillent très bien toutes seules, les poules !
-PERCEVAL : Ouais, ouais, mais c’était juste une façon de dire…
-ARTHUR : Ouais ! Bon vous voulez savoir c’qui faut faire ou pas ?!
-PERCEVAL : Oui, oui, allez-y ! J’vous écoute… Sire.
-ARTHUR : Bon, voilà ! Il y a des malandrins…
-PERCEVAL : Des ?
-ARTHUR : Malandrins ! Des brigands, quoi ! Des voleurs !
-PERCEVAL : Ah ouais, je vois ! Des méchants, quoi !
-ARTHUR : Si vous voulez… Donc, les méchants, attaquent les clients de l’auberge AVANT qu’ils soient clients ! C’est-à-dire, ils les détroussent avant qu’ils entrent dans l’auberge !
-PERCEVAL : C’est dégueulasse !
-ARTHUR : Je ne vous le fais pas dire !
-PERCEVAL : L’aubergiste va faire faillite !
-ARTHUR : Oui mais euh… on s’en fout de ça ! Enfin non, on s’en fout pas mais c’est pas le plus important ! DES VOYAGEURS SE FONT DÉVALISER A DEUX PAS DE KAAMELOTT ! C’est intolérable !
-PERCEVAL : Vous voulez qu’on empêche les voyageurs d’entrer ?
-ARTHUR : Mais pas du tout, je veux que vous vous planquiez derrière la réserve de bois de la taverne, que vous attendiez que les brigands passent à l’attaque, après, vous les suivez jusqu’à leur repère et vous rentrez me dire où c’est. C’est clair ?
-PERCEVAL : Ouais, je crois. Je me planque derrière la cabane à bûches du tavernier, j’attends  que les méchants attaquent et je les suis jusqu’à chez eux. Fastoche !  Faut juste que je me mette pas à roupiller...
-ARTHUR : Non mais c’est pour ça que vous allez vous partager les quarts avec Karadoc, Yvain et Gauvain.
-PERCEVAL : Ça empêche de dormir, les cars ? Ça se mange ?
-ARTHUR : Mais non ! Chacun d’entre vous montera la garde pendant un quart de la nuit, c’est pas compliqué quand même !
-PERCEVAL : Ah ouais, okay ! Par exemple, moi, je fais de sept heures à dix heures ensuite Karadoc de dix à une heure et ainsi de suite...  ouais, ouais, j’ai compris !
-ARTHUR : Ah bah, dites donc, y a du progrès !
-PERCEVAL : Ah ben oui, moi, dès qu’y a des chiffres, ça me parle !

***
Perceval a réuni ses camarades devant la grande porte.

-PERCEVAL : Le roi nous a confié une mission !
-KARADOC : Ah ouais ? C’est quoi qui faut faire ?
-PERCEVAL : On doit aller prendre le quart à l’abri-bûches !
-YVAIN : Déjà, j’ai rien pigé !
-GAUVAIN : Il est de fait que plusieurs mots m’ont échappé également !
-PERCEVAL : Vous savez c’que c’est un quart, quand même !
-KARADOC : C’est la moitié de la moitié d’un gâteau !
-PERCEVAL : Ouais, c’est ça ! Sauf que ça marche pas qu’avec les gâteaux, ça marche avec tout ce qu’on peut découper en quatre ! Pour nous, c’est la nuit.
-YVAIN : La nuit, ça se découpe ?!
-KARADOC : Non, c’est le brouillard qui se découpe, on dit un brouillard à couper au couteau !
-PERCEVAL : Ouais mais non ! Là, on doit monter la garde chacun notre tour pendant la nuit, là où le tavernier range son bois... à  l’abri-bûches !
-GAUVAIN : Et c’est quand qu’on découpe la nuit ?
-PERCEVAL : On va faire ça maintenant !
-YVAIN : Mais... il fait encore jour ! Comment voulez-vous découper quelque chose qu’est pas là ?!
-PERCEVAL : Non mais on décide maintenant comment on va la découper !  Par exemple, le premier quart c’est de sept heures à dix heures, qui veut le faire ?
-GAUVAIN : Moi, je veux bien si le seigneur Yvain est avec moi.
-PERCEVAL : Mais non ! Chacun fait son quart tout seul !
-YVAIN : Oh ouais mais c’est chaud, là ! Moi j’préfère être tout seul avec un autre.
-PERCEVAL : C’est les ordres du roi, alors commencez pas à faire vos raclettes, hein ! Sinon ça va me gonfler et ça va mal se mettre ! Alors... Gauvain, premier quart de sept à dix, Yvain, deuxième quart de dix à une heure... vous, seigneur Karadoc, vous préférez de une à quatre heures ou de quatre à sept heures ?
-KARADOC : Moi ça m’embête, rapport à mes casse-croûtes de la nuit ! Ça tombe pile dans mes horaires, c’est pas d’chance !
-PERCEVAL : Ben ouais mais vous en faites quatre par nuit, forcément... ça chevauche !
-KARADOC : J’vois pas bien le rapport avec les chevaux mais si vous l’dites...
-PERCEVAL : Y a forcément un de vos casse-dalles qui va tomber pendant un quart, je s’rais vous, je préparerais un truc à emporter et à manger sur place !
-KARADOC : Ah ouais, pas con ! Ouais mais non, si je prends le quart de quatre à sept, je peux préparer un truc pour celui de quatre heures mais je vais rater le p’tit déjeuner de six heures ! Et  si je prends celui de une à quatre heures, je peux préparer celui de deux heures mais je serai en retard pour celui de quatre heures !
-PERCEVAL : Mais vous pouvez pas en préparer deux ?
-KARADOC : Ah non, le p’tit déj de six heures, c’est les bonniches qui le préparent et je veux pas le rater celui-là ! Vous comprenez, y a  l’effet surprise, je sais jamais ce qu’elles vont nous servir.
-PERCEVAL : Dans c’cas là, vous prenez le quart de une à quatre heures, vous vous en préparez deux, un pour deux heures, l’autre pour quatre heures ! En plus, je viendrai prendre mon quart, on pourra bouffer ensemble !
-KARADOC : Ah ouais ! Comme ça, ça marche ! J’sais pas comment vous faites, vous en avez là-dedans, hein ?!
-PERCEVAL : Ça, c’est quand le roi me donne une mission, j’suis prêt à tout pour y arriver ... et puis j’aime bien les chiffres.
-YVAIN : Et si le seigneur Gauvain et moi on prenait un demi au lieu d’un quart, on pourrait le faire à deux ?
-PERCEVAL : Non parce que vous allez discuter et vous pourrez pas surprendre les brigands !
-GAUVAIN : Parce que y a des brigands ?!
-PERCEVAL : Ben ouais, j’vous avais pas dit ?

***
Quatre heures du matin, Perceval arrive à l’abri-bûches où Karadoc s’apprête à attaquer son casse-croûte.

-PERCEVAL : Juste à l’heure pour casser la croûte ! Il s’est rien passé jusque là ?
-KARADOC : Rien du tout depuis que je suis là, avant, je sais pas !
-PERCEVAL : Mais le seigneur Yvain vous a rien dit quand vous l’avez remplacé ? Mais c’est quoi ce bruit ?
-KARADOC : Ben justement, Gauvain et Yvain sont en train de ronfler derrière la cabane à bois, c’est comme ça depuis que je suis arrivé.
Perceval en colère va réveiller les deux ronfleurs.
-PERCEVAL : Hey, vous deux ! Qu’est-ce que vous foutez là à roupiller ?!
-YVAIN : Ben quoi, on est à notre poste !
-GAUVAIN : Ah tiens, vous êtes là seigneur Yvain ? Je ne vous ai pas vu arriver.
-YVAIN : Ben non, vous dormiez... moi, j’ai fait comme vous.
-PERCEVAL : Si les brigands sont passés pendant vos quarts, j’voudrais pas être à votre place quand le roi saura ça !
-YVAIN : Tout de suite, euh... on a rien vu, rien entendu, ils sont sûrement pas venus !
-PERCEVAL : J’espère pour vous, rentrez à Kaamelott maintenant, c’est à mon tour !
Rejoignant Karadoc, Perceval entame son casse-croûte.
-PERCEVAL : Ces deux-là, on peut jamais compter sur eux !
-KARADOC : On aurait mieux fait de faire ça tous les deux, je serais juste allé au ravitaillement quand il fallait !
-PERCEVAL : Ouais, j’sais bien mais c’est pas c’qu’avait dit le roi ! Chut ! Voilà du monde.
Un petit groupe de cinq personnes approche de la taverne, brusquement, une troupe de brigands les encercle et les dévalise. Tout s’est passé très vite et les brigands s’enfoncent déjà dans la forêt.
-PERCEVAL : Je vais les suivre, rentrez à Kaamelott prévenir le roi !
-KARADOC : Vous préférez pas que j’vienne avec vous ?
-PERCEVAL : Non, c’est mon quart, c’est à moi d’y aller !

***
Début d’après-midi, geôles de Kaamelott.

-ARTHUR : J’en étais sûr ! Toujours vous, Venec ! Dès qu’il y a un sale coup, vous êtes dans l’coin !
-VENEC : Ben quoi ?! Vous m’aviez dit de plus attaquer les clients de l’auberge, on l’a pas fait !
-ARTHUR : Vous jouez sur les mots, ils se rendaient à l’auberge !
-VENEC : Ah mais la loi, c’est la loi, c’est précis ce truc-là ! Quand je pense que j’ai été repéré par l’autre, là...
-ARTHUR : Le seigneur Perceval !
-VENEC : Ouais, c’est ça ! C’est quand même pas une flèche d’habitude !
(Noir, voix off)
-ARTHUR : Eh ouais, le seigneur Perceval ... c’est peut être vrai qu’il a une destinée, finalement !

TSON !

Merci à vous deux, vu que c'est dans un tout autre style que mes histoires habituelles, je n'étais pas très sûr de mon coup. :)

Joli, très bonne idée le mélange acteurs/Personnages (même si ça me fait penser une peu à mon histoire "Kaamelott, le film (Histoire d'un tournage délirant)) :)
Merci et bravo.

Le lourd destrier avançait péniblement sur le chemin boueux. Il glissait souvent et ses efforts pour garder l’équilibre avaient pour effet de réveiller son cavalier quelques instants. Revêtu d’une épaisse fourrure, l’homme ressentait malgré tout, la violence incessante du vent et de la pluie.
   Un frisson plus fort que les précédents le réveilla pour de bon. Il avait dû dormir longtemps car le paysage désertique avait laissé place à une forêt touffue et le soleil était sur le point de se coucher.
   Il décida de camper là, sur ce chemin détrempé perdu au milieu de cette forêt dense. Il défit le cheval de son paquetage, ses armes, son écu et lui retira la selle au grand soulagement de l’animal. Longtemps après, il parvint enfin à faire un petit feu produisant plus de fumée que de flamme afin de s’y réchauffer uniquement car il n’avait rien à faire cuire. Il mangea tout de même le reste du pain que la vieille femme reconnaissante lui avait donné après qu’il eut sauvé son fils d’un loup affamé. Elle lui avait demandé son nom afin de chanter ses louanges auprès de tous ceux qu’elle croiserait. Son nom ? Galaad, c’est celui que lui ont donné ses parents. Fils de roi ou Beau-trouvé, les deux premiers donnés par Viviane, finalement, il avait répondu par le troisième : Lancelot, Lancelot du Lac.
   Le lendemain matin, la pluie avait cessé non sans, auparavant, être venue à bout de son feu de bois humide. Le vent, toujours aussi présent, lui, avait quelque peu séché ses affaires.
   Fatigué mais résolu, il repartit à pieds, guidant le cheval d’une main et assurant ses pas de l’autre grâce à une branche faisant office de canne.
   La forêt lui semblait interminable et l’idée d’y passer une autre nuit le faisait frissonner.
   Des heures et plusieurs chutes plus tard, la forêt finit par s’éclaircir et ce qu’il pouvait à présent entrevoir, une lande grise sous un ciel rouge sombre et un soleil pâlichon qui ne parvenait pas à percer les nuages noirs, somme toute, n’était guère plus engageant. Il en vint presque à regretter la forêt. Il décida de traverser ces terres hostiles le plus rapidement possible et enfourcha son destrier à présent reposé.

    -Vous nous quittez déjà seigneur ?

   Lancelot tressaillit et se retourna. Un homme était là, assis sur un rocher, qui l’observait. Il portait une cape dont la capuche dissimulait presque entièrement son visage, difficile de lui donner un âge mais il semblait plutôt costaud et alerte.

    -Ne préfèreriez-vous pas vous restaurer un peu avant de partir ?
    -Qui êtes vous ? le questionna sèchement Lancelot.
    -Quelle importance ? Il n’y a que nous ici, vous et moi ! Pourquoi s’embarrasser de détails ?
    -J’aime bien savoir à qui j’ai affaire d’une manière générale et je n’ai pas honte de mon nom ! Je suis Lancelot du Lac.
    -Oh ! Le fameux Lancelot du Lac, lui-même ?!
    -Vous avez entendu parler de moi ?
    -Pas du tout mais vous prononcez votre nom avec tellement d’emphase que j’ai bien senti que vous attendiez une réaction.

L’ironie manifeste mit Lancelot en colère, il descendit de sa monture et prit son épée.

    -Vous, le beau parleur, venez ici en découdre !

   L’inconnu éclata de rire, ce qui eut pour effet de décupler la rage de Lancelot qui se rua sur lui mais lorsqu’il abattit son épée, elle ne rencontra que le rocher, sa cible avait disparu. Il fouilla les lieux mais il ne découvrit aucune trace du mystérieux personnage. Un oiseau survolant la scène poussa un cri ressemblant étrangement à un rire, Lancelot hurla son dépit.

    ***

   Il avait retrouvé son calme lorsque, plus loin sur la lande, il entendit des bruits étranges. Remontant à la source du son, il arriva au pied d’un gibet où un pendu tout frais gigotait en gémissant. Qui l’avait pendu ? Personne alentour. Avait-il fait cela tout seul ? Mais comment ? Le gibet était bien trop haut... monté sur un cheval peut-être, l’animal aura pris peur en l’entendant crier. Lancelot tira son épée et sectionna la corde. Le dépendu desserra aussitôt la corde de son cou et, se relevant, invectiva Lancelot.

    -Mais vous êtes malade ! J’aurais pu me faire mal !

Lancelot fut sidéré par tant d’ingratitude.

    -Je viens de vous sauver la vie, vous pourriez faire montre d’un peu de reconnaissance !
    -Mais qui vous a demandé quelque chose à vous ?! Sous prétexte qu’on s’appelle Lancelot du Lac, on sauve tout le monde sans demander la permission ?!
    -Vous me connaissez ?
    -Pas du tout !
    -Vous venez de m’appeler par mon nom !
    -J’ai dit ça au hasard !

   Cette fois-ci, c’est la mauvaise foi du quidam qui laissa le chevalier interdit. Puis, reprenant ses esprits, il décida d’ignorer ce fou.

    -Allez vous faire pendre ailleurs, dans ce cas ! Grand bien vous fasse.

   Il lança son cheval au galop, pressé de sortir de ce pays insensé. Il galopa longtemps, puis, le soir venant, il établit son bivouac, réussit à faire un feu digne de ce nom, mangea quelques baies cueillies sur le chemin et s’apprêta à dormir.

    -Et vous pensez vous en tirer comme ça ?

Lancelot se redressa d’un bond, cherchant qui avait parlé mais il avait déjà reconnu la voix... le pendu !

    -Comment avez vous fait pour arriver ici ?! Vous avez un cheval ?
    -Pour quoi faire ? Nul besoin de ce genre d’ânerie par ici !
    -Écoutez, je ne comprends rien à ce qu’il se passe ici, tout me semble... étrange.
    -Ouais ? Moi, c’est vous que je trouve étrange ! Vous débarquez ici, vous faites du feu, comme un branque, entre nous soit-dit, vous refusez  de vous restaurer lorsqu’on vous le propose, vous coupez MA corde, franchement, vous ne méritez pas de vivre en ces lieux !
    -MAIS JE NE DEMANDE QUE CA ! VIVRE AILLEURS !
    -Ah ouais mais non ! C’est pas comme ça que ça marche... soit vous apprenez à vivre ici, soit vous n’avez pas besoin d’apprendre à être mort ailleurs !
    -Nous sommes dans les limbes, c’est cela ? s’étrangla Lancelot. Je suis à l’article de la mort, quelque part, loin de mes proches ?!
    -Loin de vos proches ?! Non mais, vous déconnez ?! Quels proches ?! Vos parents ?! Votre père est mort en voulant défendre son château, votre mère est entrée dans les ordres et Viviane vous a abandonné !
    -Comment... comment savez-vous cela ? sanglota le chevalier.
    -Nia, nia, nia... c’est ça un chevalier solitaire ?! Quelle déception !
    -Dites-moi ce que je dois faire pour sortir d’ici !

   Lancelot, replié sur lui-même, pleurant sur son sort, n’obtint jamais de réponse, le pendu dépendu avait disparu. Le sommeil finit par le prendre et il se réveilla, lourd de toutes ces insinuations, cruelles et pas si fausses. Il reprit sa route dans un état second et avança ainsi  jusqu’à ce qu’un grondement sourd le sorte de sa torpeur. Devant lui se dressaient trois trolls de bonne taille et au sol, le pendu, cette fois-ci, décapité.
   Immédiatement, ses doigts s’agitèrent et la routine de courage enseignée par Viviane emplit son esprit sans même qu’il en eût conscience. Revigoré, il sauta à terre, saisit son arme et, le sourire aux lèvres, fit face à l’ennemi.
   Le premier troll vint le défier en poussant un cri guttural. Sans s’émouvoir, le chevalier fit sauter sa tête d’un seul coup d’épée. Les deux trolls restant se regardèrent puis attaquèrent  à l’unisson. Toujours aussi serein, Lancelot sectionna les deux têtes d’un geste magnifique. Il en fut très fier.

    -Mouais, pas mal !

Lancelot baissa la tête, découragé, il avait reconnu la voix du pendu dépendu décapité.

    -Vous n’aviez pas perdu la tête, vous ?
    -Le sens de l’humour ! Ouais, j’aime ça ! Quant à ma tête, je la perd, je la retrouve... ça va, ça vient.
    -Aidez-moi, je vous en prie, je ne suis pas à ma place ici !
    -Ne vous inquiétez pas, les trois trolls ont témoigné en votre faveur, vous êtes un bon guerrier !
    -Témoigné ?! Mais ils sont morts !
    -Ah ! Vous pensiez sérieusement les avoir tués ?!  Sacrée Viviane ! Vous êtes comique... allez, je vous indique la voie. Marchez tout droit pendant... le temps qu’il faudra. Ensuite, vous verrez une noce, n’y allez pas ! Continuez tout droit jusqu’à une auberge, on vous y recrutera.
    -Mais je suis un chevalier solitaire !
    -Oh merde ! Démerdez-vous !

FIN
Pour la suite voir Livre VI, Lancelot ira tout de même à la noce et tombera amoureux de Guenièvre, il se fera ensuite recruter par Arthur à l’auberge.

Plume De Chien a écrit :
bibicocci a écrit :

C'est bizarre mais je reste un peu sur ma faim..

C'est vrai qu'on aurait aimé en voir plus. Quand j'ai vu qu'ils buvaient ensemble je me suis déjà imaginée des scènes rappelant "L'Ivresse".

Vous êtes trop gourmands, ça vous perdra. :D

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